Évolution du marché : Amiante en vrac (CN 2524) — 2015–2025
Introduction
L'amiante en vrac (code NC 2524), hors ouvrages, regroupe deux sous-catégories douanières : la crocidolite (252410) et les autres variétés d'amiante (252490). Produit autrefois massivement utilisé dans la construction et l'industrie, l'amiante est aujourd'hui interdit de production et d'utilisation dans l'Union européenne en raison de sa dangerosité avérée. Les échanges commerciaux subsistants de l'UE avec les pays tiers relèvent d'usages résiduels — recherche, analyse, décontamination ou transit.
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'UE pour le code NC 2524 sur la période 2015–2025, à partir des données douanières annuelles. Trois dynamiques majeures se dégagent : l'effondrement des volumes échangés, la volatilité croissante de la géographie commerciale, et la hausse spectaculaire des prix unitaires combinée à des chocs ponctuels.
Vue d'ensemble du commerce — NC 2524
1. L'effondrement progressif des volumes échangés
1.1. Une chute des importations en tonnage, masquée par la hausse des valeurs
Les importations d'amiante en vrac par l'UE ont connu un déclin marqué en volume : le tonnage est passé de 163,1 tonnes en 2015 à 37,6 tonnes en 2025, soit une baisse de 77,0 %. La valeur des importations a cependant augmenté de 137,8 %, passant de 3 264 € à 7 763 €, en raison d'une hausse considérable des prix unitaires (de 20,0 à 164,8 €/t, soit +723,8 %).
Les volumes annuels fluctuent fortement, avec des pointes à 1 251 tonnes (2019) et 1 233 tonnes (2021), et des creux à 30 tonnes (2020) et 38 tonnes (2025). Cette instabilité traduit le caractère ponctuel et non structuré des approvisionnements résiduels.
| Indicateur | 2015 | 2019 (pic de volume) | 2020 (creux) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Volume importé (t) | 163,1 | 1 251,4 | 29,8 | 37,6 | −77,0 % |
| Valeur importée (€) | 3 264 | 53 010 | 401 | 7 763 | +137,8 % |
| Prix unitaire (€/t) | 20,0 | 42,4 | 13,5 | 164,8 | +723,8 % |
1.2. L'amiante non-crocidolite domine quasi exclusivement les échanges
La sous-catégorie 252490 (amiante excluant la crocidolite) représente plus de 99,9 % des importations en volume. La crocidolite (252410) n'apparaît que de manière sporadique et en quantités infinitésimales : au maximum 0,494 tonne en 2016, avec des valeurs ne dépassant jamais 3 514 € sur l'ensemble de la période. En 2025, la crocidolite importée se limite à 0,001 tonne pour 4,69 €.
| Sous-produit | Description | Part moyenne des importations (volume) | Prix unitaire remarquable |
|---|---|---|---|
| 252490 | Amiante (excl. crocidolite et ouvrages) | > 99,9 % | 20 à 165 €/t |
| 252410 | Crocidolite | < 0,1 % | Jusqu'à 6 960 €/t (2016) |
Cette dominance de la catégorie 252490 s'explique par le fait que la crocidolite (amiante bleu) a été la première variété interdite dans la plupart des pays et que ses usages résiduels sont encore plus restreints.
Comparaison des segments de produits
1.3. Des exportations réduites à un niveau symbolique
Les exportations d'amiante en vrac par l'UE se sont effondrées. Après un pic de 26 660 € en 2022 (principalement une expédition de crocidolite vers le Gabon pour 23 656 € et d'amiante non-crocidolite vers l'Algérie pour 3 004 €), les exportations sont retombées à 1 € en 2024–2025. Le volume exporté est passé de 0,14 tonne en 2015 à 0,001 tonne en 2025 (−99,3 %).
| Année | Valeur exportée (€) | Volume exporté (t) | Destination(s) principale(s) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 365 | 0,14 | — |
| 2017 | 26 304 | 7,10 | Algérie |
| 2022 | 26 660 | 38,79 | Gabon, Algérie |
| 2024 | 1 | 0,001 | — |
| 2025 | 1 | — | — |
L'indice de concentration des exportations (HHI valeur) a atteint 10 000 en 2025 — valeur maximale reflétant une extrême concentration sur un nombre quasi nul de partenaires. Les exportations ont par ailleurs connu des années sans aucune transaction (2016, 2023).
