Évolution du marché : Spiritueux (CN 220890) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 220890 constitue une catégorie résiduelle de la nomenclature combinée, regroupant les alcools éthyliques non dénaturés ( titre < 80 % vol), les eaux-de-vie et boissons spiritueuses qui ne relèvent pas des sous-positions spécifiques (whisky, rhum, gin, vodka, liqueurs, eaux-de-vie de vin ou de marc). Ce périmètre inclut notamment la tequila, l'arak, les eaux-de-vie de fruits (calvados excepté), les eaux-de-vie de prunes/poires/cerises, ainsi que l'alcool éthylique en récipients ≤ 2 litres et > 2 litres. La fiche produit détaillée permet d'explorer la totalité des sous-codes couverts.
Sur la période 2015–2025, ce segment a connu une expansion remarquable. Les exportations de l'UE vers le monde extra-communautaire ont été multipliées par plus de trois en valeur (de 353 M€ à 1 107 M€), tandis que les importations ont progressé de 175 M€ à 571 M€. Le solde commercial demeure structurellement excédentaire — l'Union européenne reste un exportateur net — mais les dynamiques sous-jacentes sont multiples : montée en puissance de la tequila mexicaine, explosion des exportations vers les marchés émergents d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, et effets persistants de la pandémie de COVID-19. Ce rapport propose une analyse en trois volets de ces transformations.
1. Une expansion commerciale spectaculaire, tirée par les exportations
La croissance des exportations dépasse celle des importations en volume
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE en produits CN 220890 sont passées de 148 844 tonnes à 453 491 tonnes, soit une hausse de +204,7 % en quantité. En valeur, la progression atteint +214,0 %, portant le chiffre d'affaires exporté de 353 M€ à 1 107 M€. Les indicateurs de commerce confirment que les exportations ont progressé de manière quasi-continue, avec un creux notable en 2020 (effet COVID-19) suivi d'une vigoureuse reprise.
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2020 | 2021 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 353 | 657 | 585 | 848 | 1 107 | +214,0 % |
| Exportations (kt) | 149 | 339 | 327 | 467 | 453 | +204,7 % |
| Importations (M€) | 175 | 272 | 240 | 365 | 571 | +227,1 % |
| Importations (kt) | 41 | 58 | 50 | 65 | 117 | +185,4 % |
| Solde (M€) | 178 | 385 | 345 | 483 | 536 | +201,1 % |
Le prix unitaire des exportations est resté modéré
Le prix moyen à l'exportation de l'UE (en EUR/tonne) est passé de 2 370 €/t en 2015 à 2 442 €/t en 2025, soit une progression très modeste de +3,1 %. Le prix a connu un minimum relatif de 1 878 €/t en 2017 avant de remonter progressivement, culminant à 2 550 €/t en 2024. Cette relative stabilité des prix moyens masque toutefois des disparités importantes entre sous-produits (cf. section 3). En revanche, le prix moyen à l'importation est nettement plus élevé : 4 273 €/t en 2015, passant à 4 899 €/t en 2025 (+14,6 %), ce qui reflète la nature plus premium de certains produits importés, notamment la tequila.
L'intensité commerciale et la propension à exporter s'accroissent
L'Union européenne a renforcé son ouverture commerciale sur ce segment. L'intensité commerciale (ratio commerce/production) est passée de 32,8 % en 2015 à 43,6 % en 2025, tandis que la propension à exporter (exportations/production) a progressé de 27,7 % à 38,0 %, selon les indicateurs de vulnérabilité. Parallèlement, la production communautaire en volume a légèrement reculé (-6,1 %, de 627 à 589 millions de litres d'alcool pur), tandis que sa valeur a bondi de +77,9 % (de 3,8 Mds€ à 6,8 Mds€), ce qui suggère un mouvement de montée en gamme de la production locale.
Le taux de couverture des importations confirme la position excédentaire
Le taux de dépendance nette aux importations est resté négatif sur toute la période, confirmant le statut d'exportateur net de l'UE. Il a oscillé entre -14,6 % (2022) et -55,1 % (2024), avec une valeur de -38,8 % en 2025. La variabilité de cet indicateur, visible sur le graphique de dépendance nette, traduit principalement les fluctuations des importations de tequila, qui ont connu des pics en 2022–2023.
