Évolution du marché : Autres circuits intégrés (CN 854239) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 854239 couvre les circuits intégrés électroniques qui ne sont ni des processeurs, contrôleurs, mémoires ni amplificateurs. Il s'agit d'une position résidive regroupant notamment les circuits à composants multiples (85423911), les circuits à puces multiples (85423919) et les autres circuits (85423990). Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec le reste du monde sur ce segment ont connu une dynamique marquante : une forte hausse de la valeur commerciale, masquant une stagnation — voire un recul — des volumes échangés. Ce rapport analyse les principales tendances observées en trois axes : la primauté de l'effet prix sur la croissance nominale, la géographie de plus en plus concentrée des approvisionnements, et la vulnérabilité structurelle révélée par des chocs de prix récurrents.
1. Une croissance de valeur alimentée par la montée des prix unitaires
1.1 Les importations : des volumes en repli, une valeur en hausse
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en circuits 854239 est passée de 6,94 Md€ à 12,65 Md€, soit une progression de +82,2 %. Dans le même temps, les quantités importées ont chuté de 13 352 à 9 043 tonnes, soit un recul de −32,3 %. L'ensemble de cette hausse de valeur provient donc de l'envolée des prix unitaires, qui ont augmenté de +169,1 % (de 519 805 €/t à 1 398 659 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Md€) | 6,94 | 12,65 | +82,2 % |
| Quantité (t) | 13 352 | 9 043 | −32,3 % |
| Prix unitaire (€/t) | 519 805 | 1 398 659 | +169,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Les exportations suivent une trajectoire similaire
Les exportations de l'UE ont progressé de 4,59 Md€ à 9,27 Md€ (+102,0 %), tandis que les volumes exportés sont restés quasi-stables (−1,8 %). Le prix unitaire à l'exportation a bondi de +105,5 %, passant de 1,13 M€/t à 2,33 M€/t. Le prix unitaire des exportations européennes reste systématiquement supérieur à celui des importations, ce qui suggère que l'UE se spécialise dans des segments de circuits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Md€) | 4,59 | 9,27 | +102,0 % |
| Quantité (t) | 4 047 | 3 974 | −1,8 % |
| Prix unitaire (€/t) | 1 132 223 | 2 327 002 | +105,5 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.3 Un déficit commercial qui s'aggrave en valeur
Le solde commercial de l'UE sur ce segment s'est dégradé de −2,36 Md€ en 2015 à −3,38 Md€ en 2025 (−43,7 %). Il a atteint un creux historique de −8,92 Md€ en 2022, année de forte tension sur les semi-conducteurs. Parallèlement, le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 16,4 % à 22,6 %, confirmant une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis de ses fournisseurs extérieurs.
2. Une géographie des approvisionnements de plus en plus concentrée autour de l'Asie
2.1 Taiwan, moteur principal de la hausse des importations
Taiwan est devenu le premier fournisseur de l'UE sur ce segment, avec des importations passées de 1,10 Md€ en 2015 à 3,68 Md€ en 2025 (+234,5 %). En 2022, année de pic, le volume importé depuis Taiwan a atteint 4,65 Md€. Ce dynamisme s'explique vraisemblablement par la position dominante de l'industrie taïwanaise dans la sous-traitance de fabrication (foundry) et l'assemblage de circuits intégrés avancés.
| Fournisseur | 2015 (Md€) | 2025 (Md€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Taiwan | 1,10 | 3,68 | +234,5 % |
| Malaysia | 1,48 | 1,88 | +27,1 % |
| Philippines | 0,78 | 1,51 | +93,8 % |
| China | 0,50 | 1,47 | +190,7 % |
| Thailand | 0,42 | 1,20 | +183,8 % |
| Japan | 0,28 | 0,25 | −8,7 % |
| United Kingdom | 0,32 | 0,02 | −95,2 % |
Source : Partenaires principaux – importations
2.2 L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni après le Brexit
Le cas du Royaume-Uni est frappant : les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 323 M€ à 16 M€ entre 2015 et 2025 (−95,2 %). Les quantités ont suivi une trajectoire encore plus spectaculaire, passant de 6 142 tonnes à seulement 16 tonnes. Ce déclin coïncide avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et la mise en place de nouvelles barrières douanières. En parallèle, l'indice HHI des importations (par valeur) est passé de 1 200 à 1 560 (+30 %), indiquant une concentration géographique croissante des fournisseurs.
