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Évolution du marché : Polyuréthanes (CN 390950) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 390950 couvre l'ensemble des polyuréthannes sous formes primaires, une famille de polymères largement utilisée dans les secteurs de l'automobile, du bâtiment, de l'ameublement et de l'électronique. Ce produit se décompose en deux sous-positions : le code 39095090 (polyuréthannes courants) et le code 39095010 (un polyuréthanne spécialisé en solution dans du diméthylacétamide).

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne demeure un exportateur net structurel de polyuréthanes, avec un excédent commercial passant de 1 132 M€ à 1 081 M€. Pourtant, cette apparente stabilité masque des transformations profondes : recul des volumes exportés, hausse marquée des prix, reconfiguration géographique des partenaires — notamment après le Brexit et les sanctions contre la Russie — ainsi qu'une contraction significative de la production intérieure. Le présent rapport examine ces dynamiques en trois temps.


1. Stabilité en valeur masquant des dynamiques de volumes et de prix contrastées

1.1 Des exportations en valeur quasi stables, mais en recul sensible en volume

En apparence, la valeur des exportations de polyuréthanes de l'UE vers les pays tiers a peu évolué sur la décennie, passant de 1 393 M€ en 2015 à 1 408 M€ en 2025 (+1,1 %). En revanche, les volumes exportés ont nettement diminué, passant de 449 000 tonnes à 384 000 tonnes, soit un recul de 14,4 %. Le creux du cycle a été atteint en 2023, avec 368 000 tonnes — le volume le plus faible de la période.

Indicateur 2015 Pic Creux 2025 Variation 2015→2025
Valeur exportations (M€) 1 393 1 964 1 393 1 408 +1,1 %
Volume exportations (kt) 449 506 368 384 −14,4 %
Prix moyen export (€/t) 3 102 4 340 3 097 3 663 +18,1 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

La valeur globale préservée s'explique donc intégralement par la hausse des prix unitaires à l'exportation (+18,1 %), qui a compensé l'érosion des quantités.

1.2 Un pic de prix en 2022, amplifié par le choc énergétique

Le prix moyen à l'exportation a atteint un sommet de 4 340 €/t, tandis que le prix moyen à l'importation a culminé à 5 186 €/t — les deux maxima coïncidant avec l'année 2022. Ce pic s'inscrit dans le contexte de la forte hausse des coûts énergétiques et pétrochimiques consécutive à la pandémie de Covid-19 et au déclenchement du conflit en Ukraine.

L'analyse des chocs détectés confirme cette interprétation : trois événements de prix majeurs sont identifiés autour de 2022 :

Partenaire Flux Anomalie Hausse de prix Part de valeur
États-Unis Importations 15,2 +48,4 % 32,4 %
Singapour Exportations 18,9 +29,0 % 1,6 %
Ukraine Exportations 7,5 +21,7 % 1,7 %

Le choc le plus significatif en termes d'impact est celui des importations en provenance des États-Unis, qui représentaient 32,4 % de la valeur des importations de l'UE : une hausse de prix de 48,4 % sur ce partenaire a eu un effet considérable sur la facture d'importation européenne.

1.3 Des importations en forte progression, réduisant l'excédent commercial

Si les exportations stagnent en valeur, les importations affichent une croissance nettement plus dynamique : +25,1 % en valeur (de 261 M€ à 327 M€) et +19,4 % en volume (de 69 000 t à 82 000 t). L'excédent commercial de l'UE est ainsi passé de 1 132 M€ à 1 081 M€ (−4,5 %), avec un maximum intermédiaire de 1 565 M€ en 2022, année de prix élevés favorables aux exportateurs.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur importations (M€) 261 327 +25,1 %
Volume importations (kt) 69 82 +19,4 %
Prix moyen import (€/t) 3 807 3 989 +4,8 %
Solde commercial (M€) 1 132 1 081 −4,5 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Il est notable que le prix moyen des importations (3 989 €/t en 2025) reste supérieur à celui des exportations (3 663 €/t), ce qui suggère que l'UE importe des polyuréthanes de spécialité à plus forte valeur ajoutée unitaire, notamment le segment de niche 39095010.


2. Reconfiguration géopolitique des partenaires commerciaux de l'Union européenne

2.1 Le recul marqué du Royaume-Uni, premier effet du Brexit

En 2015, le Royaume-Uni était la première destination des exportations de polyuréthanes de l'UE, avec 217 M€ (15,6 % du total). En 2025, il n'est plus que le troisième partenaire, avec 121 M€ (8,6 %), soit un recul de 44,1 %. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont également diminué, passant de 67 M€ à 59 M€ (−11,7 %).

