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Évolution du marché : Monnaies, y.c. les monnaies ayant cours légal (à l'excl. des médailles, bijoux en pièces de monnaies, pièces de collection ayant une valeur numismatique, déchets et débris) (CN 711890) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse les flux commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code douanier 711890, qui couvre les monnaies ayant cours légal ainsi que d'autres monnaies non classées ailleurs (à l'exclusion des médailles, bijoux, pièces de collection numismatiques et déchets de monnaies). Ce code constitue une sous-position résiduelle de la position 7118, qui regroupe l'ensemble du commerce de monnaies. Il correspond également au code PRODCOM 32.11.10.00 (« Monnaies, à l'exclusion des monnaies montées en objets de parure et des déchets et débris de monnaies »). Sur la période 2015–2025, le commerce de ce produit se caractérise par des volumes substantiels — les importations de l'UE dépassant systématiquement les exportations —, une forte concentration géographique initiale qui s'est progressivement diversifiée, et des dynamiques marquées par des chocs de prix récurrents et un basculement structurel du statut de l'UE dans les échanges internationaux. Les données générales du marché permettent de retracer cette évolution de manière détaillée.


1. Une croissance déséquilibrée des échanges : l'UE accélère ses importations tout en développant ses exportations

1.1. La valeur des importations a presque doublé en dix ans, avec un pic exceptionnel en 2022

Les importations de monnaies (CN 711890) dans l'UE sont passées de 1,38 milliard d'euros en 2015 à 2,74 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de +98 %. Ce masque cependant une trajectoire très instable : après une progression régulière de 2015 à 2019, les importations ont connu un bond spectaculaire en 2020 (3,07 milliards d'euros), ont légèrement fléchi en 2021 avant d'atteindre un sommet historique de 4,67 milliards d'euros en 2022, pour ensuite chuter brutalement à 2,0 milliards d'euros en 2023. Le rebond à 2,74 milliards en 2025 indique un retour vers un niveau plus élevé qu'en début de période.

En termes de quantité (en tonnes), l'évolution est similaire : les importations passent de 292 tonnes en 2015 à 499 tonnes en 2025 (+71 %), avec un pic à 1 494 tonnes en 2021, année où l'UE a massivement importé des monnaies physiques, probablement en lien avec la crise sanitaire et les mesures de relance budgétaire de certains partenaires. Le prix moyen à l'importation, initialement de 4,74 millions d'euros par tonne en 2015, culmine à 5,48 millions d'euros par tonne en 2025, témoignant d'une évolution des compositions de monnaies échangées (hausse probable des monnaies en métaux précieux).

1.2. Les exportations de l'UE enregistrent une progression plus soutenue en valeur, mais demeurent inférieures aux importations

Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont progressé de 448 millions d'euros en 2015 à 1,25 milliard d'euros en 2025, soit une hausse de +178 % — plus rapide que celle des importations. Les volumes exportés ont augmenté de 451 à 831 tonnes (+84 %), et le prix moyen est passé de 0,99 à 1,50 million d'euros par tonne (+51 %). Un pic notable a été atteint en 2020 avec 1,19 milliard d'euros et 627 tonnes, année où l'UE a probablement profité d'une demande mondiale accrue pour les monnaies physiques.

1.3. Le déficit commercial se réduit progressivement, sans pour autant s'inverser

L'UE est structurellement déficitaire sur ce produit : en 2015, le déficit commercial s'élevait à 935 millions d'euros ; en 2025, il atteint 1,49 milliard d'euros en valeur absolue. Toutefois, rapporté aux flux, le ratio importations/exportations est passé de 3,1x en 2015 à 2,2x en 2025, indiquant un rééquilibrage relatif. Le déficit maximal a été atteint en 2022 à -3,63 milliards d'euros, en lien avec le pic d'importations cette année-là.

