Évolution du marché : Tracteurs agricoles (CN 870195) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour les tracteurs d'une puissance motrice supérieure à 130 kW (code NC 870195), couvrant la période 2017–2025. Ce produit, qui regroupe principalement des tracteurs agricoles et forestiers à roues (sous-position 87019510), représente un secteur industriel stratégique pour l'Europe, avec une production estimée à 7,2 milliards d'euros et 104 100 pièces en 2025.
L'UE se positionne comme un exportateur net structurel dans ce segment, avec un excédent commercial passé de 600 millions d'euros en 2017 à 1,2 milliard d'euros en 2025, soit un doublement (+100,2 %). L'analyse ci-dessous s'articule autour de trois dynamiques majeures : la trajectoire cyclique des volumes échangés, l'appréciation marquée des prix unitaires, et la profonde restructuration géographique des partenaires commerciaux.
I. Un excédent commercial structurel porté par un cycle post-pandémique vigoureux
L'Union européenne demeure un exportateur net de premier plan
Sur l'ensemble de la période, l'UE affiche un excédent commercial toujours positif, oscillant entre 455 millions d'euros (point bas en 2020) et 1,475 milliard d'euros (point haut en 2023). En 2025, les exportations de tracteurs de plus de 130 kW s'établissent à 1,838 milliard d'euros, contre 637 millions d'euros d'importations.
| Année | Exportations (M€) | Importations (M€) | Solde (M€) |
|---|---|---|---|
| 2017 | 1 158 | 558 | 600 |
| 2018 | 1 059 | 572 | 488 |
| 2019 | 1 164 | 671 | 493 |
| 2020 | 1 076 | 621 | 455 |
| 2021 | 1 470 | 750 | 721 |
| 2022 | 1 912 | 892 | 1 020 |
| 2023 | 2 787 | 1 312 | 1 475 |
| 2024 | 2 147 | 815 | 1 332 |
| 2025 | 1 838 | 637 | 1 201 |
Sources : données détaillées par sous-position NC.
Un léger recul de la Covid-19 suivi d'un rebond spectaculaire
L'année 2020 marque un recul modéré des échanges : les exportations baissent de 7,6 % par rapport à 2019 et les importations de 7,5 %. Ce choc reste contenu comparé à d'autres secteurs, ce qui s'explique par le caractère essentiel de l'activité agricole et la relative résilience des investissements en matériel.
Le rebond est ensuite très prononcé :
- Les exportations croissent de +159 % entre 2020 et 2023 (de 1,076 à 2,787 milliards d'euros), tirées par une demande mondiale forte et la hausse des prix.
- Les importations augmentent de +111 % sur la même période (de 621 millions à 1,312 milliard d'euros).
Une phase de normalisation amorcée en 2024–2025
Après le pic de 2023, le marché amorce une correction. En 2025, les exportations reculent de 34 % par rapport au sommet de 2023, tandis que les importations chutent de 51 %. Ce mouvement de normalisation reflète vraisemblablement un effet de rattrapage post-pandémique désormais achevé, ainsi qu'un possible ajustement des stocks chez les distributeurs et agriculteurs après les achats massifs de 2022–2023.
En volume physique (tonnes), la dynamique est plus contenue : les exportations ne progressent que de 6,9 % sur l'ensemble de la période 2017–2025 (de 129 742 à 138 646 tonnes), tandis que les importations reculent de 13,7 % (de 59 430 à 51 291 tonnes). Cet écart entre la croissance des valeurs et celle des volumes traduit une hausse significative des prix unitaires, abordée dans la section suivante.
II. Une appréciation structurelle des prix qui transforme la composition de la valeur échangée
Des prix à la tonne en forte hausse, tant à l'export qu'à l'import
Le prix moyen des exportations de tracteurs (en EUR/tonne) passe de 8 926 €/t en 2017 à 13 254 €/t en 2025, soit une progression de 48,5 %. Du côté des importations, l'augmentation atteint 32,2 %, passant de 9 392 à 12 414 €/t. Ces hausses reflètent conjointement :
- l'inflation des coûts de production (matières premières, composants électroniques, énergie) ;
- la montée en gamme technologique des tracteurs (guidage GPS, automatisation, motorisations plus performantes) ;
- des tensions sur les chaînes d'approvisionnement, particulièrement marquées en 2022.
| Année | Prix export (€/t) | Prix import (€/t) |
|---|---|---|
| 2017 | 8 926 | 9 392 |
| 2018 | 9 358 | 9 682 |
| 2019 | 9 679 | 7 610 |
| 2020 | 9 737 | 10 399 |
| 2021 | 10 303 | 10 283 |
| 2022 | 11 897 | 11 981 |
| 2023 | 13 139 | 12 965 |
| 2024 | 13 072 | 12 922 |
| 2025 | 13 254 | 12 414 |
Sources : vue d'ensemble du commerce.
Une production européenne en progression en valeur, stable en volume
La production de l'UE confirme cette tendance : la valeur de la production passe de 6 à 7,2 milliards d'euros (+20 %), tandis que le nombre de pièces produites n'augmente que de 100 000 à 104 100 (+4,1 %). Le prix moyen de production par pièce progresse ainsi d'environ 60 000 € à près de 69 000 €, ce qui atteste d'un déplacement de la production vers des modèles de plus forte valeur ajoutée.
