Explorer les données en direct

Évolution du marché : Vêtements et accessoires du vêtement, en bonneterie, de coton, pour bébés (sauf gants et bonnets) (CN 611120) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 611120 couvre les vêtements et accessoires du vêtement, en bonneterie, de coton, pour bébés (sauf gants et bonnets), un segment de marché caractérisé par une forte dépendance de l'Union européenne aux importations en provenance de pays tiers. Sur la période 2015–2025, les échanges commerciaux extra-UE de ce produit ont été marqués par trois dynamiques majeures : un rééquilibrage géographique des approvisionnements au détriment de la Chine et au profit de l'Asie du Sud, une série de chocs de prix liés aux tensions géopolitiques et à la pandémie de COVID-19, ainsi qu'un creusement de la dépendance de l'UE aux importations. Le présent rapport analyse ces évolutions à partir des données douanières disponibles, en s'attachant à identifier les ruptures structurelles et les tendances de fond qui ont façonné ce marché.


1. Le basculement des approvisionnements : de la Chine vers le Bangladesh et l'Inde

1.1 La Chine, fournisseur dominant en déclin continu

En 2015, la Chine était de loin le premier fournisseur de l'UE en vêtements bébé en coton, avec des importations d'une valeur de 544 millions d'euros. À l'horizon 2025, ce montant est tombé à 278 millions d'euros, soit une baisse de 48,8 % sur la période. Ce déclin n'a pas été linéaire : après une première phase de recul progressif entre 2015 et 2020 (de 544 M€ à 312 M€), les importations en provenance de Chine ont connu un rebond temporaire en 2022 (463 M€), avant de replonger à 262 M€ en 2024, leur niveau le plus bas de toute la période. Ce mouvement traduit à la fois une stratégie de diversification des donneurs d'ordres européens et la montée en gamme de certaines productions chinoises qui se repositionnent vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

En termes de quantités, la tendance est encore plus nette : les volumes importés de Chine ont chuté de 26 499 tonnes en 2015 à 14 640 tonnes en 2025, soit une contraction de 44,7 %. Les prix unitaires ont relativement résisté, passant de 20 539 €/t à 19 020 €/t (-7,4 %), ce qui suggère que les flux restants correspondent davantage à des produits à plus forte valeur unitaire.

Indicateur 2015 2020 2022 2025 Évolution 2015–2025
Valeur (M€) 544,3 311,6 462,7 278,5 −48,8 %
Quantité (t) 26 499 16 309 19 384 14 640 −44,7 %
Prix unitaire (€/t) 20 539 19 104 23 870 19 020 −7,4 %

1.2 Le Bangladesh, désormais premier fournisseur de l'UE

Le Bangladesh a supplanté la Chine pour devenir le premier fournisseur de l'UE sur ce segment. Les importations en provenance de Dhaka sont passées de 277 M€ en 2015 à 420 M€ en 2025, soit une progression de 51,6 %. Le pic a été atteint en 2022 avec 589 M€, année marquée par une forte inflation des prix unitaires. En quantités, les volumes en provenance du Bangladesh sont passés de 17 069 tonnes à 24 308 tonnes (+42,4 %), avec un pic à 28 183 tonnes en 2022.

L'Inde suit une trajectoire comparable, avec des importations passées de 156 M€ à 248 M€ (+59,0 %), et des volumes passés de 7 673 à 13 587 tonnes (+77,1 %). En 2025, l'Inde a consolidé sa position de troisième fournisseur, avec une croissance soutenue des quantités au cours des deux dernières années.

1.3 L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni après le Brexit

Le cas du Royaume-Uni illustre de manière frappante l'impact du Brexit sur les flux commerciaux. Entre 2015 et 2020, les importations de vêtements bébé en coton en provenance du Royaume-Uni étaient stables autour de 57–61 M€. Dès 2021, elles se sont effondrées à 19 M€, avant de se stabiliser autour de 13–15 M€ entre 2023 et 2025, soit une chute de 73,1 % par rapport à 2015. En quantités, la contraction est encore plus spectaculaire : de 10 170 tonnes en 2015 à seulement 405 tonnes en 2025 (−96,0 %). Ce phénomène s'explique par l'introduction de formalités douanières et de barrières non tarifaires dans le cadre du Trade and Cooperation Agreement.

