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Évolution du marché : T-shirts et maillots de corps, en bonneterie, de matières textiles (sauf de coton) (CN 610990) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour les t-shirts et maillots de corps en bonneterie, hors coton (code douanier 610990), sur la période 2015–2025. Cette catégorie, qui regroupe principalement des vêtements en fibres synthétiques, artificielles ou en laine, est un segment significatif du textile-habillement européen. Les données révèlent des dynamiques profondes : une dépendance accrue de l'UE aux importations, une recomposition majeure des partenaires commerciaux marquée par l'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni et la montée de l'Asie du Sud-Est, ainsi qu'une hausse de la volatilité des prix et des chocs d'approvisionnement. L'industrie européenne de production, en net déclin, cède la place à des flux de plus en plus intenses avec des fournisseurs tiers.

1. Une dépendance structurelle et croissante aux importations

L'UE maintient un déficit commercial chronique et s'accroissant sur ce segment, résultant d'une contraction de sa propre production nationale au profit d'approvisionnements extra-européens de plus en plus massifs.

Un déficit commercial qui se creuse malgré une valeur des importations stable

Entre 2015 et 2025, le déficit commercial de l'UE s'est légèrement élargi, passant de -1,82 milliard € à -1,95 milliard € (-7,2 %). Ce déficit persistant s'explique par des trajectoires divergentes des importations et des exportations :

  • Les importations en valeur sont restées relativement stables (de 2,68 milliards € à 2,60 milliards €, soit -3,0 %), tandis que leur volume a augmenté de 17,0 %, passant de 118 681 à 138 805 tonnes. Ce découplage valeur-volume traduit une baisse du prix moyen des importations de 17,1 %, indiquant un approvisionnement à moindre coût.
  • Les exportations, en revanche, ont connu une contraction sévère : leur valeur a reculé de 24,5 % (de 861 M€ à 650 M€) et leur volume s'est effondré de 53,8 % (de 21 607 à 9 978 tonnes). En parallèle, le prix moyen des exportations a bondi de 63,5 %, suggérant une spécialisation sur des produits à plus forte valeur ajoutée ou l'effet de l'inflation.
Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Importations (valeur, Mds €) 2,68 2,60 -3,0 %
Importations (volume, kt) 118,7 138,8 +17,0 %
Prix moyen importations (€/t) 22 547 18 693 -17,1 %
Exportations (valeur, M €) 861 650 -24,5 %
Exportations (volume, kt) 21,6 10,0 -53,8 %
Prix moyen exportations (€/t) 39 843 65 132 +63,5 %
Solde (Mds €) -1,82 -1,95 -7,2 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

L'effondrement de la production européenne

La dépendance aux importations s'explique directement par le déclin de la production intra-européenne. Entre 2003 et 2024 :

  • La production en volume a chuté de 615,2 millions d'unités à 195,0 millions, soit une baisse de 68,3 %.
  • La production en valeur a reculé de 2,46 milliards € à 1,60 milliard € (-34,9 %).

Ce repli, bien antérieur à la période étudiée mais qui s'est accéléré, illustre une désindustrialisation continue du secteur textile-habillement en Europe, au profit de délocalisations vers des pays à bas coûts. Le prix moyen de la production européenne a toutefois augmenté (de 3,99 € à 8,21 €/unité entre 2003 et 2024), confirmant un recentrage sur des créneaux de niche à haute valeur ajoutée.

Une dépendance nette aux importations en forte hausse

Le taux de dépendance nette aux importations a connu une progression spectaculaire. Passant de 16,2 % en 2003 à environ 78,2 % en 2024, il a été multiplié par près de 5 sur deux décennies. Ce chiffre élevé et croissant souligne la vulnérabilité structurelle de l'UE dans ce segment : la quasi-totalité de la consommation intérieure dépend désormais de sources d'approvisionnement extérieures. De même, l'intensité commerciale (rapport commerce/production) a été multipliée par 4,6 et la propension à exporter (exportations/production) par plus de 33, indiquant un marché européen profondément intégré au commerce mondial, mais de manière asymétrique en faveur des importations.