2. Une géographie commerciale volatile et en pleine restructuration
2.1. La Norvège, fournisseur principal mais déclinant
La Norvège demeure le premier fournisseur d'amiante en vrac de l'UE sur la période, mais sa contribution a reculé de 54,3 %, passant de 5 135 € à 2 345 €. D'autres partenaires interviennent de manière ponctuelle, parfois pour des montants significatifs :
| Partenaire | Valeur importée (première année, €) | Valeur importée (dernière année, €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 5 135 | 2 345 | −54,3 % |
| Nigeria | 29 617 | 29 617 | 0 % (livraison unique) |
| Gibraltar | 608 | 16 876 | +2 675,7 % |
| Suisse | 20 900 | 2 041 | −90,2 % |
| Andorre | 1 540 | 100 | −93,5 % |
Le cas de Gibraltar est notable : les importations en provenance de ce territoire ont bondi de 608 € à 16 876 €, ce qui en fait le deuxième partenaire en valeur à la fin de la période. À l'inverse, la Suisse — qui était le premier fournisseur en valeur au début de la période avec 20 900 € — a chuté à 2 041 € (−90,2 %). Le Nigeria n'apparaît que pour une transaction unique de 29 617 €.
Principaux partenaires par valeur
2.2. Une concentration qui diminue en valeur mais augmente en volume
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 8 032 à 4 129 (−48,6 %), indiquant une diversification apparente des sources d'approvisionnement. En revanche, le HHI en volume a augmenté de 3 228 à 5 960 (+84,6 %), signe que les rares livraisons de grande quantité restent concentrées sur un petit nombre de partenaires.
| HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 8 032 | 4 129 | −48,6 % |
| Importations (volume) | 3 228 | 5 960 | +84,6 % |
| Exportations (valeur) | 7 596 | 10 000 | +31,6 % |
| Exportations (volume) | 5 102 | 10 000 | +96,0 % |
Cette divergence entre HHI valeur et volume traduit un marché où de petites livraisons à prix unitaire élevé (Gibraltar, Norvège) diluent la concentration apparente en valeur, tandis que les quelques expéditions de taille significative demeurent accaparées par un nombre restreint de partenaires.
2.3. Les États membres importateurs : une base qui se réduit et se reconfigure
Six États membres concentrent l'essentiel des importations, mais la plupart connaissent un déclin marqué. L'Allemagne, qui importait pour 27 739 € en 2015, n'a importé que pour 19 € en 2025 (−99,9 %). Le Portugal et l'Espagne suivent des trajectoires similaires (−94,8 % et −95,3 % respectivement).
| État membre | Importations 2015 (€) | Importations 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 18 400 | 5 814 | −68,4 % |
| Allemagne | 27 739 | 19 | −99,9 % |
| Portugal | 29 617 | 1 535 | −94,8 % |
| Espagne | 2 148 | 100 | −95,3 % |
| Pays-Bas | 2 | 4 415 | +220 650 % |
| Irlande | 884 | 856 | −3,2 % |
Les Pays-Bas font figure d'exception : leurs importations sont passées de 2 € à 4 415 €, suggérant l'émergence d'un nouveau point d'entrée, peut-être lié à des fonctions logistiques ou de transit. La France demeure le premier importateur en valeur absolue à la fin de la période, avec 5 814 €. L'Irlande est le seul pays à maintenir un niveau d'importation relativement stable (−3,2 %).
L'analyse de spécialisation révèle par ailleurs que Malte affiche un indice RCA très élevé (151,87) pour ce produit, mais sur des volumes extrêmement faibles (0,06 % de la production nationale concernée). Les Pays-Bas présentent un RCA de 6,46 avec une part de 93,75 % dans leur production du segment concerné.
Principaux États membres importateurs
3. Hausse des prix, chocs ponctuels et vulnérabilité résiduelle
3.1. Une augmentation spectaculaire des prix unitaires d'importation
Le prix unitaire moyen des importations d'amiante en vrac est passé de 20,0 €/t en 2015 à 164,8 €/t en 2025, soit une multiplication par plus de huit (+723,8 %). Le minimum observé sur la période est de 7,5 €/t (2021) et le maximum de 164,8 €/t (2025). Cette hausse reflète la raréfaction de l'offre, la nature ponctuelle des livraisons restantes (petits volumes à prix élevé) et potentiellement des coûts logistiques et réglementaires croissants liés au transport de substances dangereuses.
