Évolution du marché : Peintures et vernis à base de polymères synthétiques ou de polymères naturels modifiés, dispersés ou dissous dans un milieu non aqueux; produits visés dans le libellé des n° 3901 à 3913 en solution dans des solvants organiques volatils, pour autant que la proportion du solvant > 50% du poids de la solution (à l'excl. des collodions et des solutions à base de polyesters ou de polymères acryliques ou vinyliques) (CN 320890) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour le code nomenclature combinée (NC) 320890 sur la période 2015-2025. Cette catégorie couvre principalement des peintures et vernis à base de polymères synthétiques ou de polymères naturels modifiés dispersés dans un milieu non aqueux. Les données révèlent une dynamique marquée par une forte croissance de la valeur des échanges, une transformation géographique des flux commerciaux suite à des chocs géopolitiques, et une évolution structurelle du secteur de production européen. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données chiffrées fournies.
1. Une trajectoire de valeur à la hausse masquant des volumes en repli et une pression inflationniste marquée
L'UE a consolidé sa position de grand exportateur net sur cette période. Cependant, la croissance de la valeur des exportations s'est accompagnée d'une baisse des volumes et d'une hausse significative des prix moyens, indiquant des changements dans la composition des produits et un contexte économique inflationniste.
La valeur des exportations progresse nettement alors que les volumes reculent
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE est passée de 1,20 milliard € à 1,55 milliard €, soit une augmentation de +29,5%. Sur la même période, les volumes exportés ont chuté de -11,2%, passant de 296 367 tonnes à 263 196 tonnes. Cette divergence entre valeur et volume traduit une augmentation substantielle du prix moyen à l'exportation, qui a progressé de +45,8% pour atteindre 5 896 €/tonne en 2025. Cette dynamique suggère un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée et/ou l'impact de l'inflation des coûts des matières premières et de l'énergie.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (Md€) | 1,20 | 1,55 | +29,5% |
| Volume des exportations (kT) | 296,4 | 263,2 | -11,2% |
| Prix moyen à l'export. (€/t) | 4 044 | 5 896 | +45,8% |
| Détail des échanges |
Les importations connaissent une hausse de valeur plus modérée avec une stabilité des volumes
La valeur des importations en provenance des pays tiers a augmenté de +19,6% (de 339 M€ à 406 M€), tandis que le volume est resté quasiment stable (+0,7%, autour de 68 000 tonnes). Le prix moyen à l'importation a donc également augmenté de +18,8%. Le solde commercial (balance) de l'UE est structurellement excédentaire et s'est encore amélioré, passant de 859 M€ à 1,15 milliard € (+33,4%). Cela confirme la forte compétitivité de l'industrie européenne sur ce segment et une autonomie nette croissante.
2. Une reconfiguration géographique radicale des échanges, impulsée par le choc géopolitique de 2022
La période est marquée par une réorganisation profonde des partenaires commerciaux de l'UE, principalement due à l'effondrement des échanges avec la Russie et à la montée en puissance de la Turquie.
L'effondrement des exportations vers la Russie : un choc d'approvisionnement de grande ampleur
La Russie était le second client de l'UE en 2021, avec des exportations valorisées à 181 M€. À la suite des sanctions imposées en 2022, ces exportations se sont effondrées, chutant à 75,7 M€ dès 2022, puis à un niveau quasi-nul (7 559 €) en 2023. En 2025, elles ne représentent plus que 708 €. Ce choc, qualifié de « supply shock » dans les données, a représenté la disparition d'environ 10,9% de la valeur des exportations de l'UE sur ce produit en un an. Il a contraint les exportateurs européens à redéployer rapidement leurs flux.