Partenaire 2015 (M€) 2020 (M€) 2022 (M€) 2025 (M€) Variation 2015–2025
Bangladesh 277,1 350,5 589,5 420,1 +51,6 %
Chine 544,3 311,6 462,7 278,5 −48,8 %
Inde 155,8 171,9 263,4 247,8 +59,0 %
Turquie 62,5 73,2 98,4 40,7 −34,8 %
Royaume-Uni 56,8 60,9 17,1 15,3 −73,1 %
Cambodge 36,1 41,4 52,5 38,6 +6,8 %
Pakistan 17,4 33,0 38,7 23,2 +33,2 %

1.4 Une diversification des sources d'approvisionnement

L'indice de concentration HHI des importations est passé de 2 553 à 2 235 (−12,5 %), ce qui traduit un mouvement de diversification des approvisionnements. Si le marché reste relativement concentré autour de trois fournisseurs majeurs (Bangladesh, Chine et Inde représentent à eux trois près de 80 % des importations), la part du Bangladesh a progressé tandis que celle de la Chine a reculé, et des fournisseurs comme le Sri Lanka (de 18 M€ à 44 M€, +140 %) ou le Maroc (de 23 M€ à 32 M€) ont gagné en importance relative.


2. Chocs de prix et volatilité : les turbulences de 2022

2.1 Un choc de prix généralisé sur les importations en 2022

L'année 2022 a constitué un tournant pour le marché, avec un choc de prix simultané sur les trois principaux fournisseurs de l'UE :

  • Bangladesh : les prix unitaires ont bondi de 32,0 % par rapport à la moyenne 2020–2021, passant de 15 839 €/t à 20 915 €/t, tout en maintenant des volumes en hausse de 14 % (28 183 t vs. 24 718 t de moyenne).
  • Chine : hausse de prix de 22,6 % (de 19 462 à 23 870 €/t), avec des volumes en hausse de 12,1 %.
  • Inde : hausse de prix de 20,5 % (de 20 020 à 24 131 €/t), avec des volumes en hausse de 19,7 %.

Ce choc de prix généralisé s'inscrit dans le contexte post-COVID de hausse des coûts du transport maritime, de la flambée des prix du coton sur les marchés internationaux, et des tensions inflationnistes globales. La part de valeur représentée par ces trois partenaires dans les importations totales (37,5 % pour le Bangladesh, 36,3 % pour la Chine et 19,4 % pour l'Inde) a amplifié l'impact sur la facture d'importation globale de l'UE, qui a atteint 1 733 M€ en 2022, soit le niveau le plus élevé de la période d'analyse.

2.2 L'effondrement des exportations vers la Russie après 2022

Les exportations de l'UE vers la Fédération de Russie ont connu un choc d'une ampleur considérable à partir de 2022. Les volumes ont chuté de 520 tonnes (moyenne 2020–2021) à 144 tonnes en 2022 (−72,3 %), et les prix unitaires ont bondi de 179,4 % (de 21 352 à 38 310 €/t). En 2025, les volumes ne se sont pas redressés (92 tonnes), tandis que les prix continuent de progresser (59 492 €/t), suggérant que les seuls flux restants correspondent à des produits à très haute valeur ajoutée, probablement échappant aux restrictions les plus strictes.

2.3 Une volatilité hétérogène selon les partenaires

Les coefficients de variation des importations révèlent des profils de volatilité très différents selon les partenaires :

Partenaire CV des importations (volume) Interprétation
Bangladesh 0,14 Fournisseur stable
Inde 0,16 Fournisseur stable
Cambodge 0,18 Fournisseur relativement stable
Chine 0,23 Volatilité modérée
Turquie 0,21 Volatilité modérée
Pakistan 0,29 Volatilité marquée
Royaume-Uni 1,05 Très forte volatilité (choc Brexit)

Le Royaume-Uni présente un coefficient de variation de 1,05, le plus élevé de tous les partenaires, en raison de l'effondrement brutal des flux après le Brexit. Du côté des exportations, les Émirats arabes unis (CV = 0,81) et les États-Unis (CV = 0,80) affichent les volatilités les plus élevées, reflétant la nature intermittente et sensible aux conditions macroéconomiques des flux vers ces destinations.

2.4 Un pic d'exportations en 2022 suivi d'une correction

Les exportations de l'UE ont atteint un sommet en 2022 à 288 M€ et 13 212 tonnes, avant de se corriger à 228 M€ et 6 969 tonnes en 2025. Ce pic s'explique en partie par la forte inflation des prix (les prix moyens d'exportation avaient chuté à 21 765 €/t en 2022) et par un rattrapage post-COVID de la demande mondiale. La reprise des volumes à 6 969 tonnes en 2025, après le creux de 2024 (5 725 tonnes), indique une stabilisation progressive.


3. Une dépendance croissante de l'UE aux importations et une restructuration de la production européenne

3.1 Un déficit commercial structurel en creusement

Le déficit commercial de l'UE sur ce segment est considérable. En 2025, il s'établit à 976 M€, contre 1 110 M€ en 2015, soit une amélioration apparente de 12,1 %. Toutefois, cette amélioration masque une tendance préoccupante : le taux de dépendance nette aux importations est passé de 56,3 % en 2015 à 78,6 % en 2025, avec un pic à 82,6 % en 2019. Cette progression de 39,6 % signifie que la production intérieure de l'UE couvre une part décroissante de la consommation domestique.

