Évolution du marché : Mélanges d'hydrocarbures aromatiques distillant >= 65% de leur volume, y.c. les pertes, à 250°C d'après la méthode ASTM D 86 (à l'excl. des produits de constitution chimique définie) (CN 270750) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 270750, qui couvre les mélanges d'hydrocarbures aromatiques à point de distillation élevé — un produit résiduaire de la pétrochimie, excluant les produits de constitution chimique définie tels que le benzène, le toluène ou les xylènes. Sur la période 2015–2025, l'UE est passée d'une position de net exportateur (excédent commercial de 656,8 M€ en 2015) à celle de net importateur (déficit de 192,5 M€ en 2025), un retournement de –129 % qui traduit une profonde restructuration des flux commerciaux européens.
La production européenne de ce produit a parallèlement progressé de 49 % en volume, passant de 2,68 à 4,00 milliards d'unités entre 2006 et 2024, ce qui indique que le déclin des exportations ne résulte pas d'une contraction de l'offre intérieure mais d'une réorientation profonde des marchés de destination et des partenaires d'approvisionnement.
1. Le retournement du solde commercial européen : d'excédent structurel à déficit chronique
L'effondrement des exportations européennes a joué un rôle déterminant dans l'inversion de la balance commerciale
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a chuté de 1 382 M€ à 1 003 M€, soit une baisse de 27,4 %. En volume, le recul est encore plus marqué : –39,6 %, passant de 2,65 à 1,60 million de tonnes. Cette contraction n'a été que partiellement compensée par une hausse des prix unitaires exportés de 522,5 à 628,4 €/t (+20,3 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 1 382 | 1 003 | –27,4 % |
| Volume exportations (kt) | 2 645 | 1 597 | –39,6 % |
| Prix exportations (€/t) | 522,5 | 628,4 | +20,3 % |
| Valeur importations (M€) | 725 | 1 196 | +64,9 % |
| Volume importations (kt) | 1 388 | 1 794 | +29,2 % |
| Prix importations (€/t) | 522,7 | 666,8 | +27,6 % |
| Solde commercial (M€) | +657 | –193 | –129,3 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Le pic exceptionnel de 2016–2017 masque un déclin structurel à partir de 2018
Les exportations ont connu un pic à 3 007 M€ et 5,73 Mt en 2017, avant de s'effondrer à un point bas de 589 M€ et 678 kt en 2023. L'année 2025 marque une modeste reprise à 1 003 M€, mais les volumes restent très inférieurs aux niveaux d'avant 2018. Ce profil en « pic puis déclin » suggère une combinaison de facteurs structurels (repositionnement de la production européenne vers d'autres produits aromatiques, notamment le benzène, le toluène et les xylènes) et conjoncturels (perturbations liées à la pandémie de Covid-19 en 2020, puis à la crise énergétique de 2022).
Les importations ont absorbé le choc de la demande intérieure sans suivre la trajectoire des exportations
Contrairement aux exportations, les importations ont suivi une trajectoire relativement stable avec une tendance haussière. Après un creux à 885 M€ en 2020 (effet Covid), elles ont atteint un pic historique de 1 633 M€ en 2022 (crise énergétique), avant de se stabiliser autour de 1 200 M€ en 2025. Le volume importé a été remarquablement constant entre 1,2 et 2,5 Mt sur toute la période, indiquant une demande domestique soutenue en mélanges aromatiques.
Les Pays-Bas illustrent à eux seuls la mutation du commerce européen
Les Pays-Bas, qui concentraient la quasi-totalité des exportations néerlandaises (983 M€ en 2015, soit 71 % du total UE), ont vu leur valeur exportée chuter à 210 M€ en 2025 (–78,6 %). Simultanément, les importations néerlandaises ont progressé de 400 M€ à 704 M€ (+75,9 %). Ce glissement illustre la transformation du port de Rotterdam — traditionnellement hub d'exportation — en plateforme d'importation et de réexportation intra-UE, probablement lié à la reconfiguration des raffineries européennes.
