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Évolution du marché : Rhum (CN 220840) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 220840 couvre le rhum et les autres eaux-de-vie provenant de la distillation, après fermentation, de produits de cannes à sucre. Ce code, situé au chapitre 22 (Boissons, liquides alcooliques et vinaigres), englobe six sous-catégories distinguant le rhum traditionnel (teneur en substances volatiles ≥ 225 g/hl d'alcool pur) du rhum standard, selon la contenance des récipients (≤ 2 litres ou > 2 litres) et la valeur unitaire (en €/litre d'alcool pur). Le marché européen de ce produit a connu, sur la période 2015–2025, une transformation structurelle profonde marquée par l'essor spectaculaire de la production communautaire, un redéploiement géographique des flux commerciaux et une dynamique de prix contrastée entre importations et exportations.

Vue d'ensemble du commerce


1. L'essor de la production européenne et la réduction spectaculaire du déficit commercial

La dynamique la plus marquante de la décennie est l'expansion de la production européenne de rhum, qui a permis une contraction significative du déficit commercial et un affranchissement progressif de l'UE vis-à-vis des approvisionnements extra-européens.

1.1. Une production communautaire en pleine expansion

La production européenne de rhum a connu une croissance exceptionnelle. En volume (litres d'alcool pur), elle est passée de 42,0 millions de litres à 99,0 millions de litres entre 2015 et 2025, soit une progression de 135,8 %. En valeur, la hausse est encore plus spectaculaire : de 151,6 millions d'euros à 941,7 millions d'euros (+521,3 %), témoignant d'une montée en gamme prononcée de la production locale et d'une hausse significative de la valeur ajoutée.

Volumes de production de l'UE

L'Italie et l'Espagne émergent comme les principaux producteurs européens, avec des parts respectives de 21,1 % et 13,5 % de la production communautaire en 2025. L'Italie combine un indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 2,63 et un indice symétrique (RSCA) de 0,45, confirmant une spécialisation nette dans ce produit. Le Luxembourg (RSCA = 0,55) et la Lettonie (RSCA = 0,46) se distinguent également, probablement en tant que plateformes logistiques de réexportation.

Spécialisation des États membres

1.2. Des importations stables en volume mais en repli en valeur

Les importations extra-UE de rhum sont restées remarquablement stables en volume pondéral, passant de 92 526 tonnes à 93 064 tonnes (+0,6 %). En revanche, leur valeur a diminué de 501,9 millions d'euros à 443,1 millions d'euros (-11,7 %), et le prix moyen à la tonne a reculé de 5 424 à 4 761 €/t (-12,2 %). En litres d'alcool pur, le prix unitaire d'importation a encore plus fortement baissé, passant de 9,81 à 6,83 €/l d'alcool pur (-30,3 %), indiquant que les importations se concentrent davantage sur des rhums de moindre valeur unitaire.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur des importations 501,9 M€ 443,1 M€ -11,7 %
Volume des importations 92 526 t 93 064 t +0,6 %
Prix moyen à l'import. 5 424 €/t 4 761 €/t -12,2 %
Prix suppl. à l'import. 9,81 €/l alc. 6,83 €/l alc. -30,3 %

1.3. Des exportations en forte croissance

À l'inverse, les exportations extra-UE ont connu une progression soutenue : leur valeur est passée de 151,2 M€ à 207,0 M€ (+36,9 %), pour un volume en hausse de 33 687 t à 39 286 t (+16,6 %). Le prix moyen à la tonne exportée a augmenté de 4 489 à 5 268 €/t (+17,4 %), tandis que le prix en litres d'alcool pur est resté quasi stable (10,74 → 10,52 €/l alc., -2,0 %). Cette combinaison suggère une densification des exportations en alcool pur — les produits exportés étant à la fois plus lourds et plus concentrés.

1.4. Un déficit commercial en nette réduction

La convergence entre importations en baisse et exportations en hausse a conduit à une réduction significative du déficit commercial. Le solde est passé de -350,7 M€ à -236,1 M€, soit une amélioration de 32,7 %. La dépendance nette aux importations s'est effondrée, passant de 63,8 % à 21,7 % (-66,1 %), tandis que l'intensité commerciale a reculé de 73,2 % à 47,7 % (-34,8 %). L'UE est ainsi passée d'un marché fortement dépendant des approvisionnements extérieurs à un marché nettement plus autonome.

