Explorer les données en direct

Évolution du marché : Eaux-de-vie de vin ou de marc de raisins (CN 220820) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 220820 couvre les Eaux-de-vie de vin ou de marc de raisins, un regroupement qui inclut notamment le cognac, l'armagnac, le brandy, le grappa et diverses eaux-de-vie de marc. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne apparaît comme un acteur massivement exportateur de ces produits, avec une balance commerciale structurellement excédentaire. Le présent rapport examine les dynamiques majeures de ce commerce, en s'appuyant sur les flux de valeur, de volume et de prix entre l'UE et le reste du monde.


1. Une suprématie française qui structure l'ensemble du commerce extérieur européen

La France domine absolument les exportations intra-européennes

Les exportations par pays déclarant révèlent une concentration extrême autour de la France. En 2025, les exportations françaises de ce code s'élevaient à 2 188 M€, soit environ 91 % du total européen (2 412 M€). L'Espagne, deuxième exportateur, n'atteignait que 75 M€.

Pays déclarant Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation
France 2 445 2 188 −10,5 %
Espagne 126 75 −40,4 %
Lettonie 33 45 +35,4 %
Pays-Bas 98 18 −81,3 %
Belgique 17 22 +31,8 %
Allemagne 27 16 −40,1 %
Italie 20 22 +12,6 %

La spécialisation à l'exportation confirme cette dominance : la France affiche un indice RSCA de 0,76 et un RCA de 7,35, la plaçant très loin devant les autres États membres. La Lettonie (RSCA 0,66) et l'Estonie (RSCA 0,50) se distinguent comme des spécialisateurs secondaires, tandis que la plupart des autres pays européens sont nettement sous-spécialisés dans ce produit.

Une production européenne en volume stable mais en valeur en forte hausse

Les volumes de production de l'UE ont oscillé entre 161 et 228 millions de litres sur la période, avec une légère baisse de −4,9 % entre le premier et le dernier point de données (de 196 à 186 Ml). En revanche, la valeur de production a presque doublé, passant de 1 933 M€ à 3 750 M€ (+94 %). Ce décalage traduit une montée en gamme significative des eaux-de-vie européennes : le prix moyen de production est passé d'environ 9,9 €/litre en 2003 à 20,1 €/litre en 2024, signe d'une valorisation croissante des appellations prestigieuses.


2. Une contraction prononcée des exportations depuis 2022, contrebalancée par une hausse des prix unitaires

L'apogée de 2022 suivi d'un net recul

Les données de commerce montrent que les exportations européennes ont culminé en 2022 à 4 135 M€ et 206 888 tonnes. Depuis lors, elles ont chuté de manière continue pour atteindre 2 412 M€ et 135 105 tonnes en 2025, soit un repli de −42 % en valeur et de −35 % en volume par rapport au pic. En glissement sur l'ensemble de la période (2015 vs 2025), la baisse est de −14,0 % en valeur et −26,3 % en volume.

Année Exportations (M€) Exportations (tonnes) Prix moyen (€/t)
2015 2 803 183 195 15 302
2019 3 797 234 338 16 198
2020 2 940 193 553 15 189
2022 4 135 206 888 19 985
2023 3 514 161 139 21 807
2024 3 077 154 739 19 888
2025 2 412 135 105 17 852

La hausse de +16,7 % du prix moyen à l'exportation sur la période complète (de 15 302 à 17 852 €/t) indique que la contraction des volumes n'a été que partiellement compensée par la montée en prix. L'écart est particulièrement visible à partir de 2022, lorsque le prix moyen a franchi la barre des 19 000 €/t avant de se corriger partiellement.

Le repli des principaux partenaires à l'exportation explique la tendance

L'examen des principaux partenaires à l'exportation montre que le recul est généralisé :

Partenaire Exportations 2015 (M€) Pic (M€) Exportations 2025 (M€) Var. 2015–2025
États-Unis 951 1 905 (2022) 756 −20,5 %
Chine 322 803 (2023) 494 +53,2 %
Singapour 490 602 (2023) 314 −35,9 %
Royaume-Uni 143 177 (2024) 129 −9,9 %
Féd. de Russie 98 144 (2019) 81 −17,8 %
Philippines 45 65 (2018) 14 −67,8 %
Mexique 58 62 (2019) 45 −21,8 %

Les États-Unis, premier débouché, ont connu un pic spectaculaire en 2022 (1 905 M€) suivi d'une chute de −60 % en trois ans. La Chine se distingue comme le seul partenaire majeur en progression nette sur la période, avec un quasi-doublement des exportations (+53 %). Les Philippines ont vu leurs importations européennes s'effondrer de −67,8 %, signe d'une possible restructuration de la demande ou de l'émergence de concurrents locaux.

La pandémie de COVID-19 a constitué un choc temporaire mais limité

En 2020, les exportations ont reculé à 2 940 M€ (−23 % par rapport à 2019), avant de rebondir fortement dès 2021 (3 811 M€). La reprise post-pandémique a même porté les exportations au-delà de leur niveau pré-crise, atteignant le record de 2022. Ce schéma suggère une demande reportée qui s'est matérialisée avec la réouverture des marchés de la restauration et du voyage.