2. La tequila, moteur principal de la croissance des importations européennes
Le Mexique et les États-Unis, partenaires dominants à l'importation
L'analyse des principaux partenaires à l'importation révèle une transformation profonde de la structure des approvisionnements. Le Mexique est passé de 50 M€ à 225 M€ (+353 %), devenant de loin le premier fournisseur de l'UE. Les États-Unis ont connu une progression encore plus spectaculaire : de 2,3 M€ à 121 M€ (+5 168 %), ce qui peut s'expliquer en partie par des réexportations de tequila mexicaine via les États-Unis.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2020 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Mexique | 50 | 82 | 192 | 225 | +353 % |
| Royaume-Uni | 55 | 73 | 151 | 98 | +78 % |
| États-Unis | 2,3 | 9,7 | 53 | 121 | +5 168 % |
| Norvège | 12 | 15 | 23 | 15 | +27 % |
| Turquie | 18 | 18 | 23 | 27 | +52 % |
| Ukraine | 0,9 | 1,0 | 3,5 | 4,8 | +434 % |
| Serbie | 1,8 | 2,7 | 7,6 | 7,3 | +300 % |
La tequila en contenants ≤ 2 litres, le segment qui a explosé
Le découpage par sous-produit confirme sans ambiguïté le rôle central de la tequila. En 2015, les importations de tequila en contenants ≤ 2 litres (NC 22089054) représentaient 4 818 tonnes pour 32 M€. En 2025, elles atteignent 16 193 tonnes et 182 M€. La tequila en contenants > 2 litres (NC 22089075) progresse dans des proportions comparables : de 5 278 à 11 697 tonnes. Ensemble, ces deux sous-codes représentaient 41 % de la valeur totale des importations en 2025, contre 47 % en 2015 (d'autres segments ayant aussi progressé).
| Sous-produit | 2015 (t) | 2025 (t) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|
| Tequila ≤ 2 l (22089054) | 4 818 | 16 193 | 32 | 182 | 11 256 |
| Tequila > 2 l (22089075) | 5 278 | 11 697 | 19 | 37 | 3 190 |
| Spiritueux ≤ 2 l (22089069) | 18 348 | 54 892 | 67 | 219 | 3 993 |
| Spiritueux > 2 l (22089078) | 376 | 14 470 | 0,8 | 31 | 2 131 |
| Eaux-de-vie ≤ 2 l (22089056) | 6 119 | 6 705 | 36 | 62 | 9 209 |
| Alcool éthylique > 2 l (22089099) | 1 338 | 5 633 | 0,6 | 2,8 | 503 |
Le prix élevé de la tequila valorise les importations
La tequila en petits contenants (≤ 2 l) se distingue par un prix moyen à l'importation nettement supérieur à celui des autres segments : 11 256 €/t en 2025, contre 3 993 €/t pour les spiritueux génériques en petits contenants et 3 190 €/t pour la tequila en gros conditionnements. Ce différentiel de prix explique en grande partie pourquoi les importations ont progressé plus vite en valeur (+227 %) qu'en volume (+185 %). La répartition par partenaire confirme que le pic d'importation de tequila en 2022–2023 a coïncidé avec une forte hausse des prix (12 455 €/t en 2022, 14 464 €/t en 2023 pour le code 22089054).
La concentration des importations s'est légèrement renforcée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 006 à 2 353 (+17,3 %), ce qui reste dans la zone de marché modérément concentré. En volume, le HHI a au contraire diminué de 2 634 à 2 081 (-21 %). Cette divergence traduit le poids croissant du Mexique en valeur (prix élevés de la tequila) face à une diversification relative des volumes vers d'autres fournisseurs (Turquie, Serbie, Ukraine). Les indices de concentration permettent d'observer cette dynamique.
3. Les exportations vers les marchés émergents redessinent les flux commerciaux
L'essor spectaculaire des destinations africaines et asiatiques
Si le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE (192 M€ en 2025, +211 %), la véritable révolution se situe dans l'émergence de nouvelles destinations. Les Philippines sont passées de 22 M€ à 146 M€ (+579 %), la Côte d'Ivoire de 0,6 M€ à 22 M€ (+3 725 %), le Nigeria de 9 M€ à 25 M€ (+184 %) et l'Ukraine de 9 M€ à 52 M€ (+479 %). Ces flux par partenaire illustrent la stratégie d'expansion géographique des exportateurs européens.
