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Évolution du marché : Raisins secs (CN 080620) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 080620 couvre l'ensemble des raisins secs importés et exportés par l'Union européenne, incluant trois sous-produits : les sultanines (08062030), les raisins de Corinthe (08062010) et les autres raisins secs (08062090). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en raisins secs est marqué par deux réalités apparemment contradictoires : une stagnation — voire un recul — des volumes échangés, et une forte hausse des valeurs commerciales. Ce paradoxe apparent s'explique principalement par une inflation significative des prix unitaires. Le présent rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent ce marché : la dépendance structurelle de l'UE vis-à-vis des importations, la recomposition géographique des partenaires d'approvisionnement, et la hausse généralisée des prix comme moteur dominant de l'évolution des valeurs commerciales.

Pour une vue d'ensemble des données, voir le tableau de bord général.


1. Une demande européenne structurellement dépendante des importations

Le déficit commercial se creuse malgré des volumes d'importation en légère baisse

L'UE importe massivement ses raisins secs. En 2025, les importations ont atteint 608 M€ pour 218 035 tonnes, tandis que les exportations ne s'élevaient qu'à 50,6 M€ pour 13 936 tonnes. Le déficit commercial s'est ainsi élargi de 397 M€ en 2015 à 558 M€ en 2025, soit une aggravation de 40,4 %. Cette évolution s'explique moins par un accroissement des volumes importés (en recul de 7,7 %) que par la hausse des prix unitaires (de 1 842 €/t à 2 789 €/t, soit +51,4 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations — valeur 435 M€ 608 M€ +39,7 %
Importations — volume 236 269 t 218 035 t −7,7 %
Importations — prix moyen 1 842 €/t 2 789 €/t +51,4 %
Exportations — valeur 38,2 M€ 50,6 M€ +32,4 %
Exportations — volume 21 877 t 13 936 t −36,3 %
Exportations — prix moyen 1 745 €/t 3 630 €/t +108,0 %
Solde commercial −397 M€ −558 M€ −40,4 %

Source : vue d'ensemble du commerce.

La dépendance à l'importation reste très élevée et stable

Le taux de dépendance net aux importations s'est maintenu aux alentours de 86 % sur l'ensemble de la période, avec un minimum de 84,4 % et un maximum de 90,2 %. Ce niveau élevé et remarquablement stable traduit l'incapacité de la production européenne à couvrir la demande intérieure. Le taux de dépendance au commerce (trade intensity) reste lui aussi quasi constant autour de 94–95 %, confirmant que le marché européen des raisins secs est structurellement tourné vers l'extérieur.

La production intérieure de l'UE recule en volume

Les données de production PRODCOM révèlent une contraction significative des volumes produits dans l'UE : de 60 459 tonnes en 2015 à 40 000 tonnes en 2025 (−33,8 %). En revanche, la valeur de la production est passée de 63 M€ à 80 M€ (+26,1 %), ce qui indique que les producteurs européens ont bénéficié de la hausse des prix mais n'ont pas réussi — ou pas cherché — à augmenter leurs volumes. La Grèce reste de loin le principal producteur et exporteur de l'UE, avec un indice de spécialisation RCA de 12,49, un niveau exceptionnel qui confirme son rôle central dans la filière européenne des raisins secs (notamment les raisins de Corinthe).

Indicateur de production UE 2015 2025 Variation
Volume 60 459 t 40 000 t −33,8 %
Valeur 63 M€ 80 M€ +26,1 %

2. Une recomposition géographique des flux d'approvisionnement

La Turquie demeure le fournisseur dominant, mais sa part relative diminue

La Turquie reste le premier fournisseur de l'UE en raisins secs, avec des importations passant de 224 M€ en 2015 à 247 M€ en 2025 (+10,3 %). Toutefois, cette croissance modeste masque une perte de parts de marché relative, car d'autres fournisseurs ont connu des hausses bien plus rapides. L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 3 041 à 2 303 (−24,3 %), ce qui indique une diversification nette des sources d'approvisionnement.

Partenaire d'importation Valeur 2015 Valeur 2025 Variation CV (volatilité)
Turquie 224 M€ 247 M€ +10,3 % 0,17
Afrique du Sud 50 M€ 121 M€ +140,1 % 0,21
Iran 34 M€ 54 M€ +59,3 % 0,37
Chili 30 M€ 46 M€ +51,3 % 0,10
Chine 10 M€ 52 M€ +406,2 % 0,71
États-Unis 51 M€ 23 M€ −55,7 % 0,54
Ouzbékistan 13 M€ 35 M€ +171,3 % 0,33

Source : principaux partenaires par valeur.

L'émergence de nouveaux fournisseurs structure la diversification

La dynamique la plus frappante est la montée en puissance de plusieurs fournisseurs auparavant secondaires. La Chine a multiplié ses exportations vers l'UE par plus de cinq (+406 %), l'Ouzbékistan les a presque triplées (+171 %), et l'Afrique du Sud les a plus que doublées (+140 %). À l'inverse, les importations en provenance des États-Unis ont chuté de 55,7 %, ce qui peut s'expliquer par des conditions climatiques défavorables en Californie et par la concurrence accrue d'autres origines sur le marché européen. Le Chili apparaît comme un fournisseur à la fois en croissance (+51,3 %) et remarquablement stable (coefficient de variation de 0,10), ce qui en fait un partenaire stratégique fiable.