Sources : Partenaires principaux · Déclarants principaux
2. Une reconfiguration géographique radicale des partenaires commerciaux
La disparition de la Chine comme débouché principal des exportations européennes
Le changement le plus spectaculaire concerne les exportations vers la Chine : de 607 M€ en 2015 (premier client de l'UE), la valeur a chuté à seulement 2,5 M€ en 2025, soit –99,6 %. Le pic avait atteint 1 290 M€ en 2017. En parallèle, Singapour (de 165 M€ à 1,8 M€, –98,9 %) et la Malaisie (de 114 M€ à quasiment zéro, –100 %) ont connu un effondrement similaire. Ces trois marchés asiatiques représentaient ensemble 868 M€ en 2015 et à peine 4,3 M€ en 2025.
| Destination | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 607 | 2,5 | –99,6 % |
| États-Unis | 200 | 168 | –16,2 % |
| Singapour | 165 | 1,8 | –98,9 % |
| Malaisie | 114 | 0 | –100 % |
| Gibraltar | 14 | 352 | +2 340 % |
| Royaume-Uni | 109 | 86 | –20,7 % |
| Indonésie | 0,1 | 0,4 | +223 % |
Source : Partenaires d'exportation
Gibraltar émerge comme un hub de redistribution atypique
En contrepoint de la chute vers l'Asie, les exportations vers Gibraltar ont bondi de 14 M€ à 352 M€ (+2 340 %). Cette évolution est probablement liée à la fonction de Gibraltar comme zone de stockage et de redistribution de produits pétroliers vers l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne. Le profil très volatile (de 100 € en 2017 à 352 M€ en 2025) et les coefficients de variation très élevés (CV = 1,13) suggèrent des opérations ponctuelles de grande taille plutôt qu'un flux commercial régulier.
La Turquie est devenue le premier fournisseur de l'UE, comblant le vide laissé par la Russie
Côté importations, la transformation est tout aussi radicale. La Turquie, qui fournissait 27 M€ en 2015 (quatrième fournisseur), a atteint 594 M€ en 2025 (+2 062 %), devenant le premier partenaire d'importation devant le Royaume-Uni. La croissance s'est accélérée après 2019, avec un bond de 451 M€ en 2019 à 698 M€ en 2022 (pic historique).
| Fournisseur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 27 | 594 | +2 062 % |
| Royaume-Uni | 231 | 177 | –23,5 % |
| Russie | 200 | 0,09 | –100 % |
| Norvège | 48 | 20 | –58,9 % |
| États-Unis | 37 | 27 | –26,2 % |
| Azerbaïdjan | 0 | 34 | — |
| Pays non spécifiés | 27 | 210 | +691 % |
Source : Partenaires d'importation
L'éviction totale de la Russie constitue le choc d'approvisionnement majeur de la période
Les importations en provenance de Russie ont été quasiment anéanties : de 200 M€ et 435 kt en 2015, elles sont passées à 89 252 € en 2024 puis à zéro en 2025. L'analyse des chocs d'approvisionnement confirme qu'il s'agit d'une sortie quasi totale (–99,8 % par rapport à la moyenne 2015–2022 de 468 kt/an), intervenant principalement après 2022 dans le contexte des sanctions liées à l'invasion de l'Ukraine. Le volume résiduel de 2024 (124 t) et 2025 (0 t) confirme l'achèvement de cette déconnexion commerciale. La Russie représentait 19,5 % de la valeur des importations au cours de sa période de référence ; sa disparition a créé un déficit d'approvisionnement structurel que la Turquie et d'autres fournisseurs ont comblé partiellement.
La concentration des importations a nettement augmenté tandis que celle des exportations a diminué
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a progressé de 2 476 à 4 008 (+62 %), indiquant une concentration accrue des fournisseurs autour de la Turquie, du Royaume-Uni et de sources non spécifiées. À l'inverse, l'HHI des exportations a baissé de 2 441 à 1 794 (–27 %), reflétant une dispersion des destinations après la perte des marchés asiatiques. L'Azerbaïdjan (de 0 à 34 M€), Israël et la Corée du Sud ont contribué à diversifier le portefeuille d'importation, sans toutefois compenser entièrement le poids croissant de la Turquie.
Source : Concentration (HHI)
3. Volatilité des prix, vulnérabilité accrue et transformation structurelle de la position commerciale de l'UE
Le choc de prix de 2022 a amplifié les déséquilibres commerciaux sans pour autant perturber les volumes
L'année 2022 a été marquée par un choc de prix généralisé, visible aussi bien du côté des importations que des exportations. Les prix importés ont bondi de 921,87 €/t pour le Royaume-Uni et 1 003,44 €/t pour la Turquie en 2022, soit des anomalies de prix respectives de 107,8 % et 68,7 % au-dessus de la tendance 2020–2021. Ce choc de prix, de nature transitoire, reflète la crise énergétique mondiale consécutive au début du conflit en Ukraine et à la volatilité des cours du pétrole et des produits pétroliers.
