Évolution du marché : Tableaux peints à la main (CN 9701) — 2015–2025
Introduction
La nomenclature combinée 9701 couvre les tableaux peints entièrement à la main (huiles, aquarelles, pastels, dessins), les collages, mosaïques et tableautins similaires. Ce code relève du chapitre 97, consacré aux objets d'art, de collection ou d'antiquité, et se décompose en six sous-produits distinguant notamment les œuvres de plus de 100 ans des œuvres plus récentes.
Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de tableaux peints à la main a connu une transformation profonde. La valeur totale des échanges a sensiblement progressé, mais cette croissance repose quasi exclusivement sur une appréciation continue des prix unitaires, tandis que les volumes physiques sont restés atones ou en recul. Parallèlement, l'excédent commercial historique de l'UE dans ce segment s'est considérablement érodé sous l'effet d'importations en forte croissance, portées par la France, le Royaume-Uni (désormais partenaire extra-UE) et la Suisse. Le présent rapport analyse ces tendances en s'appuyant sur les données du Trade Dashboard.
1. Des prix en hausse continue face à des volumes en repli
1.1 La valeur des exportations progresse, portée par une hausse des prix qui compense le recul des volumes
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations extra-UE de tableaux peints à la main a progressé de 29,2 %, passant de 1,80 milliard à 2,33 milliards d'euros. Cette croissance masque toutefois un recul significatif des volumes : les exportations en tonnes ont diminué de 12,5 %, passant de 1 558 à 1 363 tonnes. Le prix moyen à la tonne a quant à lui bondi de 47,6 %, de 1,16 million à 1,71 million d'euros par tonne.
Ce constat révèle un marché où la hausse des valeurs est tirée non par un accroissement des quantités échangées, mais par une appréciation structurelle des prix de l'art. L'UE exporte ainsi des volumes moindres mais à des valeurs unitaires nettement plus élevées.
1.2 Les importations connaissent une dynamique de prix encore plus marquée
Du côté des importations, la dynamique est encore plus frappante. La valeur des importations extra-UE a été multipliée par 2,6, passant de 883 millions à 2,28 milliards d'euros (+158 %). Les volumes ont pourtant diminué de 22,6 %, de 4 098 à 3 173 tonnes. Le prix moyen à la tonne a connu une hausse de 233 %, passant de 215 000 à 718 000 euros.
L'écart de prix entre exportations et importations reste considérable : en 2025, le prix moyen exporté atteignait 1,71 million d'euros par tonne, contre 718 000 euros pour les importations. Cet écart traduit la nature premium des œuvres que l'UE destine au marché mondial, et le fait que les importations incluent des volumes plus importants d'œuvres à prix unitaire plus modéré.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur | 1,80 Mrd EUR | 2,33 Mrd EUR | +29,2 % |
| Exportations — volume | 1 558 t | 1 363 t | −12,5 % |
| Exportations — prix moyen | 1,16 M EUR/t | 1,71 M EUR/t | +47,6 % |
| Importations — valeur | 0,88 Mrd EUR | 2,28 Mrd EUR | +158,0 % |
| Importations — volume | 4 098 t | 3 173 t | −22,6 % |
| Importations — prix moyen | 215 k EUR/t | 718 k EUR/t | +233,2 % |
Source : vue d'ensemble du commerce.
1.3 Les sous-produits affichent des trajectoires nettement divergentes sur la période 2022–2025
Les données de ventilation par sous-code, disponibles pour 2022–2025, révèlent des dynamiques segmentaires très contrastées.
Côté importations, le segment dominant est le 970191 (tableaux modernes de moins de 100 ans), qui représentait 1 934 tonnes et 1,68 milliard d'euros en 2025, avec un prix moyen en hausse régulière de 615 000 à 866 000 EUR/t sur la période. Le segment 970121 (tableaux de plus de 100 ans) a connu un pic spectaculaire en 2023 : sa valeur a bondi à 1,90 milliard d'euros, contre seulement 361 millions en 2022, portée par un prix moyen exceptionnel de 9,2 millions d'euros la tonne. Ce pic, non répliqué en 2024 (398 M EUR) ni en 2025 (479 M EUR), reflète vraisemblablement un nombre limité de transactions de très haute valeur (collections prestigieuses, ventes aux enchères majeures). Enfin, le segment 970199 (collages modernes) a connu une forte croissance volumique (de 614 à 987 tonnes), mais avec un prix moyen en baisse (de 145 000 à 118 000 EUR/t), suggérant une dynamique de démocratisation de ce sous-produit.
