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Évolution du marché : Soutiens-gorge et bustiers en tous types de matières textiles, même élastiques et même en bonneterie (CN 621210) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 621210 couvre l'ensemble des soutiens-gorge et bustiers en matières textiles, y compris les matières élastiques et la bonneterie. Ce produit, rattaché au chapitre 62 (vêtements et accessoires du vêtement, autres qu'en bonneterie), se décline en deux sous-positions : les articles vendus isolément (62121090, qui représente environ 97 % du commerce) et les assortiments conditionnés pour la vente au détail comprenant un soutien-gorge ou bustier et un slip (62121010).

Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a connu des mutations profondes. L'Union européenne demeure un marché structurellement déficitaire : ses importations, supérieures à 1,5 milliard d'euros par an, dépassent largement ses exportations (environ 360–470 millions d'euros). La présente analyse s'appuie sur les données douanières de l'UE pour décrire et interpréter les principales dynamiques observables sur cette décennie, en s'attachant à trois axes majeurs : l'évolution de la dépendance aux importations et du tissu productif européen, la reconfiguration géographique des partenaires commerciaux, et les signaux de volatilité et de vulnérabilité du marché.

Voir la synthèse générale sur le tableau de bord


1. Une dépendance structurelle accrue face à l'effondrement de la production européenne

La production de l'Union européenne s'est effondrée sur le long terme

Les données de production PRODCOM révèlent un déclin continu et profond de la fabrication européenne de soutiens-gorge et bustiers. En 2003, la production communautaire atteignait encore 225,7 millions d'unités pour une valeur de 1,22 milliard d'euros. En 2024, ces chiffres sont tombés respectivement à 43,5 millions d'unités et 286 millions d'euros, soit des reculs de −80,7 % en volume et −76,5 % en valeur sur l'ensemble de la période disponible.

Indicateur Première valeur disponible Dernière valeur (2024) Variation
Production (quantité, unités) 225 693 097 (2003) 43 542 618 (2024) −80,7 %
Production (valeur, EUR) 1 215 392 211 (2003) 286 070 194 (2024) −76,5 %

Sur la fenêtre 2015–2024 proprement dite, la production est passée de 45,0 millions d'unités à 43,5 millions (−3,2 %), et sa valeur de 360,0 millions d'euros à 286,1 millions d'euros (−20,5 %). Si le rythme de déclin s'est ralenti par rapport à la décennie précédente, la tendance reste baissière, reflétant la poursuite des délocalisations et la spécialisation croissante de l'industrie textile européenne vers des segments à plus haute valeur ajoutée.

Évolution des volumes de production de l'UE

Les importations progressent en volume tandis que les prix unitaires baissent

En parallèle de l'érosion productive, les importations extra-UE ont poursuivi leur croissance. Entre 2015 et 2025 :

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur, EUR) 1 562 493 596 1 648 822 214 +5,5 %
Importations (quantité, tonnes) 39 778 45 929 +15,5 %
Prix moyen importation (EUR/t) 39 279 35 888 −8,6 %
Exportations (valeur, EUR) 388 156 052 366 850 314 −5,5 %
Exportations (quantité, tonnes) 4 419 3 822 −13,5 %
Prix moyen exportation (EUR/t) 87 821 95 886 +9,2 %

La hausse des importations (+15,5 % en volume) combinée à la baisse de leur prix moyen (−8,6 %) traduit une intensification de la concurrence par les prix sur le marché d'approvisionnement. À l'inverse, les exportations européennes se contractent (−13,5 % en volume) tout en maintenant des prix unitaires à la hausse (+9,2 %), ce qui suggère un positionnement vers des produits de gamme supérieure.

Le déficit commercial se creuse et la dépendance aux importations atteint un niveau record

Le solde commercial de l'UE pour le code 621210, déjà profondément négatif en 2015 (−1,17 milliard d'euros), s'est encore détérioré pour atteindre −1,28 milliard d'euros en 2025, soit une aggravation de −9,2 %.

