Évolution du marché : Vins mousseux produits à partir de raisins frais (CN 220410) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 220410 regroupe l'ensemble des vins mousseux produits à partir de raisins frais, incluant le Champagne, le Prosecco, le Cava, l'Asti spumante ainsi que les Crémants et autres appellations protégées. Au cours de la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de premier exportateur mondial dans ce segment, avec des exportations hors UE passant de 3,13 milliards € à 4,93 milliards € (Aperçu général). Ce rapport analyse les principales dynamiques de ce marché en s'appuyant sur les données commerciales Eurostat, en identifiant les tendances de fond, les mutations structurelles de l'offre et les chocs qui ont marqué la décennie.
1. Une expansion vigoureuse portée par l'export, désormais en léger repli
1.1. La croissance quasi ininterrompue des exportations a culminé en 2022
Entre 2015 et 2022, les exportations de vins mousseux de l'UE vers les pays tiers ont progressé de manière quasi continue, passant de 3,13 milliards € à un pic historique de 5,42 milliards € (Aperçu général). La seule exception notable fut l'année 2020, marquée par la pandémie de COVID-19, au cours de laquelle les exportations reculèrent de 17,2 % pour s'établir à 3,30 milliards €. La reprise fut néanmoins vigoureuse : dès 2021, les exportations dépassaient de 14,5 % leur niveau pré-pandémique de 2019.
Depuis le pic de 2022, toutefois, trois années consécutives de repli se sont enregistrées :
| Année | Exportations (M€) | Quantité exportée (k tonnes) | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 3 131 | 410 | 7 633 |
| 2017 | 3 563 | 487 | 7 314 |
| 2019 | 3 982 | 536 | 7 428 |
| 2020 | 3 296 | 503 | 6 552 |
| 2021 | 4 560 | 637 | 7 157 |
| 2022 | 5 424 | 649 | 8 355 |
| 2023 | 5 310 | 600 | 8 847 |
| 2024 | 5 163 | 619 | 8 343 |
| 2025 | 4 933 | 610 | 8 086 |
Les exportations de 2025 s'établissent ainsi à un niveau comparable à celui de 2021, effaçant environ trois ans de gains. Ce recul traduit à la fois un effet de rattrapage post-COVID désormais épuisé et un environnement de demande plus morose sur certains marchés.
1.2. L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement renforcé
L'UE est un exportateur net structurel de vins mousseux, et cet avantage s'est accentué sur la période. L'excédent commercial est passé de 3,09 milliards € en 2015 à 4,88 milliards € en 2025 (+57,8 %). Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de −49 % à −87 %, confirmant que l'UE absorbe un volume marginal de mousseux extra-UE par rapport à ce qu'elle exporte. Parallèlement, le taux de propension à l'exportation a progressé de 33,6 % à 47,0 %, signe que près d'une bouteille de mousseux produite dans l'UE sur deux est désormais destinée à un marché tiers.
1.3. La production européenne a connu une premiumisation marquée
La production de vins mousseux dans l'UE a suivi une trajectoire de croissance orientée vers la valeur plutôt que vers le volume. En quantité, la production est passée de 1,43 milliard d'unités en 2015 à 1,55 milliard en 2024 (+8,4 %), tandis que sa valeur a bondi de 8,23 milliards € à 10,95 milliards € (+33,1 %) (Production). Le prix moyen à la production est ainsi passé de 5,74 € à 7,05 € par unité (+22,8 %), reflétant un mouvement prononcé de premiumisation de l'offre européenne.