Côté exportations, le segment 970191 domine également (964 t, 1,55 Mrd EUR en 2025), mais son prix moyen a légèrement reculé (de 1,81 à 1,61 M EUR/t). À l'inverse, le segment 970121 (tableaux anciens) a vu son prix moyen exporté bondir de 2,94 à 4,69 M EUR/t entre 2022 et 2025, confirmant la tendance à l'appréciation des œuvres anciennes sur le marché international.
| Sous-code | Description | Volume import. 2025 (t) | Valeur import. 2025 (M EUR) | Prix import. 2025 (k EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| 970191 | Tableaux modernes (< 100 ans) | 1 934 | 1 675 | 866 |
| 970121 | Tableaux anciens (> 100 ans) | 159 | 479 | 3 022 |
| 970199 | Collages modernes | 987 | 116 | 118 |
| 970192 | Mosaïques modernes | 75 | 2,4 | 31 |
| 970129 | Collages anciens | 15 | 2,1 | 140 |
| 970122 | Mosaïques anciennes | 1,7 | 0,2 | 136 |
Source : ventilation par produit. Valeurs d'importation 2025.
2. Le quasi-effacement de l'excédent commercial européen
2.1 L'excédent commercial de l'UE passe de près d'un milliard d'euros à un quasi-équilibre
L'un des changements les plus significatifs de la période est l'effacement quasi complet de l'excédent commercial de l'UE dans le segment des tableaux peints à la main. En 2015, l'UE affichait un excédent de 918 millions d'euros. En 2025, il n'est plus que de 49 millions d'euros, soit une contraction de 94,6 %. Le solde a même été négatif à un moment de la période, atteignant un déficit record de −1,33 milliard d'euros, avant de se redresser partiellement. Le maximum historique de l'excédent sur la période s'est élevé à +1,03 milliard d'euros.
Ce retournement s'explique intégralement par la dynamique asymétrique des flux : les importations ont crû de 158 % sur la période, contre seulement 29,2 % pour les exportations. L'UE, historiquement exportatrice nette d'art peint à la main, est désormais proche de l'équilibre commercial dans ce segment.
2.2 La France concentre à la fois la plus forte croissance des importations et le premier rang à l'exportation
Les données par État membre révèlent que la France occupe une position centrale dans la recomposition du commerce européen de l'art. Premier importateur extra-UE au sein du bloc, la France a vu ses importations passer de 328 millions à 943 millions d'euros (+187,8 %). L'Allemagne, deuxième importateur, a connu une progression plus modérée (+47,2 %, de 218 à 321 M EUR). La Belgique (+222,5 %) et l'Italie (+172,8 %) ont également connu des hausses marquées. L'Autriche, bien que stable en valeur finale (61 M EUR), a connu un pic exceptionnel à 545 millions d'euros au cours de la période, sans doute lié à des transactions ponctuelles de très grande valeur.
Du côté des exportations, la France domine largement (1,04 Mrd EUR en 2025, +57 %), suivie de l'Allemagne (422 M EUR, +19 %) et de l'Italie (224 M EUR, −5 %). La Belgique (+137,9 %) et l'Espagne (+74,3 %) ont enregistré les plus fortes progressions relatives.
| État membre | Import. 2015 (M EUR) | Import. 2025 (M EUR) | Var. import. | Export. 2015 (M EUR) | Export. 2025 (M EUR) | Var. export. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 328 | 943 | +187,8 % | 660 | 1 036 | +57,0 % |
| Allemagne | 218 | 321 | +47,2 % | 355 | 422 | +18,9 % |
| Belgique | 66 | 213 | +222,5 % | 62 | 147 | +137,9 % |
| Italie | 53 | 144 | +172,8 % | 235 | 224 | −4,7 % |
| Espagne | 25 | 67 | +164,1 % | 36 | 63 | +74,3 % |
| Pays-Bas | 41 | 67 | +64,2 % | 35 | 48 | +38,7 % |
| Autriche | 56 | 61 | +9,5 % | 66 | 75 | +13,7 % |
Source : principaux États membres.
