Évolution du marché : Produits chimiques et préparations des industries chimiques ou des industries connexes, y compris celles constituées de mélanges de produits naturels, n.d.a. (CN 382499) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec le reste du monde pour le code douanier 382499, un poste résiduel couvrant une très large gamme de produits chimiques et préparations non spécifiquement identifiés ailleurs. Sur la période 2017-2025 (périodes complètes disponibles), le marché se caractérise par une croissance robuste de la valeur des échanges, masquant des dynamiques sectorielles et géopolitiques profondes. Si l'UE demeure un exportateur net majeur, sa dépendance aux importations a connu des fluctuations marquées, poussée par la montée en puissance de certains fournisseurs asiatiques et un choc d'approvisionnement majeur lié au conflit en Ukraine. L'analyse se concentre sur la dynamique de croissance tirée par les importations, la réorientation des flux commerciaux sous l'effet de chocs géopolitiques, et l'évolution de l'autonomie relative de l'UE sur ce segment.
1. Une trajectoire de croissance déséquilibrée : la poussée des importations comme moteur principal
La période étudiée révèle une forte divergence entre l'évolution des exportations et des importations de l'UE, ces dernières connaissant une croissance exceptionnelle.
1.1. Une hausse spectaculaire de la valeur et du volume des importations
Entre 2017 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance de pays tiers a plus que doublé, passant de 1,94 milliard € à 4,06 milliards €, soit une progression de +109,5%. Cette croissance a été accompagnée d'une hausse encore plus marquée des volumes importés, qui ont augmenté de +97,6%, passant de 673 566 à 1 330 977 tonnes. Cette dynamique contraste avec celle des exportations, dont la valeur a progressé de manière plus modérée (+28,5%) alors que les volumes exportés ont légèrement reculé (-5,9%), suggérant une compétition accrue ou un déplacement de la production.
| Indicateur | Valeur 2017 | Valeur 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des imports (Mds €) | 1,94 | 4,06 | +109,5 |
| Volume des imports (kt) | 673,6 | 1 331,0 | +97,6 |
| Valeur des exports (Mds €) | 5,70 | 7,32 | +28,5 |
| Volume des exports (kt) | 1 982,5 | 1 865,4 | -5,9 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. L'Asie, moteur de la croissance des importations européennes
La croissance des importations a été alimentée par une diversification et une montée en puissance des fournisseurs, en particulier asiatiques. La part de la Corée du Sud dans les importations de l'UE a explosé, passant de 23,6 M€ en 2017 à un pic de 3,16 milliards € en 2023, avant de se stabiliser à 879,9 M€ en 2025. La Chine a également renforcé sa position, avec une valeur multipliée par 2,3 sur la période. La Turquie a connu une progression régulière et impressionnante (+629,8%). En revanche, le Royaume-Uni et les États-Unis, partenaires historiques, ont maintenu des positions stables ou en légère hausse, mais leur croissance a été nettement dépassée par celle des fournisseurs asiatiques.
| Partenaire (Imports UE) | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | 23,6 | 879,9 | +3622,4 |
| Chine | 285,6 | 648,6 | +127,1 |
| Turquie | 24,7 | 180,3 | +629,8 |
| Royaume-Uni | 366,0 | 438,9 | +19,9 |
| États-Unis | 663,0 | 977,9 | +47,5 |
Source : Principaux partenaires par valeur
1.3. Le rôle central des États membres comme relais et hubs logistiques
L'analyse par État membre montre que la hausse des importations intracommunautaires ne s'est pas répartie uniformément. La Hongrie a connu une augmentation absolument exceptionnelle de ses importations en provenance de pays tiers, qui ont bondi de 16 M€ à plus de 843 M€. Les Pays-Bas (+246,8%), la Belgique (+54,1%) et la France (+47,7%) ont également vu leur rôle de plateforme logistique ou de consommation finale se renforcer. Ce phénomène reflète à la fois des stratégies de relocalisation (nearshoring) et l'importance croissante de certains hubs pour les flux à destination de l'UE.
2. Instabilité géopolitique et réorientation des flux d'exportation
Les flux sortants de l'UE ont été profondément marqués par des événements géopolitiques, entraînant des chocs d'offre et des réorientations brutales des partenaires commerciaux.
2.1. L'effondrement des exportations vers la Russie : un choc d'approvisionnement majeur
L'événement le plus marquant est l'effondrement des exportations de l'UE vers la Russie. Après être resté stable autour de 370-390 M€ par an de 2017 à 2021, le flux a chuté de -98,4% pour ne plus atteindre que 6,1 M€ en 2025. En volume, la baisse est encore plus drastique : les quantités exportées sont passées d'environ 181 000 tonnes en 2021 à seulement 558 tonnes en 2025, un effacement quasi-total. Ce choc est directement lié aux sanctions économiques imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Cette rupture a libéré une part de marché de près de 4,7% de la valeur totale des exportations de l'UE.
| Année | Valeur exports UE vers Russie (M€) | Volume exports UE vers Russie (kt) |
|---|---|---|
| 2017 | 373,9 | 177,7 |
| 2021 | 393,2 | 181,4 |
| 2022 | 149,7 | 45,8 |
| 2023 | 22,3 | 1,0 |
| 2025 | 6,1 | 0,6 |
Source : Événements de chocs d'offre
2.2. Une volatilité accrue et des pics de prix sur certains marchés
L'analyse de la volatilité des prix à l'exportation révèle des tensions sur certains marchés. Les exportations vers la Corée du Sud ont connu un choc de prix important en 2022, avec une hausse de +102,9% par rapport à la moyenne des deux années précédentes, sans que les volumes ne se contractent de manière significative. Ce pic, anormal (score d'anormalité de 19,5), peut être lié à des perturbations logistiques (comme la pandémie de COVID-19) ou à une compétition accrue pour des produits spécifiques. La forte volatilité observée sur les volumes importés depuis le Vietnam (CV de 0,53) et la Turquie (CV de 0,78) traduit également une certaine instabilité des chaînes d'approvisionnement.
