Évolution du marché : Raisins de table (CN 08061010) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les raisins de table frais (code nomenclature combinée 08061010) sur la période 2015–2025. Ce produit, classé dans le chapitre 08 (fruits comestibles), constitue un segment significatif du commerce agroalimentaire européen. L'analyse s'appuie sur les données de commerce extra-UE et révèle trois dynamiques majeures : une dépendance croissante aux importations, une restructuration géographique des flux commerciaux et des niveaux de volatilité contrastés selon les partenaires.
I. Une dépendance importatrice en nette accélération
La valeur des importations a bondi de 65 % en une décennie
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations extra-UE de raisins de table frais a progressé de 898,9 millions d'euros à 1 486,2 millions d'euros, soit une hausse de 65,3 %. En volume, l'augmentation est tout aussi spectaculaire : les importations sont passées de 442 979 tonnes à 673 695 tonnes (+52,1 %). Ce dynamisme traduit une demande européenne structurellement en croissance que la production intra-UE ne parvient pas à satisfaire intégralement.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 898,9 | 1 486,2 | +65,3 % |
| Volume importations (t) | 442 979 | 673 695 | +52,1 % |
| Prix moyen import (€/t) | 2 029 | 2 206 | +8,7 % |
Le déficit commercial se creuse de manière alarmante
Le solde commercial s'est considérablement détérioré, passant de -544 millions d'euros à -1 063 millions d'euros, soit une dégradation de 95,4 %. Ce creusement résulte de la combinaison d'une forte hausse des importations et d'une croissance plus modérée des exportations.
Les exportations gagnent en valeur mais reculent en volume
Si la valeur des exportations a augmenté de 19,2 % (de 354,9 M€ à 423,1 M€), le volume exporté a diminué de 9,9 % (de 177 561 tonnes à 160 029 tonnes). Cette divergence s'explique par une hausse significative du prix moyen à l'exportation, passé de 1 999 à 2 644 €/t (+32,3 %), suggérant une repositionnement vers des productions à plus forte valeur ajoutée ou une réduction des volumes à prix constant.
II. Une restructuration profonde des partenaires commerciaux
L'Inde, l'Égypte et le Pérou émergent comme fournisseurs majeurs
L'examen des principaux partenaires d'importation révèle des évolutions très contrastées :
| Pays partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | 299,4 | 461,4 | +54,1 % |
| Pérou | 134,5 | 307,0 | +128,3 % |
| Inde | 56,9 | 200,9 | +253,3 % |
| Chili | 167,1 | 178,4 | +6,8 % |
| Égypte | 74,6 | 157,1 | +110,6 % |
| Turquie | 22,7 | 23,1 | +1,9 % |
| Brésil | 47,4 | 57,8 | +22,1 % |
L'Inde affiche la progression la plus remarquable (+253,3 %), passant d'un fournisseur secondaire à un acteur incontournable. Le Pérou (+128,3 %) et l'Égypte (+110,6 %) connaissent également une ascension fulgurante, tandis que le Chili et la Turquie stagnent relativement. L'Afrique du Sud demeure le premier fournisseur avec une valeur de 461,4 M€ en 2025.
Le Royaume-Uni demeure la principale destination à l'exportation
Les flux d'exportation restent dominés par le Royaume-Uni, qui absorbe près de la moitié des exportations extra-UE avec 208,8 M€ en 2025 (+3,4 %). La Suisse (+40,3 %) et la Norvège (+71,5 %) affichent des progressions soutenues, tandis que la Biélorussie enregistre un recul significatif (-41,5 %).
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 201,9 | 208,8 | +3,4 % |
| Suisse | 52,2 | 73,2 | +40,3 % |
| Norvège | 27,5 | 47,1 | +71,5 % |
| Russie | 12,7 | 25,6 | +102,3 % |
| Biélorussie | 6,9 | 4,0 | -41,5 % |
La concentration des importations reste modérée malgré une légère hausse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur est passé de 1 848 à 1 860, un niveau qui reste dans la catégorie de concentration modérée (entre 1 500 et 2 500). Les exportations, initialement plus concentrées (HHI de 3 562), ont connu une désagrégation notable (HHI de 2 923), signalant une diversification des débouchés.
