Évolution du marché : Préparations chimiques liquides (CN 38249992) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 38249992, couvrant les « Produits ou préparations chimiques, composés principalement de constituants organiques, sous forme liquide à la température de 20 °C, n.d.a. ». La période analysée s'étend de 2017 à 2025 (les années incomplètes ayant été exclues de la fenêtre de données). Ce produit, classé dans le sous-groupe résiduel 382499 de la nomenclature combinée, regroupe une grande diversité de préparations chimiques à base organique et correspond au code Prodcom 20.59.59.95 (« Autres produits chimiques n.c.a. »).
L'UE demeure un exportateur net structurel de ces produits, mais la période 2017–2025 est marquée par des transformations profondes : un déclin de la production intérieure, une hausse spectaculaire des importations, un renchérissement des prix à l'exportation et une réorientation géographique significative des flux commerciaux. Trois dynamiques majeures se dégagent de l'analyse.
1. Un commerce en valeur en forte croissance, masquant un recul des volumes de production intérieure
1.1 Les exportations de l'UE progressent en valeur grâce à la hausse des prix unitaires
Sur la période 2017–2025, la valeur des exportations de l'UE vers le reste du monde est passée de 1,57 milliard d'euros à 2,06 milliards d'euros, soit une progression de +31,1 %. Cependant, cette hausse ne résulte pas d'une augmentation des volumes : les quantités exportées ont au contraire reculé de 563 488 tonnes à 479 731 tonnes (−14,9 %). C'est la forte augmentation du prix unitaire à l'exportation — de 2 790 €/t à 4 297 €/t, soit +54,0 % — qui explique entièrement la croissance en valeur.
| Indicateur (exportations) | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds €) | 1,57 | 2,06 | +31,1 % |
| Quantité (kt) | 563 | 480 | −14,9 % |
| Prix unitaire (€/t) | 2 790 | 4 297 | +54,0 % |
Ce phénomène suggère une montée en gamme des exportations européennes ou une transmission des hausses de coûts de production (énergie, matières premières) dans les prix de sortie.
1.2 La production intérieure de l'UE connaît un net recul
La production européenne de préparations chimiques liquides à base organique a sensiblement diminué sur la période. Les volumes produits sont passés de 7,07 milliards de kilogrammes à 5,69 milliards de kilogrammes (−19,5 %), tandis que la valeur de la production est passée de 11,4 milliards d'euros à 10,0 milliards d'euros (−12,3 %).
| Indicateur (production UE) | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Quantité (Mds kg) | 7,07 | 5,69 | −19,5 % |
| Valeur (Mds €) | 11,4 | 10,0 | −12,3 % |
Ce repli de la production pourrait refléter plusieurs facteurs : restructuration du secteur chimique européen sous l'effet de la hausse des coûts énergétiques, délocalisation de certaines productions, ou encore une spécialisation croissante vers des produits à plus forte valeur ajoutée au détriment des volumes.
1.3 Les importations doublent en valeur et en volume
Le mouvement le plus frappant de la période concerne les importations. Leur valeur est passée de 539 millions d'euros à 1,17 milliard d'euros (+117,7 %), tandis que les quantités importées ont plus que doublé, passant de 147 880 tonnes à 311 389 tonnes (+110,6 %). Le prix unitaire à l'importation est resté relativement stable, passant de 3 645 €/t à 3 768 €/t (+3,4 %).
| Indicateur (importations) | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M €) | 539 | 1 173 | +117,7 % |
| Quantité (kt) | 148 | 311 | +110,6 % |
| Prix unitaire (€/t) | 3 645 | 3 768 | +3,4 % |
Contrairement aux exportations, la hausse des importations est principalement tirée par les volumes et non par les prix, ce qui traduit une demande européenne croissante de ces produits et une ouverture accrue du marché intérieur aux fournisseurs tiers.