2. Une recomposition géographique profonde des échanges

La période 2015–2025 a été marquée par une réorganisation majeure des flux commerciaux, tant à l'import qu'à l'export, redessinant la carte des partenaires clés de l'UE.

À l'import : la montée en puissance du Bangladesh et du Vietnam face au recul de la Turquie

La structure des importations par partenaire a subi des changements majeurs :

  • La Chine demeure le premier fournisseur, avec une part stable en valeur (environ 696 M€ en 2025, +2,3 % vs 2015). Toutefois, son poids relatif a fluctué, avec un creux lié au COVID-19 en 2020 (420 M€) avant une reprise.
  • Le Bangladesh a connu une ascension remarquable, avec une hausse de 74,3 % de ses exportations vers l'UE (de 233 M€ à 405 M€), le positionnant comme un fournisseur de premier plan.
  • Le Vietnam a affiché une progression encore plus spectaculaire (+245 %), passant de 73 M€ à 253 M€, reflétant sa stratégie d'intégration commerciale réussie (Accord de libre-échange UE-Vietnam) et son rôle croissant dans les chaînes d'approvisionnement textiles.
  • La Turquie, historiquement le second fournisseur de l'UE, a vu ses exportations vers l'UE chuter de 50,2 %, passant de 822 M€ à 409 M€. Ce déclin peut s'expliquer par des facteurs de compétitivité-coût, des instabilités économiques ou un détournement de commande vers l'Asie.
  • Le Royaume-Uni, après le Brexit (2021), a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 108 M€ à 28 M€ (-74,2 %), un choc brutal visible dans les données.
Partenaire (importations) Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation (%)
Chine 680,6 695,9 +2,3 %
Turquie 822,1 409,2 -50,2 %
Bangladesh 232,6 405,3 +74,3 %
Cambodge 139,6 114,4 -18,1 %
Vietnam 73,4 253,4 +245,0 %
Royaume-Uni 108,0 27,8 -74,2 %
Inde 97,8 48,2 -50,7 %

Source : Top partenaires par valeur

À l'export : l'effondrement du Royaume-Uni et la stabilisation vers la Suisse

Les exportations de l'UE ont été redessinées par le Brexit :

  • Le Royaume-Uni, premier destination historique, a vu ses achats en provenance de l'UE chuter de 59,6 %, passant de 286 M€ à 116 M€. L'impact est particulièrement visible à partir de 2021, avec une division par trois des flux en un an (de 317 M€ en 2020 à 114 M€ en 2021).
  • La Suisse est devenue le premier partenaire à l'export, avec une croissance régulière de 34,4 % (de 126 M€ à 169 M€), bénéficiant probablement de sa proximité géographique et de relations commerciales non perturbées.
  • La Norvège a également progressé (+43,3 %), tandis que les exportations vers la Russie ont reculé de 54,6 %, en lien avec les sanctions économiques à partir de 2022.
  • Les États-Unis restent un marché stable (environ 44 M€), tandis que le Mexique a connu un déclin de 71,5 %.

Une concentration des sources d'approvisionnement en baisse

L'indice de concentration HHI pour les importations a diminué de 1 760 à 1 414 (-19,7 %), indiquant une diversification des fournisseurs. L'UE s'appuie moins sur un nombre restreint de pays et a ouvert son marché à de nouveaux acteurs (Vietnam, Bangladesh). À l'export, la concentration a également baissé (-17,4 %), reflétant la perte de dominance du Royaume-Uni.

3. Chocs, volatilité et adaptations du marché

La période a été ponctuée d'épisodes de volatilité et de chocs identifiables, révélant les tensions et les ajustements du marché face à des événements exogènes.

