Évolution du marché : Moniteurs vidéo (CN 852859) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 852859 désigne les moniteurs vidéo à l'exclusion des moniteurs à tube cathodique (CRT), des moniteurs avec récepteur de télévision et des moniteurs conçus pour l'usage informatique. Il s'agit d'une position résidaire (détail du périmètre du code), couvrant notamment les écrans de vidéosurveillance, les moniteurs médicaux, les écrans d'affichage numérique et les moniteurs industriels spécialisés, dont le code PRODCOM associé est le 26.40.34.00.
Au cours de la décennie 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu des transformations profondes. Les volumes échangés — tant en tonnes qu'en pièces — ont connu un déclin spectaculaire, tandis que les prix unitaires ont fortement augmenté, suggérant une montée en gamme des produits circulant encore sous cette nomenclature. Parallèlement, la géographie des échanges a été profondément reconfigurée : la Chine a perdu une part significative de ses parts de marché à l'import, la Russie a quasi-disparu des destinations d'exportation, et le Maroc est devenu une destination incontournable. Enfin, un paradoxe structurel se dessine : si le déficit commercial de l'UE s'est réduit, la dépendance nette aux importations a sensiblement augmenté, en raison d'un recul encore plus marqué de la production européenne.
Ce rapport s'attache à décrire et interpréter ces dynamiques en trois axes principaux.
1. Contraction des volumes et montée en gamme : vers des moniteurs plus légers et plus valorisés
1.1 Les volumes échangés ont connu un déclin d'ampleur exceptionnelle
Sur la période 2015–2025, tant les importations que les exportations de l'UE en moniteurs vidéo (CN 852859) se sont effondrées en volume. Du côté des importations, la masse nette est passée de 24 288 tonnes à 5 397 tonnes (–77,8 %), tandis que le nombre de pièces importées est tombé de 8 674 330 à 3 063 724 (–64,7 %). Les exportations ont suivi une trajectoire comparable : la masse a chuté de 12 038 tonnes à 2 924 tonnes (–75,7 %) et le nombre de pièces exportées de 3 078 176 à 1 355 143 (–56,0 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (M€) | 1 355 | 451 | –66,7 % |
| Importations — masse (t) | 24 288 | 5 397 | –77,8 % |
| Importations — pièces | 8 674 330 | 3 063 724 | –64,7 % |
| Exportations — valeur (M€) | 715 | 412 | –42,3 % |
| Exportations — masse (t) | 12 038 | 2 924 | –75,7 % |
| Exportations — pièces | 3 078 176 | 1 355 143 | –56,0 % |
Ce déclin simultané des volumes et des valeurs, sur les deux flux, traduit une contraction structurelle du périmètre de cette position tarifaire. Il est vraisemblable qu'une partie des produits autrefois classés sous le 852859 migrent vers d'autres codes, notamment le 852852 (moniteurs pour usage informatique) à mesure que les frontières entre moniteurs « spécialisés » et moniteurs « informatiques » deviennent plus floues avec la convergence technologique. Les ruptures liées à la pandémie de COVID-19 (2020–2021) et la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales ont pu accélérer ce phénomène.
1.2 Les prix unitaires ont fortement progressé, témoignant d'une montée en gamme
Si les volumes s'effondrent, les prix unitaires évoluent en sens inverse. Le prix moyen à la tonne des exportations a bondi de 59 371 €/t à 141 054 €/t (+137,6 %), tandis que celui des importations est passé de 55 777 €/t à 83 533 €/t (+49,8 %). Par pièce, le prix d'exportation a augmenté de 232 € à 304 € (+31,1 %), tandis que le prix d'importation est resté quasi stable, passant de 156 € à 147 € (–5,8 %).
| Indicateur prix | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix export — €/t | 59 371 | 141 054 | +137,6 % |
| Prix import — €/t | 55 777 | 83 533 | +49,8 % |
| Prix export — €/pièce | 232 | 304 | +31,1 % |
| Prix import — €/pièce | 156 | 147 | –5,8 % |
L'écart croissant entre prix d'exportation et prix d'importation (par tonne comme par pièce) révèle un déséquilibre de gamme : l'UE exporte des moniteurs à plus forte valeur unitaire (écrans industriels haut de gamme, moniteurs médicaux) tout en important des produits à prix plus modeste (écrans de vidéosurveillance grand volume, afficheurs basiques). En outre, la masse moyenne par pièce a fortement diminué — de 3,9 kg à 2,2 kg pour les exportations (–45 %) et de 2,8 kg à 1,8 kg pour les importations (–37 %) — ce qui est cohérent avec la transition technologique vers des écrans plus fins et plus légers.
