Évolution du marché : Préparations chimiques (CN 382499) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 382499 constitue une position résiduelle (« n.d.a. ») qui regroupe une grande diversité de préparations chimiques — échangeurs d'ions, produits auxiliaires de fonderie, préparations pour la galvanoplastie, émulsionnants de corps gras, produits intermédiaires à usage pharmaceutique, et bien d'autres. Cette hétérogénéité en fait un indicateur pertinent de la dynamique globale des industries chimiques européennes.
Sur la période 2017–2025 — seule fenêtre complète disponible dans les données —, le commerce extérieur de l'UE pour cette position a connu des mutations profondes : une croissance vigoureuse des importations en volume (+97,6 %), un rééquilibrage géographique spectaculaire des flux, et une hausse structurelle des prix à l'exportation. Le présent rapport identifie et analyse trois grandes dynamiques à l'œuvre.
1. Une poussée des importations qui érode l'excédent commercial européen
1.1 Les importations ont plus que doublé en valeur sur la période
Entre 2017 et 2025, la valeur des importations extra-européennes de CN 382499 est passée de 1,94 milliard d'euros à 4,06 milliards d'euros, soit une hausse de +109,5 % (commerce extérieur de l'UE). En volume, la progression est tout aussi marquée : de 674 000 tonnes à 1,33 million de tonnes (+97,6 %), ce qui traduit un quasi-doublement des quantités importées.
Les principaux sous-postes tirant cette croissance sont les préparations non principalement composées de constituants organiques (38249996), dont les volumes importés sont passés de 409 000 à 891 000 tonnes, et les préparations organiques liquides (38249992), passées de 148 000 à 311 000 tonnes (détail des segments).
1.2 L'excédent commercial se contracte, avec un point bas critique en 2022
L'UE demeure exportatrice nette pour cette position, mais l'écart se réduit sensiblement. Le solde commercial est passé de 3,76 milliards d'euros en 2017 à 3,26 milliards en 2025 (−13,3 %). Le creux le plus marquant a été atteint en 2022, année de la crise énergétique européenne, où le solde n'a été que de 759 millions d'euros — un effondrement par rapport au niveau de 2017.
| Indicateur | 2017 | Creux (2022) | 2025 | Évolution 2017→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (Mds €) | 5,70 | — | 7,32 | +28,5 % |
| Exportations (Mt) | 1,98 | — | 1,87 | −5,9 % |
| Importations (Mds €) | 1,94 | 6,27 (max) | 4,06 | +109,5 % |
| Importations (Mt) | 0,67 | — | 1,33 | +97,6 % |
| Solde commercial (Mds €) | 3,76 | 0,76 (min) | 3,26 | −13,3 % |
Source : vue d'ensemble du commerce.
1.3 Le pic d'importations de 2022 : un effet de la crise énergétique
L'année 2022 concentre les extrêmes : les importations ont atteint un maximum historique de 6,27 milliards d'euros, tandis que le prix unitaire d'importation du sous-poste 38249996 (préparations non organiques) a culminé à 5 120 €/t — contre 2 434 €/t en 2017. Ce pic reflète vraisemblablement la combinaison d'une demande de substitution aux productions européennes rendues plus coûteuses par la hausse des prix de l'énergie, et d'une inflation des prix des matières premières chimiques à l'échelle mondiale. La dépendance nette aux importations a culminé à −4,9 % cette année-là, son niveau le moins négatif — c'est-à-dire le point où l'UE était le moins nettement exportatrice.
2. Reconfiguration géographique : percée asiatique et rupture avec la Russie
2.1 La Corée du Sud et la Turquie, des importateurs devenus incontournables
Le profil des principaux partenaires d'importation de l'UE s'est profondément transformé. Les États-Unis restent le premier fournisseur (663 M€ → 978 M€, +47,5 %), mais la progression la plus spectaculaire revient à la Corée du Sud, dont les exportations vers l'UE sont passées de 24 millions d'euros à 880 millions d'euros (+3 622 %), avec un pic exceptionnel de 3,16 milliards d'euros en 2022. La Turquie a connu une trajectoire analogue : de 25 à 180 millions d'euros (+630 %), tandis que le Vietnam a été multiplié par quatre (16 M€ → 66 M€) (principaux partenaires).
| Partenaire d'importation | 2017 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 663 | 978 | +47,5 |
| Corée du Sud | 24 | 880 | +3 622 |
| Chine | 286 | 649 | +127,1 |
| Royaume-Uni | 366 | 439 | +19,9 |
| Turquie | 25 | 180 | +630 |
| Canada | 28 | 44 | +54,0 |
| Vietnam | 16 | 66 | +306 |
Source : partenaires d'importation.
