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Évolution du marché : Vitrage feuilleté pour véhicules (CN 70072120) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 70072120 couvre le verre de sécurité feuilleté destiné aux véhicules automobiles et tracteurs — un composant essentiel de l'industrie automobile. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes : l'excédent commercial s'est considérablement réduit, les partenaires se sont recomposés sous l'effet du Brexit et des sanctions contre la Russie, et la montée en gamme des exportations européennes s'est accompagnée d'un afflux massif d'importations en provenance de Chine. Ce rapport propose une lecture structurée de ces dynamiques en s'appuyant sur les données générales du commerce.


1. L'effondrement de l'excédent commercial européen sous l'effet d'un afflux d'importations chinoises

1.1. Un solde commercial en chute de 78 %

Le commerce extérieur de l'UE pour le vitrage feuilleté véhicule a subi un retournement majeur entre 2015 et 2025. Le solde commercial, qui s'élevait à 259,5 M€ en début de période, s'est érodé pour n'atteindre plus que 56,1 M€ en 2025 — soit une baisse de 78,4 %. Cette contraction résulte de deux mouvements simultanés et de direction opposée :

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 511,5 M€ 434,9 M€ −15,0 %
Exportations (volume) 91 252 t 53 660 t −41,2 %
Importations (valeur) 251,9 M€ 378,7 M€ +50,3 %
Importations (volume) 70 777 t 99 404 t +40,4 %
Solde commercial 259,5 M€ 56,1 M€ −78,4 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Les volumes exportés ont chuté de 41,2 %, passant de 91 252 tonnes à 53 660 tonnes (leur niveau le plus bas sur la période), tandis que les importations ont progressé de 40,4 % en volume pour atteindre 99 404 tonnes. L'Union européenne, autrefois excédentaire en volume, se retrouve désormais déficitaire sur ce plan.

1.2. La Chine, moteur quasi exclusif de la hausse des importations

L'explosion des importations en provenance de Chine constitue le phénomène le plus marquant de la période. Les importations chinoises sont passées de 60,9 M€ à 265,3 M€, soit une progression de 335,8 %. En 2025, la Chine représente à elle seule environ 70 % de la valeur totale des importations de l'UE en vitrage feuilleté pour véhicules — une domination sans précédent.

Partenaire (importations) 2015 2025 Variation
Chine 60,9 M€ 265,3 M€ +335,8 %
Turquie 36,4 M€ 40,4 M€ +10,9 %
Maroc 0,9 M€ 14,9 M€ +1 525,2 %
Inde 6,0 M€ 9,0 M€ +51,4 %

Source : Principaux partenaires

1.3. Une concentration extrême des approvisionnements

Cette domination chinoise se traduit par une concentration croissante des importations. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est passé de 1 511 à 5 069 (+235,3 %), franchissant le seuil de 2 500 généralement associé à un marché « très concentré ». En volume, la même tendance prévaut, le HHI passant de 2 124 à 6 367 (+199,7 %). Cette dépendance accrue vis-à-vis d'un seul fournisseur expose l'industrie européenne à des risques de rupture d'approvisionnement et à une vulnérabilité géopolitique significative, comme l'illustre déjà le choc d'offre observé avec la Russie en 2023.

Source : Indice de concentration HHI


2. Recomposition géographique des flux : Brexit, sanctions et nouveaux relais

2.1. L'impact durable du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni demeure en 2025 le premier client de l'UE pour ce produit, mais sa part a fortement diminué. Les exportations vers le Royaume-Uni sont passées de 260,2 M€ à 154,6 M€ (−40,6 %), reflétant les frictions commerciales introduites par le Brexit. Simultanément, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 44,0 M€ à 12,7 M€ (−71,2 %). Le Royaume-Uni, qui constituait un partenaire majeur dans les deux sens, est devenu un partenaire asymétrique : l'UE lui exporte encore massivement mais n'en importe presque plus.

2.2. L'effondrement des échanges avec la Russie après 2022

Les sanctions européennes imposées à la Russie à partir de 2022 ont provoqué un effondrement quasi total des flux bilatéraux. Les exportations vers la Russie ont chuté de 21,7 M€ à 0,3 M€ (−98,4 %) et les importations depuis la Russie de 7,1 M€ à 0,1 M€ (−98,6 %). Un choc d'offre d'une intensité de −100 % a été détecté en 2023 pour les importations depuis la Russie.

2.3. La Turquie, nouveau moteur des exportations européennes

À l'inverse, les exportations vers la Turquie ont connu une progression spectaculaire : de 16,4 M€ à 99,4 M€ (+506,3 %), faisant de la Turquie le deuxième client de l'UE devant les États-Unis. Un choc de prix notable (abnormalité de 5,6, hausse de prix de 34,5 %) a été détecté sur ce flux en 2023, coïncidant avec l'essor de l'industrie automobile turque. Les importations en provenance de Turquie restent stables autour de 40 M€, confirmant un profil d'échange de plus en plus déséquilibré en faveur de l'UE.

2.4. De nouvelles routes d'importation : Maroc et Inde

Le Maroc émerge comme un fournisseur significatif, avec des importations passant de 0,9 M€ à 14,9 M€ (+1 525,2 %), un chiffre toutefois très volatil (coefficient de variation de 0,75). L'Inde progresse plus modérément, de 6,0 M€ à 9,0 M€ (+51,4 %), avec un profil beaucoup plus stable (CV de 0,15). Ces deux pays illustrent la diversification partielle des approvisionnements européens au-delà de la Chine, bien que cette diversification reste insuffisante face au poids chinois.