Les Pays-Bas consolident leur rôle de plaque tournante
Au sein de l'UE, les principaux États membres importateurs révèlent le rôle central des Pays-Bas :
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 690,4 | 1 119,2 | +62,1 % |
| Espagne | 32,0 | 117,4 | +266,8 % |
| Allemagne | 56,9 | 33,6 | -40,9 % |
| Slovénie | 7,6 | 42,4 | +454,3 % |
| Irlande | 12,2 | 33,7 | +175,6 % |
Les Pays-Bas représentent à eux seuls 1 119,2 M€ d'importations en 2025, soit une part dominante du marché européen. L'Espagne (+266,8 %) et la Slovénie (+454,3 %) affichent des hausses spectaculaires, tandis que l'Allemagne recule de 40,9 %, probablement en raison de réorientations logistiques. Côté exportations, l'Espagne (170,1 M€) et l'Italie (124,7 M€) dominent, tandis que la Grèce connaît un déclin prononcé (-69,0 %).
III. Des niveaux de volatilité contrastés et un choc significatif identifié
Les fournisseurs andins et africains présentent des risques de volatilité élevés
L'analyse des coefficients de variation des flux d'importation révèle des disparités marquées entre partenaires :
| Partenaire (importations) | Coefficient de variation |
|---|---|
| Moldavie | 0,451 |
| Pérou | 0,338 |
| Macédoine du Nord | 0,363 |
| Inde | 0,254 |
| Égypte | 0,241 |
| Brésil | 0,205 |
| Chili | 0,180 |
| Afrique du Sud | 0,158 |
| Maroc | 0,120 |
La Moldavie (CV = 0,451) et le Pérou (CV = 0,338) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui peut refléter une production saisonnière concentrée ou des aléas climatiques. À l'inverse, l'Afrique du Sud (0,158) et le Maroc (0,120) offrent une stabilité relative, atout pour la sécurité d'approvisionnement.
Les exportations vers la CEI se distinguent par leur instabilité
Du côté des exportations, les flux vers les pays de la CEI se révèlent particulièrement volatils :
| Destination (exportations) | Coefficient de variation |
|---|---|
| Biélorussie | 0,743 |
| Émirats arabes unis | 0,848 |
| Serbie | 0,624 |
| Russie | 0,596 |
| Arabie saoudite | 0,391 |
La Biélorussie (CV = 0,743) et la Russie (CV = 0,596) affichent une volatilité marquée, probablement liée aux tensions géopolitiques et aux sanctions qui ont affecté ces marchés. À l'inverse, la Suisse (CV = 0,051) et le Royaume-Uni (CV = 0,111) offrent des débouchés remarquablement stables.
Un choc de prix significatif a affecté les importations péruviennes en 2022
L'analyse des événements de choc a identifié un événement notable en 2022 :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Partenaire | Pérou |
| Type de choc | Prix |
| Flux | Importations |
| Anomalie | 12,5 (très élevée) |
| Décalage | -13,7 % |
| Part de valeur | 20,7 % |
En 2022, les importations en provenance du Pérou ont subi un choc de prix significatif, avec une anomalie de 12,5 écarts-types et une baisse de prix de 13,7 %. Ce choc, affectant un flux représentant 20,7 % de la valeur des importations, peut s'expliquer par des facteurs climatiques (phénomène El Niño/La Niña), des perturbations logistiques post-Covid ou des ajustements de politique commerciale.
Conclusion
Le marché européen des raisins de table frais se caractérise sur la période 2015–2025 par trois tendances fondamentales. Premièrement, l'UE a considérablement accru sa dépendance aux importations, avec un déficit commercial qui a presque doublé pour dépasser le milliard d'euros. Deuxièmement, la carte des partenaires commerciaux s'est profondément restructurée, avec l'émergence de l'Inde, du Pérou et de l'Égypte face à des fournisseurs historiques plus stables comme l'Afrique du Sud et le Chili. Troisièmement, la volatilité des flux commerciaux reste un enjeu majeur, comme l'illustre le choc de prix péruvien de 2022.
La spécialisation de certains États membres (Italie, Pays-Bas, Grèce) dans ce segment, combinée au rôle central des Pays-Bas comme hub logistique européen, structure une chaîne d'approvisionnement complexe. Les défis futurs résident dans la sécurisation des approvisionnements face à la volatilité climatique des fournisseurs tiers et dans la préservation de la compétitivité des exportations européennes sur des marchés historiques comme le Royaume-Uni.