Ces dynamiques ont contribué à une diversification des sources d'approvisionnement : l'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 1 893 à 1 509 (−20,3 %), franchissant le seuil de la concentration modérée (concentration des échanges). À l'inverse, l'HHI des exportations est resté stable à un niveau faible (647 → 697), indiquant une base de clients d'exportation déjà diversifiée.
2.2 L'effondrement quasi total des exportations vers la Russie
Le revers de cette reconfiguration est la disparition de la Russie comme destination d'exportation. Les exportations de l'UE vers la Russie sont passées de 374 millions d'euros en 2017 à 6 millions d'euros en 2025, soit une chute de −98,4 % (principaux partenaires d'exportation).
| Partenaire d'exportation | 2017 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 720 | 1 130 | +56,8 |
| Royaume-Uni | 835 | 937 | +12,2 |
| Chine | 467 | 624 | +33,7 |
| Turquie | 324 | 516 | +59,4 |
| Suisse | 251 | 351 | +40,3 |
| Inde | 172 | 298 | +73,7 |
| Russie | 374 | 6 | −98,4 |
2.3 Volatilité et chocs concentrés sur quelques partenaires
La volatilité mesurée par le coefficient de variation confirme la fragilité de certains flux. À l'importation, la Turquie (CV = 0,78), la Corée du Sud (CV = 0,70) et le Vietnam (CV = 0,53) présentent la variabilité la plus élevée, signe de flux encore instables et dépendants de chocs conjoncturels. À l'exportation, la Russie détient de loin le CV le plus élevé (0,85), reflet de la rupture progressive des échanges.
Trois chocs majeurs ont été détectés sur la période :
| Choc | Partenaire | Type | Période | Amplitude |
|---|---|---|---|---|
| Prix à l'exportation | Russie | Prix | 2023 | +704 % |
| Prix à l'exportation | Corée du Sud | Prix | 2022 | +103 % |
| Approvisionnement | Russie | Offre | 2025 | −99,5 % |
Le choc de prix vers la Russie en 2023 (anomalie de 24,7 écarts-types) correspond vraisemblablement aux dernières transactions à prix très élevé avant la cessation quasi complète des échanges, entérinée par le choc d'offre de −99,5 % observé en 2025. Le choc de prix vers la Corée du Sud en 2022 (anomalie de 19,5) coïncide avec les turbulences de la chaîne d'approvisionnement mondiale en composants électroniques et chimiques de spécialité.
3. Hausse des prix, essor de la production européenne et intensification des échanges
3.1 Une hausse structurelle des prix, plus prononcée à l'exportation qu'à l'importation
L'un des traits marquants de la période est la divergence d'évolution des prix entre importations et exportations. Le prix moyen à l'exportation est passé de 2 875 €/t à 3 926 €/t (+36,6 %), tandis que le prix moyen à l'importation n'a progressé que de 2 879 €/t à 3 052 €/t (+6,0 %) (vue d'ensemble).
L'écart est encore plus net au niveau des sous-postes. À l'exportation, les préparations organiques non liquides (38249993) affichent un prix passé de 3 062 à 5 855 €/t (+91 %), et les échangeurs d'ions (38249915) de 1 459 à 2 881 €/t (+97 %). À l'importation, les émulsionnants de corps gras (38249955) ont vu leur prix doubler (1 841 → 4 004 €/t, +118 %), de même que les préparations pour galvanoplastie (38249950) qui passent de 4 144 à 6 561 €/t (+58 %) (détail des segments).
| Segment (exportations) | Prix 2017 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Évolution |
|---|---|---|---|
| 38249993 — Organiques non liquides | 3 062 | 5 855 | +91 % |
| 38249915 — Échangeurs d'ions | 1 459 | 2 881 | +97 % |
| 38249992 — Organiques liquides | 2 790 | 4 297 | +54 % |
| 38249996 — Non organiques, n.d.a. | 2 925 | 3 372 | +15 % |
Cette hausse des prix à l'exportation, supérieure à celle des importations, suggère une montée en gamme des productions européennes, ou du moins une capacité à répercuter les hausses de coûts (énergie, intrants, conformité réglementaire) sur les marchés de destination.
