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Évolution du marché : Raisins, frais (CN 080610) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne en matière de raisins frais (code nomenclature combinée 080610) sur la période 2015–2025. Le produit étudié est une position « parapluie » qui regroupe deux sous-catégories : les raisins de table frais (08061010) et les raisins frais à l'exclusion des raisins de table (08061090), cette dernière catégorie incluant notamment les raisins destinés à la vinification. Sur la période analysée, l'UE se caractérise comme un importateur net structurel de raisins frais, avec un déficit commercial qui s'est considérablement creusé. Trois dynamiques majeures se dégagent : une croissance soutenue des importations en volume et en valeur, une réorientation géographique des sources d'approvisionnement vers les pays de l'hémisphère Sud, et une relative stabilité des exportations européennes concentrées sur un nombre limité de partenaires.


1. Une dépendance importatrice en forte expansion

La première constatation majeure révélée par les données est la croissance continue et prononcée des importations de raisins frais par l'Union européenne, tant en valeur qu'en volume, sur l'ensemble de la période considérée.

Une augmentation de 65 % de la valeur des importations

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de raisins frais par l'UE est passée de 902 millions d'euros à 1 489 millions d'euros, soit une progression de 65,1 %. Cette hausse s'inscrit dans une trajectoire quasiment ininterrompue, seuls deux reculs ponctuels ayant été enregistrés (en 2016 et en 2022). Le bond le plus spectaculaire intervient en 2025, avec une valeur d'importation qui atteint un niveau record.

Année Valeur importations (M€) Quantité importations (t)
2015 902,0 445 761
2017 962,8 508 205
2019 1 043,0 524 326
2021 1 151,6 579 850
2023 1 176,1 587 379
2025 1 488,9 674 930

Source : Vue d'ensemble du commerce

Une progression du volume encore plus marquée que celle de la valeur

La quantité importée a connu une hausse de 51,4 %, passant de 445 761 tonnes à 674 930 tonnes. Le prix unitaire moyen des importations n'a augmenté que de 9,0 % sur la même période (de 2 024 €/t à 2 206 €/t), ce qui indique que la croissance de la valeur est principalement tirée par un accroissement des volumes et non par une inflation des prix. Le prix unitaire des importations a même connu un creux relatif en 2022 (1 792 €/t), avant de remonter significativement en 2024 et 2025.

Un déficit commercial qui s'est pratiquement doublé

Le déséquilibre entre importations et exportations s'est creusé de manière spectaculaire. Le solde commercial négatif est passé de −533 millions d'euros en 2015 à −1 058 millions d'euros en 2025, soit une détérioration de 98,6 %. Ce creusement s'explique par la conjonction d'importations en forte hausse et d'exportations qui n'ont progressé que modestement en valeur (+16,7 %) tout en reculant en volume (−11,3 %). Les exportations européennes ont certes bénéficié d'une hausse des prix unitaires (+31,5 %, de 1 994 à 2 622 €/t), mais cette dynamique tarifaire n'a pas suffi à compenser la contraction des volumes expédiés.

Le segment des raisins de table domine quasi exclusivement les échanges

La ventilation par sous-position confirme que les raisins de table frais (08061010) représentent la quasi-totalité des échanges. En 2025, les raisins de table représentaient 99,8 % du volume importé et 97,4 % du volume exporté. Le segment des raisins frais non-table (08061090) est marginal et a connu une tendance baissière à l'exportation, passant de 7 641 tonnes en 2015 à 4 303 tonnes en 2025.

Source : Détail des segments produit


2. Réorientation géographique des sources d'approvisionnement

L'analyse des partenaires commerciaux révèle une profonde restructuration de l'offre d'approvisionnement de l'UE, avec une montée en puissance marquée de fournisseurs situés dans l'hémisphère Sud et en Afrique du Nord.

L'Afrique du Sud, pilier incontournable mais en progression régulière

L'Afrique du Sud demeure le premier fournisseur de raisins frais de l'UE sur l'ensemble de la période, avec une part de marché en valeur passant de 33,2 % en 2015 à 31,0 % en 2025. Sa contribution en valeur a progressé de 300 à 462 millions d'euros (+54 %). Sa part relative est restée remarquablement stable, ce qui témoigne d'une position dominante mais non hégémonique. En volume, les importations en provenance d'Afrique du Sud ont progressé de 144 386 à 187 217 tonnes.

