Évolution du marché : Soutiens-gorge (CN 621210) — 2015–2025
Introduction
Le marché de la lingerie, et plus particulièrement des soutiens-gorge et bustiers (code NC 621210), a connu des transformations significatives au sein de l'Union européenne entre 2015 et 2025. Ce rapport analyse les flux commerciaux extra-UE pour mettre en lumière les dynamiques majeures : une stabilité trompeuse de la valeur des importations masque des changements profonds dans les sources d'approvisionnement, tandis que les exportations de l'UE marquent le pas face à de nouveaux défis concurrentiels. Simultanément, l'autonomie productive du bloc se réduit considérablement, accroissant sa dépendance vis-à-vis des importations.
1. Stabilité des importations en valeur et recomposition géographique de l'approvisionnement
La valeur totale des importations de l'UE a présenté une relative stabilité sur la période, mais cette apparente constance dissimule des fluctuations annuelles importantes et une recomposition majeure de la structure des partenaires commerciaux. Le déficit commercial structurel de l'UE dans ce segment s'est considérablement creusé.
Une valeur globale stable mais des volumes et des prix volatiles
La valeur des importations a varié entre 1,34 milliard d'€ (minimum en 2020) et 1,89 milliard d'€ (maximum en 2022), se situant à 1,65 milliard d'€ en 2025, soit une hausse de 5,5 % par rapport à 2015. Cette stabilité générale en valeur contraste avec une grande volatilité des volumes importés et des prix unitaires.
| Indicateur (Importations) | 2015 | 2025 | Variation | Min | Max |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur (Mrd EUR) | 1,56 | 1,65 | +5,5 % | 1,34 (2020) | 1,89 (2022) |
| Volume (milliers de tonnes) | 39,8 | 45,9 | +15,5 % | 37,2 (2020) | 53,4 (2022) |
| Prix moyen (€/t) | 39 279 | 35 888 | -8,6 % | 29 366 (2020) | 41 210 (2022) |
| Nombre de pièces (M) | 444,2 | 461,8 | +4,0 % | 395,7 (2020) | 533,7 (2022) |
L'année 2020 a marqué un creux notable (valeur, volume), suivi d'un rebond prononcé en 2022. La baisse du prix moyen à l'importation (-8,6 %) indique un possible effet de composition (changement des fournisseurs) ou une pression à la baisse sur les prix de revient.
Une diversification des sources et le déclin relatif de la Chine
La Chine reste le premier fournisseur, mais a vu sa part se réduire fortement (-20 % de valeur sur la période). À l'inverse, d'autres pays asiatiques ont connu une croissance spectaculaire, captant une part croissante du marché européen.
| Fournisseur (Top 7) | Valeur Import 2015 (M€) | Valeur Import 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 776,6 | 621,4 | -20,0 |
| Bangladesh | 114,3 | 242,2 | +111,9 |
| Viêt Nam | 65,3 | 202,7 | +210,5 |
| Sri Lanka | 128,0 | 174,1 | +36,1 |
| Myanmar | 13,3 | 52,2 | +291,5 |
| Royaume-Uni | 63,9 | 15,6 | -75,5 |
| Indonésie | 72,3 | 51,5 | -28,9 |
Cette dynamique s'explique par la diversification des chaînes d'approvisionnement des marques européennes, à la recherche de coûts compétitifs et d'une réduction des risques géopolitiques. La perte de parts de la Chine est directement compensée par la montée en puissance du Bangladesh, du Viêt Nam et, dans une moindre mesure, du Myanmar. La chute des importations en provenance du Royaume-Uni (-75,5 %) est, quant à elle, directement liée au Brexit.
2. Recul prononcé des exportations européennes et réorientation vers de nouveaux marchés
Les exportations extra-UE de soutiens-gorge ont nettement diminué sur la période, tant en valeur qu'en volume, signe d'une perte de compétitivité ou d'une réorientation stratégique des producteurs européens. Les destinations traditionnelles reculent, laissant place à de nouveaux débouchés.
Une baisse marquée de l'activité exportatrice
La valeur des exportations de l'UE a chuté de 388 millions d'€ en 2015 à 367 millions d'€ en 2025 (-5,5 %). Le recul est plus net en termes de volume (-13,5 % en tonnes, -21,8 % en nombre de pièces). Parallèlement, le prix moyen à l'exportation a augmenté de 9,2 % (en €/t), suggérant une montée en gamme ou un recentrage sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur (Exportations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 388,2 | 366,9 | -5,5 % |
| Volume (tonnes) | 4 419 | 3 822 | -13,5 % |
| Prix moyen (€/t) | 87 822 | 95 891 | +9,2 % |
| Nombre de pièces (M) | 48,8 | 38,2 | -21,8 % |
Déclin des marchés historiques et essor de la Suisse, de la Turquie et de la Pologne
Les exportations vers les marchés historiques du Royaume-Uni et des États-Unis se sont fortement contractées. En revanche, des pays comme la Suisse, la Turquie et la Pologne ont absorbé des volumes croissants.
