Évolution du marché : Pulls en laine (CN 61101190) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 61101190 couvre les chandails, pull-overs, cardigans, gilets et articles similaires en bonneterie de laine, pour femmes ou fillettes (à l'exclusion des pièces de laine ≥ 50 % pesant ≥ 600 g et des gilets ouatinés). Sur la période 2015–2025, ce segment du textile européen a connu des mutations structurelles majeures. Les échanges de l'UE avec le reste du monde ont presque doublé en valeur, passant d'un déficit commercial significatif à un quasi-équilibre, tandis que la production intra-européenne s'est effondrée en volume. Le présent rapport identifie trois dynamiques principales qui ont façonné ce marché au cours de la dernière décennie : la montée en gamme et la restructuration de la balance commerciale, la géographie des approvisionnements importés et la concentration des sources d'approvisionnement, enfin la forte expansion et la diversification des débouchés à l'exportation.
1. La montée en gamme : une industrie européenne qui exporte de plus en plus de valeur
Une balance commerciale en nette amélioration
L'un des faits marquants de la période est le rééquilibrage spectaculaire de la balance commerciale de l'UE pour ce produit. En 2015, le déficit commercial de l'UE-27 s'élevait à −97,9 M€. En 2025, il s'est réduit à seulement −4,3 M€, soit une amélioration de 95,7 %. Entre-temps, l'UE a même enregistré un excédent commercial maximal de 36,4 M€, confirmant un basculement structurel.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 257,6 | 524,1 | +103,5 % |
| Importations (valeur, M€) | 355,5 | 528,4 | +48,6 % |
| Balance commerciale (M€) | −97,9 | −4,3 | +95,7 % |
Des exportations qui doublent en valeur mais stagnent en volume
La croissance des exportations (+103,5 % en valeur) contraste nettement avec l'évolution des volumes. Les quantités exportées n'ont progressé que de 6,4 % (de 1 940 à 2 064 tonnes), tandis que le prix moyen à la tonne a bondi de 91,2 %, passant de 132 737 €/t à 253 799 €/t. En termes de pièces, le nombre d'unités exportées a même légèrement reculé (−3,4 %, de 6,1 à 5,9 millions de pièces), alors que le prix unitaire a plus que doublé (+110,6 %). Ce mouvement traduit une montée en gamme prononcée : l'UE exporte moins de pulls, mais des pulls beaucoup plus chers, ce qui correspond à un positionnement sur le segment du luxe et du haut de gamme — un segment historiquement dominé par l'Italie et la France.
Une production intra-européenne en fort déclin
Parallèlement, la production européenne de pièces réalisées (code Prodcom 14.39.10.32) a connu un effondrement spectaculaire. Le nombre de pièces produites est passé de 150,4 millions à 17,6 millions (−88,3 %), et la valeur de la production est passée de 1 432 M€ à 605 M€ (−57,8 %). Cette divergence entre un volume en chute libre et une valeur qui recule moins vite confirme que la production européenne se concentre sur des pièces à forte valeur ajoutée, tandis que le volume de base migre vers les pays à faibles coûts de main-d'œuvre.
2. Une dépendance aux importations asiatiques qui se consolide
La Chine demeure le fournisseur dominant
Les importations de l'UE ont progressé de 48,6 % en valeur (de 355,5 M€ à 528,4 M€) et de 52,2 % en poids (de 5 980 à 9 100 tonnes). La Chine reste de loin le premier fournisseur, avec des importations passant de 213,6 M€ à 320,5 M€ (+50,1 %), représenant plus de 60 % de la valeur totale des importations en 2025. Le prix moyen des importations a légèrement reculé (−2,4 % en valeur par tonne), ce qui suggère que la hausse des volumes importés ne s'est pas accompagnée d'une montée en gamme des importations, contrairement à ce que l'on observe à l'exportation.
L'essor rapide des fournisseurs d'Asie du Sud-Est et du Sud
Au-delà de la Chine, plusieurs pays ont connu des progressions remarquables :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 8,8 | 28,4 | +221,3 % |
| Cambodge | 14,0 | 28,5 | +104,0 % |
| Viêt Nam | 1,3 | 20,1 | +1 414,9 % |
| Turquie | 22,0 | 33,0 | +49,5 % |
| Royaume-Uni | 23,8 | 16,3 | −31,8 % |
| Serbie | 12,6 | 1,5 | −87,9 % |
Le Viêt Nam, en particulier, a connu une croissance exponentielle (+1 414,9 %), devenant un fournisseur significatif. À l'inverse, la Serbie a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer (−87,9 %), tout comme le Royaume-Uni (−31,8 %), ce dernier étant désormais devancé par le Viêt Nam et le Bangladesh.
Une concentration des importations qui reste élevée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 3 786 à 3 834, un niveau qui reste élevé, traduisant une forte dépendance envers un nombre limité de fournisseurs, la Chine en tête. En volume, la concentration a même augmenté (HHI passant de 3 282 à 4 215, soit +28,4 %), ce qui indique que la croissance des volumes importés s'est concentrée sur un petit nombre d'origines, malgré la montée de pays comme le Bangladesh et le Viêt Nam.
L'Italie, la France et les Pays-Bas en tête des importations intra-UE
Au sein de l'UE, les principaux États membres importateurs en 2025 sont l'Allemagne (125,2 M€), la France (94,1 M€, en hausse de 61,1 %), l'Italie (80,1 M€, +33,0 %) et les Pays-Bas (74,5 M€, +116,0 %). L'Espagne a connu la plus forte progression (+283,7 %), passant de 12,6 M€ à 48,3 M€.