Choc d'approvisionnement sur les exportations vers la Russie
La Turquie devient le premier partenaire, incarnant la restructuration des flux
Pour compenser la perte du marché russe, l'UE a intensifié ses échanges avec la Turquie, qui est devenue son premier client. Les exportations vers ce pays ont bondi de 137 M€ en 2015 à 200 M€ en 2025 (+46,7%). En parallèle, la Turquie a également considérablement accru ses ventes à l'UE, ses importations dans l'Union passant de 8,4 M€ à 38,6 M€ (+357%). Cette montée en puissance comme partenaire bidirectionnel, malgré une certaine volatilité des volumes, reflète à la fois des avantages concurrentiels (coûts, proximité géographique) et la réorientation des chaînes d'approvisionnement post-sanctions.
| Partenaire clé | Flux | Valeur 2021 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Tendance |
|---|---|---|---|---|
| Russie | Export UE | 181,0 | 0,0007 | Effondrement (-100%) |
| Turquie | Export UE | 168,8 | 200,5 | Forte hausse (+18,8%) |
| Turquie | Import UE | 14,6 | 38,6 | Très forte hausse (+164%) |
| Détail par partenaire |
Diversification des partenaires et hausse des prix sur plusieurs marchés en 2022
L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix sur plusieurs marchés à l'exportation, comme en Norvège (+20,8% de prix par rapport à la tendance), en Serbie (+22,4%) et en Afrique du Sud (+32,3%). Ces hausses anormales, coïncidant avec la crise énergétique, illustrent la transmission rapide des pressions inflationnistes. La concentration des exportations (mesurée par l'indice HHI) a globalement diminué, indiquant une diversification géographique des débouchés.
3. Une production européenne en redéfinition : focus sur la valeur et évolution de la spécialisation
Les données de production de l'UE montrent une transformation du secteur, avec une baisse des volumes produits mais une hausse de leur valeur, et une concentration géographique de la production.
Une production européenne orientée vers la valeur plutôt que le volume
La production de l'UE (incluant le marché intérieur et les exportations) a évolué de manière contrastée. Le volume produit a baissé de -13,7% entre 2015 et 2024 (passant d'environ 1,41 milliard à 1,22 milliard de tonnes). En revanche, la valeur de cette production a augmenté de +19,0% (de 4,68 Md€ à 5,56 Md€). Cette évolution confirme la tendance observée sur les exportations : le secteur se déplace vers des productions à plus haute valeur ajoutée ou subit une hausse des coûts intrants qui se répercute sur les prix.
Évolution des volumes de production de l'UE
Une spécialisation géographique au sein de l'UE marquée par l'Italie et la Grèce
En 2025, les États membres présentant l'avantage comparatif révélé (RCA) le plus élevé pour ce produit sont la Grèce (RCA de 2,06), la Finlande (1,77) et l'Italie (1,72). L'Italie se distingue non seulement par un haut niveau de spécialisation, mais aussi par un poids important, représentant près de 14% de la production totale de l'UE. À l'inverse, des pays comme l'Irelande (RCA de 0,03) ou Malte (0,004) sont très faiblement spécialisés, importateurs nets de ce produit. Cette carte de la spécialisation révèle un noyau de production concentré dans certains États membres, principalement dans le sud et le nord de l'Europe.
Des segments de produits aux trajectoires distinctes
La ventilation du code NC 320890 montre que les « Peintures et vernis à base de polymères synthétiques » (NC 32089091) constituent le segment dominant, représentant près de 63% de la valeur des exportations en 2025. Le segment des « Produits... en solution dans des solvants organiques volatils » (NC 32089019) en représente 26%. Les prix moyens de ces deux segments ont fortement augmenté entre 2015 et 2025, respectivement de +53% et +32%. Les très petits segments de spécialités chimiques (NC 32089011 et 32089013) sont marginaux mais connaissent une volatilité extrême des prix, typique de produits de niche.
Conclusion
Sur la décennie 2015-2025, le marché européen des peintures et vernis relevant du code 320890 a fait preuve d'une résilience notable malgré un choc majeur. La perte du marché russe a été compensée par une intensification des échanges avec des partenaires comme la Turquie, les États-Unis ou le Royaume-Uni. La caractéristique fondamentale de la période est l'inflation des valeurs (exportations et production) en dépit de volumes en baisse, indiquant un secteur qui s'est probablement recentré sur des segments à plus forte valeur ajoutée ou qui a intégré la hausse généralisée des coûts. L'UE renforce son autonomie nette sur ce produit, tandis que sa production se concentre géographiquement au sein du bloc. L'avenir verra si la dynamique de prix élevés se maintient ou si des ajustements de volumes réapparaîtront.