Une volatilité marquée selon les partenaires

Le coefficient de variation des quantités importées varie fortement selon les partenaires. Les flux les plus volatils concernent le Royaume-Uni (CV = 0,88), le Maroc (0,49), le Myanmar (0,47) et le Cambodge (0,43), tandis que les approvisionnements depuis la Thaïlande (0,14), la Chine (0,16) et le Bangladesh (0,17) sont plus stables. À l'export, la volatilité la plus élevée est observée vers le Mexique (0,61), la Chine (0,56), le Royaume-Uni (0,55) et la Tunisie (0,58), tandis que les flux vers la Suisse (0,08) et la Norvège (0,14) sont très réguliers.

Des chocs de prix identifiables sur plusieurs corridors

L'analyse a détecté plusieurs événements de choc de prix significatifs :

Corridor Type Année du choc Amplitude du choc (prix) Anomalie Part de valeur
Import du Bangladesh Prix à la baisse 2018 -12,6 % 10,9 16,0 %
Import du Royaume-Uni Prix à la hausse 2021 +152,2 % 5,3 4,2 %
Export vers le Mexique Prix à la hausse 2023 +142,1 % 12,1 1,9 %
Export vers les EAU Prix à la hausse 2023 +82,3 % 8,0 1,9 %
Export vers la Russie Prix à la hausse 2022 +27,3 % 5,0 5,8 %

Source : Événements de choc

  • Le choc sur les importations du Bangladesh en 2018 (prix en baisse de 12,6 %) coïncide avec une augmentation des volumes (+20,8 % par rapport à la baseline), suggérant un effet de dumping ou une surcapacité ponctuelle.
  • Le choc sur les importations du Royaume-Uni en 2021 (prix multiplié par 2,5) est directement lié au Brexit : l'introduction de barrières douanières et de contrôles a fait bondir les prix tout en réduisant drastiquement les volumes importés (divisés par 8,5 par rapport à la baseline).
  • Les chocs à l'export vers la Russie en 2022 reflètent les sanctions économiques post-invasion de l'Ukraine, entraînant une hausse des prix (+27,3 %) et une chute des volumes (-42 %).
  • Les chocs vers le Mexique et les Émirats arabes unis en 2023 pourraient être liés à des perturbations logistiques ou à une sélection de produits à plus haute valeur.

Une spécialisation européenne différenciée

La carte de spécialisation de 2025 révèle une hétérogénéité intra-européenne marquée :

  • Les pays les plus spécialisés (RSCA positif élevé) sont le Danemark (0,45), le Portugal (0,41), la Bulgarie (0,36), la Belgique (0,25) et l'Espagne (0,18). Ces pays maintiennent des avantages comparatifs, probablement liés à des niches de production (matières techniques, mode) ou à des positions de plateforme logistique.
  • Les pays les moins spécialisés (RSCA fortement négatif) sont Malte (-0,94), l'Irlande (-0,90), la Finlande (-0,80), Chypre (-0,75) et la Hongrie (-0,69), qui importent massivement sans capacité d'exportation significative pour ce produit.
  • L'Allemagne, premier marché importateur (642 M€ en 2025), a un RSCA quasi-nul (-0,04), indiquant un rôle avant tout de consommateur et de hub logistique.

Conclusion

Le marché européen des t-shirts et maillots de corps non-coton (CN 610990) est caractérisé, sur la période 2015–2025, par une triple dynamique. Premièrement, une dépendance structurelle croissante aux importations, alimentée par l'effondrement de la production intra-européenne et un taux de dépendance nette approchant les 80 %. Deuxièmement, une recomposition géographique profonde : le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni, tant à l'import qu'à l'export ; en parallèle, le Bangladesh et le Vietnam sont devenus des fournisseurs incontournables, tandis que la Turquie a vu son rôle fortement diminuer. Troisièmement, le marché fait face à une volatilité accrue et à des chocs liés à des événements géopolitiques (Brexit, guerre en Ukraine) et à des ajustements de prix brutaux sur certains corridors.

Ces tendances soulignent la nécessité, pour les décideurs européens, de renforcer la résilience des chaînes d'approvisionnement, de soutenir la relocalisation de capacités de production à haute valeur ajoutée, et d'accompagner les entreprises dans leur adaptation aux nouvelles réalités du commerce post-Brexit et aux risques géopolitiques croissants.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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