Le segment agricole domine largement la nomenclature
La décomposition par sous-position révèle que les tracteurs agricoles et forestiers à roues (87019510) représentent systématiquement plus de 90 % de la valeur échangée, tant à l'import qu'à l'export. L'autre sous-position (87019590, couvrant les tracteurs non agricoles) reste marginale. En 2025, le sous-produit 87019510 représente 1 679 millions d'euros à l'export (91 % du total) et 629 millions d'euros à l'import (99 % du total).
III. Une recomposition géographique accélérée par les chocs géopolitiques
L'effondrement des exportations vers la Russie et la montée en puissance des États-Unis
La dynamique la plus marquante de la période est le changement de structure des partenaires à l'exportation. Les exportations vers la Fédération de Russie s'effondrent de 87 millions d'euros en 2017 à seulement 21 millions en 2025 (–76,4 %), en lien direct avec les sanctions européennes adoptées à partir de 2022. La Russie passe ainsi de 7,5 % à 1,1 % des exportations hors UE.
En miroir, les États-Unis deviennent le premier partenaire à l'exportation, avec des ventes passant de 108 à 432 millions d'euros (+300 %), représentant 23,5 % des exportations de l'UE en 2025. Ce pivot transatlantique traduit la fois la robustesse du marché américain et la réorientation des flux européens après les sanctions.
| Partenaire | Export. 2017 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation (%) | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 313 | 463 | +47,8 % | 25,2 % |
| États-Unis | 108 | 432 | +300,0 % | 23,5 % |
| Ukraine | 193 | 188 | –2,8 % | 10,2 % |
| Australie | 69 | 80 | +15,0 % | 4,3 % |
| Turquie | 9 | 48 | +416,4 % | 2,6 % |
| Russie | 87 | 21 | –76,4 % | 1,1 % |
| Brésil | 5 | 35 | +618,6 % | 1,9 % |
Sources : principaux partenaires à l'exportation.
Le Royaume-Uni, un partenaire majeur à double sens
Le Royaume-Uni occupe une position singulière : il est à la fois le premier client de l'UE (463 millions d'euros d'exportations en 2025, +47,8 % vs 2017) et le deuxième fournisseur de l'UE (306 millions d'euros d'importations, +69,2 %). L'intensification des échanges bilatéraux post-Brexit peut refléter à la fois des ajustements de chaînes logistiques et des besoins complémentaires de part et d'autre de la Manche.
Les importations restent dominées par les États-Unis et le Royaume-Uni
Du côté des importations, les États-Unis (47 %) et le Royaume-Uni (48 %) captent à eux seuls l'essentiel des achats extra-européens en 2025. L'indice de concentration HHI des importations en valeur diminue de 5 289 à 4 536 (–14,2 %), ce qui indique une légère diversification des fournisseurs, avec l'émergence de la Norvège (+501 %) et du Japon (+52,7 %), bien que sur des volumes encore modestes.
L'Allemagne, moteur dominant de l'exportation européenne
La spécialisation des États membres révèle une forte concentration géographique de la production. L'Allemagne assure à elle seule 60 % des exportations de l'UE en 2025 (1 107 millions d'euros, +88,8 % vs 2017), suivie de la France (329 M€, 18 %) et de l'Autriche (151 M€, 8 %). Ces trois pays représentent ensemble plus de 86 % des exportations extra-européennes.
Les indices de concentration HHI des exportations (1 253 → 1 383, soit +10,4 %) confirment un léger renforcement de la concentration des flux, tiré par la prééminence croissante de l'Allemagne. Enfin, la volatilité des flux est particulièrement élevée avec la Turquie (CV = 1,09) et le Brésil (CV = 0,81), deux marchés en forte croissance mais encore instables, alors que les flux vers le Royaume-Uni (CV = 0,13) et la Suisse (CV = 0,14) restent remarquablement stables.
Conclusion
Le marché européen des tracteurs de plus de 130 kW a connu, sur la période 2017–2025, une triple transformation. Premièrement, le cycle commercial s'est révélé plus dynamique que prévu : après un recul modéré lié à la pandémie en 2020, les échanges ont culminé en 2023 avant d'entamer une normalisation en 2024–2025. Deuxièmement, l'appréciation des prix — de l'ordre de +48 % à l'export et +32 % à l'import en prix par tonne — a transformé la valeur des échanges bien au-delà de ce que les volumes physiques laissaient présager, reflétant à la fois l'inflation et la montée en gamme technologique du matériel. Troisièmement, la recomposition géographique des flux a été profonde : l'effondrement des ventes vers la Russie (sanctions), la percée fulgurante des États-Unis comme premier client, et la consolidation de la position allemande au sein de l'UE redessinent la carte commerciale de ce secteur stratégique.
L'excédent commercial de l'UE reste robuste (1,2 milliard d'euros en 2025), mais la dépendance accrue à l'égard du marché américain et la concentration de la production en Allemagne constituent des facteurs de vulnérabilité potentiels à surveiller.