L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) confirme cette trajectoire : il est passé de 76,5 % en 2015 à 80,8 % en 2024 (dernière année disponible pour cet indicateur). Cette valeur signifie que plus des quatre cinquièmes de la consommation apparente de l'UE en soutiens-gorge et bustiers sont désormais couverts par des importations nettes. Sur l'ensemble de la série historique (2003–2024), cet indicateur a bondi de 32,6 % à 80,8 %, soit une multiplication par 2,5.

Évolution de la dépendance nette aux importations


2. La recomposition géographique des approvisionnements : déclin relatif de la Chine, essor de l'Asie du Sud et du Sud-Est

La Chine reste le premier fournisseur mais perd progressivement des parts de marché

La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE en soutiens-gorge et bustiers, avec 621 millions d'euros d'importations en 2025. Toutefois, ce montant représente une baisse de 20,0 % par rapport au niveau de 2015 (777 millions d'euros). La part de la Chine dans les importations totales est ainsi passée d'environ 50 % à 38 % sur la période.

Fournisseur Importations 2015 (EUR) Importations 2025 (EUR) Variation
Chine 776 589 467 621 406 403 −20,0 %
Bangladesh 114 307 467 242 196 087 +111,9 %
Sri Lanka 127 968 231 174 145 105 +36,1 %
Viêt Nam 65 281 148 202 724 855 +210,5 %
Myanmar 13 326 500 52 170 595 +291,5 %
Indonésie 72 331 750 51 462 044 −28,9 %
Royaume-Uni 63 856 794 15 637 947 −75,5 %

Détail des partenaires d'importation par valeur

Le Bangladesh, le Viêt Nam et le Myanmar émergent comme alternatives majeures

La dynamique la plus marquante de la période est l'essor spectaculaire de trois fournisseurs asiatiques :

  • Bangladesh : ses exportations vers l'UE ont plus que doublé, passant de 114 à 242 millions d'euros (+111,9 %). Ce pays, déjà un géant du textile, renforce sa position dans le segment de la lingerie.
  • Viêt Nam : la progression est la plus spectaculaire en termes absolus parmi les fournisseurs secondaires, avec un triplement de 65 à 203 millions d'euros (+210,5 %). Le Viêt Nam bénéficie de sa compétitivité-coût, de l'intégration dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et, potentiellement, de certains accords commerciaux préférentiels.
  • Myanmar : bien que partant d'une base plus modeste, ce pays a connu une croissance de 291,5 % (de 13 à 52 millions d'euros). Son essor, amorcé avant 2020, s'est toutefois infléchi depuis le coup d'État de 2021, les importations retombant de leur pic de 93 millions d'euros en 2022 à 52 millions en 2025.

Sri Lanka confirme sa position de fournisseur établi (+36,1 %), tandis que l'Indonésie recule (−28,9 %), perdant des parts au profit de ses concurrents régionaux.

L'effet Brexit se matérialise pleinement dans le commerce avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni illustre de façon frappante l'impact du Brexit sur les flux commerciaux :

  • Côté importations : le Royaume-Uni, qui fournissait 64 millions d'euros de soutiens-gorge à l'UE en 2015, n'en fournit plus que 16 millions en 2025 (−75,5 %). L'essentiel du recul s'est produit entre 2020 et 2021 (de 57 à 20 millions d'euros), correspondant à la fin de la période de transition.
  • Côté exportations : les ventes de l'UE vers le Royaume-Uni ont chuté de 80 à 40 millions d'euros (−50,1 %), là encore avec un décrochage brutal en 2021.

Le coefficient de variation des importations en provenance du Royaume-Uni atteint 1,22, le plus élevé de tous les partenaires, confirmant la forte instabilité de ce flux depuis la sortie du marché unique.

La concentration des importations diminue, signe d'une diversification des sources

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations, mesuré en valeur, est passé de 2 703 en 2015 à 1 996 en 2025 (−26,2 %). Cette baisse traduit une réduction significative de la concentration des approvisionnements : le marché est passé d'une situation dominée par la Chine à un approvisionnement plus diversifié, réparti entre plusieurs fournisseurs asiatiques et méditerranéens.