1.4 L'excédent commercial se réduit mais demeure substantiel
Malgré la forte montée des importations, l'UE reste excédentaire sur ce segment. L'excédent commercial a toutefois diminué, passant de 1,03 milliard d'euros à 888 millions d'euros (−14,0 %), atteignant un point bas de 604 millions d'euros en cours de période. Le taux de dépendance nette aux importations, négatif, s'est même renforcé, passant de −7,7 % à −18,5 %, confirmant le statut d'exportateur net de l'UE.
2. Une réorientation géographique majeure des flux commerciaux
2.1 L'émergence de nouveaux fournisseurs : Inde et Viêt Nam
L'une des évolutions les plus remarquables concerne la géographie des importations. Deux partenaires ont connu des hausses vertigineuses :
- L'Inde est passée de 6,2 millions d'euros d'exportations vers l'UE en 2017 à 145,9 millions d'euros en 2025, soit une multiplication par 23,7 (+2 269,7 %). L'Inde est ainsi devenue le cinquième fournisseur de l'UE sur ce produit.
- Le Viêt Nam est passé de seulement 38 000 euros à 35,5 millions d'euros (+93 232 %), témoignant d'une intégration rapide de ce pays dans les chaînes d'approvisionnement chimiques mondiales.
| Fournisseur (importations UE) | 2017 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 213 | 398 | +86,7 % |
| Royaume-Uni | 117 | 198 | +69,2 % |
| Chine | 79 | 181 | +130,9 % |
| Japon | 25 | 31 | +22,5 % |
| Inde | 6 | 146 | +2 270 % |
| Viêt Nam | 0,04 | 36 | +93 233 % |
2.2 Un effondrement des exportations vers la Russie
À l'exportation, la transformation la plus spectaculaire concerne la Russie. Les exportations de l'UE vers la Fédération de Russie sont passées de 109 millions d'euros en 2017 à moins de 350 000 euros en 2025, soit un effondrement de −99,7 %. Ce quasi-arrêt des échanges coïncide avec les sanctions commerciales imposées à la Russie à partir de 2022 dans le contexte du conflit ukrainien. Le coefficient de variation très élevé (0,84) sur ce flux confirme l'instabilité extrême liée au choc géopolitique.
2.3 Une stabilisation des partenaires historiques et des marchés en croissance modérée
Les principaux partenaires historiques ont globalement poursuivi leur trajectoire :
| Partenaire (exportations UE) | 2017 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 250 | 423 | +69,5 % |
| Royaume-Uni | 252 | 287 | +14,0 % |
| Chine | 125 | 182 | +45,2 % |
| Turquie | 130 | 176 | +34,9 % |
| Suisse | 67 | 98 | +47,1 % |
| Inde | 67 | 79 | +18,9 % |
Les États-Unis demeurent le premier marché d'exportation de l'UE, avec une valeur passée de 250 à 423 millions d'euros (+69,5 %). La Turquie, le Royaume-Uni et la Chine complètent le peloton de tête. La concentration des exportations, mesurée par l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), est passée de 797 à 881 (+10,5 %), indiquant une légère re-concentration vers les principaux marchés.
2.4 Une diversification croissante des sources d'approvisionnement
Côté importations, l'HHI a reculé de 2 341 à 1 887 (−19,4 %), témoignant d'une diversification notable des fournisseurs. L'émergence de l'Inde et du Viêt Nam, combinée à la croissance des importations en provenance de Chine (+130,9 %), a réduit la dépendance vis-à-vis des fournisseurs traditionnels. La Malaisie, autrefois cinquième fournisseur, a vu ses ventes vers l'UE reculer de 30 millions d'euros à 5 millions d'euros (−84,0 %).
