Évolution du marché : Peintures et vernis (CN 32089091) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 32089091 couvre les peintures et vernis à base de polymères synthétiques, dispersés ou dissous dans un milieu non aqueux, à l'exclusion des produits à base de polyesters ou de polymères acryliques ou vinyliques. Ce segment s'inscrit dans la nomenclature plus large des peintures et vernis à base de polymères synthétiques en milieu non aqueux (NC 3208) et correspond au code Prodcom 20.30.12.90 (« Autres peintures et vernis à base de polymères synthétiques »).
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'affirme comme un exportateur net majeur de ce produit, avec un excédent commercial qui passe de 604 millions d'euros en 2015 à 752 millions d'euros en 2025, soit une progression de 24,5 %. Ce marché a connu des mutations profondes : hausse structurelle des prix unitaires, effondrement des échanges avec la Russie après 2022, montée de nouveaux partenaires commerciaux, et dynamiques contrastées de production au sein de l'UE. Le présent rapport propose une analyse détaillée de ces évolutions en trois axes principaux.
1. Une trajectoire de valeur tirée par l'inflation des prix plutôt que par les volumes
1.1 Des exportations en hausse de 26 % en valeur, mais en recul de 17 % en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers passe de 777 millions d'euros à 979 millions d'euros, soit une progression de 26,0 %, avec un pic à 1 071 millions d'euros au cours de la période. Dans le même temps, les volumes exportés reculent de 201 185 tonnes à 166 245 tonnes (−17,4 %), le minimum étant atteint en 2025.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M EUR) | 777 | 979 | +26,0 % |
| Volume exportations (t) | 201 185 | 166 245 | −17,4 % |
| Prix unitaire export. (EUR/t) | 3 863 | 5 890 | +52,5 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Cette divergence entre valeur et volume s'explique par une hausse substantielle du prix unitaire à l'exportation, qui passe de 3 863 EUR/t à 5 890 EUR/t (+52,5 %). Le prix atteint son niveau maximum en 2025, ce qui indique un mouvement de revalorisation continue. Ce phénomène peut refléter plusieurs facteurs conjugués : la hausse des coûts des matières premières et de l'énergie (notamment post-2021), l'inflation générale, mais aussi une possible montée en gamme des produits exportés par l'UE.
1.2 Les importations conservent un profil volumétrique plus stable
Du côté des importations, la dynamique est sensiblement différente. La valeur progresse de 173 millions d'euros à 228 millions d'euros (+31,3 %), tandis que le volume reste quasiment stable, passant de 44 889 tonnes à 43 688 tonnes (−2,7 %). Le prix unitaire à l'importation augmente de 3 863 EUR/t à 5 212 EUR/t (+34,9 %), mais moins fortement qu'à l'exportation.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M EUR) | 173 | 228 | +31,3 % |
| Volume importations (t) | 44 889 | 43 688 | −2,7 % |
| Prix unitaire import. (EUR/t) | 3 863 | 5 212 | +34,9 % |
L'écart de prix entre exportations et importations, qui était quasi nul en 2015 (3 863 EUR/t de part et d'autre), atteint près de 680 EUR/t en faveur des exportations en 2025 (5 890 EUR/t contre 5 212 EUR/t). Cela suggère que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée qu'elle n'en importe.
1.3 Des chocs de prix ponctuels en 2022 sur plusieurs marchés tiers
L'année 2022 se distingue par des chocs de prix significatifs sur les exportations vers plusieurs partenaires. Les plus marquants sont :
| Partenaire | Type de choc | Amplitude (anomalie) | Hausse (%) | Poids dans les export. (%) |
|---|---|---|---|---|
| Norvège | Prix | 19,5 | +23,6 % | 4,0 % |
| Afrique du Sud | Prix | 8,2 | +38,1 % | 1,6 % |
| Israël | Prix | 7,6 | +25,9 % | 2,4 % |
Source : Chocs d'offre
Ces pics de prix, concentrés sur l'année 2022, coïncident avec la crise énergétique européenne liée au conflit russo-ukrainien, laquelle a fortement renchéri les coûts de production dans la chimie et les revêtements. Le cas de la Norvège (anomalie de 19,5, la plus élevée) est remarquable : il s'agit d'un marché géographiquement proche et sensible aux effets de prix de l'énergie nordique.