3. Des marchés d'approvisionnement en mutation et une concentration des exportations qui reste élevée

Les importations européennes progressent en volume mais restent marginales en valeur

Les importations ont crû de manière significative sur la période : de 16 973 tonnes et 66 M€ en 2015 à 25 129 tonnes et 88 M€ en 2025, soit +48 % en volume et +34 % en valeur. Le prix moyen à l'importation a toutefois diminué de −9,3 %, passant de 3 875 à 3 515 €/t, ce qui contraste fortement avec la hausse des prix à l'exportation.

Année Importations (M€) Importations (tonnes) Prix moyen (€/t)
2015 66 16 973 3 875
2019 76 25 692 2 945
2022 92 38 758 2 385
2023 120 44 057 2 725
2025 88 25 129 3 515

Le prix moyen à l'importation (2 725–3 875 €/t) reste très inférieur au prix moyen à l'exportation (15 099–21 807 €/t), ce qui confirme que l'UE importe principalement des eaux-de-vie de gamme inférieure et exporte des produits à forte valeur ajoutée (cognac, armagnac).

L'approvisionnement se diversifie géographiquement

Les principaux partenaires à l'importation révèlent une recomposition significative :

Partenaire Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation
Géorgie 6,9 9,7 +40,4 %
Pays non spécifiés 0,2 8,1 +3 952 %
Afrique du Sud 3,8 4,4 +13,9 %
Turquie 0,8 4,9 +527 %
Australie 4,1 2,0 −50,0 %
Argentine 3,3 1,7 −49,2 %
Moldavie 2,6 5,2 +100,5 %

La Turquie a connu la progression la plus spectaculaire (+527 %), tandis que l'Australie et l'Argentine ont vu leur part fondre de moitié. La concentration des importations (HHI autour de 1 043 en 2025) reste modérée, indiquant une diversification raisonnable des sources d'approvisionnement. La Géorgie, l'Arménie et la Moldavie — tous trois pays du Partenariat oriental ou du Caucase — apparaissent comme des fournisseurs structurels, ce qui reflète les traditions viticoles de ces régions et les accords commerciaux préférentiels avec l'UE.

La concentration des exportations reste élevée malgré une légère amélioration

Le HHI des exportations est resté stable autour de 1 682 en 2025 (contre 1 680 en 2015), indiquant une concentration persistante des débouchés. Les États-Unis et la Chine représentaient ensemble environ 52 % des exportations européennes en 2025. Le pic de concentration observé en 2022 (HHI de 2 657) correspond au moment où les exportations vers les États-Unis ont atteint un niveau exceptionnel (1 905 M€), rendant l'UE particulièrement dépendante d'un seul marché.

Chocs de prix et de volume ponctuels sur certains corridors commerciaux

L'analyse de la volatilité et des chocs identifie plusieurs événements marquants :

  • Turquie (importations, 2020) : choc de prix de +56,7 % accompagné d'une chute de volume de −40 %, probablement lié aux tensions économiques et à la dépréciation de la livre turque.
  • Ukraine (importations, 2019) : effondrement du volume à 134 tonnes (−94 % par rapport à la base) avec un doublement du prix, suggérant une perturbation de l'offre.
  • Philippines (exportations, 2023) : chute de volume de −61 % et hausse de prix de +90 %, indiquant un possible changement de politique commerciale ou de structure de demande locale.
  • Arménie (importations, 2018) : baisse de prix de −13 %, reflétant potentiellement une surproduction locale.

Les indices de volatilité (coefficient de variation) confirment que les flux les plus instables se situent côté importations, avec l'Ukraine (CV 1,12), la Serbie (1,19) et l'Australie (1,03) présentant les plus fortes fluctuations de volume. Côté exportations, les flux vers le Royaume-Uni (CV 0,05) et le Canada (0,10) se distinguent par leur remarquable stabilité.


Conclusion

Le marché européen des eaux-de-vie de vin et de marc de raisins (CN 220820) a traversé la période 2015–2025 selon une trajectoire en deux temps : une phase d'expansion jusqu'en 2022, portée par la demande américaine et asiatique, suivie d'une contraction marquée des volumes et des valeurs. L'Union européenne demeure un exportateur net massif (solde excédentaire de 2 324 M€ en 2025), mais la dépendance nette aux importations a évolué de −221 % à −391 %, témoignant d'un creusement de l'excédent relatif à la production intérieure. L'intensité commerciale a légèrement augmenté (de 70 % à 82 %), confirmant l'ancrage de ce secteur dans le commerce mondial.

Les risques identifiés sont doubles : d'une part, la concentration des exportations sur un nombre limité de partenaires (les États-Unis et la Chine représentant plus de la moitié du marché) expose l'UE à des chocs de demande exogènes ; d'autre part, la volatilité des approvisionnements depuis les pays du Caucase et d'Europe de l'Est introduit une incertitude sur les importations de gamme inférieure. La montée en prix observée aussi bien en production qu'à l'exportation suggère néanmoins que le secteur européen parvient à maintenir sa position premium, même si le récent recul des exportations vers les États-Unis — de 1 905 M€ en 2022 à 756 M€ en 2025 — constitue le défi majeur des prochaines années.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.