L'Inde et le Pérou : une ascension fulgurante

Les deux trajectoires les plus marquantes sont celles de l'Inde et du Pérou. Les importations en provenance d'Inde ont été multipliées par plus de 3,5 en valeur (de 57 à 201 millions d'euros, soit +253 %), tandis que celles en provenance du Pérou ont plus que doublé (de 135 à 308 millions d'euros, soit +128 %). L'Inde est ainsi passée du quatrième au troisième rang des fournisseurs. Ces deux pays bénéficient de contre-saisons complémentaires et d'une capacité de production croissante orientée vers l'exportation vers l'UE.

Fournisseur Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
South Africa 299,8 461,6 +54,0
Peru 134,8 307,6 +128,1
India 56,9 200,9 +253,3
Chile 167,3 178,9 +6,9
Egypt 75,8 157,7 +108,0

Source : Principaux partenaires par valeur

L'Égypte, fournisseur en croissance constante

L'Égypte illustre une autre trajectoire remarquable : ses exportations vers l'UE ont progressé de manière quasi continue, passant de 76 à 158 millions d'euros (+108 %) et de 30 000 à 68 000 tonnes en volume. L'Égypte dispose d'avantages comparatifs en termes de proximité géographique et de saisonnalité qui lui permettent de compléter l'offre des fournisseurs de l'hémisphère Sud.

Le Chili stagne malgré sa position historique

À l'inverse, le Chili — fournisseur historique de premier plan — n'a connu qu'une progression marginale de ses exportations vers l'UE (+6,9 % en valeur), passant de 167 à 179 millions d'euros. En volume, ses expéditions ont même reculé sur la période (de 82 171 à 73 884 tonnes). Cette stagnation relative s'explique probablement par une concurrence accrue des autres fournisseurs de l'hémisphère Sud et par des dynamiques internes à la production chilienne.

La concentration des importations reste modérée et stable

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est resté relativement stable autour de 1 858 points en 2025 (contre 1 843 en 2015), ce qui correspond à une concentration modérée. Le marché européen de l'approvisionnement est ainsi diversifié, avec cinq à six fournisseurs majeurs se partageant l'essentiel du marché, sans dépendance excessive vis-à-vis d'un seul partenaire.

Source : Concentration et HHI

Les Pays-Bas, hub logistique dominant au sein de l'UE

Du côté des États membres importateurs, les Pays-Bas occupent une position centrale, avec une valeur d'importation passée de 691 à 1 119 millions d'euros (+62 %). Ils concentrent à eux seuls 75 % de la valeur totale des importations intra-UE en 2025, ce qui reflète leur rôle de plaque tournante logistique (port de Rotterdam). L'Espagne a connu la progression la plus forte parmi les importateurs intra-UE (+266 %), suivie de la Slovénie (+449 %) et de la Roumanie (+342 %), tandis que l'Allemagne a vu ses importations reculer de 41 %.

États membres (import.) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Netherlands 690,8 1 119,2 +62,0
Spain 32,1 117,5 +265,9
Germany 56,9 33,6 −40,9
Slovenia 7,7 42,4 +449,2
Ireland 12,6 34,3 +172,5

Source : Principaux États membres importateurs


3. Exportations européennes : stabilité par les prix et spécialisation géographique

Les exportations de raisins frais de l'UE vers les pays tiers ont connu une évolution contrastée, marquée par une contraction des volumes mais une hausse significative des prix unitaires, et une forte concentration sur un nombre limité de partenaires commerciaux.

Une hausse de 31 % des prix à l'exportation masquant un recul volumétrique

Si la valeur des exportations européennes a progressé de 16,7 % (de 369 à 431 millions d'euros), cette hausse repose entièrement sur une dynamique tarifaire : les prix unitaires moyens à l'exportation sont passés de 1 994 à 2 622 €/t (+31,5 %), tandis que les volumes ont reculé de 11,3 % (de 185 202 à 164 332 tonnes). Cette trajectoire suggère une montée en gamme ou une spécialisation sur des segments à plus forte valeur ajoutée, mais aussi une possible perte de compétitivité en termes de prix sur les marchés internationaux.