1.3 La production européenne a suivi une trajectoire de déclin prononcé
La production intra-européenne de moniteurs vidéo a sensiblement reculé sur la période. En valeur, elle est passée de 1 140 M€ à 540 M€ (–52,7 %), et en volume de 6 433 622 pièces à 4 500 000 pièces (–30,1 %). Ce décalage entre la baisse de la valeur (–52,7 %) et celle des volumes (–30,1 %) indique une érosion du prix moyen de production intra-européenne, qui pourrait refléter une pression concurrentielle accrue ou un recentrage sur des segments moins rentables. Quoi qu'il en soit, l'érosion de la base de production européenne est un facteur clé pour comprendre l'évolution de la dépendance extérieure de l'UE.
2. Reconfiguration géographique : le déclin chinois, l'effondrement russe et l'essor marocain
2.1 La Chine demeure le premier fournisseur mais a vu fondre ses parts de marché
La Chine reste de loin le premier partenaire d'importation de l'UE pour les moniteurs vidéo, mais son poids a considérablement diminué. Les importations en provenance de Chine sont passées de 622 M€ à 163 M€ (–73,8 %), avec un minimum intermédiaire à 120 M€. La Chine représentait 45,9 % des importations totales de l'UE en 2015 ; en 2025, cette part reste prépondérante mais le volume absolu a fondu.
Parmi les autres fournisseurs asiatiques, le recul est également marqué : la Corée du Sud passe de 89 M€ à 20 M€ (–77,3 %), Taïwan de 58 M€ à 19 M€ (–67,9 %), et le Royaume-Uni de 48 M€ à 13 M€ (–71,8 %). À l'inverse, la Malaisie se distingue par une croissance de 34,4 % (de 36 M€ à 48 M€), faisant d'elle l'un des rares partenaires à afficher une progression. Le Vietnam a connu un pic spectaculaire à 137 M€ avant de retomber à 1,7 M€ en 2025, suggérant un flux de transit ou une relocalisation temporaire de production.
| Partenaire import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 622 | 163 | –73,8 % |
| États-Unis | 119 | 58 | –51,4 % |
| Corée du Sud | 89 | 20 | –77,3 % |
| Taïwan | 58 | 19 | –67,9 % |
| Royaume-Uni | 48 | 13 | –71,8 % |
| Malaisie | 36 | 48 | +34,4 % |
| Vietnam | 2 | 2 | –8,6 % |
La concentration des importations, mesurée par l'indice HHI en valeur, est passée de 2 565 à 1 885 (–26,5 %). Ce recul indique une diversification géographique des approvisionnements : l'UE dépend moins massivement d'un seul fournisseur dominant, même si la Chine reste le partenaire principal.
2.2 L'effondrement des exportations vers la Russie et le repli vers le Royaume-Uni
Du côté des exportations, deux évolutions géopolitiques majeures marquent la période.
La première est l'effondrement quasi total des exportations vers la Russie : de 43 M€ en 2015 à seulement 59 944 € en 2025 (–99,9 %). Ce déclin, concentré après 2022, est directement lié aux sanctions économiques imposées par l'UE dans le contexte du conflit russo-ukrainien. Les chocs de prix détectés pour les exportations vers la Russie en 2023 (décalage de prix de +478 %) confirment la perturbation brutale de ce flux.
La seconde est l'effondrement des exportations vers le Royaume-Uni, principal client de l'UE en 2015 avec 187 M€, qui n'a plus représenté que 33 M€ en 2025 (–82,1 %). Ce déclin, amorcé dès avant le Brexit formel (2020), s'est accéléré par la suite et reflète à la fois des dynamiques de restructuration industrielle et les effets des nouvelles barrières commerciales post-Brexit.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 187 | 33 | –82,1 % |
| États-Unis | 129 | 62 | –52,3 % |
| Turquie | 53 | 46 | –12,6 % |
| Russie | 43 | 0,06 | –99,9 % |
| Norvège | 31 | 12 | –60,4 % |
| Suisse | 27 | 19 | –30,8 % |
| Maroc | 3 | 100 | +3 233 % |
2.3 L'émergence remarquable du Maroc comme destination d'exportation majeure
L'évolution la plus spectaculaire côté exportations concerne le Maroc, dont les importations en provenance de l'UE sont passées de 3 M€ à 100 M€, soit une progression de +3 233 %. Le Maroc est ainsi devenu, en 2025, la deuxième destination d'exportation de l'UE pour les moniteurs vidéo, juste derrière les États-Unis.
Cette dynamique s'inscrit dans le mouvement plus large de délocalisation industrielle et de nearshoring vers l'Afrique du Nord, qui bénéficie de sa proximité géographique avec l'Europe, d'accords de libre-échange (accord d'association UE-Maroc), et de coûts de main-d'œuvre compétitifs. L'installation de plateformes d'assemblage électronique au Maroc, notamment dans les zones industrielles de Tanger et Casablanca, explique en grande partie cette montée en puissance.
Parallèlement, l'Italie a considérablement accru ses exportations (de 10 M€ à 37 M€, +274,5 %) et la France a consolidé la sienne (de 64 M€ à 104 M€, +63,4 %), tandis que les Pays-Bas ont connu un recul marqué (de 127 M€ à 24 M€, –81,2 %). Ces mouvements internes à l'UE suggèrent une relocalisation de l'activité d'exportation vers les États membres disposant d'une base industrielle plus adaptée ou d'avantages logistiques en direction des marchés émergents.