La volatilité des flux par origine (vue de la volatilité) est très variable selon les partenaires. La Chine (CV = 0,71) et les États-Unis (CV = 0,54) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés parmi les principaux fournisseurs, tandis que le Chili (0,10) et la Turquie (0,17) offrent des approvisionnements plus prévisibles.

Les exportations de l'UE restent concentrées vers le Royaume-Uni et portées par les raisins de Corinthe

Les exportations de l'UE sont dominées par le Royaume-Uni, qui absorbe près de la moitié de la valeur exportée (22 M€ en 2025, +8,7 %). D'autres destinations ont connu des évolutions contrastées : la Norvège (+482 %), l'Inde (+594 %) et la Suisse (+140 %) ont fortement augmenté leurs achats, tandis que les exportations vers l'Australie se sont effondrées (−87 %). Le HHI des exportations a diminué de 3 011 à 2 245 (−25,4 %), signalant une diversification des débouchés.

En termes de produits, les raisins de Corinthe constituent le principal poste d'exportation de l'UE, principalement en raison de la production grecque. Cependant, leur volume exporté a chuté de 15 234 tonnes à 8 283 tonnes (−46 %), tandis que leur valeur n'a crû que de 23 M€ à 30 M€ (+31 %). Cette divergence volume/valeur confirme la tendance haussière des prix sur l'ensemble de la catégorie.


3. La hausse des prix comme moteur dominant de l'évolution commerciale

Des prix en forte hausse sur l'ensemble de la chaîne

La hausse des prix unitaires constitue la dynamique la plus marquante de la période 2015–2025. Tant à l'importation qu'à l'exportation, les prix ont plus que doublé, reflétant des tensions structurelles sur le marché mondial des raisins secs.

Catégorie Prix 2015 Prix 2025 Variation
Importations — global 1 842 €/t 2 789 €/t +51,4 %
Exportations — global 1 745 €/t 3 630 €/t +108,0 %
Imports — Sultanines 1 793 €/t 2 870 €/t +60,1 %
Imports — Autres raisins secs 2 002 €/t 2 609 €/t +30,3 %
Imports — Raisins de Corinthe 1 641 €/t 2 314 €/t +41,0 %
Exports — Raisins de Corinthe 1 503 €/t 3 612 €/t +140,3 %
Exports — Autres raisins secs 2 258 €/t 4 191 €/t +85,6 %
Exports — Sultanines 2 341 €/t 3 214 €/t +37,3 %

Source : vue d'ensemble et décomposition par produit.

La hausse est particulièrement prononcée sur les exportations de raisins de Corinthe (+140 %), ce qui reflète à la fois la contraction de l'offre grecque et la pression inflationniste mondiale. Les sultanines, qui représentent le principal poste d'importation en volume (155 166 tonnes en 2025), ont vu leur prix augmenter de 60 %.

Des volumes stagnants ou déclinants masqués par la croissance nominale

La hausse des prix crée une illusion de dynamisme commercial qui masque la réalité des volumes. Les importations totales ont perdu 7,7 % de leur volume, tandis que les exportations ont reculé de 36,3 %. La valeur commerciale augmente dans les deux cas (+39,7 % à l'importation, +32,4 % à l'exportation), mais cette croissance est intégralement portée par l'inflation des prix. Ce phénomène est cohérent avec les dynamiques observées à l'échelle mondiale : stress climatique dans les régions productrices (Californie, Turquie, Grèce), hausse des coûts de production et de transport, et demande résiliente dans les pays consommateurs.

Un choc de prix identifiable sur les exportations vers la Chine en 2022

L'analyse de volatilité et des chocs a détecté un événement significatif : un choc de prix sur les exportations vers la Chine en 2022, avec une hausse anormale de 50,7 % et un indice d'anormalité de 2,3. Ce choc, bien que portant sur une part limitée de la valeur exportée (1,6 %), illustre la fragilité des flux commerciaux vers des marchés à forte volatilité. Plus largement, la Chine présente les coefficients de variation les plus élevés tant à l'importation (0,71) qu'à l'exportation (0,85), ce qui en fait un partenaire à la fois dynamique et imprévisible.


Conclusion

Le marché européen des raisins secs (CN 080620) sur la période 2015–2025 se caractérise par une triple dynamique. Premièrement, l'UE demeure structurellement dépendante des importations à hauteur de 86 %, avec une production intérieure en recul de 34 % en volume et un déficit commercial qui s'est creusé de 40 %. Deuxièmement, la géographie de l'approvisionnement se recompose profondément : la Turquie reste en tête mais perd du terrain relatif face à l'essor de la Chine, de l'Ouzbékistan, de l'Afrique du Sud et de l'Iran, tandis que les États-Unis ont vu leurs exportations vers l'UE divisées par deux. Troisièmement, et c'est peut-être le trait le plus saillant de la décennie, la hausse des prix unitaires (+51 % à l'importation, +108 % à l'exportation) constitue le moteur dominant de l'évolution des valeurs commerciales, masquant une réalité de volumes stagnants ou déclinants.

Ces tendances soulèvent des questions de sécurité d'approvisionnement pour l'UE : la concentration géographique, bien qu'en diminution (HHI en baisse de 24 %), reste élevée, et la volatilité de certains partenaires (Chine, États-Unis) pourrait amplifier les risques en cas de chocs climatiques ou géopolitiques. L'augmentation de la production intérieure européenne, et en particulier le renforcement de la filière grecque, apparaît comme un levier stratégique pour réduire cette vulnérabilité.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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