Indicateur 2015 2025 Variation
Solde commercial -350,7 M€ -236,1 M€ +32,7 %
Dépendance nette aux import. 63,8 % 21,7 % -66,1 %
Intensité commerciale 73,2 % 47,7 % -34,8 %
Propension à exporter 20,5 % 21,9 % +6,8 %

Indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité


2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux

Au-delà des agrégats globaux, la période 2015–2025 se caractérise par un remaniement profond de la géographie des échanges, tant au sein de l'UE qu'avec les partenaires extérieurs, marqué par le basculement de l'Allemagne vers l'Italie et par une diversification des marchés d'exportation.

2.1. Le basculement de l'Allemagne vers l'Italie

La reconfiguration la plus spectaculaire concerne la répartition des flux au sein de l'UE. L'Allemagne, qui était en 2015 le premier importateur (205,1 M€) et le premier exportateur (69,4 M€) de rhum de l'UE, a vu ses positions s'effondrer : ses importations ont reculé de 86,9 % pour atteindre 26,8 M€ en 2025, et ses exportations ont chuté de 87,0 % pour ne plus atteindre que 9,0 M€.

Dans le même temps, l'Italie a connu une ascension fulgurante : ses importations ont bondi de 33,0 M€ à 189,1 M€ (+473,9 %) et ses exportations de 4,3 M€ à 74,8 M€ (+1 649,3 %). L'Italie est ainsi devenue le premier hub européen du rhum, à la fois premier importateur et premier exportateur, en lien direct avec la forte montée en puissance de sa production nationale. Les Pays-Bas (+60,4 % à l'import, +259,9 % à l'export) et la France (+52,3 % à l'import, +93,5 % à l'export) ont également gagné en importance, tandis que la Lettonie a reculé de 60,7 % à l'exportation.

État membre Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Var. Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Var.
Italie 33,0 189,1 +473,9 % 4,3 74,8 +1 649,3 %
Allemagne 205,1 26,8 -86,9 % 69,4 9,0 -87,0 %
Espagne 176,8 88,7 -49,8 % 24,9 26,2 +5,0 %
Pays-Bas 33,5 53,7 +60,4 % 9,8 35,2 +259,9 %
France 24,7 37,6 +52,3 % 20,6 39,8 +93,5 %
Tchéquie 3,1 12,2 +288,0 %
Lettonie 17,6 6,9 -60,7 %

Principaux États membres importateurs et exportateurs

2.2. Diversification des partenaires d'approvisionnement

Côté importations, l'indice de concentration HHI (en valeur) est passé de 2 408 à 1 934 (-19,7 %), indiquant une diversification progressive des sources d'approvisionnement. Les États-Unis restent le premier fournisseur (169,7 M€) mais ont vu leur part reculer de 24,7 % par rapport à 2015. Le Royaume-Uni, probablement affecté par le Brexit, a connu une baisse de 54,2 % (28,5 → 13,1 M€). Cuba (-16,1 %) et Trinité-et-Tobago (-5,7 %) ont légèrement reculé.

En revanche, certains partenaires émergents ont connu des hausses remarquables. L'Eswatini est passé de 0,18 M€ à 8,6 M€ (+4 751 %), devenant un fournisseur significatif malgré une forte volatilité (CV = 0,73). Le Venezuela a progressé de 60,6 % (23,1 → 37,2 M€), consolidant la position du rhum vénézuélien sur le marché européen. La République dominicaine reste un fournisseur stable (61,6 → 64,1 M€, +4,1 %).

Partenaire Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation
États-Unis 225,2 169,7 -24,7 %
Rép. dominicaine 61,6 64,1 +4,1 %
Cuba 48,7 40,8 -16,1 %
Venezuela 23,1 37,2 +60,6 %
R.-Uni 28,5 13,1 -54,2 %
Eswatini 0,18 8,6 +4 751 %
Trinité-et-Tobago 3,6 3,4 -5,7 %

Principaux partenaires d'importation

2.3. Expansion géographique des débouchés à l'exportation

Côté exportations, la diversification est encore plus prononcée : le HHI est passé de 1 860 à 1 205 (-35,2 %). Le Royaume-Uni reste le premier débouché (59,5 M€, stable à +0,2 %), mais les marchés asiatiques et nord-américains ont connu une croissance spectaculaire. La Chine est passée de 2,4 M€ à 19,7 M€ (+725,8 %), devenant le troisième débouché de l'UE. Les États-Unis ont progressé de 292,4 % (4,3 → 16,8 M€), l'Ukraine de 120,6 % (2,6 → 5,8 M€) et le Japon de 39,0 % (3,9 → 5,4 M€). À l'inverse, les exportations vers la Russie ont chuté de 18,2 M€ à 7,7 M€ (-57,4 %), probablement en lien avec les sanctions économiques.