Du côté des exportations, le choc le plus spectaculaire concerne Singapour, où le prix unitaire exporté a atteint 1 990 €/t en 2022 face à un volume quasi nul (37 t), soit une anomalie de 22,2 écarts-types — probablement un artefact statistique lié à la liquidation de contrats résiduels à des prix exceptionnels sur un volume marginal.
Les exportations vers les marchés tiers présentent une volatilité très supérieure à celle des importations
Les coefficients de variation des volumes exportés par partenaire révèlent une instabilité considérable :
| Partenaire (exportations) | CV du volume |
|---|---|
| Indonésie | 2,22 |
| Nigeria | 1,78 |
| Canada | 1,50 |
| Singapour | 1,48 |
| Chine | 1,42 |
| Émirats arabes unis | 1,21 |
| Malaisie | 1,17 |
| Gibraltar | 1,13 |
Source : Volatilité
La plupart des marchés d'exportation présentent un CV supérieur à 1, ce qui signifie que l'écart-type des volumes excède la moyenne — un signe de flux commerciaux sporadiques et dépendants de conditions de marché ponctuelles. À l'inverse, les importations proviennent de partenères plus stables : le Royaume-Uni (CV = 0,33), Israël (CV = 0,55) et l'Azerbaïdjan (CV = 0,60) offrent des flux relativement réguliers.
La dépendance nette aux importations s'est inversée en faveur de l'approvisionnement extérieur
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme le retournement structurel. De –40 % en 2015 (l'UE exportait deux fois plus qu'elle n'importait), il est passé à +17 % en 2025, avec un pic à +22 % en 2022. L'évolution de la propension à l'exporter (exportations rapportées à la production) est tout aussi révélatrice : de 61 % en 2015, elle a chuté à 34 % en 2025 (–45 %), avec un point bas à 22 % en 2023. L'intensité commerciale (somme des échanges rapportée à la production) a baissé de 71 % à 57 % (–19 %).
| Indicateur de vulnérabilité | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | –40,0 | +17,2 | +143 % |
| Intensité commerciale (%) | 70,8 | 57,0 | –19,4 % |
| Propension à exporter (%) | 61,2 | 33,6 | –45,0 % |
Sources : Dépendance nette · Intensité commerciale · Propension à exporter
La spécialisation au sein de l'UE est concentrée dans les pays nordiques et périphériques
La carte de spécialisation de 2025 révèle une hétérogénéité marquée entre États membres. La Suède (RSCA = 0,64, RCA = 4,62) et le Danemark (RSCA = 0,57, RCA = 3,69) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans ce produit, suivis de la Slovaquie, la Finlande et le Portugal. À l'inverse, la Roumanie (RSCA = –1,0), la Grèce (–1,0), la Croatie (–0,97) et la Slovénie (–0,97) sont structurellement non spécialisées. L'Allemagne, premier producteur en volume (24 % de la production UE, RCA = 1,13), affiche une spécialisation modeste (RSCA = 0,06), ce qui est cohérent avec le poids de son industrie chimique diversifiée.
Conclusion
L'analyse du commerce de l'UE pour le code CN 270750 sur la période 2015–2025 révèle une triple transformation. Premièrement, le retournement de la balance commerciale d'un excédent de 657 M€ à un déficit de 193 M€ traduit un affaiblissement structurel de la position exportatrice européenne, principalement causé par la perte quasi totale des marchés chinois, singapourien et malaisien. Deuxièmement, la reconfiguration des partenaires d'importation — avec l'ascension fulgurante de la Turquie et l'éviction de la Russie sous l'effet des sanctions — a accru la concentration des approvisionnements (HHI importations : +62 %) tout en diversifiant les destinations d'exportation (HHI exportations : –27 %). Troisièmement, les indicateurs de vulnérabilité confirment un basculement : l'UE dépend désormais du reste du monde pour satisfaire sa demande intérieure, avec une propension à exporter en recul de 45 %.
Ces évolutions s'inscrivent dans le contexte plus large de la décarbonation de l'industrie pétrochimique européenne, de la relocalisation des capacités de raffinage et de la crise géopolitique liée à la guerre en Ukraine. La production européenne a certes progressé (×1,5 en volume), mais cette croissance ne s'est pas traduite en exportations supplémentaires vers les pays tiers — signe que la demande intérieure et la réorientation vers des marchés à plus forte valeur ajoutée (benzène, toluène, xylènes) absorbent désormais l'essentiel de la production.