2. Une réorientation géographique majeure : l'effondrement russe et la diversification des partenaires
2.1 L'effondrement total des exportations vers la Russie
Le changement le plus spectaculaire sur la période concerne la Russie. En 2015, les exportations de l'UE vers la Fédération de Russie s'élevaient à 134 millions d'euros, ce qui en faisait le premier débouché de l'UE pour ce produit. En 2025, elles s'effondrent à 341 euros — soit une quasi-disparition (−100 %). Ce recul brutal est directement lié aux sanctions commerciales imposées à la Russie à partir de 2022 dans le contexte du conflit ukrainien.
2.2 De nouveaux relais de croissance : Chine, Suisse et États-Unis
La perte du marché russe a été partiellement compensée par une croissance vigoureuse des exportations vers d'autres destinations :
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 41 | 88 | +113,6 % |
| Suisse | 31 | 53 | +73,6 % |
| États-Unis | 40 | 60 | +50,9 % |
| Turquie | 103 | 139 | +34,5 % |
| Norvège | 26 | 35 | +35,8 % |
| Royaume-Uni | 80 | 91 | +12,5 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
La Chine enregistre la progression la plus forte en termes relatifs (+113,6 %), passant de 41 à 88 millions d'euros, et devient ainsi le deuxième débouché extracommunautaire de l'UE. La Turquie reste le premier partenaire à l'exportation (139 M EUR en 2025), consolidant sa position de hub industriel intermédiaire.
2.3 Une concentration des partenaires en baisse, signe de diversification
L'indice de concentration HHI des exportations baisse de 757 à 565 (−25,3 %), tandis que celui des importations passe de 6 032 à 4 267 (−29,3 %). Ces deux évolutions traduisent une diversification des flux commerciaux.
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 757 | 565 | −25,3 % |
| Importations (valeur) | 6 032 | 4 267 | −29,3 % |
Du côté des importations, la concentration reste cependant beaucoup plus élevée qu'à l'exportation. Le Royaume-Uni domine très largement les importations de l'UE, avec 143 millions d'euros en 2025, soit près de 63 % du total des importations. Cette dépendance envers un seul partenaire (qui plus est post-Brexit) constitue un facteur de vulnérabilité, même si l'HHI à l'importation a diminué.
2.4 La montée en puissance de fournisseurs émergents à l'importation
Plusieurs partenaires connaissent une croissance très rapide de leurs ventes vers l'UE :
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 7 | 29 | +325,7 % |
| Chine | 1 | 4 | +245,5 % |
| Serbie | 1 | 3 | +239,9 % |
| États-Unis | 8 | 23 | +205,7 % |
| Bosnie-Herzégovine | 3 | 3 | +23,0 % |
Source : Principaux partenaires (importations)
La Turquie affiche la progression la plus spectaculaire à l'importation (+325,7 %), passant de 7 à 29 millions d'euros, ce qui en fait désormais le deuxième fournisseur de l'UE après le Royaume-Uni. La Serbie (+239,9 %) et la Bosnie-Herzégovine (+23,0 %) illustrent quant à elles l'intégration progressive des Balkans occidentaux dans les chaînes d'approvisionnement européennes en peintures et vernis. Enfin, la volatilité à l'importation est particulièrement élevée pour la Corée du Sud (CV de 0,95) et l'Inde (CV de 0,70), reflétant des flux irréguliers et des parts de marché encore instables.
3. Une industrie européenne en restructuration : volumes en baisse, valeur en hausse, spécialisation croissante
3.1 Une production en volume en recul marqué
Les données de production de l'UE montrent une tendance préoccupante en termes de volumes. La production passe de 1 132 millions de kilogrammes en 2015 à 917 millions de kilogrammes en 2025 (−19,0 %), avec un point bas à 850 millions de kg au cours de la période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production volume (M kg) | 1 132 | 917 | −19,0 % |
| Production valeur (M EUR) | 3 755 | 4 438 | +18,2 % |
Source : Volumes de production
En revanche, la valeur de la production progresse de 18,2 % (de 3 755 à 4 438 millions d'euros). Ce découplage entre volume et valeur confirme la dynamique inflationniste observée à l'exportation et à l'importation : les prix de vente des peintures et vernis de cette catégorie ont fortement augmenté, masquant partiellement le recul des quantités produites.
