Évolution du marché : Naphta aromatique (CN 270750) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 270750 désigne les mélanges d'hydrocarbures aromatiques distillant ≥ 65 % de leur volume à 250 °C (ASTM D 86), à l'exclusion des produits de constitution chimique définie. Ce produit, rattaché au code PRODCOM 20.14.73.40, couvre notamment le naphtalène et d'autres mélanges aromatiques (hors benzène, toluène et xylène), à l'exception des huiles de créosote.
Au cours de la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de ses échanges de ce produit : passage d'une position de net exportateur à celle de net importateur, réorientation géographique massive des flux, montée en puissance de la Turquie et effondrement des débouchés asiatiques traditionnels. Ce rapport analyse ces dynamiques en trois volets.
1. Du statut de net exportateur à celui de net importateur : une inversion structurelle
1.1. Un solde commercial qui bascule dans le rouge
L'UE disposait en 2015 d'un excédent commercial confortable sur le segment 270750. Ce solde s'est progressivement détérioré jusqu'à devenir négatif :
| Indicateur | Début (2015) | Fin (2025) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 1 382 M€ | 1 003 M€ | −27,4 % |
| Importations (valeur) | 725 M€ | 1 196 M€ | +64,9 % |
| Solde commercial | +657 M€ | −193 M€ | −129,3 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
1.2. Des volumes en recul du côté des exportations, en hausse du côté des importations
L'écart se creuse également sur les volumes physiques :
| Flux | Début (2015) | Fin (2025) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (tonnes) | 2 645 217 t | 1 596 712 t | −39,6 % |
| Importations (tonnes) | 1 387 774 t | 1 793 624 t | +29,2 % |
Les exportations ont perdu près de 40 % de leur volume, tandis que les importations ont progressé de près de 30 %. La production intérieure de l'UE a quant à elle augmenté de 49,3 % en volume (de 2,68 Mt à 4,0 Mt) et de 84,6 % en valeur, suggérant que la demande domestique absorbe désormais une part croissante de la production locale.
Source : Production en volumes
1.3. L'indicateur de dépendance aux importations confirme le retournement
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −40,0 % en 2015 à +17,2 % en 2025. Une valeur négative indiquait un excédent structurel ; la valeur positive actuelle signifie que l'UE dépend désormais des approvisionnements extérieurs pour couvrir une fraction significative de sa consommation.
Parallèlement, la propension à exporter a chuté de 61,2 % à 33,6 % (−45,0 %), et l'intensité commerciale est passée de 70,8 % à 57,0 % (−19,4 %). L'UE exporte proportionnellement moins de sa production et échange relativement moins avec le reste du monde sur ce segment.
2. Réorientation géographique : l'effondrement des marchés asiatiques et la montée de la Turquie
2.1. Les destinations d'exportation traditionnelles s'effondrent
Les trois principaux débouchés d'exportation de l'UE en 2015 — la Chine, Singapour et la Malaisie — ont quasi-disparu en 2025 :
| Partenaire | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chine | 607 M€ | 2,5 M€ | −99,6 % |
| Singapour | 165 M€ | 1,8 M€ | −98,9 % |
| Malaisie | 114 M€ | 0,002 M€ | −100,0 % |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
Ces trois marchés représentaient ensemble près de 886 M€ en 2015. Leur effondrement reflète vraisemblablement la montée en capacité de production aromatique en Asie (Chine notamment), réduisant le besoin d'importer depuis l'Europe.
2.2. La Turquie devient le premier fournisseur de l'UE
Dans le même temps, les importations en provenance de Turquie ont connu une croissance spectaculaire :
| Partenaire | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Turquie | 27,5 M€ | 594 M€ | +2 062 % |
| Azerbaïdjan | 4,4 M€ | 33,8 M€ | +673 % |
Source : Principaux partenaires à l'importation
La Turquie est passée de fournisseur marginal à premier fournisseur de l'UE sur ce segment, avec une valeur multipliée par plus de 20. L'Azerbaïdjan a également renforcé significativement sa position.
2.3. L'arrêt des importations en provenance de Russie
Les importations depuis la Fédération de Russie sont passées de 200 M€ en 2015 à 89 252 € en 2025, soit une chute de 100 %. La Russie était le deuxième fournisseur de l'UE en 2015 ; sa quasi-disparition s'inscrit dans le contexte des sanctions commerciales liées au conflit russo-ukrainien et de la réorientation des flux énergétiques européens.
Ce vide a été partiellement comblé par la Turquie et, dans une moindre mesure, par l'Azerbaïdjan et la Norvège.