3. Des débouchés d'exportation en forte expansion et diversification
Les États-Unis et la Chine, moteurs de la croissance des exportations
L'expansion des exportations européennes a été tirée par la forte croissance de plusieurs marchés extra-européens, en particulier :
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 25,2 | 79,7 | +216,4 % |
| Chine | 9,8 | 71,0 | +621,1 % |
| Suisse | 42,8 | 63,9 | +49,5 % |
| Royaume-Uni | 57,3 | 62,9 | +9,9 % |
| Canada | 5,0 | 14,1 | +180,1 % |
| Russie | 25,6 | 17,3 | −32,6 % |
Les États-Unis et la Chine sont devenus les deuxième et troisième débouchés des exportations européennes, derrière le Royaume-Uni. Les exportations vers la Chine ont été multipliées par plus de 7 en valeur (+621,1 %), ce qui reflète la demande croissante de la classe moyenne chinoise pour les marques européennes de luxe et de prêt-à-porter haut de gamme. En revanche, les exportations vers la Russie ont reculé de 32,6 %, probablement sous l'effet des sanctions économiques imposées à partir de 2022.
L'Italie et la France, locomotives de l'exportation européenne
La géographie intra-européenne des exportations est dominée par deux pays :
| Pays | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 119,9 | 204,9 | +70,8 % |
| France | 33,4 | 160,3 | +380,2 % |
| Allemagne | 53,9 | 56,8 | +5,5 % |
| Espagne | 6,6 | 28,1 | +327,8 % |
| Pays-Bas | 5,4 | 21,9 | +306,6 % |
L'Italie demeure le premier exportateur européen, avec un quasi-doublement de ses exportations. Mais c'est la France qui a connu la progression la plus spectaculaire (+380,2 %), passant de 33,4 M€ à 160,3 M€. Ce bond est cohérent avec la stratégie de plusieurs grandes maisons françaises de mode de rapatrier ou de développer des lignes de production sur le territoire national, dans le contexte d'un regain d'intérêt pour le « Made in Europe ». Les Pays-Bas (+306,6 %) et l'Espagne (+327,8 %) ont également connu des hausses remarquables.
Une diversification géographique des exportations et des chocs de prix ponctuels
L'indice HHI des exportations a baissé de 1 124 à 907 (−19,3 %), indiquant une diversification croissante des marchés d'exportation. Le Royaume-Uni demeure le premier client, mais sa part relative diminue face à la montée des États-Unis, de la Suisse et de la Chine.
Néanmoins, l'analyse des chocs de prix révèle des épisodes de volatilité significatifs :
| Choc | Partenaire | Type | Année | Amplitude |
|---|---|---|---|---|
| Prix des exportations vers la Suisse | Suisse | Prix (export.) | 2019 | +45,2 % |
| Prix des exportations vers les États-Unis | États-Unis | Prix (export.) | 2022 | +133,9 % |
| Prix des importations en provenance du Royaume-Uni | Royaume-Uni | Prix (import.) | 2021 | +166,4 % |
Le choc de prix à l'exportation vers les États-Unis en 2022 (amplitude +133,9 %) coïncide avec la période post-pandémique et l'inflation mondiale, tandis que le choc des importations en provenance du Royaume-Uni en 2021 (+166,4 %) pourrait refléter les effets du Brexit sur les flux commerciaux bilatéraux. Par ailleurs, les exportations vers la Chine se distinguent par une volatilité très élevée (coefficient de variation de 1,52), confirmant la nature encore instable de ce débouché.
Du statut d'importateur net à celui d'exportateur net
L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de +3,1 % en 2015 à −14,7 % en 2025. Ce basculement signifie que l'UE est devenue exportatrice nette de pulls en laine pour femmes et fillettes, un changement remarquable en une décennie. La propension à exporter a connu une croissance phénoménale (passant de 1,1 % à 157,8 %), indiquant que les exportations représentent désormais une part très supérieure de la production. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) a suivi la même trajectoire, passant de 5,3 % à 123,6 %. Ces indicateurs conjugués dessinent le portrait d'une industrie européenne repositionnée sur l'exportation de produits à haute valeur ajoutée.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des pulls en laine pour femmes et fillettes a connu une transformation structurelle profonde. Trois tendances principales se dégagent :
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Une montée en gamme décisive : les exportations ont doublé en valeur tout en stagnant en volume, traduisant un positionnement européen de plus en plus net sur le segment premium, porté par l'Italie et une France en plein essor.
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Une dépendance accrue aux fournisseurs asiatiques : malgré la diversification de quelques origines (Viêt Nam, Bangladesh), la concentration des importations reste élevée et dominée par la Chine, tandis que les fournisseurs européens proches (Serbie, Royaume-Uni) ont perdu du terrain.
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Une expansion géographique des débouchés : les États-Unis et la Chine sont devenus des marchés majeurs pour les exportations européennes, faisant basculer l'UE du statut d'importateur net à celui d'exportateur net, au prix d'une volatilité accrue sur certains flux.
L'enjeu pour les années à venir sera de consolider ce positionnement haut de gamme tout en gérant la dépendance aux approvisionnements asiatiques et la volatilité des marchés d'exportation, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et d'incertitudes commerciales persistantes.