Année Exportations (M€) Importations (M€) Solde (M€) Ratio Imp./Exp.
2015 448 1 384 -935 3,1x
2018 256 1 546 -1 290 6,0x
2020 1 192 3 072 -1 880 2,6x
2022 1 034 4 668 -3 633 4,5x
2025 1 246 2 740 -1 494 2,2x

Sources : Vue d'ensemble des échanges


2. Une géographie commerciale dominée par des partenaires historiques, mais marquée par de nouvelles dynamiques

2.1. Les importations proviennent essentiellement de pays producteurs de matières premières et de centres financiers

Les principaux fournisseurs de monnaies à l'UE sont des pays alliant production de métaux précieux et présence de raffineries ou de centres monétaires majeurs :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%) Rôle supposé
Canada 288 511 +78 % Fonderies (Royal Canadian Mint)
Australia 236 648 +175 % Perth Mint, production d'or
South Africa 538 470 -13 % Rand Refinery, Krugerrand
United States 200 400 +100 % US Mint, pièces investissement
United Kingdom 11 489 +4 290 % Royal Mint, croissance post-Brexit
Switzerland 54 79 +46 % Raffineries (Valcambi, PAMP)
Hong Kong 11 8 -28 % Hub de redistribution asiatique

La progression spectaculaire des importations en provenance du Royaume-Uni (de 11 à 489 millions d'euros, soit +4 290 %) est l'un des développements les plus marquants de la période. Elle s'explique probablement par le Brexit : les flux de monnaies entre le Royaume-Uni et l'UE, auparavant comptabilisés comme échanges intra-UE, sont désormais des importations/exportations extra-UE. Le pic à 666 millions d'euros en 2022 témoigne de l'ampleur de cette recomposition.

L'Afrique du Sud demeure un partenaire clé, avec des volumes liés au Krugerrand et aux monnaies d'investissement en or, mais son poids relatif décline : de 39 % des importations en 2015, elle passe à 17 % en 2025.

Sources : Principaux partenaires à l'importation

2.2. Les exportations de l'UE se dirigent principalement vers les États-Unis et la Suisse, avec une percée remarquée vers de petits marchés

Les États-Unis absorbent le premier volume d'exportations de monnaies de l'UE :

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%))
United States 148 335 +127 %
Switzerland 134 277 +107 %
United Kingdom 14 144
Israel 0,8 6,1 +683 %
Moldova 0,03 2,5 +9 772 %
North Macedonia 0,03 0,9 +2 725 %
Costa Rica 0,0001 2,0

L'émergence de destinations comme la Moldavie, la Macédoine du Nord ou le Costa Rica — des marchés quasi inexistants en 2015 — suggère l'activation de flux liés à la numismatique d'investissement ou à l'approvisionnement de banques centrales de petite taille en pièces de circulation.

Sources : Principaux partenaires à l'exportation

2.3. L'Allemagne domine tant à l'import qu'à l'export au sein de l'UE, avec une dynamique de croissance vigoureuse

Parmi les États membres, l'Allemagne est de loin le premier acteur du commerce de monnaies (CN 711890) :

État membre Importations 2025 (M€) Exportations 2025 (M€) Part import. Part export.
Germany 2 402 747 40 % 34 %
Austria 205 342 3 % 16 %
Belgium 72 61 1 % 3 %
Estonia 7 52 <1 % 2 %
Greece 17 5 <1 % <1 %

L'Allemagne a vu ses exportations passer de 181 à 747 millions d'euros entre 2015 et 2025 (+314 %), consolidant son rôle de plaque tournante européenne pour la fabrication et la distribution de monnaies. L'Autriche, via la Münze Österreich (monnaie autrichienne), conserve également une position forte. L'Estonie se distingue par sa spécialisation exceptionnelle dans le commerce de monnaies (RSCA de 0,93), avec un RCA de 26,3 — le plus élevé de l'UE —, ce qui reflète probablement un rôle d'intermédiaire logistique.

Sources : Principaux reporters à l'importation et à l'exportation


3. Volatilité élevée, chocs de prix et reconfiguration du profil d'autonomie de l'UE

3.1. Les flux commerciaux de monnaies sont marqués par une forte volatilité, en particulier sur les volumes

Les coefficients de variation (CV) des quantités échangées avec les principaux partenaires confirment une instabilité structurelle du marché :

Partenaire (import.) CV quantité Partenaire (export.) CV quantité
South Africa 0,97 North Macedonia 2,39
Switzerland 0,93 Moldova 1,78
Canada 0,88 Israel 1,48
Australia 0,87 Armenia 1,55
Hong Kong 0,78 Switzerland 0,82
United States 0,45 United States 0,82

La volatilité est systématiquement plus élevée à l'exportation qu'à l'importation, ce qui s'explique par la nature ponctuelle de certains contrats d'approvisionnement de banques centrales ou d'institutions. Les flux vers les petits marchés (Macédoine du Nord, Moldavie) sont par nature erratiques.

