Évolution du marché : Pantalons, y.c. knickers et pantalons simil., salopettes à bretelles, culottes et shorts, de fibres synthétiques, pour hommes ou garçonnets (autres qu'en bonneterie et sauf slips et caleçons et maillots, culottes et slips de bain) (CN 620343) — 2015–2025
Introduction
Le code 620343 couvre une gamme de pantalons, shorts et salopettes en fibres synthétiques destinés aux hommes et garçonnets, excluant les articles en bonneterie et les sous-vêtements. Ce secteur, qui s'inscrit dans la branche plus large des vêtements (chapitre 62), englobe aussi bien des vêtements de travail (pantalons de travail, salopettes à bretelles) que des articles de mode quotidienne (pantalons casual, shorts). Le présent rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données annuelles disponibles. Les dynamiques observées révèlent une transformation profonde de la structure de ce marché, marquée par un creusement spectaculaire du déficit commercial, une dépendance croissante vis-à-vis des importations et des bouleversements notables dans les partenaires d'approvisionnement.
Vue d'ensemble du produit CN 620343
1. Une dépendance structurelle de l'UE vis-à-vis des importations qui s'accentue fortement
1.1 Le déficit commercial se creuse en valeur comme en volume
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en produits CN 620343 ont plus que doublé en valeur, passant de 934 millions d'euros à 1 942 millions d'euros, soit une hausse de +107,9 %. En quantité, l'accroissement est également spectaculaire : de 49 403 à 87 375 tonnes (+76,9 %). En revanche, les exportations n'ont progressé que modérément : +50,3 % en valeur (de 267 à 401 millions d'euros) et seulement +1,0 % en volume (environ 6 077 à 6 138 tonnes). Le solde commercial, déjà négatif en 2015 à −667 millions d'euros, s'est détérioré de manière continue pour atteindre −1 541 millions d'euros en 2025, soit une aggravation de 130,9 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 934 | 1 942 | +107,9 % |
| Exportations (M€) | 267 | 401 | +50,3 % |
| Solde commercial (M€) | −667 | −1 541 | −130,9 % |
| Importations (tonnes) | 49 403 | 87 375 | +76,9 % |
| Exportations (tonnes) | 6 077 | 6 138 | +1,0 % |
| Prix moyen import (€/t) | 18 907 | 22 221 | +17,5 % |
| Prix moyen export (€/t) | 43 903 | 65 276 | +48,7 % |
Série temporelle des échanges UE / non-UE
1.2 Le taux de dépendance nette aux importations explose
Le taux de dépendance nette aux importations (net import reliance) est passé de 12,4 % en 2015 à 76,5 % en 2025, avec un pic à 80,8 % atteint en 2022. Ce chiffre traduit une situation où la production intérieure ne couvre plus qu'une fraction marginale de la consommation européenne. Cette évolution est d'autant plus frappante que le taux de propension à l'exporter a lui aussi fortement progressé (de 2,4 % à 89,5 %), ce qui signifie que l'UE exporte désormais une part significative de sa maigre production vers des marchés tiers, accentuant paradoxalement sa dépendance pour couvrir sa propre demande intérieure.
| Indicateur de vulnérabilité | 2015 | 2025 | Variation (points) |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 12,4 | 76,5 | +64,1 points |
| Intensité commerciale (%) | 16,3 | 98,0 | +81,7 points |
| Propension à l'exporter (%) | 2,4 | 89,5 | +87,1 points |
1.3 L'effondrement de la production européenne en volume
Les données de production PRODCOM confirment le diagnostic : la production européenne de pantalons en fibres synthétiques (codes 14.12.12.40, 14.12.12.50, 14.13.24.45, 14.13.24.55, 14.13.24.60) a chuté de 87,2 millions de pièces en 2003 à 30,4 millions de pièces en 2024, soit un recul de −65,2 %. En valeur, la baisse est plus modérée (de 816 à 717 millions d'euros, soit −12,1 %), ce qui indique que les fabricants européens survivants se sont repositionnés sur des segments à plus forte valeur ajoutée. Le prix unitaire de production a ainsi presque triplé, passant de 9,4 €/pièce à 23,6 €/pièce.
| Production UE (PRODCOM) | 2003 | 2024 | Variation |
|---|---|---|---|
| Quantité (milliers de pièces) | 87 219 | 30 372 | −65,2 % |
| Valeur (M€) | 816 | 717 | −12,1 % |
| Prix moyen (€/pièce) | 9,4 | 23,6 | +152 % |
2. Une recomposition géographique des partenaires d'approvisionnement, dominée par l'Asie du Sud et du Sud-Est
2.1 La Chine reste le premier fournisseur mais perd des parts de marché relatives
La Chine demeure en 2025 le premier fournisseur de l'UE en produits CN 620343, avec 423 millions d'euros d'importations. Toutefois, sa croissance (+36,4 % sur la période) est nettement inférieure à celle de la moyenne des importations (+107,9 %), ce qui reflète un phénomène de diversification des sources d'approvisionnement. La part de la Chine dans les importations totales de l'UE est ainsi passée de 33,2 % en 2015 à 21,8 % en 2025.
