Évolution du marché : Vaccins humains (CN 300241) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 300241, « Vaccins pour la médecine humaine », englobe l'ensemble des vaccins destinés à la médecine humaine, dont deux sous-catégories distinguées depuis 2022 : les vaccins contre les coronavirus du SARS-CoV (NC 30024110) et les autres vaccins (NC 30024190). L'Union européenne occupe une position structurelle de sur-exportateur net majeur sur ce segment, avec un excédent commercial qui demeure considérable malgré une forte contraction entre 2022 et 2025. Ce rapport analyse la trajectoire du commerce extérieur de l'UE sur cette nomenclature au cours de la période 2022–2025 (fenêtre complète disponible), en identifiant les dynamiques clés qui ont façonné l'évolution des flux, la structure géographique des échanges et la spécialisation productive intra-européenne.
Les données proviennent du Tableau de bord du commerce — Vue d'ensemble CN 300241.
1. L'effondrement post-pandémique : normalisation du commerce après l'essor des vaccins COVID-19
La dynamique dominante de la période 2022–2025 est celle d'une normalisation brutale après le pic exceptionnel lié à la campagne vaccinale mondiale contre la COVID-19. Les exportations de l'UE, qui représentaient 36,5 milliards d'euros en 2022, ont chuté à 16,8 milliards d'euros en 2025, soit un recul de −54,1 %. Les importations ont diminué de manière plus modérée, passant de 4,6 à 3,7 milliards d'euros (−18,8 %). L'excédent commercial s'est ainsi contracté de 31,9 milliards à 13,0 milliards d'euros (−59,2 %).
La chute des vaccins anti-COVID comme moteur principal du recul
La ventilation par sous-catégorie permet d'isoler précisément l'origine de ce recul. Les exportations de vaccins anti-SARS-CoV (NC 30024110) sont passées de 21,8 milliards d'euros en 2022 à seulement 2,4 milliards en 2025, soit une baisse de 89 %. En volume (unité supplémentaire), le déclin est tout aussi spectaculaire : de 1,4 milliard de doses exportées en 2022 à 117 millions en 2025. En parallèle, les vaccins classiques hors COVID (NC 30024190) ont connu une trajectoire nettement plus stable, voire légèrement croissante en volume (de 9 958 à 9 563 tonnes métriques exportées entre 2022 et 2025), confirmant que l'essentiel de la correction concerne le segment pandémique.
Exportations de l'UE par sous-catégorie (milliards €)
| Sous-catégorie | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Variation 2022–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Vaccins anti-SARS-CoV (30024110) | 21,8 | 10,1 | 5,3 | 2,4 | −89,1 % |
| Autres vaccins (30024190) | 15,2 | 19,3 | 18,2 | 14,4 | −5,2 % |
(Source : Segmentation par produit)
Un recul de valeur bien plus marqué que celui des volumes
L'analyse des prix unitaires révèle une amplification du choc de valeur par la baisse concomitante des prix. Les prix moyens à l'exportation ont chuté de −46,6 % sur la période, passant de 3,0 M€/t en 2022 à 1,6 M€/t en 2025. Ce déflation des prix vaccins reflète à la fois la disparition du surprix lié à l'urgence pandémique et la reprise de la concurrence entre producteurs. Du côté des importations, la tendance est inverse : le prix moyen a augmenté de 18,1 %, suggérant un rattachement de l'approvisionnement à des vaccins de plus grande valeur unitaire ou à des segments thérapeutiques plus spécialisés.
2. Restructuration géographique : concentration accrue et recomposition des partenaires clés
La contraction globale des flux s'accompagne d'une recomposition significative des partenaires commerciaux de l'UE, tant à l'import qu'à l'export. Certains marchés se replient fortement tandis que d'autres affichent une résilience notable.
