Évolution du marché : Appareils de mesure pour liquides ou gaz (CN 902680) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays extérieurs pour le code nomenclature combinée 902680, qui couvre les instruments et appareils pour la mesure et le contrôle des caractéristiques variables des liquides ou des gaz (hors débit, niveau et pression, déjà classés aux positions 902610, 902620). La période analysée s'étend de 2015 à 2025 et révèle des dynamiques contrastées : une hausse structurelle de la valeur des échanges masquant une divergence profonde entre volumes exportés en recul et prix unitaires en forte progression, le tout dans un contexte de montée en puissance de l'Asie comme zone d'approvisionnement.
La base de données peut être consultée sur le tableau de bord général du produit CN 902680.
1. Une UE durablement excédentaire, mais un avantage qui se réduit sensiblement
1.1. Le commerce total des instruments de mesure (902680) reste en croissance nominale
Sur la période 2015–2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a progressé de 6,5 %, passant de 755 M€ à 805 M€. Les importations ont connu une hausse bien plus marquée, de +36,7 %, passant de 464 M€ à 635 M€. Le déficit consécutif à l'érosion du solde commercial a été significatif :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 755 | 805 | +6,5 |
| Importations (valeur, M€) | 464 | 635 | +36,7 |
| Solde commercial (M€) | 291 | 170 | −41,5 |
La vue d'ensemble des échanges confirme que l'UE demeure excédentaire toute la période, mais que l'avantage s'est amputé de 121 M€ entre 2015 et 2025.
1.2. Le décalage entre volumes et prix révèle un mouvement vers le haut de gamme
L'évolution des exportations est marquée par un paradoxe apparent : les volumes exported baissent de 42,5 % (de 8 028 t à 4 617 t) tandis que la valeur augmente de 6,5 %. Cela s'explique par une hausse très prononcée du prix moyen à l'exportation, qui passe de 94 000 €/t à 174 000 €/t, soit une progression de 85,2 %.
Côté importations, les volumes progressent de 28,1 % (de 3 725 t à 4 773 t), mais la valeur n'augmente que de 36,7 %, ce qui correspond à une hausse des prix modeste (+6,6 %, de 124 567 €/t à 132 847 €/t).
| Flux | 2015 | 2025 | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations — volume (t) | 8 028 | 4 617 | −42,5 |
| Exportations — prix moyen (€/t) | 93 972 | 174 015 | +85,2 |
| Importations — volume (t) | 3 725 | 4 773 | +28,1 |
| Importations — prix moyen (€/t) | 124 567 | 132 847 | +6,6 |
Ce phénomène suggère un repositionnement qualitatif des exportations européennes vers des produits à plus forte valeur ajoutée (notamment la sous-position électronique, 90268020), tandis que l'UE s'approvisionne en volumes croissants à des prix plus compétitifs auprès de fournisseurs asiatiques.
1.3. La dépendance nette aux importations se creuse progressivement
L'indicateur de dépendance nette aux importations (part des importations dans la consommation apparente nets des réexportations) a évolué de −33,7 % à −12,9 %, ce qui confirme que l'UE reste exportatrice nette, mais avec une dynamique de convergence marquée. L'écart de 21 points de pourcentage entre la première et la dernière valeur (une amélioration de 61,9 %) témoigne d'une perte d'autonomie relative.
Le graphique de dépendance nette aux importations permet de visualiser cette trajectoire.
2. Une réorientation géographique des flux : la montée en puissance de l'Asie
2.1. La Chine et la Thaïlande, nouveaux hubs d'approvisionnement
L'analyse des partenaires à l'importation met en évidence un changement structurel dans l'origine des approvisionnements européens. Trois dynamiques se distinguent :
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 25 | 106 | +330,6 |
| Thaïlande | 7 | 27 | +264,7 |
| Suisse | 144 | 225 | +56,0 |
| États-Unis | 139 | 102 | −26,6 |
| Royaume-Uni | 74 | 73 | −2,3 |
| Japon | 23 | 28 | +22,6 |
| Malaisie | 10 | 11 | +5,5 |
Les partenaires clés à l'importation révèlent que la Chine a multiplié ses ventes vers l'UE par 4,3 sur la décennie, et la Thaïlande par 3,6. À l'inverse, les importations en provenance des États-Unis ont reculé de 26,6 %. La Suisse demeure de loin le premier fournisseur (225 M€ en 2025), avec une croissance régulière, probablement liée à la complémentarité industrielle suisse dans les instruments de haute précision.
2.2. Les exportations se diversifient, avec une part croissante vers l'Inde
Du côté des marchés de destination des exportations européennes, les dynamiques sont variées :
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 114 | 145 | +27,4 |
| Royaume-Uni | 72 | 85 | +17,8 |
| Inde | 22 | 47 | +112,9 |
| Suisse | 26 | 38 | +43,9 |
| Chine | 117 | 106 | −8,8 |
| Turquie | 42 | 29 | −32,6 |
| Serbie | 10 | 4 | −57,0 |
L'Inde se démarque avec une multiplication par 2,1 de ses achats à l'UE, reflétant probablement la croissance de son secteur industriel et la demande accrue pour des instruments de mesure. Les États-Unis demeurent le premier client de l'UE (145 M€ en 2025), tandis que les exportations vers la Turquie et la Serbie ont fortement reculé. Les partenaires clés à l'exportation offrent une vision complète.
