Évolution du marché : Parties des machines et appareils pour le travail du caoutchouc ou des matières plastiques ou pour la fabrication de produits en ces matières, n.d.a. (CN 847790) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 847790 couvre les parties et pièces détachées des machines et appareils destinés au travail du caoutchouc ou des matières plastiques (à l'exclusion des machines elles-mêmes). Ce segment englobe deux sous-positions principales : les pièces moulées ou coulées en fonte, fer ou acier (84779010) et les pièces en d'autres matières (84779080). Il s'agit d'un marché de composants essentiels à l'industrie du plastique et du caoutchouc, secteur stratégique pour l'économie européenne.
L'Union européenne occupe une position de net exportateur sur ce segment, avec un excédent commercial qui s'est établi à 1,34 milliard d'euros en 2025, en progression de 28,6 % par rapport à 2015. La production européenne estimée atteignait environ 3,4 milliards d'euros en 2024. Sur la période 2015–2025, plusieurs dynamiques structurelles ont façonné ce marché : une hausse marquée des prix unitaires, une concentration géographique accrue des échanges, et l'émergence de chocs de prix ponctuels sur certains corridors commerciaux.
Ce rapport s'appuie sur les données de vue d'ensemble du marché pour analyser l'évolution des flux commerciaux de l'UE avec les pays tiers.
1. Une croissance de la valeur commerciale portée par l'envolée des prix à l'exportation
1.1 Les exportations progressent en valeur malgré un recul des volumes
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra) est passée de 1,59 milliard à 2,04 milliards d'euros, soit une hausse de 28,2 %. En parallèle, les volumes exportés ont diminué de 37 436 à 32 221 tonnes (−13,9 %). Cette divergence s'explique par une forte appréciation des prix unitaires à l'exportation, qui sont passés de 42 549 à 63 388 €/t (+49,0 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 1 593 | 2 043 | +28,2 % |
| Quantité exportations (t) | 37 436 | 32 221 | −13,9 % |
| Prix moyen exportations (€/t) | 42 549 | 63 388 | +49,0 % |
Source : Données de vue d'ensemble
L'année 2020 a marqué un creux conjoncturel (1,69 milliard d'euros, 33 171 tonnes), lié à la crise sanitaire, avant une reprise vigoureuse en 2022–2024. Le pic de valeur a été atteint en 2024 à 2,17 milliards d'euros.
1.2 Les importations suivent une trajectoire de hausse plus modérée
Du côté des importations, la valeur est passée de 554 à 707 millions d'euros (+27,6 %), tandis que les volumes ont augmenté de manière plus mesurée, de 35 526 à 40 541 tonnes (+14,1 %). Le prix moyen des importations n'a progressé que de 15 600 à 17 447 €/t (+11,8 %), ce qui est nettement inférieur à la dynamique des prix à l'exportation.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 554 | 707 | +27,6 % |
| Quantité importations (t) | 35 526 | 40 541 | +14,1 % |
| Prix moyen importations (€/t) | 15 600 | 17 447 | +11,8 % |
L'écart considérable entre les prix d'exportation (63 388 €/t) et d'importation (17 447 €/t) en 2025 reflète une spécialisation de l'UE dans des pièces à plus haute valeur ajoutée, probablement des composants de précision ou technologiquement plus avancés.
1.3 L'excédent commercial se consolide et s'élargit
La balance commerciale de l'UE sur ce produit est structurellement excédentaire. Elle est passée de 1,04 milliard d'euros en 2015 à 1,34 milliard en 2025 (+28,6 %), avec un maximum atteint en 2023 à 1,50 milliard d'euros. Le ratio d'autonomie nette (net import reliance) est négatif et s'est creusé de −61,4 % à −78,9 %, confirmant que l'UE renforce sa position d'exportateur net sur ce segment.
2. Une concentration géographique croissante autour de quelques partenaires clés
2.1 La Chine consolide sa domination sur les importations européennes
En 2025, la Chine représentait 267 millions d'euros d'importations dans l'UE, soit environ 38 % du total des importations extra-UE. Par rapport à 2015 (137 M€), cela représente une hausse de +94,9 % — quasi-doublement en une décennie. La Chine est ainsi devenue de loin le premier fournisseur de pièces pour machines à plastiques et caoutchouc de l'UE, dépassant les États-Unis (130 M€) et la Suisse (111 M€).