2. Le Prosecco, moteur d'une mutation structurelle de l'offre européenne
2.1. L'Italie a plus que doublé ses exportations aux côtés d'une France toujours dominante
La France demeure de loin le premier exportateur de vins mousseux de l'UE, avec 2,80 milliards € en 2025 (+34,4 % par rapport à 2015). Toutefois, c'est l'Italie qui a connu la progression la plus spectaculaire, avec des exportations passant de 692 millions € à 1,49 milliard € (+115,5 %) :
| Pays exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation 2015–2025 | Part en 2025 |
|---|---|---|---|---|
| France | 2 079 | 2 795 | +34,4 % | 56,7 % |
| Italie | 692 | 1 491 | +115,5 % | 30,2 % |
| Espagne | 211 | 262 | +23,8 % | 5,3 % |
| Belgique | 11 | 114 | +953,8 % | 2,3 % |
| Pays-Bas | 32 | 67 | +113,2 % | 1,4 % |
| Lettonie | 26 | 79 | +206,1 % | 1,6 % |
Le duo France–Italie concentre ainsi près de 87 % des exportations extra-UE de vins mousseux. Les indicateurs de spécialisation à l'export confirment cette domination : la France affiche un indice de spécialisation (RSCA) de 0,73 et l'Italie de 0,58, contre 0,21 pour l'Espagne.
2.2. Le Prosecco a doublé de volume et de valeur en huit ans
La trajectoire du Prosecco AOP (NC 22041015) illustre de façon emblématique la mutation de l'offre européenne. Les données disponibles à partir de 2017 montrent des exportations passant de 635 millions € à 1,28 milliard € en 2025, soit un doublement (Répartition par produit) :
| Segment | Première année dispo. | Valeur initiale (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation | Volume 2025 (k t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Prosecco AOP | 2017 | 635 | 1 281 | +101,5 % | 298 | 4 297 |
| Champagne AOP | 2015 | 2 010 | 2 712 | +34,9 % | 82 | 33 134 |
| Cava AOP | 2017 | 180 | 182 | +1,4 % | 46 | 3 970 |
| Asti spumante | 2015 | 79 | 125 | +58,0 % | 29 | 4 322 |
| Autres AOP | 2015 | 782 | 243 | −68,9 % | 35 | 6 913 |
En volume, le Prosecco est devenu le premier segment exporté avec 298 000 tonnes en 2025, loin devant le Champagne (82 000 tonnes). L'écart de prix demeure considérable : le Champagne s'exporte à un prix moyen de 33 134 €/tonne, contre seulement 4 297 €/tonne pour le Prosecco. Les dynamiques de croissance diffèrent fondamentalement : le Champagne a progressé quasi exclusivement par la hausse des prix (+45 % par tonne sur la période), alors que le Prosecco a connu une expansion à la fois en volume (+83 %) et en prix (+10 %).
2.3. Le marché des importations extra-UE demeure marginal mais s'est diversifié
Les importations extra-UE de vins mousseux restent très modestes par rapport aux exportations : 53 millions € en 2025, soit à peine 1 % de la valeur exportée. L'indicateur de concentration (HHI) des importations a chuté de 2 153 à 1 192 (−44,7 %), passant d'un niveau de concentration modérée à un niveau faible. Le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur (11,8 M€), suivi de l'Afrique du Sud (8,0 M€), de la Moldavie (4,6 M€) et de l'Argentine (3,5 M€). Le Champagne constitue le principal segment importé par sa valeur (22,6 M€ en 2025).
3. Chocs exogènes, volatilité et vulnérabilités géographiques
3.1. Le Brexit a provoqué un effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni
Le choc structurel le plus marquant de la période concerne les flux entre l'UE et le Royaume-Uni à la suite du Brexit. Les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 4 806 tonnes en 2020 à 594 tonnes en 2021 (−87,7 %), avec un coefficient de volatilité de 0,76, le plus élevé de tous les partenaires. Les prix moyens ont simultanément bondi de 4 387 €/t à 16 224 €/t, le commerce résiduel portant désormais sur des produits à très forte valeur ajoutée. L'anomalie détectée présente une abnormalité de 17,5 et un décalage de prix de +234,7 %.