2.4. Redistribution des flux intra-UE : les Pays-Bas au cœur du dispositif
Du côté des États membres importateurs, les Pays-Bas dominent avec une croissance de +75,9 % (de 400 M€ à 704 M€), consolidant leur rôle de hub logistique. Chypre a connu une progression remarquable (+1 432 %), passant de 19 M€ à 292 M€. À l'exportation, la France a émergé comme acteur significatif (+63 268 %, de 0,2 M€ à 133 M€), tandis que les Pays-Bas ont perdu 78,6 % de leurs exportations vers les pays tiers.
3. Concentration accrue des approvisionnements et vulnérabilité aux chocs de prix
3.1. L'indice HHI révèle une concentration croissante des importations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur les importations a fortement augmenté :
| Indice HHI (valeur) | Début (2015) | Fin (2025) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 476 | 4 008 | +61,9 % |
| Exportations | 2 441 | 1 794 | −26,5 % |
Un HHI supérieur à 2 500 indique un marché modérément concentré ; au-delà de 4 000, la concentration est élevée. Les importations de l'UE sur ce segment sont désormais concentrées sur un nombre réduit de fournisseurs, principalement la Turquie, ce qui accroît la vulnérabilité aux chocs d'approvisionnement.
3.2. Une volatilité élevée sur plusieurs partenaires
Les barres de volatilité (coefficient de variation) révèlent des niveaux élevés sur plusieurs partenaires :
Partenaires d'importation les plus volatils :
| Partenaire | Coefficient de variation |
|---|---|
| Libye | 0,985 |
| Ukraine | 0,932 |
| Arabie saoudite | 0,920 |
| États-Unis | 0,806 |
| Turquie | 0,718 |
Partenaires d'exportation les plus volatils :
| Partenaire | Coefficient de variation |
|---|---|
| Indonésie | 2,217 |
| Nigéria | 1,779 |
| Canada | 1,503 |
| Singapour | 1,478 |
| Chine | 1,417 |
La volatilité extrême observée sur certains partenaires d'exportation (Indonésie, Singapour, Chine) est cohérente avec l'effondrement des flux vers ces destinations.
3.3. Des chocs de prix significatifs identifiés
Plusieurs événements de choc ont été détectés :
| Partenaire | Type | Flux | Année | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Singapour | Prix | Exportations | 2022 | +358,4 % | 16,4 % |
| Indonésie | Prix | Exportations | 2019 | +175,4 % | 6,5 % |
| Royaume-Uni | Prix | Exportations | 2022 | +95,5 % | 6,8 % |
Le choc de prix vers Singapour en 2022 (+358 %) et celui vers le Royaume-Uni la même année coïncident avec la crise énergétique mondiale liée au conflit en Ukraine, qui a provoqué des hausses généralisées des prix des hydrocarbures et de leurs dérivés.
3.4. La spécialisation de certains États membres offre des perspectives de diversification
L'analyse de spécialisation en 2025 révèle que plusieurs États membres disposent d'un avantage comparatif significatif (RSCA > 0) :
| État membre | RSCA | RCA |
|---|---|---|
| Suède | 0,644 | 4,619 |
| Danemark | 0,574 | 3,691 |
| Slovaquie | 0,423 | 2,467 |
| Finlande | 0,391 | 2,286 |
| Portugal | 0,332 | 1,995 |
En revanche, la Roumanie (RSCA = −1,0), la Grèce (−1,0), la Croatie (−0,972) et la Slovénie (−0,970) n'exportent quasiment pas ce produit, ce qui suggère des capacités de production ou de transformation limitées sur ce segment.
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant structurel pour le marché européen du naphta aromatique (CN 270750). L'Union européenne est passée d'une position confortable de net exportateur (excédent de 657 M€ en 2015) à celle de net importateur (déficit de 193 M€ en 2025), sous l'effet combiné de l'effondrement des débouchés asiatiques (Chine, Singapour, Malaisie : −99 à −100 %) et de la disparition des approvisionnements russes.
La Turquie a émergé comme le principal bénéficiaire de cette réorientation, devenant le premier fournisseur de l'UE avec une croissance de plus de 2 000 %. Toutefois, cette concentration accrue des importations (HHI passé de 2 476 à 4 008) constitue un facteur de vulnérabilité, d'autant que la volatilité des prix reste élevée sur plusieurs partenaires et que des chocs significatifs ont été observés en 2019 et 2022.
La hausse de la production intérieure (+49 % en volume) ne suffit pas à compenser le déficit croissant, tandis que la propension à exporter de l'UE a diminué de moitié. La capacité de certains États membres (Suède, Danemark, Slovaquie, Finlande, Portugal) à se spécialiser sur ce segment pourrait constituer un levier de rééquilibrage, à condition que les politiques industrielles européennes soutiennent le développement de capacités de production et de transformation aromatiques.