2.3 Le Royaume-Uni, désormais partenaire extra-UE, s'impose comme un fournisseur majeur
La reclassification du Royaume-Uni comme partenaire extra-UE à compter de 2021, à la suite du Brexit, a profondément modifié la géographie des échanges. Les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni ont atteint 522 millions d'euros en 2025, avec un pic à 816 millions au cours de la période. Les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont atteint 394 millions d'euros. Le Royaume-Uni est ainsi devenu le troisième fournisseur d'art de l'UE, derrière les États-Unis et la Suisse.
Les États-Unis demeurent le premier partenaire, tant à l'importation (773 M EUR, +88 %) qu'à l'exportation (980 M EUR, +48 %). La Suisse conserve une position forte, notamment à l'exportation (480 M EUR), bien qu'en léger recul (−10 %).
| Partenaire extra-UE | Valeur initiale (M EUR) | Valeur finale (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations vers l'UE | |||
| États-Unis | 411 | 773 | +88,2 % |
| Suisse | 262 | 578 | +120,8 % |
| Royaume-Uni ¹ | 113 | 522 | +361,8 % |
| Hong Kong | 14 | 38 | +176,0 % |
| Chine | 21 | 27 | +33,7 % |
| Exportations depuis l'UE | |||
| États-Unis | 662 | 980 | +48,0 % |
| Suisse | 536 | 480 | −10,4 % |
| Royaume-Uni ¹ | 327 | 394 | +20,3 % |
| Hong Kong | 106 | 107 | +0,3 % |
| Norvège | 7 | 23 | +237,3 % |
| EAU | 8 | 21 | +169,8 % |
Source : principaux partenaires.
¹ Les valeurs initiales du Royaume-Uni correspondent à la première année post-Brexit (2021), le Royaume-Uni n'étant plus comptabilisé comme partenaire intra-UE à partir de cette date.
3. Concentration géographique, volatilité et chocs de prix
3.1 Le marché demeure géographiquement concentré, mais s'est diversifié à l'importation
La concentration du commerce, mesurée par l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), fournit un éclairage complémentaire sur la structure du marché. À l'importation, le HHI (en valeur) a diminué de 3 246 à 2 787 entre 2015 et 2025 (−14,1 %), indiquant une diversification progressive des sources d'approvisionnement de l'UE. En volume, la baisse a été encore plus marquée (−21,1 %, de 3 798 à 2 995). À l'exportation, le HHI a légèrement augmenté (de 2 642 à 2 791, +5,6 %), suggérant un maintien, voire un léger renforcement, de la concentration des débouchés.
Ces niveaux de HHI restent élevés (au-dessus de 2 500), ce qui signifie que le commerce de tableaux peints à la main demeure fortement concentré sur un nombre limité de partenaires. Cela est cohérent avec la nature de ce marché, dominé par quelques grandes places de marché internationales — New York, Londres, Genève, Hong Kong.
| Indicateur HHI | Valeur initiale | Valeur finale | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 246 | 2 787 | −14,1 % |
| Importations (volume) | 3 798 | 2 995 | −21,1 % |
| Exportations (valeur) | 2 642 | 2 791 | +5,6 % |
| Exportations (volume) | 1 702 | 1 853 | +8,9 % |
Source : concentration HHI.
