Évolution du marché : Instruments et appareils pour la mesure ou le contrôle de la pression des liquides ou des gaz (à l'excl. des instruments et appareils pour la régulation ou le contrôle automatiques) (CN 902620) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les instruments et appareils de mesure ou de contrôle de la pression des liquides ou des gaz (code combiné 902620) sur la période 2015–2025. Ce secteur, qui englobe notamment les capteurs de pression électroniques, les manomètres mécaniques et d'autres instruments de mesure, est un segment stratégique pour l'industrie européenne, présent dans des chaînes de valeur critiques comme l'énergie, l'automobile, l'aéronautique et l'industrie de process. Entre 2015 et 2025, le marché européen a connu une trajectoire de croissance soutenue, mais marquée par des chocs exogènes et des reconfigurations géographiques significatives. Ce rapport s'appuie sur les données commerciales agrégées pour décrire et interpréter les principales dynamiques observées.
Une croissance commerciale vigoureuse portée par la demande mondiale et l'innovation
Un quasi-doublement de la valeur échangée en une décennie
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en instruments de mesure de pression a connu une expansion remarquable. La valeur des exportations a progressé de 54,3 %, passant de 1,43 milliard d'euros à 2,20 milliards d'euros, tandis que les importations ont crû de 46,8 %, passant de 1,14 milliard à 1,68 milliard d'euros. Cette croissance s'est accompagnée d'une amélioration de la balance commerciale de l'UE, qui est passée de 284 millions d'euros en 2015 à 526 millions d'euros en 2025, soit une progression de 84,8 % (aperçu général du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (Mds€) | 1,43 | 2,20 | +54,3 % |
| Importations (Mds€) | 1,14 | 1,68 | +46,8 % |
| Solde commercial (M€) | 284 | 526 | +84,8 % |
Une progression des volumes plus modérée que celle des valeurs
La croissance en valeur masque une dynamique des volumes plus contenue. Les exportations en quantité n'ont progressé que de 21,5 % (de 9 207 à 11 183 tonnes), tandis que les importations ont augmenté de 20,4 % (de 11 196 à 13 476 tonnes). L'écart entre la croissance des valeurs et celle des volumes traduit une hausse significative des prix unitaires : les prix moyens à l'exportation ont augmenté de 27,3 % (de 154 753 à 196 966 €/tonne) et les prix moyens à l'importation de 22,0 % (de 102 103 à 124 546 €/tonne). Cette tendance suggère un déplacement du mix produit vers des segments à plus forte valeur ajoutée, notamment les instruments électroniques (aperçu général).
Une production européenne en forte reprise après la crise de 2020
La production de l'UE dans ce segment a connu une trajectoire particulièrement dynamique. La valeur de la production a progressé de 125 % entre 2015 (1,57 milliard €) et 2024 (2,03 milliards €), avec un pic à 2,38 milliards € en 2023. En volume, la production a même augmenté de 174 %, passant de 72 770 tonnes en 2015 à 228 125 tonnes en 2024. La pandémie de Covid-19 a constitué un point d'inflexion : après un recul de la production en 2020, la reprise a été vigoureuse, portée par la demande de capteurs pour les équipements médicaux et industriels (volumes de production de l'UE).
Reconfiguration des flux commerciaux sous l'effet de chocs géopolitiques et de repositionnements stratégiques
Les États-Unis et la Chine, partenaires dominants mais aux trajectoires divergentes
Les États-Unis et la Chine sont restés les deux principaux partenaires commerciaux de l'UE tout au long de la période, mais leurs trajectoires ont divergé. À l'exportation, les ventes vers les États-Unis ont progressé de 71,1 % (de 270 à 463 millions €), tandis que celles vers la Chine ont augmenté de 60,3 % (de 240 à 385 millions €). À l'importation, la Chine a connu la plus forte progression parmi les principaux partenaires : ses livraisons vers l'UE ont bondi de 134,3 % (de 165 à 386 millions €), dépassant les États-Unis (375 millions € en 2025). La Suisse est également un fournisseur important (220 millions €), avec une croissance de 49,5 % (principaux partenaires par valeur).
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 165 | 386 | +134,3 % |
| États-Unis | 208 | 375 | +80,1 % |
| Suisse | 147 | 220 | +49,5 % |
| Mexique | 105 | 182 | +72,5 % |
| Japon | 103 | 94 | -8,7 % |
L'effondrement des exportations vers la Russie, marqueur d'un choc géopolitique majeur
L'événement le plus spectaculaire de la période est l'effondrement quasi total des exportations de l'UE vers la Fédération de Russie à partir de 2022. Après des volumes stables autour de 412 tonnes en moyenne sur 2015–2021, les quantités exportées vers la Russie se sont effondrées à 0,17 tonne en 2024–2025, soit une chute de 99,7 % par rapport à la baseline. Les prix unitaires restants ont été multipliés par près de 3 (de 140 516 à 421 163 €/tonne), suggérant que seuls des équipements de niche ou de haute valeur ont continué à être livrés, probablement dans des cadres dérogatoires aux sanctions. Ce choc constitue un événement d'approvisionnement (supply shock) de premier ordre (événements de chocs).