| Rang | Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Chine | 310 | 423 | +36,4 % |
| 2 | Bangladesh | 89 | 412 | +361,9 % |
| 3 | Vietnam | 148 | 256 | +72,9 % |
| 4 | Turquie | 41 | 116 | +180,1 % |
| 5 | Laos | 39 | 74 | +90,3 % |
| 6 | Pakistan | 21 | 69 | +222,4 % |
| 7 | Tunisie | 40 | 86 | +114,5 % |
Principaux partenaires d'importation par valeur
2.2 Bangladesh : la trajectoire la plus spectaculaire
Le Bangladesh affiche la progression la plus remarquable de la période, avec un quasi-quadruplement de ses exportations vers l'UE : de 89 millions d'euros en 2015 à 412 millions d'euros en 2025 (+361,9 %). En 2022, le Bangladesh a même temporairement dépassé la Chine comme premier fournisseur (430 M€ contre 502 M€). Ce dynamisme s'explique par les coûts de production parmi les plus bas au monde, combinés à un accès préférentiel au marché européen via le régime « Tout sauf les armes » (TSA). Le Pakistan (+222,4 %) et la Turquie (+180,1 %) suivent une trajectoire comparable, tandis que le Vietnam (+72,9 %), bien que moins spectaculaire, confirme son rôle de fournisseur de premier plan.
2.3 Émergence de nouveaux fournisseurs en Asie du Sud-Est
Parmi les tendances notables, le Laos et le Myanmar se sont imposés comme des sources d'approvisionnement significatives. Le Laos, avec 74 millions d'euros d'exportations vers l'UE en 2025, affiche une croissance de +90,3 % depuis 2015. Le Myanmar, bien que ne figurant pas parmi les sept premiers partenaires en valeur, présente une volatilité très élevée (coefficient de variation de 0,61 sur les quantités), reflétant à la fois un potentiel de croissance et une instabilité liée au contexte politique du pays.
2.4 La concentration des importations diminue progressivement
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 1 557 en 2015 à 1 235 en 2025 (−20,7 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. Ce mouvement est favorable à la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne, même si la concentration reste relativement élevée avec un nombre limité de fournisseurs dominants.
| Année | HHI importations (valeur) | HHI exportations (valeur) |
|---|---|---|
| 2015 | 1 557 | 1 799 |
| 2019 | 1 167 | 1 664 |
| 2022 | 1 343 | 1 263 |
| 2025 | 1 235 | 1 467 |
3. Chocs de prix, volatilité sectorielle et recomposition des exportations intra-européennes
3.1 Des chocs de prix significatifs sur les exportations vers le Japon et les États-Unis en 2023
L'analyse de la volatilité révèle des épisodes de chocs de prix importants sur les flux d'exportations de l'UE. Le plus marquant concerne les exportations vers le Japon en 2023 : le prix moyen unitaire a bondi de +93,9 % par rapport à la tendance de base, passant de 73 329 €/t (moyenne 2021–2022) à 142 196 €/t, tandis que le volume exporté a chuté de 49,0 % par rapport au niveau de référence. Ce choc, d'une abnormalité de 14,6 écarts-types, suggère un repositionnement drastique des exportations européennes vers le Japon sur des produits à très haute valeur ajoutée ou, alternativement, une rupture d'un fournisseur japonais habituel.
Un phénomène similaire, bien que légèrement moins prononcé, affecte les exportations vers les États-Unis en 2023 : +79,9 % sur les prix, −53,1 % sur les volumes. Ces mouvements, combinés à la hausse des prix moyens d'exportation globale (+48,7 % sur la période), indiquent une stratégie de montée en gamme de l'industrie européenne qui survit en se repositionnant sur des créneaux à forte marge.
| Choc détecté | Partenaire | Année | Variation prix (%) | Variation volume (%) | Abnormalité |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix (export) | Japon | 2023 | +93,9 % | −51,0 % | 14,6 |
| Prix (export) | États-Unis | 2023 | +79,9 % | −53,1 % | 13,8 |
| Prix (import) | Vietnam | 2022 | +19,9 % | +38,5 % | 12,2 |
| Prix (export) | Ukraine | 2022 | +42,0 % | +1,1 % | 6,6 |
3.2 L'effet Brexit sur les exportations vers le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, qui était le premier partenaire d'exportation de l'UE en 2015 (98 millions d'euros), a vu ses importations en provenance de l'UE diminuer de 24,3 % pour atteindre 74 millions d'euros en 2025. En volume, la chute est encore plus nette : de 2 059 à 1 288 tonnes (−37,4 %). Ce recul, qui s'est particulièrement accéléré après 2020 (date d'effectivité du Brexit), a été en partie compensé par la forte croissance des exportations vers la Suisse (+152,4 %, de 49 à 123 millions d'euros) et la Norvège (+78,9 %). Le coefficient de variation des quantités exportées vers le Royaume-Uni (0,35) confirme une volatilité plus élevée que pour d'autres partenaires européens, reflétant les incertitudes liées aux nouvelles barrières non tarifaires post-Brexit.