Partenaire Export 2015 Export 2025 Δ% Part 2015 Part 2025
Royaume-Uni 217 M€ 121 M€ −44,1 % 15,6 % 8,6 %

Source : Principaux partenaires

Ce recul, qui s'est accéléré après la sortie effective du Royaume-Uni de l'UE en 2020, illustre les frictions commerciales induites par le Brexit (formalités douanières, vérifications réglementaires, etc.), même pour des produits industriels intermédiaires comme les polyuréthanes.

2.2 L'effondrement quasi total des échanges avec la Russie

L'évolution la plus spectaculaire concerne la Russie. Les exportations de l'UE vers la Fédération de Russie sont passées de 68 M€ en 2015 à 93 000 € en 2025, soit une chute de 99,9 %. La Russie représentait 4,9 % des exportations de polyuréthanes de l'UE en 2015 ; sa part est devenue négligeable.

Partenaire Export 2015 Export 2025 Δ%
Fédération de Russie 68 M€ 0,09 M€ −99,9 %

Source : Principaux partenaires

Cet effondrement est directement lié aux sanctions commerciales imposées par l'UE à la Russie à partir de 2022, dans le contexte du conflit ukrainien. La volatilité des échanges avec la Russie (coefficient de variation de 0,47 pour les exportations) traduit cette rupture brutale.

2.3 La montée en puissance de la Chine et de la Turquie comme fournisseurs

Le retrait du Royaume-Uni et de la Russie s'est accompagné de la montée de nouveaux partenaires, tant à l'import qu'à l'export :

Côté importations, la Chine et la Turquie ont connu des progressions remarquables :

Partenaire Import 2015 Import 2025 Δ%
Chine 13 M€ 47 M€ +257,8 %
Turquie 4 M€ 21 M€ +405,0 %
Inde 4 M€ 6 M€ +50,1 %
États-Unis 74 M€ 81 M€ +8,6 %

Source : Principaux partenaires

La Chine est ainsi passée d'un rôle marginal à celui de quatrième fournisseur de l'UE en polyuréthanes, avec une part de 14,4 % des importations en valeur. La Turquie, bien que restant plus modeste (6,4 %), a multiplié ses ventes à l'UE par cinq.

Côté exportations, la Chine est devenue la première destination :

Partenaire Export 2015 Export 2025 Δ% Part 2025
Chine 137 M€ 187 M€ +36,2 % 13,3 %
États-Unis 141 M€ 176 M€ +24,9 % 12,5 %
Inde 94 M€ 112 M€ +19,0 % 7,9 %

Source : Principaux partenaires

La concentration des importations de l'UE s'est par ailleurs sensiblement réduite : l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) est passé de 2 062 à 1 642 (−20,4 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. Du côté des exportations, le HHI reste faible (de 667 à 624), témoignant d'une base de clients déjà bien diversifiée.


3. Contraction de la base productive européenne et intensification de l'ouverture commerciale

3.1 Une production intérieure en repli de près de 50 %

La production européenne de polyuréthanes sous formes primaires a connu un déclin marqué sur la période :

Indicateur 2015 Creux 2025 Variation 2015→2025
Volume (kt) 3 825 1 600 2 000 −47,7 %
Valeur (M€) 7 092 3 926 5 400 −23,9 %

Source : Volumes de production

Le volume de production a été quasiment divisé par deux, avec un point bas à 1,6 million de tonnes. La valeur a mieux résisté (−23,9 %), ce qui indique une hausse de la valeur unitaire de production d'environ 45 %, cohérente avec la tendance haussière des prix observée sur les marchés internationaux. La production a partiellement rebondi depuis son creux, mais reste structurellement inférieure aux niveaux de 2015.

Ce déclin peut refléter plusieurs facteurs : la restructuration industrielle européenne, la concurrence croissante des producteurs asiatiques, les contraintes réglementaires environnementales, ou encore des délocalisations de capacités.

