Évolution du marché : Tapis en feutre (CN 5704) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 5704 couvre les tapis et autres revêtements de sol, en feutre, non touffetés ni floqués, même confectionnés. Il se décline en trois sous-positions : les carreaux de petite superficie (≤ 0,3 m², code 570410), les carreaux de superficie intermédiaire (> 0,3 m² à ≤ 1 m², code 570420), et les tapis et revêtements de plus grande dimension (code 570490). Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général des échanges.
L'UE demeure un exportateur net de produits en feutre, avec un excédent commercial positif sur l'ensemble de la période. Toutefois, la décennie 2015–2025 se caractérise par des mutations profondes : recul des volumes exportés compensé par une hausse marquée des prix unitaires, recomposition géographique des flux, et transformation structurelle de la production européenne — dont les volumes ont crû de près de 50 % en mètres carrés tandis que la valeur a chuté de plus de 40 %.
1. Un excédent commercial résilient mais en érosion
1.1 L'UE demeure un exportateur net, malgré un déséquilibre croissant
Sur l'ensemble de la période, l'UE affiche un excédent commercial systématique avec le reste du monde. Toutefois, cet excédent s'est sensiblement réduit, passant de 70,2 M€ en 2015 à 60,6 M€ en 2025, soit un recul de −13,7 %. À son point le plus bas (2020), l'excédent n'était plus que de 18,1 M€, conséquence directe de la crise sanitaire qui a davantage affecté les exportations que les importations.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 129,1 | 75,8 | 119,9 | −7,1 % |
| Importations (M€) | 58,9 | 57,6 | 59,3 | +0,7 % |
| Excédent (M€) | 70,2 | 18,1 | 60,6 | −13,7 % |
| Exportations (t) | 57 377 | 32 985 | 41 378 | −27,9 % |
| Importations (t) | 9 134 | 9 020 | 11 656 | +27,6 % |
Source : Aperçu général des échanges
Le taux de dépendance nette aux importations, qui reste négatif (confirmant le statut d'exportateur net), a fluctué entre −6,0 % et −28,7 %, avec une valeur terminale de −19,5 % — signe que l'excédent s'installe dans un couloir inférieur à celui du début de période.
1.2 La hausse des prix unitaires compense partiellement le recul des volumes
L'un des faits marquants de la période est la divergence entre les trajectoires des volumes et des prix, tant à l'export qu'à l'import.
| Flux | Évolution volume (tonnes) | Évolution prix unitaire (€/t) |
|---|---|---|
| Exportations | −27,9 % (57 377 t → 41 378 t) | +28,8 % (2 249 → 2 897 €/t) |
| Importations | +27,6 % (9 134 t → 11 656 t) | −21,1 % (6 445 → 5 086 €/t) |
Source : Aperçu général des échanges
Les exportations ont donc perdu près de 28 % en tonnage, mais la valeur n'a reculé que de 7 % grâce à une revalorisation significative des prix à l'export (passant de 2 249 à 2 897 €/t). Symétriquement, les importations ont gagné 28 % en volume, tandis que leur valeur est restée quasiment stable (58,9 M€ → 59,3 M€), en raison d'une baisse marquée des prix unitaires à l'import (−21,1 %). Cela traduit un afflux de produits à moindre coût unitaire, potentiellement des feutres de moindre épaisseur ou densité, ou des approvisionnements depuis des pays à coûts de production inférieurs.
1.3 Une intensification du commerce extérieur
Le taux d'intensité commerciale de l'UE sur ce produit a bondi de 23,6 % à 42,1 % (+78,9 %), tandis que la propension à exporter est passée de 18,6 % à 32,7 % (+75,5 %). Ces deux indicateurs montrent que l'industrie européenne du feutre s'est considérablement ouverte sur les marchés extérieurs, avec une production de plus en plus orientée vers l'exportation. La salience (pertinence relative) de la propension à exporter atteint 92,8/100, confirmant que ce produit est devenu un segment très orienté vers l'international.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1 Les partenaires à l'export : le déclin relatif des marchés traditionnels, la montée de nouveaux horizons
Les principaux partenaires à l'exportation de l'UE ont connu des trajectoires contrastées :
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 44,9 | 38,6 | −13,9 % |
| États-Unis | 27,2 | 12,9 | −52,8 % |
| Suisse | 10,0 | 8,4 | −16,4 % |
| Émirats arabes unis | 4,4 | 9,3 | +113,4 % |
| Fédération de Russie | 4,5 | 6,0 | +33,3 % |
| Turquie | 2,7 | 4,3 | +58,2 % |
| Australie | 2,7 | 3,8 | +42,2 % |
Source : Partenaires à l'export par valeur
Le Royaume-Uni reste de loin le premier débouché, mais a perdu 6,3 M€ entre 2015 et 2025. La chute la plus spectaculaire concerne les États-Unis, où les exportations européennes ont été divisées par deux (−52,8 %), passant de 27,2 M€ à 12,9 M€. En sens inverse, les Émirats arabes unis ont doublé leur part (+113,4 %), tandis que la Turquie et l'Australie ont connu des progressions substantielles. Cette reconfiguration suggère un pivot géographique des exportateurs européens vers le Moyen-Orient et l'Asie-Pacifique.
