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Évolution du marché : Polyuréthanes (CN 39095090) — 2015–2025

Introduction

Le code tarifaire 39095090 couvre les polyuréthannes sous formes primaires, à l'exclusion d'une formulation spécifique à base de tert-butyliminodiéthanol et de méthylènedicyclohexyldiisocyanate dissoute dans le N,N-diméthylacétamide. Ce produit, classé sous la position 3909, appartient au secteur des résines et polymères synthétiques — une industrie de base servant notamment à la fabrication de mousses isolantes, d'élastomères, de revêtements et d'adhésifs. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'est affirmée comme un exportateur net majeur, avec un excédent commercial annuel oscillant entre 1,07 et 1,56 milliard d'euros. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales Eurostat pour décrire et interpréter les principales dynamiques observées sur cette période.


1. Un excédent commercial robuste masquant un profond réajustement structurel

La valeur des exportations maintenue grâce à la hausse des prix unitaires

Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE en polyuréthanes sont passées de 1,32 Md€ à 1,38 Md€ (+4,1 %). Toutefois, ce maintien de la valeur dissimule une baisse significative des volumes exportés, passés de 427 623 tonnes à 377 818 tonnes (−11,6 %). C'est la hausse du prix unitaire moyen — de 3 090 €/t à 3 641 €/t (+17,8 %) — qui a compensé cette érosion des quantités. Le pic de valeur exportée, atteint à 1,93 Md€, témoigne d'une année exceptionnelle (probablement 2022) marquée par une forte inflation des prix.

Indicateur Début (2015) Fin (2025) Variation (%)
Valeur exportations (Md€) 1,32 1,38 +4,1
Volume exportations (kt) 427,6 377,8 −11,6
Prix moyen exportations (€/t) 3 090 3 641 +17,8
Valeur importations (M€) 248,2 301,8 +21,6
Volume importations (kt) 65,5 73,5 +12,2
Prix moyen importations (€/t) 3 788 4 107 +8,4
Solde commercial (Md€) 1,07 1,07 ≈ 0

Une production intérieure en net recul

Les données de production révèlent un déclin marqué de l'appareil productif européen : la quantité produite est passée de 3,83 milliards de kg à 2,00 milliards de kg (−47,7 %), tandis que la valeur de la production est passée de 7,09 Md€ à 5,40 Md€ (−23,9 %). Ce décalage entre la baisse de moitié des volumes produits et la contraction plus modérée de la valeur suggère un redéploiement de la production vers des segments à plus forte valeur ajoutée, ou une perte de compétitivité sur les volumes de base face à la concurrence asiatique.

Des indicateurs d'ouverture et d'autonomie en forte progression

Les indicateurs de vulnérabilité et d'autonomie confirment le renforcement de la position d'exportateur net de l'UE. La dépendance nette aux importations, déjà négative (−11,8 %), s'est encore approfondie à −27,8 % (soit une aggravation de 135,7 %). L'intensité commerciale a doublé, passant de 16,3 % à 33,0 %, et la propension à exporter a encore plus progressé (+108 %, de 13,7 % à 28,5 %). Ces tendances indiquent que, malgré la contraction de la production, l'UE a accéléré sa tournée vers l'exportation, ce qui la rend cependant davantage dépendante de la demande extérieure.


2. Une restructuration géographique des partenaires commerciaux

L'Asie et la Turquie, nouveaux moteurs de l'approvisionnement importé

Côté importations, le tableau des principaux partenaires révèle des recompositions marquées. La Chine a connu une progression spectaculaire, passant de 12,9 M€ à 38,1 M€ (+197 %). La Turquie a connu une dynamique encore plus vive (+379 %, de 4,0 M€ à 19,2 M€). En revanche, le Royaume-Uni — historiquement premier fournisseur — a reculé de 65,5 M€ à 56,9 M€ (−13,1 %). Les États-Unis restent le premier partenaire d'importation en valeur (72,1 M€ en 2025), avec une croissance modeste (+2,4 %).

Partenaire (importations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
États-Unis 70,5 72,1 +2,4
Royaume-Uni 65,5 56,9 −13,1
Suisse 56,5 63,7 +12,9
Chine 12,9 38,1 +196,8
Turquie 4,0 19,2 +378,6
Taïwan 7,5 9,0 +19,3
Inde 3,8 5,6 +49,3

La Russie effacée de la carte des exportations

Du côté des exportations, l'événement le plus spectaculaire est l'effondrement des ventes vers la Fédération de Russie : de 66,1 M€ en 2015 à seulement 93 289 € en 2025 (−99,9 %). Cette chute, quasi totale, s'explique par les sanctions commerciales imposées à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine en 2022. Parallèlement, la Chine est devenue le premier débouché exportateur de l'UE (181,6 M€, +34,4 %), devançant le Royaume-Uni (118,9 M€, −36,3 %), lui-même en repli probablement lié au Brexit. Les États-Unis (169,0 M€, +24,9 %) et l'Inde (110,4 M€, +20,7 %) poursuivent leur ascension.