3.2 Une production intra-européenne en expansion spectaculaire
Les données de production intra-européenne révèlent une croissance remarquable. La quantité produite dans l'UE est passée de 1,50 milliard de kilogrammes à 7,07 milliards (+372 %), tandis que la valeur a bondi de 2,10 milliards d'euros à 13,70 milliards (+552 %). Le fait que la progression de la valeur (+552 %) excède celle du volume (+372 %) confirme la tendance à la hausse des prix et, potentiellement, un déplacement du mix de production vers des spécialités à plus forte valeur ajoutée.
3.3 Une intensification des échanges et une spécialisation géographiquement concentrée
L'intensité des échanges (commerce extérieur rapporté à la production) a bondi de 35,2 % à 65,7 % (+87 %), et la propension à exporter de 30,8 % à 53,7 % (+75 %). L'industrie européenne des préparations chimiques s'est donc profondément internationalisée, avec une part croissante de sa production destinée à l'exportation.
La spécialisation au sein de l'UE reste géographiquement concentrée. L'Irlande affiche un avantage comparatif révélé (RCA) de 7,90 — le plus élevé de l'UE — ce qui s'explique vraisemblablement par le poids des intermédiaires pharmaceutiques (sous-postes 38249961, 38249962, 38249964) dans un pays qui abrite de grands groupes pharmaceutiques mondiaux. L'Allemagne, avec un RCA de 1,34, domine en volume absolu et représente 28,5 % des exportations intra-européennes vers des pays tiers.
| État membre | RCA (2025) | RSCA (2025) | Part dans la production EU de CN 382499 |
|---|---|---|---|
| Irlande | 7,90 | 0,775 | 16,5 % |
| Belgique | 1,39 | 0,163 | 11,8 % |
| Allemagne | 1,34 | 0,147 | 28,5 % |
| France | 1,24 | 0,108 | 9,7 % |
| Pays-Bas | 1,00 | −0,002 | 14,4 % |
Source : spécialisation des États membres.
À l'inverse, les pays d'Europe du Sud et de l'Est (Malte, Finlande, Roumanie, Grèce, Portugal) présentent un RSCA fortement négatif, signe d'une faible insertion dans ce segment spécifique de la chimie.
Conclusion
Le marché européen des préparations chimiques (CN 382499) a traversé une décennie de transformations profondes entre 2017 et 2025. Trois grandes tendances structurelles se dégagent :
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La pression importatrice s'est intensifiée : les importations ont doublé en volume et plus que doublé en valeur, érodant un excédent commercial qui demeure toutefois positif (3,26 Mds € en 2025). L'année 2022, marquée par la crise énergétique, a constitué un point de tension extrême avec un solde réduit à 759 M€.
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La géographie des échanges a été profondément reconfigurée : l'Asie (Corée du Sud, Chine, Turquie, Vietnam) est devenue une source d'approvisionnement majeure, tandis que la Russie a quasiment disparu des destinations d'exportation, victime des sanctions et des restrictions commerciales. Cette reconfiguration s'est accompagnée d'une diversification des sources d'importation (HHI en baisse de 20 %).
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La valeur prend le pas sur le volume : les prix à l'exportation ont progressé de 37 %, la production intra-européenne a été multipliée par près de cinq en valeur, et l'intensité des échanges a doublé. L'industrie européenne s'est internationalisée tout en se tournant vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte plus large de reconfiguration des chaînes de valeur mondiales de la chimie, où la compétitivité européenne repose de plus en plus sur la spécialisation et la montée en gamme, face à une concurrence asiatique de plus en plus présente sur les volumes.