3.2 Trois chocs de prix majeurs ont ponctué la période, révélant la volatilité structurelle du marché
Le marché des tableaux peints à la main est par nature sujet à des chocs de prix liés à la nature irrégulière des transactions (ventes aux enchères, collections exceptionnelles, relocalisations d'œuvres). Trois événements majeurs ont été détectés sur la période :
| Choc | Type | Flux | Année | Décalage | Anomalie | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Prix | Exportations UE | 2021 | +260,6 % | 44,7 | 17,5 % |
| États-Unis | Prix | Importations UE | 2020 | +100,8 % | 32,6 | 45,7 % |
| EAU | Prix | Exportations UE | 2020 | +762,3 % | 18,3 | 1,1 % |
Le choc sur les exportations vers le Royaume-Uni en 2021 (décalage de +261 %) coïncide avec l'entrée en vigueur des nouvelles conditions commerciales post-Brexit et des ajustements de flux consécutifs. Le choc sur les importations en provenance des États-Unis en 2020 (décalage de +101 %) pourrait refléter des arbitrages liés à la pandémie de Covid-19, avec des ventes aux enchères exceptionnelles ou des relocalisations de collections vers l'Europe. Le pic sur les exportations vers les Émirats arabes unis en 2020 (+762 %), bien que d'une amplitude spectaculaire, ne représente qu'une part marginale (1,1 %) du commerce total.
La volatilité des flux par partenaire confirme ces tendances. Les échanges avec Hong Kong (coefficient de variation de 0,73 à l'importation, 0,51 à l'exportation) et le Canada (0,68 à l'importation) figurent parmi les plus volatils. Les échanges avec les États-Unis, bien que massifs, affichent une volatilité relativement contenue (CV de 0,14 à l'exportation, 0,26 à l'importation), confirmant leur rôle de partenaire structurel et régulier du marché européen de l'art.
3.3 La spécialisation des États membres au sein de l'UE reste très inégale
L'analyse des avantages comparatifs révèle une spécialisation fortement inégale des États membres dans le commerce des tableaux peints à la main. En 2025 :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les export. UE |
|---|---|---|---|
| France | 0,644 | 4,62 | 36,1 % |
| Luxembourg | 0,522 | 3,19 | 1,0 % |
| Autriche | 0,508 | 3,06 | 10,1 % |
| Danemark | 0,398 | 2,32 | 4,0 % |
| Italie | 0,274 | 1,76 | 14,1 % |
La France se distingue nettement avec un indice de spécialisation symétrique (RSCA) de 0,64 et un RCA de 4,62, ce qui en fait de loin le pays le plus spécialisé de l'UE dans ce segment. À l'opposé, des pays comme la Bulgarie (RCA ≈ 0), la Croatie (RCA ≈ 0) et la Lituanie (RCA ≈ 0) ne présentent aucune spécialisation, confirmant leur absence quasi totale sur ce marché.
La France concentre à elle seule 36,1 % des exportations de l'UE dans ce segment, suivie de l'Italie (14,1 %) et de l'Autriche (10,1 %). Cette concentration géographique intra-européenne reflète le poids historique de ces pays en tant que places de marché de l'art et berceaux de traditions artistiques majeures.
Conclusion
Le marché européen des tableaux peints à la main (CN 9701) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde articulée autour de trois dynamiques principales.
Premièrement, la valeur des échanges a crû bien plus vite que les volumes, sous l'effet d'une appréciation continue des prix de l'art. Les prix moyens exportés ont augmenté de 47,6 % et les prix moyens importés de 233 %, tandis que les volumes reculaient respectivement de 12,5 % et 22,6 %. L'UE exporte ainsi des œuvres de plus en plus valorisées tout en important à des prix en hausse rapide, creusant un différentiel structurel entre les deux flux.
Deuxièmement, l'excédent commercial historique de l'UE dans ce segment s'est pratiquement évaporé, passant de +918 millions à +49 millions d'euros. Ce retournement s'explique par la forte croissance des importations, portée par la France, l'Allemagne et la Belgique, ainsi que par la recomposition des flux avec le Royaume-Uni à la suite du Brexit. Le déficit record de −1,33 milliard d'euros observé au cours de la période illustre la volatilité extrême de ce marché.
Troisièmement, le marché reste géographiquement concentré sur un petit nombre de partenaires clés — États-Unis, Royaume-Uni, Suisse — mais montre des signes de diversification à l'importation (HHI en baisse de 14 %). Les chocs de prix ponctuels, inhérents à la nature discrète des transactions sur le marché de l'art, continuent de marquer fortement les statistiques, rappelant que la valeur de ce commerce dépend autant de la qualité exceptionnelle de quelques œuvres que des tendances de fond du marché.