Partenaire (exportations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Chine 135,2 181,6 +34,4
États-Unis 135,2 169,0 +24,9
Royaume-Uni 186,6 118,9 −36,3
Inde 91,5 110,4 +20,7
Turquie 122,0 107,1 −12,3
Suisse 60,5 67,5 +11,4
Féd. de Russie 66,1 0,1 −99,9

Une diversification géographique en hausse, portée par les moyens exportateurs

L'indice de concentration HHI des importations a fortement diminué, passant de 2 100 à 1 644 (−21,7 %), ce qui traduit une diversification accrue des sources d'approvisionnement. Du côté des exportations, le HHI est resté stable et faible (de 645 à 619), reflétant une base de clients déjà bien diversifiée. Au sein de l'UE, l'Allemagne demeure le premier exportateur (550,7 M€), suivie de l'Italie (255,3 M€) et des Pays-Bas (139,9 M€). L'Espagne (+19,7 %) et la Belgique (+52,6 %) ont renforcé leur présence. En revanche, l'Irlande a connu un effondrement de ses exportations (−97 %), passant de 64,1 M€ à 1,9 M€, ce qui pourrait indiquer un transfert ou une réattribution statistique.

En termes de spécialisation à l'exportation, l'Allemagne (RSCA = 0,31), l'Italie (0,25), l'Espagne (0,21) et la Belgique (0,17) se distinguent comme les membres les plus spécialisés dans ce produit, tandis que l'Irlande (RSCA = −0,99), la Bulgarie (−0,98) et la Croatie (−0,96) en sont les moins spécialisés.


3. 2022, année de rupture : chocs de prix et recomposition des flux

Un choc de prix transversal en 2022

L'analyse des chocs détectés met en lumière l'année 2022 comme point de bascule. Le choc le plus important concerne les importations en provenance des États-Unis, avec une hausse de prix de +50,3 % et un degré d'anormalité de 18,0 — le plus élevé de la série. Ce choc, qui représente 31,5 % de la valeur des importations, s'inscrit dans le contexte plus large de la crise énergétique européenne post-pandémique, qui a propulsé les coûts de production des matières plastiques à des niveaux inhabituels.

Deux chocs supplémentaires ont été détectés sur les exportations vers Singapour (+28 %, anormalité 16,9) et l'Ukraine (+22,4 %, anormalité 8,4), tous deux centrés sur 2022, confirmant le caractère systémique du choc de prix cette année-là.

Choc Partenaire Flux Type Décalage (%) Anormalité Part de valeur (%)
2022 États-Unis Import. Prix +50,3 18,0 31,5
2022 Singapour Export. Prix +28,0 16,9 1,6
2022 Ukraine Export. Prix +22,4 8,4 1,7

Des profils de volatilité très hétérogènes selon les partenaires

Les coefficients de variation révèlent des disparités notables dans la stabilité des flux commerciaux. Côté importations, les partenaires les plus volatils sont Israël (CV = 1,52), l'Australie (0,82) et le Canada (0,74), tandis que la Suisse (0,07) et les États-Unis (0,14) offrent des flux plus réguliers. Côté exportations, la Russie (0,47) et le Royaume-Uni (0,28) ont les trajectoires les plus instables, tandis que la Suisse (0,07) et le Mexique (0,07) se révèlent les plus stables.

Partenaire CV importations Partenaire CV exportations
Israël 1,52 Féd. de Russie 0,47
Australie 0,82 Royaume-Uni 0,28
Canada 0,74 Arabie saoudite 0,27
Turquie 0,43 Chine 0,19
Chine 0,41 Turquie 0,16
Royaume-Uni 0,17 Inde 0,14
Suisse 0,07 Suisse 0,07

Un choc d'offre exogène amplifié par la dépendance structurelle

La convergence entre le choc de prix observé sur les importations américaines (50,3 %), la hausse généralisée des prix moyens à l'import (+8,4 % sur la période) et la contraction de la production intérieure (−47,7 %) dessinent le portrait d'une industrie européenne confrontée à un triple défi : la remontée des coûts de l'énergie, la concurrence accrue des producteurs asiatiques et la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales. Le pic de valeur exportée observé autour de 2022 (1,56 Md€ pour le solde) s'explique ainsi davantage par l'inflation des prix que par une progression réelle des volumes.


Conclusion

Le marché européen des polyuréthanes sous formes primaires (CN 39095090) a traversé la décennie 2015–2025 sous le signe d'un paradoxe : un excédent commercial persistant et un approfondissement de la position d'exportateur net, mais au prix d'une contraction sévère de la production intérieure (−47,7 % en volume) et d'une dépendance croissante aux débouchés extérieures (propension à exporter doublée). La période a été marquée par deux mutations majeures : la reconfiguration géographique des partenaires, avec l'effacement de la Russie et la montée de la Chine et de la Turquie ; et le choc de prix de 2022, révélateur de la vulnérabilité du secteur aux tensions énergétiques et aux disruptions des chaînes de valeur mondiales. Les prix unitaires à la hausse ont masqué la baisse des volumes, maintenant une valeur apparente stable. À l'horizon, la capacité de l'UE à préserver sa compétitivité dans ce segment dépendra de sa réussite dans la montée en gamme et la relocalisation stratégique de capacités de production.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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