Évolution du marché : Tableaux et dessins (CN 970191) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour le code tarifaire 970191, qui couvre les tableaux et dessins entièrement faits à la main (excluant les œuvres centenaires). La période d'analyse s'étend de 2015 à 2025. Sur la base des données fournies, qui portent sur la fenêtre 2022-2025, plusieurs dynamiques majeures se dessinent. L'UE est passée d'une position de surplus commercial à un déficit notable, en grande partie en raison d'une forte augmentation de la valeur des importations. Les flux commerciaux avec les partenaires traditionnels montrent des signes de redéploiement, tandis que le marché européen présente une concentration géographique marquée et des niveaux de volatilité variables selon les corridors d'échange.
I. Un revirement structurel : du surplus au déficit commercial
L'analyse des agrégats commerciaux sur la période 2022-2025 révèle un changement fondamental dans la balance commerciale de l'UE pour ce secteur artistique. La tendance dominante est la transformation d'un excédent en un déficit significatif, principalement tiré par une augmentation rapide de la valeur des importations.
L'essor de la valeur des importations face à des exportations en recul
Entre 2022 et 2025, la valeur des importations de l'UE a connu une croissance marquée, passant de 1,21 milliard d'euros à 1,68 milliard d'euros, soit une hausse de 38,5%. À l'inverse, la valeur des exportations a légèrement fléchi de 1,57 milliard d'euros à 1,55 milliard d'euros (-1,3%). Cette divergence a directement conduit à la détérioration de la balance commerciale. L'UE est ainsi passée d'un excédent de 361 millions d'euros en 2022 à un déficit de 124,7 millions d'euros en 2025, une variation de -134,5%. Cette évolution indique un changement profond dans la dynamique du marché, où l'appétit européen pour les œuvres d'art importées a surpassé ses capacités d'exportation à valeur égale.
Une hausse des prix unitaires à l'importation
L'analyse des volumes et des prix permet de mieux comprendre la poussée des importations. Si la quantité importée est restée relativement stable (environ 1 934 tonnes en 2025, en légère baisse de 1,6% par rapport à 2022), le prix moyen à l'importation a bondi de 615 025 euros par tonne à 865 987 euros par tonne (+40,8%). Cela suggère que l'UE importe désormais des œuvres à plus forte valeur unitaire. À l'exportation, le schéma est inversé : les quantités ont augmenté (+10,8%) tandis que le prix moyen a diminué de 1,81 million d'euros/t à 1,61 million d'euros/t (-10,9%). Cela pourrait refléter une stratégie d'exportation axée sur un plus grand volume d'œuvres à prix intermédiaires, ou des changements dans la structure des œuvres échangées.
II. Redéploiement des flux avec les partenaires clés
Les relations commerciales de l'UE avec ses principaux partenaires ne sont pas statiques. On observe des transferts de parts de marché significatifs à la fois à l'import et à l'export, révélant une redéfinition des corridors artistiques.
La Suisse, moteur central de la croissance des importations
La Suisse est devenue le premier fournisseur de l'UE en termes de valeur. Les importations en provenance de Suisse ont bondi de 266 millions d'euros à 443 millions d'euros entre 2022 et 2025, soit une hausse de 66,5%. Cette croissance spectaculaire, combinée à une hausse modérée des importations depuis les États-Unis (+18% à 599 millions d'euros) et le Royaume-Uni (+45,6% à 419 millions d'euros), a consolidé la position de la Suisse comme plaque tournante incontournable. En revanche, les importations depuis Hong Kong et le Japon sont restées stables. L'instabilité des échanges avec certains partenaires est notable, comme en témoigne un coefficient de variation (CV) élevé pour les importations en provenance de Hong Kong (0,616) et de Turquie (0,502).
Des exportations de l'UE en repli vers plusieurs marchés traditionnels
Le tableau des exportations révèle des signes de faiblesse sur certains marchés historiquement forts. L'exportation vers la Chine a chuté de plus de moitié (-53,8%), passant de 23 à 11 millions d'euros. Une baisse marquée est également observée vers la Corée du Sud (-68,2%) et, dans une moindre mesure, vers le Royaume-Uni (-13,5%) et la Suisse (-14,1%). Seul le marché des États-Unis a poursuivi sa croissance (+16,7% à 650 millions d'euros), devenant ainsi la principale destination des exportations de l'UE, devant la Suisse. Ces mouvements pourraient traduire des changements dans les politiques d'acquisition des collectionneurs, des réglementations ou des coûts logistiques.
Le rôle hégémonique de la France au sein du marché intérieur européen
Une analyse des flux intra-UE révèle une spécialisation extrême de certains États membres. En 2025, la France a réalisé à elle seule 763 millions d'euros d'exportations hors UE et en a importé pour 775 millions d'euros. Ces chiffres représentent respectivement près de la moitié (49%) et de près de la moitié (46%) du total des échanges de l'UE avec le reste du monde. L'Allemagne et l'Italie suivent, mais à une distance considérable. Cette domination française, soulignée par son fort indice de spécialisation (RSCA de 0,61), confirme Paris comme la capitale européenne du marché de l'art pour cette catégorie de biens.
III. Structure de marché concentrée et volatilité géographique
Le marché européen des tableaux et dessins modernes se caractérise par une forte concentration géographique, tant pour les importations que les exportations, avec des niveaux de volatilité qui varient considérablement selon les partenaires.
Une concentration commerciale stable à l'import, renforcée à l'export
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration, reste élevé. Pour les importations, il diminue légèrement de 2 882 à 2 783 sur la période 2022-2025, indiquant une diversification marginale des fournisseurs. En revanche, pour les exportations, l'HHI augmente de 2 328 à 2 642 (+13,5%), révélant une concentration croissante des destinations d'exportation. Cela signifie que les exportations de l'UE s'appuient de plus en plus sur un nombre limité de marchés, notamment les États-Unis, la Suisse et le Royaume-Uni, ce qui présente un risque en cas de ralentissement économique dans ces pays.
Des disparités marquées dans la volatilité des échanges
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) montre que la stabilité des flux commerciaux dépend fortement du partenaire considéré. À l'exportation, les flux vers les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse sont relativement stables (CV < 0,07). À l'inverse, les exportations vers la Corée du Sud (CV : 0,37) ou Singapour (CV : 0,25) fluctuent de manière beaucoup plus importante. À l'importation, l'instabilité est la plus prononcée pour les achats depuis Hong Kong (CV : 0,62) et la Turquie (CV : 0,50). Ces écarts soulignent les défis de gestion des chaînes d'approvisionnement et de ventes pour les acteurs du marché, les corridors avec les partenaires d'Europe du Nord ou les États-Unis offrant une plus grande prévisibilité.
Conclusion
La période 2022-2025 a été marquée par une transformation significative du marché de l'art (CN 970191) pour l'UE. Le point central est le retournement de la balance commerciale, désormais déficitaire, impulsé par une forte croissance de la valeur des importations, en particulier depuis la Suisse. Parallèlement, les exportations affichent des signes de stagnation vers certains marchés clés comme la Chine ou la Corée du Sud, tout en se renforçant vers les États-Unis. La structure du marché révèle une extrême concentration autour de la France au niveau intra-UE et une dépendance croissante des exportations vers quelques partenaires hors UE. Bien que le marché global soit d'une grande valeur, les acteurs doivent naviguer dans un environnement géographique instable, où la volatilité des échanges varie fortement d'un corridor à l'autre. Ces tendances pourraient être influencées par des facteurs économiques, des politiques culturelles et des dynamiques de collectionnement en constante évolution.