2.3 La production européenne en forte croissance, mais insuffisante pour combler le déficit
Les données de production de l'UE montrent une progression remarquable : les quantités produites ont été multipliées par plus de 3 (de 11,45 milliards d'unités en 2015 à 24 milliards en 2025, +110 %), et la valeur ajoutée a doublé (de 5,23 Md€ à 14,03 Md€). Néanmoins, seuls quelques États membres se distinguent par une réelle spécialisation dans ce segment : la France (RSCA : 0,577) et l'Allemagne (RSCA : 0,281), suivis des Pays-Bas (RSCA : 0,133). L'Italie, bien que n'étant pas spécialisée (RSCA : −0,638), a vu ses exportations bondir de 90 M€ à 1,12 Md€ (+1 147 %), reflétant probablement l'implantation de nouvelles activités d'assemblage et de test sur son territoire.
| Reporter UE (imports) | 2015 (Md€) | 2025 (Md€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Germany | 3,38 | 5,97 | +76,5 % |
| Netherlands | 1,45 | 3,29 | +127,7 % |
| France | 1,14 | 0,90 | −21,0 % |
| Belgium | 0,07 | 0,39 | +470,3 % |
Source : Reporters principaux – importations
3. Des chocs de prix ponctuels révélant des vulnérabilités structurelles
3.1 Le Royaume-Uni : un choc de prix de +1 541 % à l'importation en 2021
L'événement le plus marquant identifié dans les données est le choc de prix observé sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2021 : le prix unitaire a bondi de +1 541 % par rapport à la période de référence (2018–2019), tandis que les volumes chutaient à 156 tonnes (contre 12 900 tonnes en moyenne sur 2018–2019). Ce phénomène traduit à la fois l'impact des nouvelles formalités post-Brexit et la réorientation des flux logistiques : les circuits qui transitaient par le Royaume-Uni pour des opérations de sous-traitance sont désormais acheminés directement depuis l'Asie.
3.2 Des chocs de prix récurrents sur les fournisseurs asiatiques
Plusieurs chocs de prix ont été détectés sur les principaux partenaires asiatiques, souvent centrés sur l'année 2022, période de pénurie mondiale de semi-conducteurs :
- Japan : choc de prix de +223 % en 2017 (abnormalité : 51,3), accompagné d'une chute des volumes de −60 %.
- Malaysia : hausse de prix de +74 % en 2022, sur fond de pénurie globale.
- Taiwan : hausse de prix de +43 % en 2022, les volumes augmentant de +33 %, signe d'une surchauffe de la demande.
3.3 Un profil de volatilité contrasté entre les partenaires
L'analyse des coefficients de variation (CV) des quantités révèle des disparités significatives :
| Partenaire | CV importations (quantité) | Interprétation |
|---|---|---|
| United Kingdom | 1,105 | Très instable (effondrement post-Brexit) |
| Morocco | 0,576 | Volatilité élevée |
| United States | 0,446 | Volatilité modérée |
| Singapore | 0,449 | Volatilité modérée |
| Japan | 0,424 | Volatilité modérée |
| Malaysia | 0,106 | Flux stables |
| Thailand | 0,126 | Flux stables |
Les fournisseurs d'Asie du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande, Philippines) se distinguent par des flux volumétriques relativement stables, ce qui en fait des partenaires fiables dans la chaîne d'approvisionnement. En revanche, le Royaume-Uni et le Maroc présentent une volatilité élevée.
À l'exportation, l'UE a elle-même subi des chocs de prix significatifs vers le Royaume-Uni (+225 % en 2021) et les Philippines (+185 % en 2017), suggérant des ruptures dans la composition des produits exportés ou des changements de circuit logistique.
Conclusion
Le marché européen des « autres circuits intégrés » (CN 854239) a connu sur la décennie 2015–2025 une transformation profonde. La valeur des échanges a plus que doublé, mais cette croissance est presque exclusivement tirée par la hausse des prix unitaires, les volumes restant stagnants ou en recul. Ce phénomène traduit à la fois la sophistication croissante des circuits échangés et l'inflation structurelle du secteur des semi-conducteurs.
La géographie des échanges s'est reconfigurée autour de l'Asie — Taiwan, Malaisie, Philippines, Chine et Thaïlande — tandis que le Royaume-Uni a perdu quasi-totalement sa position de fournisseur pour l'UE après le Brexit. L'indice HHI à l'importation en hausse de 30 % signale un risque de concentration accru. La production européenne progresse fortement, portée notamment par l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas, mais elle demeure insuffisante pour réduire la dépendance aux importations, dont le taux net est passé de 16 % à 23 %.
Les chocs de prix détectés — Brexit en 2021, pénurie mondiale de semi-conducteurs en 2022 — confirment la fragilité des chaînes d'approvisionnement pour ce segment. L'Union européenne fait face au défi structurel de renforcer sa souveraineté technologique tout en maintenant des flux commerciaux diversifiés et résilients avec ses partenaires asiatiques.