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Évolution du marché : Soutiens-gorge et bustiers (CN 62121090) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 62121090 désigne les soutiens-gorge et bustiers en tous types de matières textiles, même élastiques et en bonneterie, à l'exclusion des assortiments conditionnés pour la vente au détail. Ce produit s'inscrit dans le chapitre 62 de la nomenclature combinée, consacré aux vêtements et accessoires du vêtement autres qu'en bonneterie.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu une triple transformation structurelle. L'UE demeure un importateur net massif : le déficit commercial s'établit à −1,24 milliard EUR en 2025, en aggravation de 10,4 % par rapport à 2015. Les importations (1,60 milliard EUR) sont plus de quatre fois supérieures aux exportations (356 millions EUR). Parallèlement, la production intérieure s'est effondrée de 80,7 % en volume.

Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent l'évolution de ce marché :

  • L'effondrement de la production européenne et la dépendance croissante aux importations.
  • La reconfiguration géographique des chaînes d'approvisionnement, avec un basculement vers l'Asie du Sud et du Sud-Est.
  • Le repositionnement de l'UE vers des segments à plus forte valeur ajoutée, porté par une poignée d'États membres spécialisés.

1. L'effondrement de la production intérieure face à l'essor des importations

La chute vertigineuse de la production européenne

La production de l'Union européenne en soutiens-gorge et bustiers a connu un déclin d'une ampleur remarquable. En volume, elle est passée de 225,7 millions de pièces à seulement 43,5 millions, soit un recul de 80,7 %. En valeur, la contraction est tout aussi spectaculaire : de 1,22 milliard EUR à 286 millions EUR (−76,5 %). Le minimum historique en volume (32,8 millions de pièces) a été atteint au cours de la période, confirmant une trajectoire baissière continue de l'appareil productif européen.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Volume de production (millions de pièces) 225,7 43,5 −80,7 %
Valeur de production (millions EUR) 1 215 286 −76,5 %

Source : Volumes de production de l'UE

Ce déclin traduit la poursuite de la délocalisation de la production textile vers des pays à faibles coûts de main-d'œuvre, un mouvement amorcé depuis plusieurs décennies mais qui s'est nettement accéléré sur la période récente.

Un marché intérieur désormais dominé par les importations

Le recul de la production s'est accompagné d'une explosion de la dépendance de l'UE aux importations. Le taux de dépendance nette est passé de 32,6 % à 80,8 %, soit une multiplication par 2,5 en une décennie. L'UE, qui produisait encore une part significative de sa consommation intérieure en 2015, s'est transformée en un marché quasi intégralement approvisionné par des fournisseurs tiers.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Dépendance nette aux importations 32,6 % 80,8 % +147,7 %
Intensité commerciale 55,6 % 103,8 % +86,6 %
Propension à exporter 23,6 % 124,5 % +426,4 %

Sources : Dépendance nette · Intensité commerciale · Propension à exporter

Les importations ont progressé de 6,9 % en valeur (de 1,49 à 1,60 milliard EUR) et de 17,2 % en volume (de 37 233 à 43 636 tonnes). La hausse du volume, supérieure à celle de la valeur, traduit une compression des prix à l'importation : le prix moyen à la tonne a diminué de 8,8 % (de 40 124 à 36 574 EUR/t), tandis que le prix par pièce est resté quasiment stable (de 3,58 à 3,57 EUR).

Du côté des exportations, le volume a diminué de 11,6 % en tonnes et de 19,3 % en pièces, tandis que la valeur n'a reculé que de 3,8 %. Le maintien relatif de la valeur, malgré la baisse des volumes, s'explique par la hausse des prix unitaires à l'exportation — un signe du repositionnement vers le haut de gamme analysé en section 3.

Le déficit commercial s'est ainsi creusé, passant de −1,12 à −1,24 milliard EUR, avec un point bas à −1,46 milliard EUR au cours de la période.