3.2 L'UE renforce son statut d'exportateur net
L'intensité commerciale du produit augmente sensiblement, passant de 20,8 % à 32,0 % (+53,8 %), et la propension à exporter croît encore plus fortement, de 15,9 % à 26,9 % (+69,5 %). Le score de pertinence de la propension à exporter atteint 92,6 sur 100, ce qui en fait l'indicateur de vulnérabilité le plus saillant pour ce produit.
Parallèlement, la dépendance nette aux importations s'éloigne encore du seuil de zéro : elle passe de −10,7 % à −24,3 %. Ce chiffre négatif confirme que l'UE est structurellement exportatrice nette, et que cette tendance se renforce. En d'autres termes, l'excédent commercial de l'UE rapporté à la production a plus que doublé sur la période.
3.3 Les grands États membres se repositionnent dans la chaîne de valeur
Au sein de l'UE, les dynamiques nationales sont contrastées :
À l'exportation, l'Allemagne reste le premier exportateur avec 245 millions d'euros en 2025 (+13,6 %), suivie de l'Italie (156 M EUR, +2,8 %). Les progressions les plus remarquables viennent de l'Espagne (+194,1 %), de la Belgique (+133,0 %) et des Pays-Bas (+64,2 %). La Pologne est le seul grand exportateur en recul (−15,7 %), passant de 40 à 34 millions d'euros.
| État membre | Export. 2015 (M EUR) | Export. 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 216 | 245 | +13,6 % |
| Italie | 152 | 156 | +2,8 % |
| Belgique | 63 | 146 | +133,0 % |
| Pays-Bas | 76 | 124 | +64,2 % |
| France | 52 | 75 | +43,0 % |
| Espagne | 22 | 65 | +194,1 % |
| Pologne | 40 | 34 | −15,7 % |
Source : Principaux exportateurs (États membres)
À l'importation, les Pays-Bas réduisent fortement leur rôle de plaque tournante (−45,9 %), tandis que l'Italie (+174,0 %), l'Irlande (+89,3 %) et l'Espagne (+132,1 %) voient leurs achats à l'extérieur de l'UE augmenter considérablement, signe d'une demande intérieure dynamique ou d'une réorganisation des flux logistiques.
En termes de spécialisation, les indices RCA (avantage comparatif révélé) pour 2025 montrent que la Finlande (RCA de 2,58) et la Grèce (2,09) sont les États membres les plus spécialisés dans ce produit. À l'inverse, Malte (RCA de 0,006) et l'Irlande (0,013) en sont très peu spécialisés, cette dernière important massivement malgré une faible production locale.
| Pays le plus spécialisé | RCA | RSCA |
|---|---|---|
| Finlande | 2,58 | 0,44 |
| Grèce | 2,09 | 0,35 |
| Luxembourg | 1,96 | 0,32 |
| Pologne | 1,56 | 0,22 |
| Belgique | 1,48 | 0,19 |
Source : Spécialisation
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le marché européen des peintures et vernis de code NC 32089091 a connu trois mutations majeures.
Premièrement, la hausse des prix unitaires — de +52,5 % à l'exportation et +34,9 % à l'importation — a masqué un recul des volumes tant à l'exportation (−17,4 %) qu'en production (−19,0 %). L'UE vend plus cher, mais en quantités moindres.
Deuxièmement, la géographie des échanges a été profondément restructurée. L'effondrement total des exportations vers la Russie (−100 %, de 134 M EUR à quasi-zéro) a été partiellement compensé par la montée en puissance de la Chine (+113,6 %), de la Suisse (+73,6 %) et des États-Unis (+50,9 %). Du côté des importations, la Turquie (+325,7 %) et les économies balkaniques (Serbie, Bosnie-Herzégovine) émergent comme des fournisseurs de plus en plus significatifs, tandis que le Royaume-Uni conserve une position dominante.
Troisièmement, l'UE renforce sa position d'exportateur net, avec un excédent commercial porté à 752 millions d'euros et une propension à exporter en forte hausse (+69,5 %). La production se concentre autour de champions nationaux — Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Espagne — tandis que certains États comme la Pologne montrent des signes de repositionnement.
À moyen terme, la principale incertitude porte sur la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité-prix face à la concurrence croissante de fournisseurs turcs et asiatiques, tout en compensant la perte structurelle du marché russe par de nouvelles ouvertures commerciales.