Évolution du marché : Tabac light air cured (CN 24012035) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 24012035 couvre les tabacs de type light air cured, partiellement ou totalement écotés mais non autrement travaillés. Ce segment constitue une matière première essentielle pour l'industrie manufacturière du tabac dans l'Union européenne. Au cours de la décennie 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu des transformations significatives, tant en termes de géographie commerciale que de dynamiques de prix et de volumes. L'Union européenne demeure structurellement déficitaire sur ce segment, avec une dépendance nette aux importations qui s'élevait encore à 87,8 % en 2025. Néanmoins, plusieurs dynamiques — hausse des prix unitaires, reconfiguration des partenaires d'approvisionnement, montée en puissance de la production intérieure — dessinent un paysage en mutation profonde. Ce rapport propose une lecture structurée de ces évolutions sur la base des données disponibles.
1. Concentration croissante et reconfiguration géographique des échanges
1.1 La Belgique, plaque tournante du commerce européen de tabac brut
Au sein de l'Union européenne, la Belgique s'est affirmée comme le principal hub d'importation et d'exportation de tabac light air cured. En 2025, elle représentait 340,6 millions d'euros d'importations en valeur (+47,2 % par rapport à 2015) et 170,4 millions d'euros d'exportations (+139,9 %), faisant d'elle le premier importateur et premier exportateur au sein de l'UE. Cette position reflète vraisemblablement le rôle de la Belgique comme plateforme logistique pour l'industrie du tabac, avec le port d'Anvers et des installations de stockage et de transformation. En 2025, la Belgique seule absorbait ainsi environ 41 % de la valeur totale des importations de l'UE sur ce code.
| État membre | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Évolution | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Belgique | 231,5 | 340,6 | +47,2 % | 71,1 | 170,4 | +139,9 % |
| Allemagne | 185,7 | 86,6 | −53,3 % | 55,3 | 64,8 | +17,2 % |
| Pologne | 55,8 | 138,4 | +147,8 % | — | — | — |
| Pays-Bas | 116,1 | 73,0 | −37,1 % | 6,4 | 2,2 | −65,5 % |
| Portugal | 56,7 | 41,2 | −27,3 % | 21,0 | 1,9 | −90,8 % |
| Roumanie | 35,0 | 16,5 | −52,7 % | — | — | — |
1.2 L'Inde, fournisseur émergent à forte croissance
Côté approvisionnement, la carte des partenaires de l'UE s'est profondément redessinée. Si le Malawi reste le premier fournisseur (308,1 M€ en 2025, +44,8 %), la progression la plus spectaculaire revient à l'Inde, dont les exportations vers l'UE sont passées de 16,7 millions d'euros à 124,1 millions d'euros (+643,7 %) sur la période. Ce bond qualitatif a fait de l'Inde le troisième fournisseur de l'UE en 2025. Simultanément, les parts du Brésil (−55,3 %) et des États-Unis (−70,7 %) se sont fortement érodées, traduisant un rééquilibrage géographique des sources d'approvisionnement vers l'Afrique australe et l'Asie du Sud.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Malawi | 212,7 | 308,1 | +44,8 % |
| Mozambique | 128,6 | 158,8 | +23,5 % |
| Inde | 16,7 | 124,1 | +643,7 % |
| Brésil | 101,1 | 45,2 | −55,3 % |
| États-Unis | 110,2 | 32,3 | −70,7 % |
| Bangladesh | 33,9 | 46,4 | +36,7 % |
| Argentine | 21,8 | 29,9 | +36,9 % |
1.3 Une concentration en hausse, signe d'une dépendance renforcée envers peu de partenaires
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme la tendance à la concentration. Pour les importations, l'HHI est passé de 1 519 à 2 085 (+37,3 %) entre 2015 et 2025 ; pour les exportations, il a progressé de 1 341 à 2 025 (+51,0 %). Ces valeurs restent en dessous du seuil de 2 500 qui caractérise un marché « modérément concentré », mais la trajectoire ascendante indique une dépendance croissante de l'UE à l'égard d'un nombre réduit de fournisseurs tiers, en particulier le Malawi et l'Inde.