L'indice de concentration HHI des exportations a diminué de 1 782 à 1 361 (−23,7 %), confirmant une diversification croissante des débouchés à l'export.
2.2 Les partenaires à l'import : la montée en puissance de la Chie et de la Turquie
Du côté des importations, le paysage se transforme :
| Partenaire import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 41,8 | 39,7 | −5,1 % |
| Chine | 5,4 | 10,6 | +97,3 % |
| Royaume-Uni | 4,5 | 2,2 | −51,5 % |
| Égypte | 4,5 | 2,9 | −34,4 % |
| Serbie | 0,4 | 1,1 | +194,0 % |
| Turquie | 0,2 | 0,7 | +197,7 % |
| Inde | 0,4 | 0,7 | +71,9 % |
Source : Partenaires à l'import par valeur
La Suisse demeure le premier fournisseur de l'UE, avec une position stable (~40 M€). Cependant, les changements les plus remarquables concernent la Chine, dont les exportations vers l'UE ont quasiment doublé (+97,3 %), et la Turquie (+197,7 %) ainsi que la Serbie (+194,0 %), qui ont connu des croissances spectaculaires depuis des niveaux initialement modestes. Le déclin des importations en provenance du Royaume-Uni (−51,5 %) est vraisemblablement lié aux frictions commerciales post-Brexit.
La concentration HHI des importations a légèrement diminué de 5 248 à 4 867 (−7,3 %), indiquant une diversification modeste mais réelle des sources d'approvisionnement. En volume toutefois, le HHI est passé de 2 389 à 3 405 (+42,5 %), signe que les volumes importés se concentrent davantage sur un nombre réduit de fournisseurs — la Chine en tête.
2.3 L'Europe du Nord-Ouest domine, mais des acteurs émergents montent en puissance
Les États membres les plus spécialisés dans les exportations de tapis en feutre sont :
| État membre | RSCA (2025) | RCA (2025) | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|
| Belgique | 0,43 | 2,53 | 21,4 % |
| Pays-Bas | 0,41 | 2,39 | 34,7 % |
| Roumanie | 0,30 | 1,85 | 3,1 % |
| Tchéquie | 0,17 | 1,40 | 6,7 % |
| Italie | 0,07 | 1,15 | 9,2 % |
Source : Spécialisation des États membres
La Belgique et les Pays-Bas affichent les avantages comparatifs les plus marqués, avec des indices RSCA supérieurs à 0,40. Ensemble, ils représentent plus de 56 % de la production européenne de ce segment. À l'opposé, des pays comme l'Irlande, la Croatie, la Finlande et le Luxembourg sont quasi-absents de la production (RSCA proches de −1,00).
Côté importations, l'Allemagne demeure le premier État importateur de l'UE avec 43,2 M€ en 2025 (−6,2 % vs. 2015). Les Pays-Bas ont connu une progression spectaculaire (+619 %), passant de 0,6 M€ à 4,2 M€, suggérant un rôle croissant de hub de redistribution.
Les principaux exportateurs par État membre montrent par ailleurs la montée en puissance de la Pologne (de 0,2 M€ à 1,1 M€, soit +531 %) et de la France (de 7,2 M€ à 10,8 M€, soit +50 %).
3. Une transformation structurelle : plus de volume, moins de valeur
3.1 Une production en mètres carrés en hausse, mais en valeur en forte baisse
Les données de production révèlent un paradoxe frappant :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (M m²) | 100,0 | 149,7 | +49,7 % |
| Valeur de production (M€) | 630,0 | 357,9 | −43,2 % |
Source : Volumes et valeur de production
En dix ans, la production européenne de revêtements de sol en feutre a donc presque augmenté de moitié en surface, tandis que sa valeur a été divisée par près de deux. Le prix moyen implicite de la production est ainsi passé d'environ 6,30 €/m² à 2,39 €/m², ce qui traduit un ajustement structurel majeur : l'industrie européenne s'est repositionnée vers des volumes plus importants de produits à moindre valeur unitaire. Ce mouvement peut s'expliquer par la concurrence accrue des importations à bas prix, la standardisation de certains segments (notamment les carreaux de feutre), et la pression sur les marges liée à la hausse des coûts énergétiques et des matières premières.
