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Évolution du marché : vins en vrac (CN 220429) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 220429 couvre les vins de raisins frais — y compris les vins enrichis en alcool et les moûts dont la fermentation a été arrêtée par adjonction d'alcool — conditionnés en récipients d'une contenance supérieure à 10 litres, à l'exclusion des vins mousseux. Il s'agit par essence du segment du vin en vrac, c'est-à-dire du vin destiné au négoce international, à la mise en bouteille différée ou à l'assemblage industriel.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes. Trois dynamiques majeures se dégagent de l'analyse des données : une contraction sévère des volumes échangés qui s'accompagne d'un retournement historique du solde commercial européen ; une redistribution géographique spectaculaire des flux, tant à l'import qu'à l'export ; et enfin des transformations structurelles au sein même des segments de produits qui révèlent un repositionnement de la filière viticole européenne sur la scène internationale.


1. Une contraction profonde des échanges masquant un retournement historique du solde commercial

1.1. Les volumes échangés ont reculé de près de 30 % à l'export et de plus de 40 % à l'import

Entre 2015 et 2025, les deux faces du commerce extérieur européen en vins en vrac ont connu un recul marqué, mais celui-ci s'est avéré nettement plus prononcé côté importations. Les exportations ont perdu 29,7 % de leur volume (passant de 452 384 à 318 187 tonnes) et 29,8 % de leur valeur (de 402,6 M€ à 282,8 M€), tandis que les importations ont chuté de 42,6 % en volume (de 493 024 à 283 187 tonnes) et de 39,4 % en valeur (de 440,1 M€ à 266,8 M€).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — valeur (M€) 402,6 282,8 −29,8 %
Exportations — volume (kt) 452 318 −29,7 %
Exportations — prix moyen (€/t) 890 889 −0,1 %
Importations — valeur (M€) 440,1 266,8 −39,4 %
Importations — volume (kt) 493 283 −42,6 %
Importations — prix moyen (€/t) 893 942 +5,6 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Un contraste notable apparaît dans l'évolution des prix moyens : alors que le prix à l'export est resté quasiment stable (890 → 889 €/t), le prix à l'import a progressé de 5,6 % (893 → 942 €/t). L'Union européenne importe donc un vin en vrac de plus en plus cher, ce qui participe au recul de la demande importatrice.

1.2. L'Union européenne est passée d'une position d'importatrice nette à un léger excédent

Le changement le plus remarquable de la période concerne le solde commercial. En 2015, l'UE affichait un déficit de 37,5 M€ sur les vins en vrac : elle importait plus qu'elle n'exportait. En 2025, le solde s'est redressé pour atteindre +16,0 M€, signant le passage à une position d'exportatrice nette. L'amplitude du retournement est considérable : le solde a varié entre un creux de −104,5 M€ et un pic de +16,0 M€ sur la période.

Ce basculement s'explique par le fait que la contraction des importations (−39,4 %) a été beaucoup plus forte que celle des exportations (−29,8 %). L'UE a donc réduit ses achats de vin en vrac sur le marché mondial plus rapidement qu'elle n'a réduit ses ventes, ce qui a mécaniquement amélioré sa position commerciale.

1.3. Une production intérieure en forte croissance face à une propension à l'export en recul

Les données de production révèlent une hausse considérable de la production européenne de vins en vrac : le volume a progressé de 183 % et la valeur de 122,7 % entre la première et la dernière année de la période. Cette croissance, bien supérieure à celle des échanges, traduit un développement de la consommation intérieure et du conditionnement intra-européen.

Dans le même temps, la propension à l'export — c'est-à-dire la part de la production destinée à l'exportation — a chuté de 33,9 % à 15,4 % (−54,5 %). Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport des échanges au PIB sectoriel) est passée de 34,3 % à 20,2 % (−41,1 %). L'industrie européenne du vin en vrac s'autonomise progressivement vis-à-vis des marchés internationaux.