Le sous-produit 252410 (crocidolite) affiche des prix unitaires nettement supérieurs — jusqu'à 6 960 €/t — en raison de sa rareté extrême.
| Année | Prix unitaire 252490 (€/t) | Prix unitaire 252410 (€/t) | Volume total importé (t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 20,0 | — | 163,1 |
| 2016 | 44,1 | 6 959,5 | 600,4 |
| 2019 | 42,4 | — | 1 251,4 |
| 2020 | 13,5 | — | 29,8 |
| 2021 | 7,9 | — | 1 232,8 |
| 2024 | 7,1 | 1 279,2 | 725,6 |
| 2025 | 164,7 | 4 689,0 | 37,6 |
Le prix unitaire de la catégorie 252490 a connu une trajectoire en deux temps : une relative stabilité entre 20 et 44 €/t sur 2015–2019, puis un effondrement à 7–14 €/t sur 2020–2024 (coïncidant avec des volumes plus élevés mais des transactions de moindre valeur unitaire), avant un bond à 164,7 €/t en 2025, année où les volumes ont chuté à 37,6 t.
3.2. Des chocs de prix ponctuels, notamment en provenance des États-Unis et de Chine
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle un événement majeur en 2021 : une hausse de prix de 7 683,9 % sur les importations en provenance des États-Unis, avec un degré d'anomalie de 102,2 et une part de 17,7 % dans la valeur totale des importations cette année-là. Un second choc, de moindre ampleur, provient de Chine en 2021 (+113,9 %, 4,0 % de part de valeur). En 2020, Andorre a enregistré une baisse de prix de −40,5 %.
| Choc | Partenaire | Année | Type | Variation de prix | Part de valeur | Degré d'anomalie |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | États-Unis | 2021 | Prix | +7 683,9 % | 17,7 % | 102,2 |
| 2 | Chine | 2021 | Prix | +113,9 % | 4,0 % | 9,9 |
| 3 | Andorre | 2020 | Prix | −40,5 % | 2,0 % | 3,9 |
Ces chocs illustrent la nature non structurée du marché : de rares transactions à volumes et prix très variables suffisent à déplacer significativement les moyennes. Le choc américain de 2021, avec un degré d'anomalie de 102,2, est particulièrement remarquable et pourrait résulter d'une transaction isolée de petite taille mais à un prix unitaire exceptionnellement élevé.
3.3. Une dépendance aux importations en recul, reflet de l'extinction du marché
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 37,6 % à 24,5 % (−34,8 %), l'intensité commerciale de 57,9 % à 48,2 % (−16,8 %) et la propension à exporter de 22,9 % à 20,7 % (−9,8 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 37,6 | 24,5 | −34,8 % |
| Intensité commerciale (%) | 57,9 | 48,2 | −16,8 % |
| Propension à exporter (%) | 22,9 | 20,7 | −9,8 % |
Ces indicateurs ne traduisent pas une montée en autonomie de l'UE, mais plutôt l'extinction progressive du commerce lui-même : à mesure que les volumes s'effondrent et que les prix unitaires explosent, la part du commerce extérieur dans le « marché » résiduel diminue mécaniquement. L'indicateur de « salience » confirme que la propension à exporter (score 39,1) est plus saillante que l'intensité commerciale (score 18,6), ce qui reflète la disparition quasi-totale des flux sortants.
Conclusion
Le commerce de l'amiante en vrac (NC 2524) par l'Union européenne sur la période 2015–2025 se caractérise par une agonie commerciale progressive. Les trois constats saillants sont les suivants :
-
L'effondrement des volumes : les importations ont perdu 77 % de leur tonnage et les exportations sont devenues symboliques (1 € en 2024–2025). L'amiante non-crocidolite (252490) représente plus de 99,9 % des échanges, la crocidolite n'apparaissant que de manière anecdotique.
-
La fragmentation géographique : le marché s'est diversifié en apparence (HHI valeur en baisse de 48,6 %) mais cette diversification masque la multiplication de transactions ponctuelles de faible volume. Les fournisseurs traditionnels (Suisse, Norvège) déclinent, tandis que de nouveaux points d'entrée émergent (Gibraltar, Pays-Bas).
-
La hausse spectaculaire des prix : le prix unitaire d'importation a été multiplié par plus de huit, atteignant 164,8 €/t en 2025. Des chocs de prix ponctuels (notamment les +7 684 % observés sur les importations des États-Unis en 2021) confirment l'extrême volatilité d'un marché réduit à quelques transactions isolées.
Les indicateurs de dépendance et d'intensité commerciale, en recul de 17 à 35 %, ne signalent pas une montée en autonomie de l'UE mais bien la disparition du marché. Dans un contexte où la réglementation européenne continue de se renforcer pour lutter contre les risques liés à l'amiante in situ, ces échanges résiduels devraient poursuivre leur déclin vers un niveau proche de zéro.