Indicateur 2015 2019 2020 2022 2025
Déficit commercial (M€) −1 110 −1 086 −970 −1 445 −976
Taux de dépendance nette (%) 56,3 82,6 49,7 79,9 78,6
Production UE (M€) 369 256 1 089* 403 304

* Le pic de production à 1 089 M€ en 2020 semble correspondre à une anomalie statistique ou à une modification méthodologique, les données de fiabilité indiquant un arrondi important (9 M€).

3.2 Une production européenne en déclin tendanciel

La valeur de la production de l'UE a globalement baissé sur la période 2015–2025, passant de 369 M€ à 304 M€ (−21,7 %), si l'on exclut l'anomalie de 2020. Ce déclin reflète les difficultés structurelles de l'industrie textile européenne face à la concurrence des pays à bas coûts : charges salariales élevées, contraintes réglementaires et difficulté à maintenir des volumes compétitifs sur un segment à faible valeur ajoutée.

3.3 L'Espagne et la Pologne, moteurs de la spécialisation européenne

L'analyse de la spécialisation révèle une concentration géographique notable de la production au sein de l'UE. En 2025, les pays les plus spécialisés dans ce segment sont :

Pays RSCA RCA Part de la production UE Part des exportations UE
Espagne 0,599 3,990 23,1 % 5,8 %
Portugal 0,432 2,519 3,5 % 1,4 %
Pologne 0,373 2,192 14,6 % 6,6 %
Slovénie 0,176 1,426 1,4 % 1,0 %
Danemark 0,132 1,303 2,2 % 1,7 %

L'Espagne, avec un RSCA de 0,599 et un RCA de 3,99, domine la spécialisation de l'UE sur ce produit. Elle concentre 23,1 % de la production européenne et est le premier exportateur extra-UE (65 M€ en 2025). La Pologne affiche une trajectoire remarquable : ses exportations ont été multipliées par près de 5 entre 2015 (4,3 M€) et 2025 (21,2 M€), témoignant d'une montée en puissance de son industrie textile, tirée par des coûts compétitifs et une intégration dans les chaînes de valeur européennes.

3.4 Les importations se concentrent dans quelques États membres

Du côté des importateurs intra-UE, la France reste le premier importateur (242 M€ en 2025), suivie de l'Allemagne (185 M€) et de l'Espagne (181 M€). L'Italie accuse un recul marqué (−37,1 %, de 164 M€ à 103 M€). La Pologne, qui importait 25 M€ en 2015, en importe désormais 120 M€ (+370 %), ce qui s'explique à la fois par la croissance de sa propre consommation et par son rôle de plus en plus important de plateforme logistique et de réexportation au sein de l'UE.

3.5 Une concentration des exportations vers des marchés proches

Les exportations de l'UE restent orientées vers des marchés géographiquement proches ou à fort pouvoir d'achat. Le Royaume-Uni demeure le premier débouché (25,5 M€), mais en net recul (−25,5 %). La Suisse (28,1 M€) et la Turquie (19,1 M€, +177 %) complètent le trio de tête. La diversification des exportations s'est accrue, l'HHI des exportations étant passé de 832 à 580 (−30,3 %). La Serbie émerge comme un partenaire de plus en plus important (de 1,8 M€ à 10,8 M€, +517 %), ce qui peut s'expliquer par l'approfondissement de l'accord de stabilisation et d'association UE-Serbie et le rôle croissant du pays dans les chaînes d'approvisionnement textiles.


Conclusion

Le marché européen des vêtements bébé en coton (CN 611120) a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation. Premièrement, l'Asie du Sud — et en particulier le Bangladesh et l'Inde — a supplanté la Chine comme principale base d'approvisionnement, dans un mouvement de « China plus one » qui s'est accéléré après la pandémie. Deuxièmement, l'année 2022 a constitué un point de basculement, avec un choc de prix généralisé qui a temporairement porté la facture d'importation de l'UE à 1 733 M€, avant un retour partiel à la normale. Troisièmement, la dépendance structurelle de l'UE aux importations s'est creusée, le taux de dépendance nette passant de 56 % à 79 %, alors même que la production européenne poursuit son déclin tendanciel.

À l'horizon 2025, le marché se stabilise autour d'un volume d'importations de 64 693 tonnes et d'un déficit commercial de 976 M€, avec des prix d'importation en léger repli après le pic de 2022. La diversification géographique des approvisionnements (HHI en baisse de 12,5 %) et la montée en puissance de pôles de production intra-européens (Espagne, Pologne) constituent des tendances structurantes. Némoins, la vulnérabilité de l'UE reste élevée, comme en témoignent les chocs récents et l'ampleur persistante de la dépendance extérieure sur un segment de consommation essentiel.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.