2.3. La consolidation des partenaires traditionnels et la montée de nouveaux marchés
Face à ces chocs, les flux d'exportation de l'UE se sont réorientés. Les États-Unis sont devenus le premier partenaire à l'exportation en 2024, avec une valeur de 1,17 milliard € (+56,8% depuis 2017). La Turquie a également connu une forte croissance (+59,4%), de même que l'Inde (+73,7%). Ces dynamiques ont permis de compenser partiellement la perte du marché russe. Par ailleurs, la production industrielle de l'UE (valeur) a connu une croissance très forte entre 2022 et 2024, passant de 15,2 milliards € à un pic de 15,8 milliards €, avant de se replier à 13,7 milliards € en 2024, témoignant d'une forte volatilité et d'une possible surchauffe suivie d'une correction.
Source : Chocs de prix détectés
3. Vers une moindre dépendance extérieure malgré l'ouverture commerciale
Malgré la forte croissance des importations, les indicateurs d'autonomie commerciale montrent une tendance contre-intuitive : l'UE a réduit sa dépendance nette aux importations sur la période récente.
3.1. Une réduction marquée de la dépendance nette aux importations
Le taux de dépendance nette aux importations, qui mesure l'écart relatif entre importations et exportations, est passé de -52,3% en 2013 à -4,9% en 2023, avant de remonter à -23,0% en 2025. Une valeur négative indique que l'UE est exportatrice nette. Cette amélioration spectaculaire de l'autonomie (réduction de la valeur absolue du taux) au cours des années 2020 est directement liée à la hausse des prix à l'exportation et au choc d'exportation vers la Russie, qui a amélioré le solde commercial apparent sans que la production intérieure ne progresse au même rythme. L'intensité commerciale (rapport commerce/PIB) a connu une augmentation fulgurante, passant de 38,4% en 2019 à 65,7% en 2025, indiquant une intégration commerciale plus profonde.
3.2. Une spécialisation sectorielle européenne contrastée
En 2025, l'Irlande présente une spécialisation très forte (indice RSCA de 0,78) dans ce secteur, avec une part de production nationale de 16,5% contre seulement 2,1% de ses exportations totales, suggérant une production principalement destinée à l'exportation intra-UE ou à des multinationales. L'Allemagne, la Belgique et la France conservent des avantages comparatifs modérés (RSCA entre 0,10 et 0,16). À l'inverse, de nombreux États membres, comme la Finlande (RSCA de -0,96) ou Malte (-0,99), sont très déficitaires et dépendants des importations intra-UE ou extracommunautaires.
3.3. L'évolution des sous-produits : une domination des préparations non organiques
La ventilation par sous-code révèle que les produits classés sous le code 38249996 ("Produits chimiques... non principalement composés de constituants organiques, n.d.a.") dominent à la fois les importations et les exportations, représentant respectivement 58% et 44% des valeurs totales en 2025. Ce segment a connu une forte hausse des prix à l'importation (+6,0% sur la période) et une volatilité importante. Le segment des "Produits... composés principalement de constituants organiques, sous forme liquide" (38249992) est le second plus important, avec une croissance des prix à l'exportation particulièrement forte (+53,9% entre 2017 et 2025), indiquant une tension sur ces marchés.
| Sous-code (Imports UE) | Description | Part valeur 2025 | Variation prix 2017-2025 |
|---|---|---|---|
| 38249996 | Non organiques, n.d.a. | 58% | +9,1% |
| 38249992 | Organiques liquides, n.d.a. | 29% | +3,4% |
| 38249993 | Organiques non-liquides, n.d.a. | 7% | -15,7% |
Source : Ventilation par produit
Conclusion
Le marché du CN 382499 pour l'UE entre 2015 et 2025 a été façonné par deux forces majeures : une intégration commerciale croissante avec l'Asie, en particulier la Corée du Sud et la Chine, qui a alimenté une poussée historique des importations, et un choc géopolitique majeur – les sanctions contre la Russie – qui a radicalement réorienté les flux d'exportation. Paradoxalement, ce choc, combiné à une forte hausse des prix, a temporairement amélioré les indicateurs d'autonomie de l'UE, masquant une dépendance structurelle accrue vis-à-vis de fournisseurs externes pour les volumes. La volatilité des prix et des volumes, notamment sur les segments organiques, souligne la sensibilité de ce secteur large et hétérogène aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales. À moyen terme, la capacité de l'UE à stabiliser ses sources d'approvisionnement et à consolider sa base productive nationale, illustrée par les fluctuations de ses indicateurs de production, sera déterminante pour gérer les risques de vulnérabilité dans un environnement géopolitique incertain.