Côté exportations : repli massif vers l'Asie et résistance du marché américain
Les États-Unis demeurent le premier partenaire à l'exportation tout au long de la période, avec des flux restant supérieurs à 8 milliards d'euros en 2025. Cependant, le déclin le plus spectaculaire concerne les flux vers l'Asie :
Principaux partenaires à l'exportation (milliards €)
| Partenaire | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Var. % |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 9,5 | 11,8 | 9,6 | 8,1 | −14,6 % |
| Japon | 6,8 | 1,9 | 1,2 | 0,5 | −92,4 % |
| Chine | 2,6 | 3,1 | 2,3 | 0,2 | −91,2 % |
| Royaume-Uni | 2,5 | 2,0 | 1,5 | 0,6 | −75,4 % |
| Brésil | 1,5 | 1,7 | 0,6 | 0,7 | −52,4 % |
| Vietnam | 0,5 | 0,4 | 0,6 | 0,6 | +5,8 % |
| Mexique | 0,4 | 0,3 | 0,3 | 0,6 | +35,7 % |
(Source : Principaux partenaires à l'exportation)
Le Japon et la Chine, qui absorbaient ensemble 9,4 milliards d'euros d'exportations vaccinales en 2022, n'en reçoivent plus que 0,7 milliard en 2025. Ce recul s'explique principalement par l'arrêt des commandes massives de vaccins COVID-19 et par le développement de capacités domestiques de production en Asie. À l'inverse, le Vietnam et le Mexique affichent une progression, signe d'une diversification géographique des débouchés vers des marchés émergents à forte demande vaccinale structurelle.
Côté importations : dépendance accrue envers les États-Unis
Les importations en provenance des États-Unis sont passées de 3,0 à 3,3 milliards d'euros (+6,9 %), consolidant la position dominante de ce fournisseur. En revanche, plusieurs partenaires traditionnels ont vu leurs livraisons vers l'UE s'effondrer :
| Partenaire | 2022 | 2025 | Var. % |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 3,0 Mds € | 3,3 Mds € | +6,9 % |
| Suisse | 434 M € | 42 M € | −90,4 % |
| Inde | 491 M € | 9 M € | −98,2 % |
| Afrique du Sud | 213 M € | 0,02 M € | −100,0 % |
| Canada | 122 M € | 179 M € | +46,8 % |
(Source : Principaux partenaires à l'importation)
L'Inde et l'Afrique du Sud, qui étaient des sources significatives d'importation en 2022 (probablement pour des vaccins COVID-19 produits sous licence ou des fill-and-finish), ont pratiquement disparu du tableau en 2025. La Suisse a également vu son rôle se réduire considérablement.
Concentration géographique en hausse sur les deux flux
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme cette tendance à la reconcentration. À l'importation, le HHI est passé de 4 596 à 7 589 (+65 %), un niveau indiquant un marché très concentré dominé par les États-Unis. À l'exportation, le HHI a doublé, passant de 1 196 à 2 463, traduisant la disparition de marchés secondaires et la consolidation relative du poids des principaux débouchés.
Évolution de la concentration (HHI, valeur)
| Flux | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Var. % |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations | 4 596 | 7 951 | 7 051 | 7 589 | +65,1 % |
| Exportations | 1 196 | 1 905 | 1 901 | 2 463 | +106,0 % |
(Source : Concentration HHI)
L'analyse de la volatilité par partenaire confirme que les flux vers les partenaires qui se sont effondrés (Afrique du Sud, Inde, Chine) présentaient les coefficients de variation les plus élevés (respectivement 1,99, 1,10 et 1,68 pour les importations), tandis que les partenaires structurels comme les États-Unis (CV = 0,08 à l'export) et le Royaume-Uni (CV = 0,10 à l'import) affichent des volumes beaucoup plus stables.
(Source : Volatilité et chocs)
3. Architecture productive intra-européenne : spécialisation concentrée et résilience du hors-COVID
La Belgique, hub vaccinal de l'Union européenne
Au sein de l'UE, la répartition de la production et des exportations est extrêmement inégalitaire. La Belgique domine massivement les exportations extra-européennes, avec 25,8 milliards d'euros en 2022 (soit 70 % du total de l'UE), un chiffre qui décline à 11,0 milliards en 2025 mais reste de loin le plus élevé. L'analyse de la spécialisation confirme cette position : en 2025, la Belgique affiche un indice RCA (avantage comparatif révélé) de 2,27 et un RSCA de 0,39, confirmant une spécialisation avancée. Seule l'Irlande affiche une spécialisation encore plus marquée (RCA = 16,78, RSCA = 0,89), ce qui s'explique par le poids de l'industrie pharmaceutique irlandaise dans le PIB du pays et la présence de grandes multinationales sur son territoire, combiné à une part relativement faible du commerce total.