3. Une spécialisation inégale des États membres et des vulnérabilités de certains flux
3.1 L'Allemagne domine le commerce de ce produit au sein de l'UE
L'analyse des États membres révèle une concentration du commerce entre les mains de quelques pays :
| État membre | Exportations 2017 (M €) | Exportations 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 688 | 833 | +21,0 % |
| Pays-Bas | 318 | 325 | +2,2 % |
| Belgique | 187 | 277 | +48,1 % |
| France | 113 | 223 | +97,8 % |
| Italie | 81 | 107 | +32,3 % |
| Espagne | 44 | 77 | +74,2 % |
L'Allemagne représente à elle seule près de 40 % des exportations de l'UE sur ce produit. La France a vu ses exportations quasi doubler (+97,8 %), tandis que les Pays-Bas sont restés relativement stables (+2,2 %). À l'importation, l'Allemagne est également le premier destinataire (464 M € en 2025, +149,5 %), suivie des Pays-Bas (208 M €) et de la Belgique (191 M €).
3.2 Une spécialisation confirmée des pays du Benelux et de l'Allemagne
L'analyse des avantages comparatifs révélés (spécialisation) confirme une hiérarchie claire. En 2025 :
| État membre | RCA | RSCA |
|---|---|---|
| Belgique | 2,19 | 0,37 |
| Allemagne | 1,70 | 0,26 |
| Pays-Bas | 1,31 | 0,13 |
| France | 1,13 | 0,06 |
| Italie | 0,69 | −0,19 |
La Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas affichent un RCA supérieur à 1, indiquant une spécialisation nette dans ce segment. À l'inverse, des pays comme la Grèce (RCA = 0,03), la Slovénie (0,03) ou la Finlande (0,05) n'ont quasiment aucune activité d'exportation sur ce produit.
3.3 Des chocs de prix ponctuels sur certains marchés émergents
L'analyse de la volatilité et des chocs révèle plusieurs épisodes significatifs :
| Choc détecté | Type | Flux | Année | Décalage | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Égypte | Prix | Exportations | 2022 | +47,3 % | 1,4 % |
| Russie | Prix | Exportations | 2023 | +355,9 % | 5,1 % |
| Inde | Prix | Exportations | 2022 | +75,6 % | 4,9 % |
Le choc le plus violent concerne les exportations vers la Russie en 2023, avec une augmentation de prix de +355,9 % liée à une réduction drastique des volumes dans le contexte des sanctions. Les coefficients de variation les plus élevés à l'importation concernent le Viêt Nam (2,69), la Turquie (0,75) et Singapour (0,66), reflétant l'instabilité de ces flux commerciaux relativement nouveaux ou faibles.
3.4 Une intégration commerciale croissante de l'UE dans ce segment
La propension à l'exportation de l'UE est passée de 53,4 % à 61,1 % (+14,3 %), tandis que l'intensité commerciale a progressé de 68,2 % à 73,2 % (+7,4 %). Ces indicateurs montrent que le secteur est de plus en plus tourné vers les échanges internationaux, avec une part croissante de la production européenne destinée à l'exportation.
Conclusion
Le marché des préparations chimiques liquides à base organique (CN 38249992) a connu une décennie de transformation profonde entre 2017 et 2025. Trois tendances fondamentales structurent cette évolution :
-
Une montée en puissance des importations, dont la valeur a plus que doublé, tirée par de nouveaux fournisseurs (Inde, Viêt Nam) et par une demande européenne soutenue, alors même que la production intérieure recule de près de 20 % en volume.
-
Une réorientation géographique brutale, marquée par l'effondrement quasi total des exportations vers la Russie (−99,7 %) sous l'effet des sanctions, et par l'essor de nouveaux partenaires commerciaux en Asie du Sud et du Sud-Est.
-
Une résilience de la position commerciale de l'UE, qui demeure excédentaire malgré la montée des importations, portée par une hausse de 54 % des prix à l'exportation et une spécialisation renforcée des principaux États membres (Allemagne, Belgique, Pays-Bas).
L'UE conserve un avantage comparatif sur ce segment, mais la baisse de la production intérieure et la dépendance croissante vis-à-vis de fournisseurs tiers — notamment asiatiques — constituent des signaux d'alerte pour la souveraineté industrielle européenne dans le secteur chimique. La diversification géographique des importations, si elle réduit la dépendance envers un fournisseur unique, ouvre aussi de nouveaux risques de volatilité, comme en témoignent les coefficients de variation élevés observés sur certains flux émergents.