Partenaire Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
R.-Uni 59,4 59,5 +0,2 %
Chine 2,4 19,7 +725,8 %
États-Unis 4,3 16,8 +292,4 %
Suisse 8,2 8,7 +6,2 %
Ukraine 2,6 5,8 +120,6 %
Japon 3,9 5,4 +39,0 %
Russie 18,2 7,7 -57,4 %

Principaux partenaires d'exportation


3. Premiumisation des exportations, érosion des prix d'importation et chocs d'approvisionnement

L'analyse segmentée des échanges et la dynamique des prix révèlent un marché en pleine mutation : une montée en gamme des exportations européennes coexiste avec une pression baissière sur les prix d'importation, le tout ponctué par des épisodes de volatilité liés à la dépendance vis-à-vis de fournisseurs caribéens et africains.

3.1. La structure des segments à l'importation : domination du rhum en vrac

Les données segmentées révèlent une structure d'importation dominée par le rhum en vrac (contenance > 2 litres). En 2025, le segment 22084091 (vrac, > 2 €/l d'alcool pur) représente à lui seul 59 890 tonnes, soit 64,3 % du volume importé en poids. Ce segment a progressé de 26,7 % en volume depuis 2015, mais sa valeur a reculé de 17,7 % (312,4 → 257,1 M€), et son prix moyen à la tonne a chuté de 6 611 à 4 293 €/t (-35,1 %).

À l'opposé, le segment 22084031 (conditionné ≤ 2 L, > 7,9 €/l d'alcool pur), qui représente le rhum premium en bouteille, a connu un déclin marqué : -47,2 % en tonnage (17 822 → 9 411 t) et -18,1 % en valeur (109,5 → 89,7 M€). Ce désengagement des importations de rhum premium embouteillé suggère que l'UE privilégie désormais un approvisionnement en vrac destiné à la transformation et au conditionnement locaux. Le rhum traditionnel en petit conditionnement (22084011, ≤ 2 L) demeure un segment de niche (5 308 → 4 746 t, -10,6 %) mais avec une valeur en hausse de 28,1 % (49,8 → 63,8 M€), confirmant sa position premium.

Segment (import.) Tonnes 2015 Tonnes 2025 Var. vol. Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Var. val.
22084091 — Vrac, > 2 €/l alc. 47 261 59 890 +26,7 % 312,4 257,1 -17,7 %
22084099 — Vrac, ≤ 2 €/l alc. 15 412 14 539 -5,7 % 11,8 15,8 +34,0 %
22084031 — Bouteille, > 7,9 €/l alc. 17 822 9 411 -47,2 % 109,5 89,7 -18,1 %
22084011 — Rhum traditionnel, ≤ 2 L 5 308 4 746 -10,6 % 49,8 63,8 +28,1 %
22084039 — Bouteille, ≤ 7,9 €/l alc. 3 642 2 758 -24,3 % 12,4 7,6 -38,3 %
22084051 — Rhum traditionnel, > 2 L 3 080 1 719 -44,2 % 6,0 9,1 +50,3 %

3.2. À l'exportation, la montée en puissance du premium embouteillé

La structure des exportations est dominée par le segment 22084031 (conditionné ≤ 2 L, > 7,9 €/l d'alcool pur), qui représentait 15 161 tonnes (45,0 % des exportations) en 2015 et atteint 20 432 tonnes (52,0 %) en 2025, avec une valeur en hausse de 90,5 M€ à 127,0 M€ (+40,3 %). Ce segment incarne le rhum premium à destination des consommateurs finaux, et sa progression témoigne d'une nette montée en gamme des exportations européennes.

Le segment le plus dynamique est toutefois le 22084091 (vrac, > 2 €/l d'alcool pur), dont les exportations ont bondi de 498 tonnes à 5 308 tonnes (+966,5 %), pour une valeur passée de 1,7 M€ à 17,0 M€ (+901,5 %). Cette progression spectaculaire reflète vraisemblablement l'émergence de l'Italie et des Pays-Bas comme plateformes de reconditionnement et de réexportation de rhum en vrac vers des marchés tiers.