3.2 Les sous-segments : domination du 570490, déclin du 570410, montée du 570420
La décomposition par sous-position confirme que le segment 570490 (tapis de grande superficie, hors carreaux ≤ 1 m²) domine écrasamment les échanges :
Exportations — Tonnage par sous-position (tonnes) :
| Sous-position | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| 570490 (grands tapis) | 49 606 | 39 712 | −19,9 % |
| 570410 (carreaux ≤ 0,3 m²) | 7 771 | 1 579 | −79,7 % |
| 570420 (carreaux 0,3–1 m²) | n.d. | 87 | — |
Importations — Tonnage par sous-position (tonnes) :
| Sous-position | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| 570490 (grands tapis) | 7 561 | 10 650 | +40,8 % |
| 570410 (carreaux ≤ 0,3 m²) | 1 574 | 612 | −61,1 % |
| 570420 (carreaux 0,3–1 m²) | n.d. | 394 | — |
Source : Décomposition par produit
Le segment 570410 (petits carreaux) a connu un déclin continu tant à l'export (−80 % en tonnage) qu'à l'import (−61 %). À l'inverse, les importations du segment 570490 ont augmenté de 41 %, avec un prix unitaire à l'import en baisse constante (de 7 470 €/t en 2015 à 5 348 €/t en 2025, soit −28 %), ce qui alimente la pression concurrentielle sur les producteurs européens. Le segment 570420, dont les données ne commencent qu'à partir de 2017, reste modeste mais connaît une croissance notable, notamment aux importations (de 95 t en 2017 à 394 t en 2025).
3.3 Chocs de prix et volatilité : l'année 2022 comme point de rupture
L'analyse de la volatilité et des chocs détectés met en évidence des événements significatifs, concentrés autour de 2022 :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Année | Hausse de prix | Anomalie (σ) |
|---|---|---|---|---|---|
| Chili | Prix | Export | 2022 | +140,6 % | 37,1 |
| Australie | Prix | Export | 2022 | +42,0 % | 15,3 |
| Maroc | Prix | Export | 2022 | +105,3 % | 9,3 |
Source : Chocs d'approvisionnement détectés
Ces trois chocs de prix à l'export, tous détectés en 2022, coïncident avec la période post-COVID marquée par la hausse des coûts énergétiques, la perturbation des chaînes logistiques et l'inflation des matières premières textiles. L'anomalie la plus forte concerne le Chili (37,1 écarts-types), suivi de l'Australie (15,3 σ). Du côté des importations, certains partenaires présentent une volatilité élevée sur l'ensemble de la période : la Corée du Sud (coefficient de variation de 1,78), l'Égypte (0,57) et Taïwan (0,58), reflétant des flux irréguliers.
Conclusion
Le marché européen des tapis et revêtements de sol en feutre (CN 5704) a traversé une décennie de transformation profonde entre 2015 et 2025. L'Union européenne conserve son statut d'exportateur net, mais son avantage se réduit sous l'effet de plusieurs tendances convergentes : l'érosion des volumes exportés (−28 % en tonnes), la montée des importations à bas prix (notamment chinoises et turques), et un redimensionnement structurel de la production nationale, qui a doublé en surface tout en perdant près de la moitié de sa valeur.
Trois dynamiques principales se dégagent :
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Un rééquilibrage commercial : l'excédent, bien que toujours positif, se maintient à un niveau inférieur à celui du début de période, dans un contexte de prix à l'import en baisse et de volumes importés en hausse.
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Une reconfiguration géographique : les marchés traditionnels (États-Unis, Royaume-Uni) perdent du terrain au profit de destinations émergentes (Émirats arabes unis, Turquie, Australie), tandis que les sources d'approvisionnement se diversifient partiellement, avec l'ascension de la Chine, de la Serbie et de la Turquie.
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Un ajustement structurel de la production : l'industrie européenne a privilégié le volume au détriment de la valeur, dans un contexte de pression concurrentielle accrue et de chocs de coûts (énergie, intrants). L'année 2022 apparaît comme un tournant, avec des chocs de prix export significatifs vers plusieurs destinations.
À l'horizon, la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité dépendra de sa capacité à se différencier sur la valeur ajoutée (qualité, durabilité, design) plutôt que de rivaliser sur les prix avec des fournisseurs à coûts structurellement plus bas.