Évolution du marché : Vin mousseux (CN 220410) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les vins mousseux produits à partir de raisins frais (code nomenclature combinée 220410) sur la période 2015-2025. Les données révèlent une dynamique globale très favorable, marquée par une forte croissance des exportations qui consolide la position de l'UE en tant qu'exportateur net dominant sur le marché mondial. Cette période est également caractérisée par une diversification géographique et structurelle des échanges, ainsi que par des chocs spécifiques sur certains marchés. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données fournies, en mettant en lumière les principaux mouvements et leur interprétation.
Une croissance robuste et déséquilibrée des échanges
La période 2015-2025 se distingue par une expansion marquée des exportations de l'UE, dans un contexte où les importations restent à un niveau négligeable en comparaison. Cette croissance a permis à l'UE de renforcer considérablement son excédent commercial dans le secteur.
Une expansion spectaculaire des exportations
Les exportations de l'UE en valeur ont connu une hausse de 57,5 % entre 2015 et 2025, passant de 3,13 milliards d'euros à 4,93 milliards d'euros (Évolution du commerce). En volume (en tonnes), l'augmentation est de 48,7 %, passant de 410 225 tonnes à 610 105 tonnes, atteignant un pic à 649 368 tonnes en 2024. Les prix moyens à l'exportation sont restés relativement stables, avec une hausse modérée de 5,9 % sur la période.
Un excédent commercial en forte augmentation
L'excédent commercial de l'UE pour les vins mousseux a suivi la trajectoire des exportations, avec une progression de 57,8 % entre 2015 et 2025, pour atteindre près de 4,88 milliards d'euros. Ce déséquilibre structurel est confirmé par l'indicateur de dépendance nette aux importations, qui est profondément négatif et s'est accentué, passant de -49,2 % à -87,1 %, soulignant la très forte spécialisation exportatrice de l'UE (Dépendance nette aux importations).
Des importations marginales mais en hausse de valeur
Les importations de l'UE, bien que modestes en volume par rapport aux exportations (6 233 tonnes en 2025 contre 610 105 tonnes à l'export), ont vu leur valeur augmenter de 35,3 % pour atteindre 53,5 millions d'euros. Cette hausse s'explique principalement par une augmentation importante des prix moyens à l'importation (+40,8 %), tandis que les volumes importés ont légèrement reculé de 3,9 %. Cela suggère une orientation vers des produits importés de plus grande valeur, comme en témoignent les prix unitaires très élevés du champagne importé (voir section 3).
Tableau récapitulatif des échanges UE (2015 vs. 2025)
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 3 132 | 4 933 | +57,5 |
| Exportations (volume, ktonnes) | 410 | 610 | +48,7 |
| Importations (valeur, M€) | 39,5 | 53,5 | +35,3 |
| Importations (volume, ktonnes) | 6,5 | 6,2 | -3,9 |
| Solde commercial (M€) | 3 093 | 4 880 | +57,8 |
Diversification géographique et montée de nouveaux partenaires
L'analyse des flux par pays révèle à la fois une concentration sur des marchés historiques et l'émergence de nouveaux partenaires dynamiques, entraînant une diversification globale des échanges.
Les partenaires d'exportation : domination des marchés matures, forte croissance en Asie et Amérique du Nord
Les États-Unis restent le premier partenaire d'exportation de l'UE, avec une valeur qui a augmenté de 60,5 % pour dépasser 1,33 milliard d'euros. Le Japon (+87,7 %), le Canada (+96,3 %) et l'Australie (+68,7 %) ont connu des croissances encore plus marquées. Parallèlement, le Royaume-Uni, malgré le Brexit, a conservé sa position de deuxième client avec une progression de 24,5 % (Principaux partenaires d'exportation).
Une concentration des exportations en baisse
L'indice de concentration HHI pour les exportations a diminué de 1664 à 1422 entre 2015 et 2025, indiquant une diversification progressive des marchés de destination (Concentration HHI). La part de la Russie a significativement augmenté (+229 %), bien que depuis un niveau initial bas.