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 2 703 1 996 −26,2 %
HHI exportations (valeur) 1 124 1 166 +3,7 %

Côté exportations, le HHI reste relativement stable (1 124 → 1 166), indiquant que la répartition des débouchés à l'exportation de l'UE n'a pas fondamentalement changé.

Évolution de la concentration des échanges (HHI)

Les pays de l'UE se spécialisent de manière très inégale

Au sein de l'Union, les niveaux de spécialisation dans la production de soutiens-gorge et bustiers varient considérablement. En 2025, les indicateurs de spécialisation révèlent :

Pays RSCA RCA
Croatie 0,80 8,93
Autriche 0,55 3,45
Estonie 0,32 1,95
Pologne 0,25 1,65
France 0,01 1,03
Italie 0,10 1,21
Allemagne −0,14 0,75

La Croatie se distingue par un indice de spécialisation (RSCA) de 0,80, le plus élevé de l'UE, avec une part de production de 3,6 % pour seulement 0,4 % du commerce total. L'Autriche et la Pologne affichent également une spécialisation positive. À l'inverse, l'Irlande (RSCA = −0,96), la Finlande (−0,88) et Malte (−0,87) sont les moins spécialisés.

Parmi les grands États membres, la France et l'Italie se situent autour de l'équilibre (RSCA ≈ 0), tandis que l'Allemagne, premier importateur de l'UE (294 millions d'euros en 2025), présente un désavantage comparatif reflétant la taille de son marché intérieur plus que sa capacité productive.

Carte de spécialisation des États membres


3. Chocs de prix, volatilité des flux et signaux de fragilité

Les prix à l'importation et à l'exportation évoluent en sens inverse

L'un des traits marquants de la période est la divergence entre les trajectoires de prix à l'importation et à l'exportation :

  • Les prix moyens à l'importation ont baissé de 8,6 % (de 39 279 à 35 888 EUR/tonne), reflétant la pression concurrentielle exercée par les fournisseurs asiatiques à bas coûts et la multiplication des sources d'approvisionnement.
  • Les prix moyens à l'exportation de l'UE ont augmenté de 9,2 % (de 87 821 à 95 886 EUR/tonne), suggérant que les exportateurs européens se concentrent sur des segments premium ou bénéficient d'une valeur ajoutée supérieure.

L'écart de prix entre exportations et importations (environ 2,7 fois en 2025) confirme la différentiation structurelle entre les produits fabriqués ou commercialisés par l'UE (marques, innovation, qualité) et les importations de base.

Plusieurs événements de choc ont marqué la période

L'analyse des chocs de prix a identifié plusieurs événements significatifs sur la période :

Partenaire Flux Année du choc Type Amplitude Part de valeur
Royaume-Uni Importations 2023 Prix +156,3 % 3,4 %
Norvège Exportations 2017 Prix +28,4 % 5,3 %
Canada Exportations 2021 Prix −32,3 % 3,2 %
Ukraine Exportations 2023 Prix +22,9 % 3,4 %

Le choc le plus spectaculaire concerne les importations en provenance du Royaume-Uni en 2023, où le prix unitaire a bondi de 156,3 % par rapport à la baseline, tandis que les volumes s'effondraient à 35,9 % de leur niveau de référence. Ce phénomène est directement lié au Brexit : les volumes ayant chuté, les flux restants portent sur des produits à plus forte valeur unitaire (produits de niche, marques premium).

Côté exportations, le choc norvégien de 2017 (prix +28,4 %) coïncide avec une hausse conjoncturelle des volumes (+18,4 %). Le recul des prix vers le Canada en 2021 (−32,3 %) pourrait refléter les perturbations logistiques et commerciales liées à la pandémie de COVID-19.