3. Un paradoxe structurel : déficit commercial en amélioration, dépendance extérieure en aggravation
3.1 Le déficit commercial s'est considérablement réduit
Le solde commercial de l'UE en moniteurs vidéo (CN 852859) s'est considérablement amélioré sur la décennie. Passant de –640 M€ en 2015 à –38 M€ en 2025 (+94 %), il a même brièvement atteint un excédent de +132 M€ à son meilleur niveau. En valeur absolue, les importations ont reculé de 1 355 M€ à 451 M€ (–66,7 %), tandis que les exportations ont diminué de 715 M€ à 412 M€ (–42,3 %). Le déficit se réduit donc principalement parce que les importations ont chuté plus vite que les exportations.
| Indicateur | 2015 | Minimum | Maximum | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Solde commercial (M€) | –640 | –793 | +132 | –38 | +94,0 % |
3.2 La dépendance nette aux importations a pourtant fortement augmenté
Malgré l'amélioration du solde commercial, la dépendance nette aux importations (part des importations nettes dans la consommation apparente) a augmenté de manière alarmante : elle est passée de 43,3 % à 74,4 % (+71,7 %). Ce paradoxe s'explique par l'effondrement de la production européenne (–52,7 % en valeur), qui a réduit le dénominateur de la consommation apparente plus rapidement que le déficit commercial ne s'est résorbé.
Autrement dit, si l'UE importe moins en valeur absolue, elle produit encore moins qu'avant. La part de la consommation nationale couverte par la production domestique s'est réduite, accroissant la vulnérabilité structurelle de l'UE face aux perturbations d'approvisionnement.
La propension à exporter (exportations / production) a bondi de 86,5 % à 221,3 % (+155,9 %), signifiant que les exportations dépassent désormais plus de deux fois la production locale — un indicateur d'une intégration profonde dans des chaînes de valeur transfrontalières (réexportation, assemblage sous douane, etc.). L'intensité commerciale (commerce total / PIB du secteur) a également progressé de 94,9 % à 119,8 % (+26,3 %).
3.3 Une concentration des importations en baisse, signal d'une diversification des approvisionnements
L'un des rares signaux positifs en matière de résilience est la baisse de la concentration des importations. L'indice HHI en valeur des importations est passé de 2 565 à 1 885 (–26,5 %), reflétant une diversification géographique des sources d'approvisionnement. La part relative de la Chine diminue, tandis que des fournisseurs comme la Malaisie gagnent du terrain. Ce mouvement de diversification, s'il ne compense pas la hausse de la dépendance globale, atténue le risque de dépendance excessive vis-à-vis d'un fournisseur unique.
Côté exportations, la concentration est restée relativement stable (HHI passant de 1 214 à 1 107, –8,9 %), ce qui est cohérent avec l'émergence de nouvelles destinations (Maroc) compensant la perte de marchés historiques (Royaume-Uni, Russie).
En termes de spécialisation intra-européenne, le Portugal (RSCA = 0,84), l'Estonie (0,75), la Tchéquie (0,70) et la Hongrie (0,69) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans ce segment, tandis que Malte, Chypre et la Croatie figurent parmi les moins spécialisés.
Conclusion
La période 2015–2025 a vu le marché européen des moniteurs vidéo (CN 852859) traverser une triple transformation. Premièrement, un effondrement des volumes échangés, tant à l'importation qu'à l'exportation, accompagné d'une forte hausse des prix unitaires — particulièrement à l'exportation (+137,6 % par tonne) — ce qui témoigne d'une montée en gamme des produits circulant sous cette position tarifaire. Deuxièmement, une reconfiguration géographique profonde : la perte de parts de marché de la Chine et du Royaume-Uni à l'import, l'effondrement des exportations vers la Russie (sanctions) et le Royaume-Uni (post-Brexit), et surtout l'émergence fulgurante du Maroc comme destination d'exportation majeure (+3 233 %). Troisièmement, un paradoxe structurel préoccupant : si le déficit commercial s'est réduit de 94 %, la dépendance nette aux importations a grimpé à 74,4 %, car l'érosion de la production européenne (–52,7 % en valeur) a été plus rapide encore que la contraction des importations.
Ces dynamiques sont en partie liées au périmètre résidaire du code 852859 lui-même : à mesure que les technologies convergent et que les moniteurs spécialisés empruntent les mêmes composants que les écrans informatiques, des transferts de classification vers d'autres positions tarifaires (notamment le 852852) sont probables. Néanmoins, les tendances observées — montée en gamme, nearshoring vers l'Afrique du Nord, dépendance structurelle croissante — reflètent des transformations réelles de la chaîne de valeur mondiale des écrans, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la reconfiguration post-COVID des approvisionnements et les impératifs de transition technologique.