| Destination | 2015 (M€) | 2020 (M€) | 2023 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 62 | 86 | 142 | 192 | +211 % |
| États-Unis | 35 | 52 | 126 | 172 | +386 % |
| Philippines | 22 | 31 | 154 | 146 | +579 % |
| Ukraine | 9 | 22 | 51 | 52 | +479 % |
| Suisse | 24 | 30 | 40 | 38 | +60 % |
| Côte d'Ivoire | 0,6 | 3,7 | 20 | 22 | +3 725 % |
| Nigeria | 9 | 6,9 | 30 | 25 | +184 % |
Les boissons spiritueuses en petits contenants, pilier des exportations
Le segment dominant des exportations est constitué par les boissons spiritueuses en contenants ≤ 2 litres (NC 22089069), qui représente 408 886 tonnes pour 853 M€ en 2025, soit 77 % de la valeur totale des exportations. La tequila en petits contenants (NC 22089054) constitue le second segment, avec 12 355 tonnes et 142 M€, ce qui pourrait surprendre — il s'agit probablement de réexportations de tequila importée et conditionnée dans l'UE, ou de tequila produit sous licence en Europe. Les données par sous-produit permettent d'approfondir cette analyse.
| Sous-produit exporté | 2015 (t) | 2025 (t) | 2015 (M€) | 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| Spiritueux ≤ 2 l (22089069) | 119 214 | 408 886 | 239 | 853 |
| Tequila ≤ 2 l (22089054) | 5 253 | 12 355 | 30 | 142 |
| Eaux-de-vie ≤ 2 l (22089056) | 5 865 | 8 764 | 23 | 40 |
| Autres ≤ 2 l (22089041) | 6 051 | 7 704 | 12 | 21 |
| Spiritueux > 2 l (22089078) | 3 465 | 5 361 | 14 | 14 |
| Alcool éthylique > 2 l (22089099) | 1 258 | 6 655 | 2,1 | 9,7 |
| Eaux-de-vie de fruits ≤ 2 l (22089048) | 5 081 | 573 | 12 | 4,0 |
L'Italie, l'Espagne et les Pays-Bas, champions de l'exportation
L'analyse par État membre révèle que l'exportation est concentrée entre quelques grands pays. L'Italie (198 M€, +375 %) et l'Espagne (228 M€, +526 %) affichent les progressions les plus spectaculaires, suivis des Pays-Bas (192 M€, +558 %) qui se sont imposés comme une plateforme logistique majeure. La France, malgré un poids absolu important (101 M€), affiche une progression plus modeste (+28 %). L'indice HHI des exportations (valeur) est passé de 712 à 840, indiquant une concentration en légère hausse mais restant faible.
Le choc de prix de 2022 sur les exportations vers les États-Unis
Un événement notable a été détecté dans la série des chocs : un choc de prix sur les exportations vers les États-Unis en 2022, avec une hausse de 68,9 % du prix unitaire et un score d'anormalité de 5,0. Ce choc pourrait être lié aux perturbations logistiques post-COVID, à l'inflation des coûts de transport maritime, ou à des modifications tarifaires. Les États-Unis représentant 21 % de la valeur des exportations, cet épisode a eu un impact significatif sur la moyenne communautaire. Le coefficient de variation des échanges avec les États-Unis est d'ailleurs élevé (1,29 pour les importations, 0,67 pour les exportations), confirmant la volatilité de ce partenaire.
Conclusion
Le segment CN 220890 a connu, sur la décennie 2015–2025, une transformation profonde qui dépasse la simple conjoncture. Trois dynamiques structurelles se dégagent :
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L'Union européenne a consolidé et amplifié son statut d'exportateur net, avec un solde commercial porté à 536 M€ en 2025, soutenu par une propension à exporter en hausse (38 % de la production) et un tissu d'États membres spécialisés (Grèce, Italie, Lettonie, Estonie, Finlande selon l'analyse de spécialisation).
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La tequila mexicaine a restructuré le profil des importations, devenant le produit le plus importé en valeur (prix moyen > 11 000 €/t) et tirant la croissance globale des importations. L'essor conjoint du Mexique et des États-Unis comme partenaires à l'importation pose la question de la dépendance à un sous-produit à forte valeur ajoutée mais sensible aux chocs de prix.
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L'expansion vers les marchés émergents — Philippines, Côte d'Ivoire, Nigeria, Ukraine — a diversifié la base client des exportateurs européens, mais a également accru la volatilité des flux, comme en témoignent les coefficients de variation élevés observés sur ces destinations.
La production communautaire a légèrement reculé en volume (-6 %) mais bondi en valeur (+78 %), suggérant une montée en gamme qui profite à l'exportation. Les risques identifiés portent sur la concentration accrue des importations autour du Mexique et sur la volatilité des prix, notamment sur le segment tequila. L'avenir de ce marché dépendra de la capacité des producteurs européens à maintenir leur compétitivité sur des marchés émergents de plus en plus concurrentiels, tout en gérant les dépendances aux approvisionnements en spirits d'outre-Atlantique.