2. La recomposition géographique des chaînes d'approvisionnement

L'essor de l'Asie du Sud et du Sud-Est au détriment de la Chine

L'analyse des principaux partenaires d'importation révèle un basculement géographique majeur. La Chine demeure le premier fournisseur de l'UE, mais son poids a nettement reculé : ses exportations vers l'UE ont diminué de 19,6 %, passant de 734 à 590 millions EUR. La part de la Chine dans les importations extra-UE est ainsi passée d'environ 49 % à 37 %.

À l'inverse, plusieurs pays d'Asie du Sud et du Sud-Est ont connu des progressions spectaculaires :

Partenaire 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Évolution
Chine 734,0 589,9 −19,6 %
Bangladesh 104,2 237,7 +128,2 %
Sri Lanka 127,8 173,5 +35,8 %
Vietnam 64,9 200,9 +209,4 %
Myanmar 13,3 51,9 +289,4 %
Indonésie 72,0 51,2 −28,9 %
Royaume-Uni 57,7 15,1 −73,9 %

Source : Principaux partenaires d'importation

Le Vietnam (+209 %) et le Myanmar (+289 %) sont les deux pays dont la progression est la plus marquée, bien que partant de niveaux initialement modestes. Le Bangladesh, déjà un fournisseur important en 2015, a plus que doublé ses ventes vers l'UE, confirmant son statut de plaque tournante de la confection textile mondiale. Seule l'Indonésie fait exception à cette tendance haussière (−28,9 %), illustrant une possible perte de compétitivité face à ses voisins asiatiques.

Ce mouvement de diversification géographique est corroboré par l'évolution de l'indice de concentration HHI des importations, qui est passé de 2 652 à 1 947 (−26,6 %). En 2015, la concentration était élevée, la Chine pesant près de la moitié des importations. En 2025, l'indice se situe dans une zone de concentration modérée, reflétant une répartition plus équilibrée des approvisionnements.

Le choc du Brexit et la redéfinition des débouchés à l'exportation

Le Royaume-Uni, qui était le premier débouché à l'exportation de l'UE en 2015 (76 millions EUR), a vu ses importations en provenance de l'UE chuter de 49 % pour s'établir à 39 millions EUR en 2025. Symétriquement, les importations britanniques dans l'UE ont reculé de 73,9 % (de 58 à 15 millions EUR). La volatilité des échanges avec le Royaume-Uni est extrêmement élevée (coefficient de variation de 1,25 pour les importations et 0,46 pour les exportations), ce qui traduit un ajustement structurel brutal lié à la sortie du Royaume-Uni de l'UE et au rétablissement des contrôles douaniers.

Parallèlement, d'autres marchés ont gagné en importance du côté des exportations :

Partenaire 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Évolution
Suisse 62,9 87,3 +38,7 %
Russie 55,5 56,3 +1,5 %
Turquie 14,1 27,5 +95,3 %
États-Unis 42,1 22,3 −47,1 %
Tunisie 10,2 12,8 +25,9 %
Ukraine 12,3 11,7 −5,2 %

Source : Principaux partenaires d'exportation

La Suisse est devenue le premier débouché de l'UE (+38,7 %), tandis que la Turquie a presque doublé ses importations en provenance de l'UE (+95,3 %) — une dynamique qui peut s'expliquer par le développement de l'industrie textile turque, laquelle importe des composants ou des produits semi-finis européens pour les intégrer dans sa propre chaîne de valeur. Les États-Unis, en revanche, ont vu leurs importations depuis l'UE reculer de 47,1 %, probablement sous l'effet de la concurrence accrue des fournisseurs asiatiques.

Des chocs ponctuels sur des partenaires clés

L'analyse des chocs d'approvisionnement met en lumière quelques épisodes notables :

  • En 2022, les importations en provenance du Bangladesh ont subi un choc de prix (anomalie de 4,9 écarts-types, hausse de 12,7 %), affectant 15,9 % de la valeur totale des importations. Cet épisode s'inscrit dans le contexte de la crise énergétique post-Covid et de la hausse des coûts de production dans le pays.
  • En 2023, un choc de prix sur les importations en provenance du Royaume-Uni (anomalie de 16,2 écarts-types, hausse de 187,8 %) illustre les ajustements tarifaires et réglementaires post-Brexit.
  • En 2017, un choc sur les prix à l'exportation vers la Norvège (anomalie de 144,4 écarts-types, hausse de 29,2 %) a été enregistré, bien que ce marché ne représente que 5,6 % de la valeur des exportations.