Événements de choc identifiés

Les flux d'exportation vers certains marchés présentent une forte volatilité

L'analyse des coefficients de variation (CV) des quantités échangées met en évidence des disparités significatives de stabilité :

Importations — CV des quantités (2015–2025) :

Partenaire CV Interprétation
Serbie 0,10 Très stable
Tunisie 0,13 Stable
Chine 0,19 Modérément stable
Maroc 0,19 Modérément stable
Bangladesh 0,25 Modérément volatile
Myanmar 0,49 Très volatile
Royaume-Uni 1,22 Extrêmement volatile

Exportations — CV des quantités (2015–2025) :

Partenaire CV Interprétation
Canada 0,12 Très stable
Ukraine 0,12 Très stable
Suisse 0,12 Très stable
Tunisie 0,13 Stable
Féd. de Russie 0,18 Modérément stable
Royaume-Uni 0,45 Très volatile
Türkiye 0,49 Très volatile

Les partenaires les plus stables côté importations (Serbie, Tunisie) illustrent l'intérêt des approvisionnements de proximité (nearshoring). Côté exportations, la Suisse se distingue comme un débouché à la fois important (93 millions d'euros en 2025, soit le premier partenaire) et relativement stable (CV = 0,12). À l'inverse, le Türkiye (CV = 0,49) et le Royaume-Uni (CV = 0,45) constituent des marchés volatils.

Indicateurs de volatilité par partenaire

Les débouchés à l'exportation se recomposent sous l'effet de chocs géopolitiques

La géographie des exportations européennes a été profondément remaniée :

Destination Exportations 2015 (EUR) Exportations 2025 (EUR) Variation
Royaume-Uni 80 109 787 39 949 354 −50,1 %
Féd. de Russie 57 044 379 56 705 779 −0,6 %
Suisse 64 265 770 92 817 072 +44,4 %
États-Unis 42 810 166 23 016 193 −46,2 %
Türkiye 14 600 959 27 473 859 +88,2 %
Tunisie 10 256 743 12 863 539 +25,4 %
Ukraine 12 769 614 12 429 676 −2,7 %

La Suisse est devenue le premier débouché à l'exportation de l'UE (+44,4 %), dépassant le Royaume-Uni. Ce marché, caractérisé par un pouvoir d'achat élevé et une proximité logistique, offre une relative stabilité. Le Türkiye progresse fortement (+88,2 %), peut-être en lien avec le dynamisme de sa propre industrie textile qui s'approvisionne en composants européens. Les exportations vers les États-Unis ont été divisées par près de deux (−46,2 %), reflétant potentiellement des tensions commerciales et une concurrence accrue. Enfin, les exportations vers la Fédération de Russie sont restées remarquablement stables malgré le contexte géopolitique (−0,6 %), bien que les volumes aient légèrement diminué.


Conclusion

Le marché européen des soutiens-gorge et bustiers (CN 621210) se caractérise, sur la période 2015–2025, par trois tendances majeures convergentes.

Premièrement, la poursuite du déclin de la production européenne et la montée en puissance de la dépendance aux importations (près de 81 % de la consommation apparente en 2024) confirment la restructuration profonde de ce secteur au sein de l'UE.

Deuxièmement, la géographie des approvisionnements se reconfigure autour de trois pôles : une Chine en recul relatif mais encore dominante, un Bangladesh et un Viêt Nam en forte ascension, et des fournisseurs de proximité (Tunisie, Maroc, Serbie) qui offrent une alternative stable dans le cadre du nearshoring. L'effet Brexit se confirme comme un choc structurel majeur, réduisant drastiquement les échanges avec le Royaume-Uni dans les deux sens.

Troisièmement, la baisse de la concentration des importations (HHI en recul de 26 %) constitue un facteur positif en termes de résilience. Toutefois, la dépendance croissante à quelques fournisseurs asiatiques (Bangladesh, Viêt Nam) fait naître de nouvelles vulnérabilités, comme l'illustrent les chocs de prix et la volatilité observée sur certains flux. Les exportateurs européens, quant à eux, maintiennent un positionnement premium (prix unitaires à l'exportation près de trois fois supérieurs aux prix à l'importation), mais perdent en volume, ce qui interroge la viabilité à long terme de cette stratégie de niche.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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