2.5. Une redistribution des rôles au sein de l'Union européenne

Les données par pays déclarant révèlent une recomposition interne significative :

Pays Exportations 2015 Exportations 2025 Variation
Allemagne 190,7 M€ 97,9 M€ −48,7 %
Pologne 101,6 M€ 46,0 M€ −54,7 %
Belgique 40,9 M€ 64,4 M€ +57,5 %
Tchéquie 25,1 M€ 42,8 M€ +70,4 %
Bulgarie 0,1 M€ 43,0 M€ +28 638 %

L'Allemagne et la Pologne, qui dominaient les exportations, ont vu leur position fortement érodée. À l'inverse, la Belgique, la Tchéquie et surtout la Bulgarie (dont les exportations sont passées de 0,15 M€ à 43,0 M€) ont émergé comme de nouveaux pôles exportateurs, probablement sous l'effet de relocalisations industrielles et de l'intégration de nouvelles chaînes de valeur dans l'Europe de l'Est.

Côté importations, les Pays-Bas ont connu une progression fulgurante (+983,4 %, de 6,5 M€ à 70,1 M€), très probablement liée à leur rôle de plateforme logistique pour les flux chinois entrant par les ports néerlandais.

Source : Indice de concentration HHI


3. Montée en gamme des exportations et transformation structurelle de l'industrie

3.1. Des prix à l'exportation en forte hausse, contrastant avec des prix à l'importation stables

L'un des faits les plus révélateurs de la période est la divergence marquée entre les prix à l'exportation et à l'importation :

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix moyen à l'exportation 5 605 €/t 8 104 €/t +44,6 %
Prix moyen à l'importation 3 559 €/t 3 810 €/t +7,0 %
Écart de prix (export/import) 1,57x 2,13x

Source : Vue d'ensemble du commerce

L'écart de prix entre exportations et importations est passé d'un ratio de 1,57 à 2,13. Les exportations européennes, à 8 104 €/t en 2025, valent plus du double des importations à 3 810 €/t. Ce différentiel suggère que l'industrie européenne se spécialise dans des vitrages de plus en plus sophistiqués (capteurs intégrés, verres chauffants, formes complexes pour véhicules haut de gamme), tandis que les importations — principalement chinoises — se concentrent sur le segment standard.

3.2. Une production européenne en volume stable mais en valeur en forte progression

La production de l'UE a connu une évolution remarquable : les volumes produits sont restés quasiment stables (365,2 millions de kg en 2015 contre 364,0 millions de kg en 2025, soit −0,3 %), tandis que la valeur de production a bondi de 1 148 M€ à 1 800 M€ (+56,9 %). Cette dissociation confirme que l'industrie européenne ne se désindustrialise pas mais se repositionne sur des produits à plus forte valeur ajoutée.

3.3. Une tendance à la diversification des exportations malgré le recul des volumes

L'indice de concentration des exportations (HHI) a diminué de 2 871 à 1 937 (−32,5 %), indiquant que les exportations européennes se répartissent sur un plus grand nombre de partenaires. Ce chiffre contraste fortement avec l'explosion de la concentration des importations (HHI passant de 1 511 à 5 069). L'UE diversifie ses débouchés tout en se concentrant ses sources d'approvisionnement — une asymétrie qui fragilise sa position.

3.4. Des indicateurs d'autonomie en trompe-l'œil

Les indicateurs de vulnérabilité présentent une image nuancée. La dépendance nette aux importations s'est légèrement améliorée (de −6,0 % à −2,1 %), l'UE restant excédentaire. La propension à l'exportation a progressé de 21,6 % à 26,9 %, et l'intensité commerciale de 32,4 % à 41,5 %. Ces chiffres pourraient suggérer un renforcement de la position européenne. Toutefois, cette amélioration masque un changement qualitatif profond : les exportations se raréfient en volume tout en augmentant en prix, tandis que les importations en volume explosent à bas prix. L'industrie européenne exporte moins de verre mais plus cher, tout en important massivement le verre standard — un schéma classique de montée en gamme couplée à un effacement sur le segment de volume.

La spécialisation des États membres en 2025 confirme ce dualisme : la Pologne (RSCA de 0,56) et la Tchéquie (RSCA de 0,50) restent les spécialistes les plus importants parmi les grands États membres, tandis que l'Irelande, la Grèce et le Danemark sont structurellement importateurs nets.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du vitrage feuilleté pour véhicules a connu trois mutations concomitantes : un afflux massif d'importations chinoises qui a fait fondre l'excédent commercial de 78 % ; une recomposition géographique accélérée par le Brexit et les sanctions contre la Russie, avec l'émergence de la Turquie comme deuxième client et de la Bulgarie comme nouveau pôle exportateur ; et une montée en gamme de la production et des exportations européennes, dont les prix unitaires ont progressé de 45 % tandis que les volumes reculaient.

L'Union européenne conserve sa position d'exportateur net, mais celle-ci est de plus en plus fragile : la concentration des importations sur la Chine (HHI de 5 069) constitue un risque majeur de dépendance stratégique, tandis que la perte de volumes exportés — passés de 91 000 à 54 000 tonnes — signifie que le tissu industriel européen, s'il monte en gamme, cède du terrain sur le marché de masse. À l'heure où l'industrie automobile européenne traverse elle-même une transition profonde vers l'électrique, le devenir de cette filière dépendra de sa capacité à maintenir son avantage technologique tout en diversifiant ses approvisionnements.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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