3.2 Une intensification remarquable des échanges par rapport à la production

La contraction de la production combinée à une activité commerciale internationale relativement maintenue a conduit à un doublement de l'intensité commerciale et de la propension à l'exporter :

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale 16,3 % 33,0 % +102,4 %
Propension à exporter 13,7 % 28,5 % +108,2 %
Dépendance nette aux importations −11,8 % −27,8 %

Source : Intensité commerciale et Propension à exporter

La dépendance nette aux importations, négative car l'UE demeure exportatrice nette, est passée de −11,8 % à −27,8 %. Ce creusement traduit non pas un accroissement de l'excédent commercial (qui a légèrement diminué), mais bien l'effet de la contraction du dénominateur — la production intérieure. En d'autres termes, les exportations représentent désormais une part beaucoup plus importante de la production européenne, ce qui accroît l'exposition du secteur aux fluctuations des marchés extérieurs.

3.3 Des disparités marquées entre États membres et entre segments de produits

Concentration géographique au sein de l'UE : L'Allemagne domine à la fois la production et les exportations de polyuréthanes. En 2025, elle représente 39,8 % de la valeur de production de l'UE et 39,6 % des exportations. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Belgique affichent les indices de spécialisation (RSCA) les plus élevés.

État membre RSCA (2025) RCA (2025) Part production UE Part exportations UE
Allemagne 0,305 1,88 39,8 % 39,6 %
Italie 0,240 1,63 13,1 % 18,9 %
Espagne 0,200 1,50 8,7 % 8,7 %
Belgique 0,164 1,39 11,8 % 7,0 %
Grèce 0,369 2,17 1,5 % 0,5 %

À l'inverse, les pays d'Europe du Sud-Est (Bulgarie RSCA = −0,98, Croatie = −0,96, Slovaquie = −0,86, Roumanie = −0,86) sont nettement désécialisés dans ce produit, avec une part de production quasi nulle.

Cas remarquable de l'Irlande : Les exportations irlandaises se sont effondrées de 92 M€ à 3 M€ (−96,5 %) sur la période, passant de 6,6 % à 0,2 % du total des exportations de l'UE. Ce déclin spectaculaire pourrait être lié à des restructurations industrielles ou des changements dans les schémas de prix de transfert au sein de groupes multinationaux présents en Irlande.

Évolution des segments de produits : La sous-position de niche 39095010 (polyuréthanne spécialisé en solution dans le diméthylacétamide) a connu une inversion spectaculaire de sa structure commerciale :

Segment Flux 2015 2025 Variation
39095090 (général) Export vol. (kt) 428 378 −11,7 %
39095090 (général) Import vol. (kt) 66 73 +12,1 %
39095010 (spécialisé) Export vol. (kt) 21 7 −69,2 %
39095010 (spécialisé) Import vol. (kt) 3 8 +175,7 %

Source : Détail par segment

Le segment 39095010, autrefois excédentaire en volume (21 000 t exportées contre 3 000 t importées en 2015), est devenu déficitaire (7 000 t exportées contre 8 000 t importées en 2025). L'UE est ainsi passée de la position d'exportateur net à celle d'importateur net sur ce segment de spécialité, dont les prix à l'importation sont significativement plus élevés que ceux du segment général (2 955 €/t contre 4 107 €/t en 2025 pour les importations du code 39095010).


Conclusion

Le marché européen des polyuréthanes sous formes primaires a profondément évolué entre 2015 et 2025, bien que les agrégats globaux de valeur puissent le laisser croire à une certaine continuité. Trois grandes tendances structurelles se dégagent.

Premièrement, la hausse des prix a masqué un recul significatif des volumes échangés. La valeur des exportations a été préservée (+1,1 %) malgré une contraction des volumes de 14,4 %, tandis que les importations ont progressé plus fortement en valeur (+25,1 %) qu'en volume (+19,4 %). Le pic de prix de 2022, lié au choc énergétique, a constitué un événement marquant.

Deuxièmement, le paysage géographique des échanges a été reconfiguré par des facteurs géopolitiques majeurs : le Brexit a fait perdre au Royaume-Uni sa place de premier partenaire, les sanctions ont réduit les échanges avec la Russie à presque rien, et la Chine ainsi que la Turquie ont émergé comme fournisseurs croissants. La diversification des sources d'importation s'est concrétisée par une baisse de 20 % de l'indice de concentration HHI.

Troisièmement, la base productive européenne s'est contractée de près de 50 % en volume, entraînant un doublement de l'intensité commerciale et de la propension à exporter. L'économie européenne des polyuréthanes est devenue plus dépendante des échanges internationaux relativement à sa propre production, ce qui accroît à la fois les opportunités de marché et les vulnérabilités face aux chocs extérieurs. L'Irlande illustre de façon frappante ces mutations, avec l'effondrement de ses exportations, tandis que le segment de spécialité 39095010 montre un retournement complet de sa balance commerciale.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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