Le Royaume-Uni, partenaire inamovible des exportations européennes

Le Royaume-Uni reste de loin le premier débouché des exportations de raisins frais de l'UE, avec une valeur stable autour de 211 millions d'euros en 2025 (contre 206 millions en 2015, soit +2,3 %). Il concentre à lui seul près de 49 % de la valeur totale des exportations. La Suisse (75 M€, +36 %) et la Norvège (47 M€, +46 %) complètent le trio de tête des partenaires historiques. La stabilité relative des flux vers le Royaume-Uni est notable dans le contexte post-Brexit.

Partenaire export. Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
United Kingdom 206,2 211,0 +2,3
Switzerland 55,0 74,9 +36,2
Norway 32,2 47,1 +46,2
Russian Federation 12,7 25,6 +102,0
South Africa 5,0 9,0 +80,6

Source : Principaux partenaires par valeur

Une concentration des exportations en baisse, mais demeurant élevée

L'HHI des exportations était de 3 463 points en 2015 et a baissé à 2 884 points en 2025 (−16,7 %). Malgré cette désagrégation, le marché d'exportation reste nettement plus concentré que celui des importations. Le Royaume-Uni représente près de la moitié des exportations, ce qui expose l'UE à un risque de dépendance vis-à-vis d'un seul débouché. La baisse de concentration s'explique en partie par la diversification vers de nouveaux marchés comme l'Ukraine (de 2 à 9 millions d'euros) et la Bosnie-Herzégovine (de 1,4 à 3,3 millions d'euros).

Source : Concentration et HHI

L'Espagne et l'Italie, moteurs des exportations intra-UE

Les États membres qui dominent les exportations vers les pays tiers sont l'Espagne (171 M€, +23 %), l'Italie (126 M€, +25 %) et les Pays-Bas (90 M€, +63 %). En revanche, la Grèce a vu ses exportations s'effondrer de 69 % (de 38 à 12 M€), et la France a enregistré un recul de 33 %. La spécialisation des États membres est confirmée par les indices d'avantage comparatif révélé (RCA) : l'Italie (RCA = 3,87), la Grèce (3,18), les Pays-Bas (3,11) et l'Espagne (2,22) se distinguent par un avantage comparatif marqué, tandis que l'Ireland, la Pologne et la Finlande sont structurellement déficitaires.

Volatilité et chocs : un épisode péruvien notable

L'analyse de la volatilité des flux commerciaux révèle des disparités significatives parmi les partenaires. À l'importation, les volumes en provenance du Royaume-Uni (importations intra-UE réexpédiées) affichent le coefficient de variation le plus élevé (0,99), suivi de la Moldavie (0,43) et du Pérou (0,34). À l'exportation, les marchés les plus volatils sont les Émirats arabes unis (0,84), la Biélorussie (0,74) et la Serbie (0,61).

Un choc de prix significatif a été détecté sur les importations en provenance du Pérou en 2022 : les prix unitaires ont chuté de 13,7 % par rapport à la ligne de base (2020–2021), avec un score d'anomalie de 12,7. Ce choc s'est accompagné d'une hausse des volumes importés, passant d'une moyenne de 93 047 tonnes (2020–2021) à 103 983 tonnes (2022–2023) puis 117 183 tonnes (2024–2025). Les prix se sont ensuite normalisés, revenant à 98 % du niveau de base en 2024–2025. Cet épisode pourrait refléter un effet d'offre excédentaire ou une stratégie de pénétration de marché.

Source : Volatilité des flux


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du raisin frais a été marqué par trois dynamiques fondamentales. Premièrement, la dépendance de l'UE vis-à-vis des importations s'est considérablement renforcée, avec un déficit commercial qui s'est pratiquement doublé pour dépasser le milliard d'euros. Deuxièmement, l'offre d'approvisionnement s'est géographiquement diversifiée et réorientée, avec la montée en puissance de fournisseurs comme l'Inde (+253 %), le Pérou (+128 %) et l'Égypte (+108 %), tandis que le Chili a stagné. Troisièmement, les exportations européennes ont maintenu leur valeur grâce à une hausse significative des prix unitaires, mais les volumes ont reculé et la concentration sur le marché britannique reste élevée.

Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte de mondialisation des chaînes d'approvisionnement fruitière, où la demande européenne croissante — alimentée par l'attention portée à l'alimentation saine — est satisfaite par des fournisseurs hémisphériques alternatifs capables d'assurer une disponibilité quasi permanente du fruit. La capacité de l'UE à maintenir et développer ses exportations, ainsi qu'à gérer sa dépendance importatrice, constituera les enjeux clés des années à venir dans ce segment de marché.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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