2. Une redistribution géographique des flux entre déclin des marchés traditionnels et percées vers de nouveaux horizons

2.1. Les débouchés russe et chinois se sont effondrés tandis que les marchés africains ont émergé comme relais de croissance

Côté exportations, la reconfiguration des partenaires est saisissante. Le Royaume-Uni, premier débouché en 2015 avec 85,5 M€, a vu ses importations de vin en vrac européen divisées par plus de deux (−54,9 %, à 38,6 M€), sous l'effet combiné du Brexit et de la réorientation des flux commerciaux. La Fédération de Russie a subi un effondrement quasi total (−98,3 %, de 37,1 M€ à 0,6 M€), conséquence directe des sanctions commerciales. La Chine a également fortement reculé (−83,1 %, de 23,3 M€ à 3,9 M€).

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 85,5 38,6 −54,9 %
Suisse 69,1 45,5 −34,2 %
Côte d'Ivoire 10,8 46,5 +331,8 %
Angola 22,9 31,1 +35,7 %
Canada 17,8 18,9 +6,5 %
Féd. de Russie 37,1 0,6 −98,3 %
Chine 23,3 3,9 −83,1 %

À l'inverse, deux marchés africains ont émergé comme des relais de croissance majeurs. La Côte d'Ivoire a multiplié ses achats par 4,3 (de 10,8 M€ à 46,5 M€, soit +331,8 %), devenant en 2025 le premier débouché de l'UE en valeur devant la Suisse et le Royaume-Uni. L'Angola a également progressé (+35,7 %, de 22,9 M€ à 31,1 M€). Cette dynamique traduit la montée en puissance de la demande africaine pour les vins conditionnés en vrac, portée par la croissance démographique et l'urbanisation rapide du continent. La Suisse et le Canada demeurent des partenaires relativement stables.

Les chocs de prix détectés sur ces relations bilatérales confirment les tensions : un choc significatif a été identifié sur les exportations vers l'Angola en 2022 (hausse de prix de 35,5 %, indice d'anormalité de 37,8) et vers la Côte d'Ivoire en 2018 (+41,5 %), reflétant les ajustements brutaux de ces marchés émergents.

2.2. À l'import, tous les fournisseurs historiques ont reculé, à l'exception notable de la Nouvelle-Zélande

Du côté des importations, le constat est celui d'un reflux quasi généralisé des fournissseurs de l'hémisphère sud.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Afrique du Sud 108,4 56,2 −48,1 %
États-Unis 90,4 49,9 −44,8 %
Chili 87,5 48,5 −44,6 %
Australie 60,1 47,3 −21,3 %
Nouvelle-Zélande 13,9 34,8 +150,2 %
Macédoine du Nord 21,2 7,5 −64,6 %
Argentine 18,2 6,2 −65,8 %

L'Afrique du Sud, premier fournisseur, a perdu près de la moitié de ses exportations vers l'UE (−48,1 %). Les États-Unis (−44,8 %), le Chili (−44,6 %) et l'Argentine (−65,8 %) ont connu des reculs comparables. L'Australie, avec −21,3 %, résiste un peu mieux.

La Nouvelle-Zélande fait figure d'exception remarquable : ses exportations vers l'UE ont été multipliées par 2,5 (+150,2 %, de 13,9 M€ à 34,8 M€). Ce bond s'explique notamment par le succès croissant des vins blancs de cépages néo-zélandais (notamment le Sauvignon Blanc) sur le marché européen, segment dans lequel la Nouvelle-Zélande dispose d'un avantage comparatif fort. Un choc de prix a été détecté sur les importations en provenance d'Afrique du Sud en 2019 (+20,1 %), coïncidant avec les effets de la sécheresse qui avait frappé la région du Cap.

2.3. L'Espagne s'impose comme premier exportateur européen face au recul de l'Italie et de l'Allemagne

L'analyse par pays membre révèle un rééquilibrage significatif au sein de l'UE.

Exportations :

Pays 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Espagne 108,4 121,1 +11,7 %
Italie 121,8 59,2 −51,4 %
France 92,3 52,9 −42,7 %
Portugal 27,9 29,5 +5,8 %
Allemagne 22,6 4,1 −81,9 %
Pays-Bas 9,0 2,1 −76,6 %
Hongrie 3,3 4,0 +21,5 %

L'Espagne a consolidé sa position de premier exportateur européen de vins en vrac (+11,7 %), tandis que l'Italie a vu ses exportations divisées par deux (−51,4 %). La France a reculé de 42,7 %. L'Allemagne et les Pays-Bas, qui servaient vraisemblablement de plates-formes de réexportation, ont vu leurs volumes s'effondrer (respectivement −81,9 % et −76,6 %). Seuls le Portugal (+5,8 %) et la Hongrie (+21,5 %) ont maintenu ou accru leur présence à l'export.