2.3. Une concentration à l'importation en légère baisse, des exportations plus concentrées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a baissé de 2 200 à 1 982 (−9,9 %), signe que l'approvisionnement se diversifie progressivement, notamment grâce à l'émergence de la Chine, de la Thaïlande et de la Malaisie. En revanche, l'HHI des exportations est resté plus bas (de 708 à 766) mais a progressé de 8,1 %, indiquant une concentration accrue des ventes sur un nombre plus restreint de marchés.
Le graphique de concentration HHI illustre cette évolution en valeur et en volume.
3. Une production européenne en forte croissance, portée par la montée en gamme électronique
3.1. La production intra-européenne a connu une expansion remarquable
Les données de production PRODCOM montrent une progression spectaculaire de la production européenne de la position 902680 :
| Indicateur | Première valeur | Dernière valeur | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Volume de production (millions de pièces) | 16,1 | 30,0 | +86,6 |
| Valeur de production (M€) | 877 | 2 115 | +141,2 |
La valeur de production a été multipliée par 2,4 entre 2015 et 2025, alors que les volumes n'ont augmenté que de 86,6 %, ce qui confirme une forte augmentation de la valeur unitaire des produits fabriqués dans l'UE. Cette dynamique est cohérente avec le repositionnement vers des instruments électroniques à plus haute valeur ajoutée. Les données de production en volume et de valeur de production sont consultables sur le tableau de bord.
3.2. Les sous-produits mettent en évidence une polarisation entre instruments électroniques et non électroniques
La répartition par sous-position CN (90268020 pour les instruments électroniques, 90268080 pour les non-électroniques) révèle des trajectoires nettement divergentes :
Importations (quantité, en tonnes)
| Sous-produit | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Instruments électroniques (90268020) | 2 076 | 3 217 | +54,9 |
| Instruments non électroniques (90268080) | 1 648 | 1 553 | −5,8 |
Exportations (quantité, en tonnes)
| Sous-produit | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Instruments électroniques (90268020) | 4 274 | 3 722 | −12,9 |
| Instruments non électroniques (90268080) | 3 754 | 894 | −76,2 |
Les données segmentées par sous-produit montrent que les exportations d'instruments non électroniques (90268080) se sont effondrées en volume (−76,2 %), tandis que les volumes exportés d'instruments électroniques ont mieux résisté (−12,9 %). À l'import, l'électronique progresse fortement (+54,9 %) tandis que le non-électronique stagne. Cela suggère que l'UE conserve un avantage comparatif dans le segment électronique tout en délaisse progressivement le segment non électronique à faible valeur ajoutée.
3.3. L'Allemagne concentre près de la moitié de la production et domine les échanges
Les État membres les plus spécialiséss dans le secteur 902680 sont :
| État membre | RSCA (2025) | Part dans la production UE (%) |
|---|---|---|
| Danemark | +0,544 | 5,8 |
| Allemagne | +0,363 | 45,3 |
| Bulgarie | +0,247 | 1,0 |
| Tchéquie | +0,191 | 7,1 |
| France | +0,013 | 8,0 |
L'Allemagne domine massivement, avec 45,3 % de la production et 399 M€ d'exportations en 2025 (+18,9 % par rapport à 2015). À l'importation, l'Allemagne a vu ses achats augmenter de 88,5 % (de 184 M€ à 347 M€), confirmant son rôle de hub logistique et de transformation. Le Danemark affiche le plus fort coefficient de spécialisation (RSCA = 0,544), avec des exportations en progression de 62,2 %.
La Pologne se distingue par une hausse exceptionnelle de ses importations (+140,9 %), probablement liée au développement de capacités industrielles dans le pays.
Conclusion
Le marché des instruments de mesure pour liquides ou gaz (CN 902680) se caractérise, entre 2015 et 2025, par trois tendances structurantes :
-
Une montée en gamme incontestable : les exportations européennes ont perdu près de la moitié de leur volume mais ont maintenu leur valeur, portées par une hausse de 85 % du prix moyen. La sous-position électronique (90268020) concentre une part croissante de la production et des flux, confirmant l'orientation de l'industrie européenne vers des produits à haute valeur ajoutée.
-
Une réorientation géopolitique de l'approvisionnement : la Chine a consolidé sa position de second fournisseur (derrière la Suisse), avec une multiplication par plus de 4 de ses expéditions vers l'UE. La Thaïlande et la Malaisie émergent également, tandis que les importations en provenance des États-Unis déclinent. Cette diversification se traduit par une légère déconcentration des sources d'approvisionnement (HHI à la baisse).
-
Une perte d'autonomie relative : malgré un excédent commercial qui persiste sur toute la période, le solde s'est réduit de 41,5 % et le taux de dépendance nette aux importations est passé de −33,7 % à −12,9 %. L'UE demeure compétitive grâce au leadership allemand, danois et tchèque, mais la dynamique actuelle suggère un rééquilibrage progressif.
Ces évolutions devront être surveillées dans le contexte de l'accélération de la numérisation industrielle (IoT, industrie 4.0), qui est source d'une demande accrue pour des instruments de mesure électroniques intelligents : segment où l'UE dispose encore d'un avantage, mais où la concurrence asiatique se renforce rapidement.