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 137 | 267 | +94,9 % |
| Suisse | 103 | 111 | +7,8 % |
| États-Unis | 122 | 130 | +6,3 % |
| Royaume-Uni | 40 | 35 | −13,8 % |
| Turquie | 10 | 22 | +121,6 % |
| Taïwan | 7 | 10 | +42,9 % |
| Corée du Sud | 19 | 18 | −3,7 % |
Source : Données par partenaire
La concentration des importations (HHI) est passée de 1 627 à 2 114 (+29,9 %), témoignant d'une dépendance accrue envers un nombre restreint de fournisseurs, et en premier lieu la Chine. Ce niveau de HHI dépasse le seuil de 1 800 au-delà duquel on considère généralement un marché comme modérément concentré.
2.2 Les États-Unis, premier débouché à l'exportation, en progression soutenue
À l'exportation, les États-Unis demeurent le principal marché de l'UE, avec 542 millions d'euros en 2025 (+51,1 % par rapport à 2015). Ce pays absorbe à lui seul environ 27 % des exportations extra-UE. Plusieurs autres marchés ont connu des progressions remarquables :
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 359 | 542 | +51,1 % |
| Chine | 211 | 240 | +13,8 % |
| Suisse | 102 | 111 | +8,4 % |
| Royaume-Uni | 96 | 84 | −12,8 % |
| Mexique | 80 | 123 | +52,8 % |
| Inde | 41 | 101 | +145,2 % |
| Turquie | 48 | 62 | +28,6 % |
Source : Données par partenaire
L'Inde (+145,2 %) et le Mexique (+52,8 %) se distinguent comme des marchés en forte croissance, ce qui peut s'expliquer par le développement industriel rapide de ces pays dans les secteurs du plastique et du caoutchouc. Le Royaume-Uni, quant à lui, a vu ses importations en provenance de l'UE reculer de 12,8 %, ce qui pourrait refléter les effets du Brexit sur les chaînes d'approvisionnement.
2.3 L'Allemagne, l'Italie et la France dominent les exportations intra-UE
Au sein de l'UE, les principaux États membres exportateurs sont l'Allemagne (656 M€, +15,9 %), la France (425 M€, +28,0 %) et l'Italie (358 M€, +49,2 %). L'Autriche (167 M€), les Pays-Bas (126 M€) et le Luxembourg (115 M€) complètent le peloton de tête.
L'Italie affiche la plus forte progression parmi les grands exportateurs (+49,2 %), ce qui est cohérent avec sa spécialisation élevée dans ce segment (RSCA de 0,28). Le Luxembourg affiche le RSCA le plus élevé de l'UE (0,94), mais dans un volume absolu plus modeste.
Du côté des importations intra-UE, l'Italie (+106,2 %) et la Pologne (+162,4 %) ont connu les plus fortes hausses, reflétant probablement un renforcement de leurs capacités de production nécessitant davantage de pièces détachées importées.
3. Une segmentation produit contrastée et des chocs de prix ponctuels
3.1 Le segment des pièces non métalliques domine largement les échanges
Le code 847790 se décompose en deux sous-positions :
- 84779080 : pièces autres que les pièces coulées ou moulées en fonte, fer ou acier (pièces de précision, composants techniques)
- 84779010 : pièces coulées ou moulées en fonte, fer ou acier (pièces structurelles)
Le segment 84779080 représente l'écrasante majorité des échanges. En 2025, il concentrait 90 % de la valeur des exportations (1 903 M€ vs 140 M€ pour 84779010) et 90 % de la valeur des importations (634 M€ vs 73 M€). Les prix moyens de 84779080 à l'exportation (68 338 €/t) sont plus du double de ceux de 84779010 (31 932 €/t), confirmant la nature à plus haute valeur ajoutée de ce segment.
| Segment | Exportations 2025 (M€) | Importations 2025 (M€) | Prix moyen export. (€/t) |
|---|---|---|---|
| 84779080 (non-métalliques) | 1 903 | 634 | 68 338 |
| 84779010 (fonte/fer/acier) | 140 | 73 | 31 932 |
Source : Données de segmentation produit
Notable est l'évolution des volumes importés de pièces en fonte/fer/acier (84779010), qui ont diminué de 14 189 à 7 678 tonnes (−45,9 %) sur la période, tandis que les volumes de 84779080 ont progressé de 21 336 à 32 859 tonnes (+54,0 %). Cela suggère un rééquilibrage structurel des importations vers des composants plus sophistiqués.