| Partenaire (Top 7) | Valeur Export 2015 (M€) | Valeur Export 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 80,1 | 39,9 | -50,1 |
| États-Unis | 42,8 | 23,0 | -46,2 |
| Russie | 57,0 | 56,7 | -0,6 |
| Suisse | 64,3 | 92,8 | +44,4 |
| Turquie | 14,6 | 27,5 | +88,2 |
| Pologne | 7,8 | 27,5 | +253,0 |
| Tunisie | 10,3 | 12,9 | +25,4 |
La Suisse consolide sa position de premier débouché, probablement pour des raisons de proximité et de pouvoir d'achat. La forte croissance des ventes vers la Turquie et la Pologne peut s'expliquer par le rôle de ces pays en tant que plateformes logistiques ou de re-exportation, ou par le développement de leur marché intérieur. L'évolution des partenaires à l'exportation est disponible ici.
Un déficit commercial qui se creuse inexorablement
Le solde commercial négatif de l'UE pour ce produit s'est considérablement détérioré, passant de -1,17 milliard d'€ à -1,28 milliard d'€. L'écart entre des importations en légère hausse et des exportations en baisse a amplifié ce déficit de 9,2 %. L'évolution du solde commercial peut être consultée ici.
3. Érosion de la production intérieure et vulnérabilité accrue de l'UE
Au-delà des seuls échanges commerciaux, les données structurelles révèlent un effondrement de la production de lingerie au sein de l'UE, entraînant une dépendance quasi-totale vis-à-vis des importations et une spécialisation productive de plus en plus marginale.
Un effondrement de la production européenne
Les données PRODCOM indiquent une chute vertigineuse de la production intérieure de l'UE, tant en volume qu'en valeur. Cette dynamique suggère une désindustrialisation accélérée du secteur au sein du bloc.
| Indicateur (Production UE) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Nombre de pièces (M) | 225,7 | 43,5 | -80,7 % |
| Valeur (M€) | 1 215,4 | 286,1 | -76,5 % |
La production a été divisée par plus de cinq en volume en une décennie. Ce déclin massif explique en grande partie la hausse de la dépendance aux importations. Les volumes de production sont détaillés ici.
Une dépendance aux importations devenue quasi-totale
Le taux de dépendance nette aux importations (valeur des importations nette des réexportations / consommation apparente) a explosé, passant de 32,6 % à 80,8 %. L'UE est devenue structurellement incapable de couvrir sa demande par sa seule production intérieure. Cette vulnérabilité est accrue par la concentration des approvisionnements, bien que celle-ci ait légèrement diminué.
| Indicateur (Vulnérabilité) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Taux de dépendance nette (%) | 32,6 | 80,8 | +147,7 % |
| Intensité commerciale (%) | 55,6 | 103,8 | +86,6 % |
| Propension à l'exportation (%) | 23,6 | 124,5 | +426,4 % |
| Indice HHI des importations (valeur) | 2703 | 1996 | -26,2 % |
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations a baissé, indiquant une certaine diversification des fournisseurs. Cependant, la hausse de la propension à l'exportation (+426 %) est un fait marquant : elle signifie que les exportations de l'UE, en valeur, ont dépassé le niveau de sa production résiduelle. Cela laisse supposer que l'UE s'est positionnée comme une plateforme de re-exportation ou de finition pour des produits importés. Les indicateurs de vulnérabilité sont accessibles sur cette page.
Conclusion
La période 2015-2025 a été pour le marché européen du soutien-gorge marquée par une triple transformation. Premièrement, un rééquilibrage géographique des approvisionnements, avec un déclin de la Chine au profit d'un arc asiatique dynamique (Bangladesh, Viêt Nam). Deuxièmement, un déclin de l'industrie exportatrice européenne, qui perd des parts sur ses marchés traditionnels tout en se recentrant sur des clients de proximité et en montant en gamme. Troisièmement, et surtout, une désindustrialisation profonde de la production intra-UE, conduisant à une dépendance structurelle aux importations sans précédent.
Ce triple mouvement a conduit à une spécialisation de l'UE : celle-ci n'est plus un producteur majeur mais un importateur-consommateur de premier plan, qui utilise son appareil logistique pour réexporter. La forte volatilité observée dans les flux (prix des importations du Royaume-Uni, volumes vers le Royaume-Uni à l'exportation) illustre la sensibilité du secteur aux chocs exogènes, qu'ils soient économiques (pandémie) ou géopolitiques (Brexit, tensions commerciales). L'avenir du secteur dans l'UE semble ainsi lié à sa capacité à maintenir une activité de re-exportation et à se différencier par la valeur ajoutée, dans un contexte de dépendance accrue vis-à-vis de fournisseurs extra-européens.