Du côté des importations intra-UE, l'Italie (−96,0 %, de 57,4 M€ à 2,3 M€) et la Suède (−88,5 %, de 72,0 M€ à 8,3 M€) ont connu des baisses vertigineuses, tandis que la Belgique (+58,4 %), la France (+10,0 %) et le Danemark (+9,7 %) ont accru leurs achats de vins en vrac hors UE. L'Allemagne demeure le premier importateur (101,0 M€ en 2025), malgré un recul de 24,7 %.

L'analyse de la spécialisation confirme cette géographie : l'Espagne (RSCA = 0,78) et l'Italie (RSCA = 0,52) disposent des avantages comparatifs les plus forts dans le vin en vrac, suivies de la France et de la Hongrie (RSCA = 0,27). À l'inverse, les pays du Nord de l'Europe (Pologne, pays baltes, Finlande) n'ont aucune spécialisation dans ce segment.

La concentration des échanges (indice HHI) est restée modérée, de l'ordre de 1 635 côté importations et 1 011 côté exportations en 2025. Les exportations se sont légèrement diversifiées par la valeur (HHI en baisse de 1 171 à 1 011, soit −13,6 %), mais les importations restent concentrées sur un nombre limité de fournisseurs.


3. Des mutations segmentaires révélatrices d'un repositionnement de la filière

3.1. L'effondrement des importations de vins à appellation d'origine non européens constitue la rupture la plus marquante

L'analyse par segment de produit fait apparaître un phénomène spectaculaire côté importations : l'effondrement des vins portant une appellation d'origine protégée (AOP) ou une indication géographique protégée (IGP) en provenance de pays tiers.

Segment (import) 2015 (t) 2025 (t) Variation
Cépages non-UE, sans AOP/IGP (22042996) 140 986 87 173 −38,2 %
Blancs cépages non-UE, sans AOP/IGP (22042995) 93 636 106 982 +14,2 %
Autres vins non-UE (22042998) 95 944 44 433 −53,7 %
Blancs non-UE, hors cépages (22042997) 41 643 29 644 −28,8 %
Non-UE avec AOP ou IGP (22042994) 82 421 7 859 −90,5 %
Non-UE AOP/IGP — catégorie (22042993) 35 099 6 534 −81,4 %

Le segment 22042994 (vins non européens à appellation) a perdu 90,5 % de son volume, passant de 82 421 à seulement 7 859 tonnes. L'ensemble des vins à AOP/IGP hors UE (22042993 et 22042994 combinés) est passé de 117 520 à 14 393 tonnes, soit un effondrement de 87,8 %. Ce mouvement suggère que les vins à appellation d'origine non européenne sont de plus en plus mis en bouteille dans leur pays d'origine avant d'être exportés, plutôt que d'être expédiés en vrac pour un conditionnement ultérieur en Europe.

À l'inverse, le segment des vins blancs de cépages non européens sans AOP/IGP (22042995) a résisté (+14,2 %, de 93 636 à 106 982 tonnes), devenant le premier segment importateur en volume. Sa progression, tirée notamment par les vins néo-zélandais, s'accompagne d'une hausse des prix (de 918 à 1 079 €/t, soit +17,5 %), ce qui traduit une demande solide et un positionnement premium de ces vins blancs aromatiques.

3.2. À l'export, les vins blancs non qualifiés ont perdu les deux tiers de leur volume au profit des vins de cépages

Du côté des exportations, le paysage segmentaire s'est lui aussi profondément transformé.