Exportations intra-UE par État membre (milliards €)
| État membre | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Var. % |
|---|---|---|---|---|---|
| Belgique | 25,8 | 18,7 | 15,2 | 11,0 | −57,2 % |
| Pays-Bas | 3,3 | 3,2 | 2,8 | 1,2 | −64,1 % |
| Italie | 1,4 | 2,4 | 2,0 | 1,9 | +39,7 % |
| France | 1,9 | 2,1 | 2,1 | 1,4 | −28,1 % |
| Allemagne | 2,7 | 1,7 | 0,6 | 0,5 | −83,4 % |
| Irlande | 0,3 | 0,4 | 0,5 | 0,5 | +48,4 % |
(Source : Principaux exportateurs intra-UE)
L'Allemagne a connu un recul particulièrement marqué (−83 %), passant de 2,7 à 0,5 milliard d'euros, ce qui pourrait refléter la fin de la production de vaccins à messager (ARNm) BioNTech/Pfizer sur le territoire ou un redéploiement de la production. L'Italie et l'Irlande, en revanche, affichent des tendances à la hausse, suggérant des investissements productifs durables ou une captation de parts de marché.
Croissance des volumes de production européenne malgré la chute de valeur
Les données de production PRODCOM révèlent une dynamique contre-intuitive. En volume, la production européenne de vaccins a progressé de 50 millions à 85 millions d'unités entre 2021 et 2024 (+69,7 %). En valeur, elle a néanmoins reculé de 36,8 à 21,2 milliards d'euros (−42,3 %). Le prix unitaire de production est ainsi passé de 736 €/unité (2021, en pleine campagne vaccinale COVID) à 250 €/unité en 2024, reflétant le retour à un mix de vaccins dominé par les vaccins pédiatriques et saisonniers à moindre valeur unitaire.
(Source : Volumes de production)
Une dépendance nette à l'exportation qui s'accentue
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −167 % (2021) à −1 171 % (2024), des valeurs négatives indiquant que l'UE est structurellement exportatrice nette. Ce creusement considérable signifie que, rapportée à la production intérieure, la part des exportations excédentaires s'est amplifiée : l'UE produit beaucoup plus qu'elle ne consomme et écoule la majeure partie de sa production sur les marchés tiers. La propension à exporter a oscillé entre 89,5 % et 136,6 % avant de se stabiliser à 106,8 % en 2024, confirmant l'orientation très extravertie du secteur vaccinal européen.
(Source : Dépendance nette aux importations — Propension à exporter)
Conclusion
La période 2022–2025 marque avant tout le retour à un marché vaccinal « structurel » après l'épisode exceptionnel de la pandémie de COVID-19. Le recul de 54 % des exportations de l'UE est presque intégralement imputable à l'effondrement du segment anti-SARS-CoV (−89 % en valeur), tandis que les vaccins traditionnels ont maintenu un niveau d'activité proche de leurs tendances pré-pandémiques, voire légèrement supérieur en volume.
Ce réajustement s'est accompagné d'une reconcentration géographique des flux : les partenaires les plus volatils (Inde, Afrique du Sud, Chine) ont été les plus affectés, au profit d'une dépendance renforcée envers les États-Unis tant à l'import qu'à l'export. La production intra-européenne, dominée par la Belgique et de plus en plus par l'Irlande et l'Italie, montre une capacité productive en expansion en volume mais dont la valeur se normalise. L'UE demeure un acteur incontournable de la chaîne vaccinale mondiale, avec un excédent commercial de 13 milliards d'euros en 2025, mais l'architecture de ce commerce s'est profondément reconfigurée au sortir de la crise sanitaire. Les enjeux prospectifs portent sur la capacité du secteur européen à diversifier ses débouchés et à absorber les transitions thérapeutiques (nouvelles plateformes vaccinales, vaccins personnalisés) pour maintenir sa position de premier exportateur mondial.