Parmi les fournisseurs les plus volatils, le Myanmar (coefficient de variation de 0,48) et le Vietnam (0,33) se distinguent, ce qui illustre les risques associés à la dépendance croissante envers des fournisseurs émergents. À l'inverse, la Tunisie (0,13) et la Serbie (0,10) offrent des relations commerciales plus stables.


3. Vers un modèle de niche : montée en gamme et spécialisation croissante

Des prix à l'exportation structurellement plus élevés que les prix d'importation

Si l'UE importe des volumes considérablement supérieurs à ses exportations, les prix pratiqués à l'exportation révèlent un positionnement sur des segments à plus forte valeur ajoutée :

Indicateur 2015 2025 Évolution
Prix moyen à l'exportation (EUR/tonne) 90 896 98 888 +8,8 %
Prix moyen à l'importation (EUR/tonne) 40 124 36 574 −8,8 %
Prix moyen à l'exportation (EUR/pièce) 8,05 9,60 +19,1 %
Prix moyen à l'importation (EUR/pièce) 3,58 3,57 −0,3 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

En 2025, le prix moyen à l'exportation (98 888 EUR/t) représente 2,7 fois le prix moyen à l'importation (36 574 EUR/t). Ce ratio, déjà significatif en 2015 (2,3 fois), s'est encore creusé. De même, le prix par pièce à l'exportation (9,60 EUR) est 2,7 fois supérieur au prix d'importation (3,57 EUR). Tandis que les prix à l'exportation progressent de manière soutenue (+8,8 % à la tonne, +19,1 % à la pièce), les prix à l'importation stagnent voire reculent, confirmant la dualité du marché européen.

La propension à exporter a connu une hausse spectaculaire : de 23,6 % à 124,5 % (+426,4 %). Une propension supérieure à 100 % indique que les exportations dépassent la production domestique, ce qui suggère un modèle de réexportation : des entreprises européennes importent des produits finis, y ajoutent de la valeur (marque, design, contrôle qualité, logistique) puis les réexportent vers d'autres marchés — un schéma classique dans l'industrie de la lingerie de luxe.

Une spécialisation portée par quelques États membres moteurs

Le repositionnement européen n'est pas homogène : il est porté par un nombre limité d'États membres. L'analyse de la spécialisation en 2025 révèle les pays les plus spécialisés dans ce segment :

Pays RSCA RCA Part de la production UE Part du commerce UE
Croatie 0,80 9,11 3,7 % 0,4 %
Autriche 0,56 3,51 11,6 % 3,3 %
Estonie 0,33 1,99 0,7 % 0,3 %
Pologne 0,25 1,68 11,2 % 6,6 %

Source : Spécialisation des États membres

La Croatie présente le RSCA le plus élevé (0,80), mais son poids absolu reste marginal. L'Autriche et la Pologne, avec chacune environ 11 % de la production européenne, sont les moteurs les plus significatifs de la spécialisation européenne.

Côté exportations, la répartition des rôles a considérablement évolué au sein de l'UE :

Pays 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Évolution
France 102,5 23,8 −76,8 %
Allemagne 58,8 90,6 +54,1 %
Italie 39,1 78,9 +101,6 %
Belgique 31,7 26,5 −16,5 %
Autriche 28,6 19,3 −32,4 %
Pays-Bas 16,5 28,7 +74,2 %
Pologne 6,9 26,7 +288,4 %

Source : Principaux exportateurs de l'UE

L'effondrement des exportations françaises (−76,8 %) est le fait marquant de cette période. La France, premier exportateur européen en 2015 avec 103 millions EUR, est tombée au quatrième rang en 2025 (24 millions EUR). Ce déclin s'inscrit dans la crise plus large de l'industrie textile française, marquée par des difficultés de compétitivité-coût.