2. Hausse des prix unitaires et dynamique de réduction du déficit commercial
2.1 Des prix à la hausse, tirés par la raréfaction relative de l'offre
Entre 2015 et 2025, le prix unitaire moyen des importations de l'UE a progressé de 5 376 à 6 051 €/t (+12,6 %), tandis que celui des exportations a bondi de 5 788 à 8 410 €/t (+45,3 %). Cette divergence de trajectoires est remarquable : l'écart de prix entre les exportations et les importations s'est considérablement creusé, passant d'environ 412 €/t à 2 359 €/t, ce qui suggère que l'UE exporte des tabacs de qualité supérieure ou plus valorisés sur les marchés tiers (notamment vers la Turquie et la Russie), tout en important des feuilles à moindre valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Prix unitaire importations (€/t) | 5 376 | 6 051 | +12,6 % |
| Prix unitaire exportations (€/t) | 5 788 | 8 410 | +45,3 % |
| Écart exportations – importations (€/t) | 412 | 2 359 | — |
2.2 Un déficit commercial qui se réduit, porté par la croissance des exportations
Le déficit commercial de l'UE sur ce code a diminué de 587,2 millions d'euros en 2015 à 551,3 millions d'euros en 2025 (−6,1 %). Ce résultat s'explique par une croissance des exportations nettement plus dynamique (+56,7 % en valeur, soit de 176,6 M€ à 276,7 M€) que celle des importations (+8,4 % en valeur). En volumes, l'évolution est plus contrastée : les importations ont légèrement reculé (−3,7 %, de 142 076 à 136 847 t), tandis que les exportations ont progressé modestement (+7,9 %, de 30 508 à 32 904 t). La hausse des prix unitaires a donc constitué le principal moteur de la croissance des valeurs d'exportation.
2.3 La production intérieure de l'UE, levier majeur de réduction de la dépendance
La production intérieure de tabac light air cured dans l'UE a connu une expansion remarquable. En volume, elle est passée de 19,1 millions de kg à 42,9 millions de kg (+125,1 %), et en valeur de 76,3 millions d'euros à 229,3 millions d'euros (+200,3 %). Cette croissance a permis à la dépendance nette aux importations de reculer de 93,8 % à 87,8 % entre 2015 et 2025, signe d'un réel effort d'autonomisation de la chaîne de valeur européenne, probablement encouragé par les réformes de la politique agricole commune (PAC) et la volonté de sécuriser l'approvisionnement en matières premières stratégiques.
3. Vulnérabilités persistantes et chocs d'approvisionnement
3.1 Un taux de dépendance aux importations toujours très élevé
Malgré les progrès observés, la dépendance nette aux importations de l'UE reste structurellement élevée à 87,8 % en 2025. Au cours de la période, elle a atteint un maximum de 96,7 % (en 2018) et un minimum de 85,8 %. Cette dépendance signifie que toute perturbation des flux en provenance d'Afrique australe ou d'Asie du Sud pourrait avoir des répercussions significatives sur l'approvisionnement de l'industrie européenne du tabac.
3.2 Volatilité marquée sur certains partenaires clés
L'analyse des coefficients de variation révèle des niveaux de volatilité très contrastés parmi les partenaires d'approvisionnement. Côté importations, l'Inde (CV = 0,777) et les États-Unis (CV = 0,573) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui reflète les fortes fluctuations de volumes et de valeurs observées au cours de la période. Côté exportations, l'Iran (CV = 0,978), le Japon (CV = 0,843) et le Kazakhstan (CV = 0,840) se distinguent par une instabilité prononcée. À l'inverse, des partenaires comme le Malawi (CV = 0,169) pour les importations ou la Russie (CV = 0,178) pour les exportations offrent une base commerciale plus stable.
| Partenaire | Flux | Coefficient de variation |
|---|---|---|
| Iran | Exportations | 0,978 |
| Japon | Exportations | 0,843 |
| Kazakhstan | Exportations | 0,840 |
| Inde | Importations | 0,777 |
| Algérie | Exportations | 0,720 |
| Philippines | Importations | 0,653 |
| États-Unis | Importations | 0,573 |
3.3 Chocs détectés : des épisodes de tension sur les prix
Deux événements de choc significatifs ont été identifiés sur la période. Le premier concerne les exportations vers la Suisse autour de 2018, avec une anomalie de prix de 38,9 et un décalage de +18,1 %, représentant 4,1 % de la valeur totale des exportations. Le second, plus récent, touche les importations en provenance du Bangladesh autour de 2022, avec une anomalie de prix de 6,2 et un décalage de +39,7 % (6,4 % de la valeur totale des importations). Ces chocs illustrent la sensibilité du marché aux fluctuations de prix sur les marchés d'approvisionnement, en particulier dans un contexte de concentration croissante des flux.
Conclusion
Le marché européen du tabac light air cured (CN 24012035) a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation. Géographiquement, les flux se sont concentrés autour d'un nombre réduit de partenaires : la Belgique a renforcé son rôle de hub central au sein de l'UE, tandis que l'Inde a émergé comme un fournisseur majeur, au détriment du Brésil et des États-Unis. Économiquement, la hausse des prix unitaires, conjuguée à une forte croissance de la production intérieure (+125 % en volume), a permis une réduction sensible du déficit commercial et de la dépendance nette aux importations. Toutefois, cette dernière reste très élevée (87,8 %), et la concentration accrue des approvisionnements, combinée à la volatilité de certains partenaires clés, constitue une vulnérabilité structurelle. Les récents chocs de prix observés sur le Bangladesh et la Suisse rappellent que ce marché demeure exposé à des risques d'approvisionnement non négligeables, et que la diversification des sources et le renforcement de la production européenne devront rester des priorités pour les années à venir.