3.2. Plusieurs chocs de prix significatifs ont marqué la période

L'analyse des événements de choc identifie quatre épisodes majeurs :

Événement Type Flux Année Variation prix Valeur 2025 (M€)
Exports vers Hong Kong Prix Export 2020 +772 % 17
Imports des États-Unis Prix Import 2022 +119 % 400
Exports vers Israël Prix Export 2019 +464 % 6
Imports du Royaume-Uni Prix Import 2017 +184 % 489

Le choc de prix des exportations vers Hong Kong en 2020 est le plus spectaculaire (anomalie de 105,6 écarts-types). Alors que les volumes exportés étaient divisés par deux, le prix moyen a été multiplié par plus de huit. Cela suggère un remplacement temporaire des monnaies ordinaires par des pièces d'investissement à forte teneur en métal précieux ou une recomposition des flux commerciaux liée aux troubles sociaux et aux restrictions sanitaires à Hong Kong.

Le choc des importations américaines en 2022 (prix ×2,2, anomalie de 22,5) coïncide avec l'inflation mondiale et la forte demande d'actifs refuges, y compris les pièces d'or et d'argent. Les volumes importés depuis les États-Unis ont été divisés par deux cette année-là, mais leur valeur unitaire a fortement augmenté.

Sources : Événements de chocs de prix

3.3. L'UE est passée d'un statut d'exportateur net à celui d'importateur net de monnaies

L'indicateur de dépendance nette aux importations révèle une transformation structurelle du positionnement de l'UE :

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations -30,6 % +25,1 % +182 %
Intensité commerciale 38,2 % 89,2 % +133 %
Propension à l'exportation 32,6 % 77,2 % +137 %

En 2015, l'UE était exportatrice nette de monnaies (dépendance nette de -30,6 %), signifiant que ses exportations dépassaient ses importations en proportion de la production. En 2025, la situation s'est inversée : l'UE est devenue importatrice nette (+25,1 %). Ce basculement s'explique conjointement par :

  1. La hausse de la demande d'investissement en pièces précieuses (or, argent) depuis l'UE, accélérée par l'incertitude géopolitique et l'inflation post-2020.
  2. La recomptabilisation des flux avec le Royaume-Uni comme échanges extra-UE à partir de 2021 (Brexit).
  3. L'intensification du commerce intra-européen de pièces commémoratives, mesurée par la hausse de l'intensité commerciale (de 38 % à 89 %).

La concentration des échanges (indice HHI) a parallèlement diminué de 29 % à l'importation (de 2 460 à 1 748) et de 27 % à l'exportation (de 2 340 à 1 721), témoignant d'une diversification progressive des partenaires commerciaux de l'UE.

Sources : Concentration HHI, Intensité commerciale et Propension à l'exportation


Conclusion

Le marché des monnaies (CN 711890) dans l'Union européenne a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde. Trois dynamiques principales structurent cette évolution :

  1. Une croissance globale forte mais volatile, avec des volumes et des valeurs en hausse mais soumis à des pics et des creux prononcés, en particulier autour des années 2020 et 2022, périodes d'incertitude économique et géopolitique.

  2. Une recomposition géographique majeure, liée au Brexit (qui a reclassé le Royaume-Uni parmi les partenaires extra-UE), à la diversification des fournisseurs (baisse de la concentration HHI) et à l'émergence de nouvelles destinations d'exportation vers des pays d'Europe de l'Est et d'Amérique latine.

  3. Un basculement du profil de vulnérabilité de l'UE, passée d'exportatrice nette à importatrice nette, sous l'effet combiné d'une demande intérieure accrue pour les monnaies d'investissement et de la requalification des flux britanniques. L'intensification du commerce (intensité commerciale de 89 % en 2025) signifie que le commerce extérieur de monnaies de l'UE est désormais presque équivalent à sa production, reflétant une intégration étroite du marché européen dans les chaînes d'approvisionnement mondiales de monnaies.

Ces tendances plaident pour une vigilance accrue quant à la sécurité des approvisionnements en monnaies d'investissement au sein de l'UE et à la dépendance croissante de l'Union vis-à-vis de fournisseurs extra-européens pour un produit qui, par nature, revêt une dimension à la fois économique et souveraine.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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