Le rhum traditionnel en petit conditionnement (22084011), en revanche, a reculé à l'exportation (-39,8 % en tonnage, 8 631 → 5 196 t), ce qui pourrait indiquer une concurrence accrue des pays producteurs caribéens sur ce segment spécifique.

Segment (export.) Tonnes 2015 Tonnes 2025 Var. vol. Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Var. val.
22084031 — Bouteille, > 7,9 €/l alc. 15 161 20 432 +34,8 % 90,5 127,0 +40,3 %
22084011 — Rhum traditionnel, ≤ 2 L 8 631 5 196 -39,8 % 43,5 37,6 -13,5 %
22084039 — Bouteille, ≤ 7,9 €/l alc. 5 282 5 798 +9,8 % 12,5 17,6 +41,4 %
22084091 — Vrac, > 2 €/l alc. 498 5 308 +966,5 % 1,7 17,0 +901,5 %
22084099 — Vrac, ≤ 2 €/l alc. 3 704 1 572 -57,6 % 2,1 3,1 +48,7 %
22084051 — Rhum traditionnel, > 2 L 411 980 +138,3 % 0,97 4,6 +376,5 %

Comparaison des segments de produit

3.3. Volatilité des approvisionnements et chocs de prix

L'analyse de la volatilité des flux révèle des disparités importantes entre les partenaires. À l'importation, les fournisseurs les plus volatils sont Mauritius (coefficient de variation de 1,23), Trinité-et-Tobago (CV = 0,94) et l'Eswatini (CV = 0,73), tandis que les États-Unis (CV = 0,11) et Cuba (CV = 0,13) offrent des approvisionnements bien plus stables. À l'exportation, la volatilité la plus élevée concerne la Turquie (CV = 0,53), les États-Unis (CV = 0,46) et le Burkina Faso (CV = 0,42), tandis que la Suisse (CV = 0,14) et le Japon (CV = 0,16) présentent des flux plus réguliers.

Trois chocs de prix significatifs ont été détectés au cours de la période :

Partenaire Flux Année Amplitude Part de valeur
Eswatini Import. 2020 +119,4 % 1,2 %
Trinité-et-Tobago Import. 2022 +247,0 % 1,7 %
Japon Export. 2019 +7,2 % 3,8 %

Chocs d'approvisionnement détectés

Le choc de Trinité-et-Tobago en 2022, avec une hausse de prix de 247 %, est le plus marquant et pourrait être lié à des perturbations d'offre dans les Caraïbes ou à une contraction de la production locale. Celui d'Eswatini en 2020 (+119,4 %) coïncide avec la période de pandémie de Covid-19, qui a profondément perturbé les chaînes logistiques mondiales. Malgré leur faible part dans la valeur totale du commerce, ces chocs illustrent la fragilité des approvisionnements auprès de petits producteurs tropicaux et l'importance de la diversification géographique — tendance effectivement observée sur la période.

Indicateurs de volatilité par partenaire


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du rhum (CN 220840) a connu une transformation structurelle sans précédent. La production communautaire a plus que doublé en volume et sextuplé en valeur, portée principalement par l'Italie et l'Espagne, réduisant la dépendance nette aux importations de 63,8 % à 21,7 %. Le déficit commercial s'est resserré de 32,7 %, passant de -351 à -236 millions d'euros.

La géographie des échanges a été profondément remodelée. L'Allemagne, ancien hub dominant, a vu ses positions s'effondrer (-87 % tant à l'import qu'à l'export) au profit de l'Italie, devenue le premier importateur et le premier exportateur de rhum de l'UE. Les marchés d'exportation se sont diversifiés vers l'Asie (Chine, Japon) et l'Amérique du Nord, tandis que les importations s'approvisionnent auprès d'un cercle élargi de partenaires incluant des fournisseurs émergents comme le Venezuela et l'Eswatini.

Enfin, les dynamiques segmentaires révèlent une dualité structurante : un approvisionnement massif en vrac à prix décroissant (64 % des importations en poids) coexiste avec une montée en gamme prononcée des exportations embouteillées (52 % des exportations en poids, segment premium en hausse de 40 % en valeur). L'UE s'affirme ainsi progressivement comme une plateforme de transformation, de conditionnement et de réexportation du rhum sur la scène internationale. Quelques épisodes de volatilité — notamment les chocs de prix observés à l'importation en provenance des Caraïbes et d'Afrique australe — rappellent néanmoins la persistance de risques d'approvisionnement que la stratégie de diversification géographique contribue à atténuer.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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