Des sources d'importation diversifiées mais volatiles
Les importations de l'UE proviennent d'un panel plus diversifié. Si le Royaume-Uni reste le premier fournisseur (malgré une baisse de 28 %), des partenaires comme l'Argentine (+192,8 %), l'Afrique du Sud (+83,8 %) et la Moldavie (+972,5 %) ont connu des hausses spectaculaires. Cette dernière a notamment fait l'objet d'un choc de prix important en 2022 (voir section 3). La concentration des importations (HHI) a fortement chuté de 2153 à 1192, témoignant d'une plus grande dispersion des approvisionnements.
Tableau : Principaux partenaires d'exportation de l'UE (2025)
| Pays | Valeur export (M€) | Part (%) | Évolution 2015-2025 (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 1 332 | 27,0 | +60,5 |
| Royaume-Uni | 1 080 | 21,9 | +24,5 |
| Japon | 376 | 7,6 | +87,7 |
| Suisse | 244 | 4,9 | +38,8 |
| Canada | 180 | 3,6 | +96,3 |
| Australie | 168 | 3,4 | +68,7 |
| Russie | 265 | 5,4 | +229,0 |
Évolution structurelle des segments de produits et de la production
Le marché des vins mousseux de l'UE est profondément marqué par la domination du Champagne et la montée en puissance du Prosecco, au sein d'une production en forte expansion.
Une production européenne en très forte croissance
La production de l'UE (hors accises) a connu une augmentation exceptionnelle, tant en volume (+601,8 %) qu'en valeur (+221,1 %) entre 2015 et 2025 (Volumes de production). Cette dynamique est largement portée par la montée en puissance des appellations comme le Prosecco et le Champagne.
Le Champagne conserve sa primauté en valeur, le Prosecco domine en volume à l'export
À l'exportation, le Champagne (CN 22041011) reste le produit phare en valeur, représentant 2,71 milliards d'euros en 2025 (soit 55 % de la valeur totale), avec un prix moyen de 33 134 €/t. En volume, c'est le Prosecco (CN 22041015) qui domine nettement avec 298 047 tonnes exportées (49 % du volume total), pour une valeur de 1,28 milliard d'euros. Le Prosecco a connu une croissance fulgurante, sa part dans les exportations en volume passant de 0 % (données non disponibles) à près de la moitié du total.
Une spécialisation géographique très marquée au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation (RSCA) en 2025 montre une hiérarchie claire : la France (RSCA 0,734) et l'Italie (0,582) sont nettement spécialisées dans l'exportation de vins mousseux, suivies par l'Espagne (0,208) (Spécialisation des rapporteurs). À l'inverse, des pays comme la Pologne, la Roumanie ou l'Irlande présentent une très faible spécialisation (RSCA proche de -1), indiquant qu'ils importent relativement plus qu'ils n'exportent ce produit.
Tableau : Principaux segments à l'exportation de l'UE (2025)
| Segment (Code NC) | Valeur (M€) | Volume (tonnes) | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|
| Champagne (22041011) | 2 712 | 81 860 | 33 134 |
| Prosecco (22041015) | 1 281 | 298 047 | 4 297 |
| Cava (22041013) | 182 | 45 892 | 3 970 |
| Vins mousseux hors cépages (22041098) | 319 | 103 039 | 3 096 |
| Autres AOP (22041093) | 243 | 35 183 | 6 913 |
Conclusion
Le marché des vins mousseux (CN 220410) pour l'Union européenne sur la période 2015-2025 se caractérise par une trajectoire de croissance dynamique et une consolidation du rôle de l'UE comme exportateur net majeur. La hausse de 57,5 % de la valeur des exportations, portée par la demande des marchés américain, britannique et japonais, a creusé un excédent commercial considérable. Cette période a été marquée par une double évolution structurelle : géographique, avec une diversification accrue des partenaires commerciaux, et sectorielle, avec l'ascension fulgurante du Prosecco en volume à l'export, aux côtés d'un Champagne qui conserve sa prééminence en valeur. Malgré une production européenne en très forte expansion et une spécialisation prononcée de la France et de l'Italie, le secteur a fait face à certains chocs de prix sur des marchés spécifiques, sans remettre en cause sa dynamique positive globale. La faiblesse et la volatilité des importations confirment la position dominante de l'industrie viticole européenne sur ce segment de marché mondial.