Des chocs de prix récurrents sur certaines lignes d'approvisionnement
L'analyse de la volatilité révèle plusieurs événements de prix significatifs. Les importations en provenance du Mexique ont subi un choc de prix en 2017 (+66,7 %) combiné à une contraction des volumes de -41,3 %, probablement lié à des changements structurels dans la production locale. Les importations japonaises ont connu un choc similaire en 2023 (+77,2 % en prix, -45,7 % en volume), traduisant possiblement une montée en gamme ou des perturbations logistiques. Du côté des exportations, les ventes vers l'Arabie saoudite ont connu un pic de prix de +118,6 % en 2019, suggérant une forte demande pour des équipements de haute technologie liés aux projets d'infrastructure du royaume (volatilité et chocs).
Une concentration des importations en hausse, reflétant la montée en puissance de l'Asie
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 26,2 %, passant de 1 155 à 1 458, indiquant une légère concentration croissante des sources d'approvisionnement. Cette évolution est principalement portée par la montée en puissance de la Chine, dont la part dans les importations de l'UE a fortement progressé. À l'exportation, la concentration est restée plus stable (HHI passant de 904 à 958, soit +6,1 %), ce qui reflète une diversification géographique relativement préservée (concentration HHI).
Une spécialisation européenne différenciée et des défis d'autonomie persistants
L'Allemagne, pilier incontesté de la chaîne de valeur européenne
L'Allemagne domine massivement le secteur au sein de l'UE, tant en production qu'en commerce. En 2025, elle représentait 50,8 % de la production de l'UE en valeur et 58,4 % des exportations extra-européennes (1,28 milliard €), avec une progression de 46,2 % depuis 2015. Côté importations, l'Allemagne a accru ses achats de 62,0 % pour atteindre 848 millions €. La France se distingue par une forte progression des importations (+160,7 %), tandis que l'Italie a connu une embellie remarquable à l'exportation (+143,2 %). Le Danemark et la Belgique ont également connu des croissances export très dynamiques (+98,5 % et +107,9 % respectivement) (principaux pays de l'UE par valeur).
| Pays de l'UE | Exportations 2025 (M€) | Variation 2015–2025 | Importations 2025 (M€) | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 1 284 | +46,2 % | 848 | +62,0 % |
| France | 202 | -2,8 % | 274 | +160,7 % |
| Italie | 138 | +143,2 % | 68 | +61,9 % |
| Pays-Bas | 106 | +38,3 % | 108 | -64,2 % |
| Danemark | 60 | +98,5 % | 36 | +48,3 % |
Une spécialisation géographique très inégale au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) montre une spécialisation très concentrée géographiquement. En 2025, seuls quelques États membres présentent un avantage comparatif significatif : la Bulgarie (RSCA = 0,65), la Roumanie (0,44) et l'Allemagne (0,41) sont les plus spécialisés. À l'inverse, Chypre (RSCA = -0,89), l'Irlande (-0,88) et la Grèce (-0,83) sont les moins spécialisés. Cette polarisation s'explique par la concentration des capacités de production dans les grands pays industriels et par l'implantation de chaînes de sous-traitance dans certains pays d'Europe de l'Est (spécialisation des pays de l'UE).
Le segment électronique, moteur de la valeur ajoutée
La décomposition par sous-segments révèle que les instruments électroniques (CN 90262020) dominent largement les échanges. En 2025, ils représentaient 56,1 % des importations en valeur (1,24 milliard €) et 78,5 % des exportations (1,73 milliard €). Les prix unitaires de ce segment sont nettement supérieurs : 174 006 €/tonne à l'importation et 246 543 €/tonne à l'exportation, contre respectivement 72 975 €/tonne et 132 216 €/tonne pour les instruments non électroniques (CN 90262080). Les manomètres mécaniques (CN 90262040) occupent une position plus marginale avec des prix unitaires plus bas (59 861 €/tonne à l'importation). Cette structure confirme la montée en gamme de l'offre européenne (ventilation par segment de produit).
Une dépendance nette à l'importation qui s'est creusée avant de se stabiliser
Le taux de dépendance nette aux importations a connu une trajectoire erratique. Après un léger excédent en 2003 (+1,7 %), il s'est creusé jusqu'à un maximum de -55,0 % en 2013, avant de se stabiliser autour de -37 % en 2025. Parallèlement, la propension à l'exportation a progressé de manière spectaculaire, passant de 43,1 % en 2003 à 106,5 % en 2025, ce qui signifie que l'UE exporte désormais plus que sa production domestique en valeur. Cette évolution traduit à la fois la forte intégration du secteur dans les chaînes de valeur mondiales et la compétitivité retrouvée de l'industrie européenne dans ce segment (indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité).
Conclusion
Le marché européen des instruments de mesure de pression des liquides et gaz a démontré une résilience remarquable sur la période 2015–2025, affichant une croissance de plus de 50 % en valeur malgré les chocs successifs de la pandémie et des tensions géopolitiques. L'UE a renforcé sa position d'exportateur net, portée par la compétitivité de son industrie et une montée en gamme vers des segments à forte valeur ajoutée, notamment électroniques. Cependant, plusieurs fragilités demeurent : la concentration géographique de la production au sein de l'UE (l'Allemagne représentant plus de la moitié), la dépendance croissante aux importations chinoises, et l'effondrement des flux commerciaux avec la Russie qui a redessiné la carte des échanges. À l'horizon, les défis pour l'industrie européenne résident dans le maintien de sa compétitivité technologique face à la montée en puissance des fournisseurs asiatiques et dans la diversification de ses partenaires commerciaux pour réduire les vulnérabilités d'approvisionnement.