Du côté des exportations vers le Royaume-Uni, le coefficient de variation n'est que de 0,04, ce qui indique une remarquable stabilité. Le Royaume-Uni est resté le deuxième marché d'exportation de l'UE (1,08 milliard € en 2025), mais sa part relative est passée de 27,7 % à 21,9 %, les États-Unis l'ayant supplanté dès 2016 comme premier débouché.
3.2. Plusieurs chocs de prix et de volume ont été identifiés sur les partenaires d'approvisionnement
L'analyse des événements de choc a mis en évidence plusieurs perturbations significatives :
-
Moldavie (2022) : un choc de prix d'une abnormalité de 46, avec une hausse de 37,3 % par rapport à la baseline. Les importations moldaves ont connu une trajectoire ascendante continue, passant de 428 000 € en 2015 à 4,59 M€ en 2025 (+973 %), reflétant l'intégration croissante de la Moldavie dans les échanges UE.
-
Argentine (2021) : un choc de volume avec un doublement des importations (de 384 à 1 094 tonnes), suivi d'un retour vers la baseline dès 2023. Le prix a simultanément augmenté de 19,5 %.
-
États-Unis (2022) : un choc de prix à l'exportation, avec une hausse de 23,9 % portant le prix moyen à 8 534 €/t, probablement lié à la forte demande post-pandémique et à la premiumisation sur le marché américain.
3.3. La volatilité des fournisseurs est très hétérogène
Les coefficients de variation des volumes importés révèlent une forte hétérogénéité de la stabilité des partenaires d'approvisionnement :
| Partenaire | CV des importations | Niveau de volatilité |
|---|---|---|
| États-Unis | 0,93 | Très volatile |
| Royaume-Uni | 0,76 | Très volatile |
| Géorgie | 0,61 | Volatile |
| Moldavie | 0,59 | Volatile |
| Ukraine | 0,58 | Volatile |
| Argentine | 0,45 | Modéré |
| Chili | 0,40 | Modéré |
| Nouvelle-Zélande | 0,24 | Stable |
| Suisse | 0,24 | Stable |
| Afrique du Sud | 0,14 | Très stable |
Du côté des exportations, le Royaume-Uni (CV = 0,04), la Suisse (0,08) et le Japon (0,12) constituent les marchés les plus stables, tandis que l'Ukraine (0,66), le Mexique (0,39) et la Russie (0,38) présentent une volatilité plus marquée. Notamment, l'Ukraine a connu une progression spectaculaire de ses importations de mousseux européens, passant de 1 861 tonnes en 2015 à 14 622 tonnes en 2025 (+686 %), bien que le conflit armé ait introduit une incertitude structurelle sur ce flux.
La Russie, qui représentait 2,6 % des exportations extra-UE en 2015 (80 M€), a vu sa part grimper à 5,4 % en 2025 (265 M€), avec un pic à 322 M€ en 2022, ce qui interroge sur la persistance de ces flux dans un contexte géopolitique tendu.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché des vins mousseux produits à partir de raisins frais s'est caractérisé par trois dynamiques majeures. Premièrement, l'UE a renforcé sa position de superpuissance exportatrice, avec un excédent commercial près de doublé (+57,8 %) et une propension à l'exportation passant d'un tiers à près de la moitié de la production. Deuxièmement, la montée en puissance du Prosecco, portée par l'Italie, a profondément recomposé l'offre européenne, faisant de ce segment le premier en volume et le principal moteur de croissance, au détriment relatif du Champagne dont la progression repose désormais quasi exclusivement sur la hausse des prix. Troisièmement, le marché a été marqué par des chocs exogènes significatifs — pandémie de COVID-19, Brexit, tensions géopolitiques — auxquels le secteur a fait preuve d'une résilience globale, bien que le pic d'exportations de 2022 n'ait pas été retrouvé en 2025. La diversification géographique des partenaires commerciaux, tant à l'export qu'à l'import, constitue un atout structurel pour la stabilité du secteur dans les années à venir.