Segment (export) 2015 (t) 2025 (t) Variation Prix 2015 (€/t) Prix 2025 (€/t)
UE rouge, sans AOP/IGP (22042984) 181 376 187 598 +3,4 % 524 621
UE blanc, hors cépages (22042983) 100 882 34 911 −65,4 % 409 746
UE IGP non-blanc (22042980) 39 677 22 673 −42,9 % 1 377 1 370
UE blanc cépages sans AOP/IGP (22042981) 7 009 17 062 +143,5 % 918 913
UE rouge cépages sans AOP/IGP (22042982) 15 399 16 617 +7,9 % 792 834
UE blanc IGP (22042979) 24 457 13 122 −46,3 % 1 297 1 396

Le segment dominant est constitué par les vins rouges européens sans AOP/IGP (22042984), qui ont légèrement progressé (+3,4 %) et représentent à eux seuls plus de la moitié des exportations en volume. En revanche, le segment des vins blancs européens non qualifiés par cépage (22042983) a perdu 65,4 % de son volume, passant de 100 882 à 34 911 tonnes.

Ce déclin a été partiellement compensé par la forte croissance des vins blancs de cépages sans AOP/IGP (22042981), dont le volume a été multiplié par 2,4 (+143,5 %, de 7 009 à 17 062 tonnes). Ce transfert d'un segment vers l'autre traduit une sophistication progressive de l'offre d'exportation européenne : les acheteurs internationaux recherchent de plus en plus des vins identifiés par leur cépage plutôt que des vins blancs génériques.

Les segments IGP (22042980 et 22042979) ont tous deux reculé (respectivement −42,9 % et −46,3 %), mais conservent des prix nettement supérieurs (1 370 et 1 396 €/t en 2025, contre 621 €/t pour le rouge générique), ce qui en fait des segments de valeur pour l'exportation européenne.

3.3. La dynamique des prix révèle un écartement entre segments à forte et à faible valeur ajoutée

L'examen des volatilités bilatérales confirme que certaines relations commerciales sont particulièrement instables. À l'import, les coefficients de variation les plus élevés concernent le Kosovo (1,32), l'Argentine (0,98) et l'Ukraine (0,98), tandis qu'à l'export, la Fédération de Russie (1,17), la Chine (0,86) et la Norvège (0,83) affichent les plus fortes fluctuations. L'Australie (0,09) et le Japon (0,16) se distinguent par leur stabilité.

Les écarts de prix entre segments se sont creusés au fil de la période :

  • Segments premium : les vins IGP à l'export conservent des prix autour de 1 370–1 400 €/t, stables sur la décennie. Ce positionnement élevé permet à ces volumes modestes de contribuer de manière disproportionnée à la valeur des exportations.
  • Segments intermédiaires : les vins de cépages sans AOP/IGP se situent dans une fourchette de 830–910 €/t, avec une relative stabilité.
  • Segment de base : les vins rouges européens sans qualification (22042984), qui dominent les volumes, ont vu leur prix progresser de 524 à 621 €/t (+18,5 %), un mouvement qui peut refléter à la fois la hausse des coûts de production et un ajustement qualitatif à la marge.

Du côté des importations, la convergence des prix entre les différents segments est moins nette, mais le renchérissement global (+5,6 % sur le prix moyen) pèse sur la compétitivité des vins en vrac importés face à une production européenne en croissance.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du vin en vrac (CN 220429) a connu une triple mutation. D'abord, l'Union européenne est passée d'une position de déficit commercial de 37,5 M€ à un excédent de 16,0 M€, portée par une contraction des importations plus forte que celle des exportations et par une production intérieure en forte expansion. Ensuite, la géographie des échanges a été profondément remodelée : la perte des marchés russe et chinois à l'export et des fournisseurs historiques à l'import a été partiellement compensée par la percée des marchés africains (Côte d'Ivoire, Angola) et la montée en puissance de la Nouvelle-Zélande. Enfin, les segments de produits se sont restructurés avec un effondrement des vins à appellation tiers à l'import, un déclin des blancs génériques à l'export et une montée en gamme progressive des vins identifiés par cépage.

Ces tendances dessinent une industrie européenne du vin en vrac plus autonome, moins dépendante des échanges internationaux et orientée vers un positionnement de plus en plus différencié. La propension à l'export ayant chuté de 33,9 % à 15,4 %, l'essentiel de la production est désormais absorbé par le marché intérieur ou le conditionnement intra-européen. Les principaux risques résident dans la volatilité persistante de certaines relations bilatérales (Afrique du Sud, Argentine, Côte d'Ivoire) et dans la concentration des volumes d'exportation sur un nombre limité de destinations et de segments à faible valeur ajoutée.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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