3.3 Une recomposition des exportations au sein de l'UE et de son voisinage
Les données par pays membre révèlent des trajectoires très disparates au sein de l'UE. L'Allemagne, premier exportateur intra-UE, a vu ses exportations hors-UE progresser de 140 % (de 47 à 113 M€), tandis que la Pologne a connu une croissance remarquable de +495,6 % (de 7 à 44 M€), confirmant son émergence comme plateforme de production textile en Europe centrale. L'Italie (+166,3 %) et la Suède (+80,8 %) affichent également des trajectoires dynamiques. À l'inverse, l'Espagne (−63,5 %) et la Belgique (−34,6 %) ont vu leurs exportations hors-UE reculer significativement.
En termes de spécialisation, les indicateurs RCA corrigés (RSCA) pour 2025 montrent que le Danemark (RSCA = 0,55, RCA = 3,45), la Pologne (RSCA = 0,34, RCA = 2,04) et la Suède (RSCA = 0,32, RCA = 1,93) disposent d'un avantage comparatif révélé dans ce secteur, tandis que des pays comme l'Irlande (RSCA = −0,95) et Malte (RSCA = −0,98) en sont structurellement absents.
| Pays membre | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Variation (%) | RSCA 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 47 | 113 | +140,0 % | −0,10 |
| Pologne | 7 | 44 | +495,6 % | +0,34 |
| Italie | 19 | 50 | +166,3 % | −0,31 |
| Suède | 16 | 29 | +80,8 % | +0,32 |
| Espagne | 46 | 17 | −63,5 % | −0,03 |
| Belgique | 42 | 27 | −34,6 % | +0,26 |
| France | — | — | — | −0,13 |
Spécialisation des États membres
3.4 La segmentation par sous-produit : pantalons de travail et pantalons casual dominent
La ventilation par sous-code tarifaire confirme que le marché est dominé par deux segments. Les pantalons non-travail en fibres synthétiques (CN 62034319) représentent environ 39 % des importations en valeur en 2025 (810 M€), suivis des pantalons de travail (CN 62034311) avec environ 33 % (642 M€). Les shorts (CN 62034390) comptent pour 20 % (394 M€), tandis que les salopettes à bretelles de travail (CN 62034331) pèsent environ 4 % (76 M€). Le segment des salopettes non-travail (CN 62034339) demeure marginal à moins de 1 %.
Sur la période, c'est le segment des shorts qui affiche la plus forte croissance des prix moyens d'importation (+28,9 % en euros par tonne), tandis que les prix des pantalons de travail restent plus stables (+34,0 % sur la période). Du côté des exportations, les shorts se distinguent par des prix moyens nettement supérieurs (88 739 €/t en 2025 vs 74 557 €/t pour les pantalons non-travail), ce qui confirme le positionnement sur du créneau premium de certains exportateurs européens.
Conclusion
Le marché européen des pantalons en fibres synthétiques pour hommes (CN 620343) traverse une transformation profonde sur la période 2015–2025. La dynamique dominante est celle d'une dépendance croissante et désormais structurelle de l'UE vis-à-vis des importations, alimentée par l'effondrement de la production intérieure (−65 % en volume depuis 2003) et la forte croissance de la demande. Le déficit commercial a atteint 1,5 milliard d'euros en 2025, et le taux de dépendance nette aux importations s'établit à 76,5 %.
Parallèlement, la carte des fournisseurs s'est profondément reconfigurée : si la Chine demeure le premier partenaire, c'est le Bangladesh (+362 %) qui affiche la trajectoire la plus dynamique, accompagné du Pakistan (+222 %) et de la Turquie (+180 %). Cette diversification géographique, mesurée par la baisse de l'HHI, constitue un facteur de résilience, mais la concentration reste élevée autour de quelques fournisseurs asiatiques majeurs.
Les exportations européennes, dont le volume stagne, survivent par une montée en gamme : les prix moyens d'exportation ont augmenté de 49 %, avec des pics spectaculaires sur certains marchés (Japon, États-Unis) en 2023. Au sein de l'UE, la Pologne et l'Italie émergent comme des champions de l'exportation, tandis que l'Espagne et la Belgique perdent des parts. Le Brexit a durablement affecté les flux vers le Royaume-Uni (−24 %), partiellement compensés par la dynamique suisse.
L'avenir de ce secteur dans l'UE repose sur la capacité des industriels européens à maintenir leur positionnement sur les segments à haute valeur ajoutée — vêtements techniques, pantalons de travail professionnels, shorts premium — dans un contexte de concurrence intense exercée par des producteurs asiatiques à bas coûts.