3.2 L'analyse de volatilité révèle des corridors commerciaux instables
L'analyse des cofficients de variation des volumes importés et exportés met en évidence des disparités marquées entre partenaires :
Importations (CV des quantités) :
| Partenaire | CV | Commentaire |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | 0,82 | Très instable (effet Brexit ?) |
| Bosnie-Herzégovine | 0,58 | Volumes faibles mais très erratiques |
| Inde | 0,57 | Forte volatilité |
| Chine | 0,16 | Volumes stables et croissants |
| États-Unis | 0,17 | Volumes stables |
Exportations (CV des quantités) :
| Partenaire | CV | Commentaire |
|---|---|---|
| Turquie | 0,78 | Très instable |
| Fédération de Russie | 0,66 | Forte décroissance post-2022 |
| Inde | 0,43 | Croissance avec volatilité |
| États-Unis | 0,10 | Flux très stables |
| Royaume-Uni | 0,10 | Flux stables |
Source : Données de volatilité
L'effondrement des exportations vers la Russie est particulièrement frappant : d'un volume de 890 tonnes en 2015, les exportations ont chuté à 0,1 tonne en 2025, en lien avec les sanctions économiques imposées à la suite du conflit en Ukraine.
3.3 Trois chocs de prix significatifs ont ponctué la période
L'analyse des événements de choc a détecté trois épisodes marquants :
-
Exportations vers le Japon (2017) : un pic de prix de +149,7 % (de 56 172 à 140 259 €/t) sans variation significative des volumes. L'indice d'anomalie de 97,5 suggère un événement exceptionnel, possiblement lié à une commande de pièces de très haute spécification ou à un réajustement comptable.
-
Importations en provenance du Royaume-Uni (2019) : une hausse de prix de +117,3 % (de 10 260 à 22 294 €/t), couplée à une division par deux des volumes. Ce choc coïncide avec la période d'incertitude liée au Brexit, qui a pu entraîner une recomposition des flux et une sélection vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
-
Exportations vers le Brésil (2023) : un pic de prix de +58,6 % (de 54 969 à 87 160 €/t) accompagné d'une baisse des volumes de 27 %. Ce type de dynamique peut refléter des difficultés logistiques ou des changements dans la composition des commandes.
Conclusion
Le marché européen des pièces détachées pour machines à travail du caoutchouc et des matières plastiques (CN 847790) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation qualitative plus marquée que sa simple évolution quantitative. Si les valeurs commerciales ont globalement progressé d'environ 28 % tant à l'importation qu'à l'exportation, les trajectoires sous-jacentes divergent sensiblement.
Trois enseignements majeurs se dégagent de cette analyse :
-
L'UE se positionne de plus en plus comme fournisseur de composants à haute valeur ajoutée. L'écart de prix entre exportations (63 388 €/t) et importations (17 447 €/t) en 2025 témoigne d'une spécialisation vers des pièces de précision, tandis que la production européenne (estimée à 3,4 milliards d'euros) reste un pilier industriel.
-
La dépendance envers la Chine s'est accentuée, avec un quasi-doublement des importations en provenance de ce pays. La concentration des fournisseurs (HHI à 2 114) atteint un niveau qui justifie une vigilance accrue en termes de diversification des approvisionnements, dans un contexte géopolitique incertain.
-
L'instabilité de certains corridors commerciaux (Royaume-Uni, Turquie, Russie) contraste avec la remarquable stabilité des flux avec les États-Unis et la Suisse, ces deux derniers constituant des partenaires commerciaux fiables pour l'UE sur ce segment.
L'année 2025 marque un léger recul par rapport au pic de 2024 (2,04 Mds€ vs 2,17 Mds€ en exportations), dont il conviendra de suivre l'évolution pour déterminer s'il s'agit d'un simple ajustement ou du signe d'un retournement conjoncturel.