À l'inverse, trois pays ont fortement accru leurs exportations :

  • L'Allemagne (+54,1 %), devenue le premier exportateur, capitalisant sur sa position de hub logistique européen.
  • L'Italie (+101,6 %), qui a doublé ses exportations, portée par la réputation de qualité de son industrie textile.
  • La Pologne (+288,4 %), dont la progression spectaculaire reflète le développement rapide de sa capacité de production, tirée par des coûts compétitifs et une intégration poussée dans les chaînes de valeur européennes.

Du côté des importations intra-UE, les évolutions sont plus contrastées :

Pays 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Évolution
Allemagne 328,0 287,9 −12,2 %
France 316,5 257,2 −18,7 %
Pays-Bas 209,6 251,2 +19,8 %
Italie 200,7 223,6 +11,4 %
Espagne 106,0 132,1 +24,6 %
Autriche 89,6 117,9 +31,6 %
Belgique 89,0 73,7 −17,3 %

Source : Principaux importateurs de l'UE

L'Allemagne et la France restent les deux plus grands importateurs, mais avec des trajectoires divergentes. Les Pays-Bas, l'Espagne et l'Autriche ont en revanche sensiblement accru leurs importations, ce qui peut refléter une redistribution des flux logistiques au sein de l'UE.

Une vulnérabilité structurelle qui s'aggrave

Le repositionnement de l'UE vers la valeur ajoutée ne protège pas de l'accroissement de la vulnérabilité structurelle. La dépendance nette aux importations, passée de 32,6 % à 80,8 %, place l'UE dans une situation de forte exposition aux fluctuations des marchés internationaux.

L'indice de concentration HHI des exportations est resté quasiment stable (de 1 147 à 1 142), ce qui indique que les débouchés à l'exportation demeurent bien diversifiés. En revanche, si la baisse de l'HHI des importations (de 2 652 à 1 947) traduit une meilleure diversification des sources, elle masque le fait que la Chine reste de loin le premier fournisseur avec 37 % des importations. Une dépendance aussi élevée envers un seul pays constitue un risque, comme l'ont montré les perturbations des chaînes d'approvisionnement lors de la crise du Covid-19.

Indicateur (HHI, valeur) 2015 2025 Évolution
Concentration des importations 2 652 1 947 −26,6 %
Concentration des exportations 1 147 1 142 −0,4 %

Source : Concentration des échanges


Conclusion

Le marché européen des soutiens-gorge et bustiers (CN 62121090) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. Premièrement, l'effondrement de la production intérieure (−80,7 % en volume) a converti l'UE en un marché structurellement dépendant des importations (dépendance nette de 80,8 %). Deuxièmement, les chaînes d'approvisionnement se sont reconfigurées géographiquement : au déclin de la Chine (−19,6 %) répond l'essor du Bangladesh (+128 %), du Vietnam (+209 %) et du Myanmar (+289 %), tandis que le Brexit a provoqué l'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni. Troisièmement, l'UE s'est repositionnée vers des segments à plus forte valeur ajoutée, avec des prix à l'exportation 2,7 fois supérieurs aux prix d'importation et une propension à exporter passée de 24 % à 125 %.

Cette évolution comporte à la fois des opportunités et des risques. Les opportunités résident dans la capacité de l'UE à capitaliser sur le luxe, le design et la qualité — un positionnement porté par l'Allemagne, l'Italie et la Pologne. Les risques tiennent à la dépendance croissante envers des fournisseurs tiers, à la concentration résiduelle sur la Chine, et à la volatilité des approvisionnements depuis les pays émergents. L'avenir de ce secteur dans l'UE dépendra de la capacité des acteurs européens à maintenir leur avantage concurrentiel sur la valeur ajoutée, tout en diversifiant suffisamment leurs sources d'approvisionnement pour réduire leur exposition aux chocs géopolitiques et logistiques.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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