Évolution du marché : Imagerie par résonance magnétique (CN 901813) — 2015–2025
Introduction
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) constitue un segment stratégique de l'industrie des équipements médicaux. Au cours de la période 2015–2025, les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code 901813 — Appareils de diagnostic par visualisation à résonance magnétique ont connu des transformations significatives. L'UE demeure un exportateur net, avec un excédent commercial de 796 millions d'euros en 2025, mais cet excédent s'est réduit de 8,3 % par rapport à 2015 (868 M€). Parallèlement, les importations comme les exportations ont connu une croissance soutenue en volume (+39,8 % et +27,6 % respectivement), tandis que les prix unitaires tendent à la baisse. Ce rapport propose une analyse détaillée des dynamiques structurelles, géographiques et conjoncturelles qui ont façonné ce marché sur une décennie.
1. Une croissance volumétrique vigoureuse masquant une érosion des prix
1.1. L'UE affirme son statut de grand exportateur, mais l'écart se réduit
Sur l'ensemble de la période, l'UE a enregistré une croissance tant à l'export qu'à l'import. Les exportations ont progressé de 14,1 % en valeur (de 1 737 M€ à 1 982 M€) et de 27,6 % en volume (de 16 405 à 20 931 tonnes), tandis que les importations ont augmenté de 36,5 % en valeur (de 869 M€ à 1 186 M€) et de 39,8 % en volume (de 13 013 à 18 191 tonnes). La croissance des importations a donc nettement dépassé celle des exportations, ce qui explique la contraction de l'excédent commercial de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 737 | 1 982 | +14,1 % |
| Exportations (volume, t) | 16 405 | 20 931 | +27,6 % |
| Importations (valeur, M€) | 869 | 1 186 | +36,5 % |
| Importations (volume, t) | 13 013 | 18 191 | +39,8 % |
| Solde commercial (M€) | 868 | 796 | −8,3 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
1.2. Une tendance baissière des prix unitaires à l'export comme à l'import
Un phénomène notable réside dans la divergence entre la dynamique des volumes et celle des valeurs. Le prix moyen à l'export a reculé de 10,6 % sur la période (de 105 873 à 94 681 €/t), tandis que le prix moyen à l'import n'a diminué que de 2,4 % (de 66 744 à 65 170 €/t). L'écart de prix entre exportations et importations — les machines exportées par l'UE étant systématiquement plus chères que celles importées — traduit une spécialisation européenne sur des équipements à haute valeur ajoutée, mais l'érosion des prix à l'export suggère un accroissement de la pression concurrentielle internationale.
1.3. Un déficit de dépendance aux importations en net recul
L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de −37,9 % à −17,1 % (variation de +55 %). Une valeur négative signifie que l'UE exporte davantage qu'elle n'importeproduit par rapport à sa production domestique. Le rapprochement vers zéro indique que l'avantage net de l'UE se réduit progressivement, même si elle reste structurellement exportatrice. En parallèle, la propension à l'exporter a bondi de 104,6 % à 160,8 % (+53,7 %), indiquant que l'industrie européenne exporte une part croissante de sa production — signe d'une intégration accrue dans les chaînes de valeur mondiales.
2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux
2.1. La Chine, moteur des importations européennes en forte croissance
L'évolution la plus marquante côté importations est la montée en puissance de la Chine. En valeur, les importations en provenance de Chine ont bondi de 102 M€ à 269 M€ (+164,7 %), faisant de la Chine le troisième fournisseur de l'UE. Ce mouvement s'inscrit dans la stratégie chinoise de développement d'une industrie d'IRM nationale, portée notamment par des acteurs comme United Imaging ou Mindray, qui proposent des équipements à des prix compétitifs.
| Fournisseur de l'UE | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| United Kingdom | 247 | 397 | +61,1 % |
| United States | 459 | 353 | −23,3 % |
| China | 102 | 269 | +164,7 % |
| India | 2 | 85 | +3 917,8 % |
| Japan | 30 | 34 | +14,3 % |
Source : Principaux partenaires — importations
2.2. L'Inde, émergence spectaculaire d'un nouveau partenaire
L'Inde affiche une progression stupéfiante des importations vers l'UE : de 2 M€ en 2015 à 85 M€ en 2025 (+3 917,8 %). Cela reflète la montée en capacité de l'industrie indienne d'équipements médicaux, encouragée par le programme gouvernemental « Make in India ». Du côté des exportations de l'UE vers l'Inde, la progression est également remarquable (+123,8 %, de 39 M€ à 87 M€), témoignant d'une demande indienne croissante pour des équipements haut de gamme européens. L'Inde apparaît ainsi comme un partenaire de plus en plus bidirectionnel.
2.3. Un déclin relatif des échanges avec les États-Unis et le Japon
À l'inverse, les importations de l'UE en provenance des États-Unis ont reculé de 23,3 % (de 459 M€ à 353 M€), bien que ce pays reste le premier fournisseur. Ce déclin peut refléter à la fois une saturation relative du marché et une concurrence accrue d'autres origines. Du côté des exportations, cependant, les États-Unis demeurent le premier client de l'UE avec 704 M€ (+37,8 %), confirmant l'attrait des équipements européens de haute technologie sur le marché américain.
Les exportations de l'UE vers le Japon ont quant à elles chuté de 44,3 % (de 133 M€ à 74 M€), probablement en raison du renforcement de la production domestique japonaise (Siemens Healthineers ayant des installations locales, et des acteurs comme Canon Medical ou Fujifilm consolidant leur position).
2.4. Une concentration des importations en recul, signe de diversification
L'indice de concentration HHI des importations a diminué de 29,6 % (de 3 758 à 2 646), indiquant une diversification significative des sources d'approvisionnement de l'UE. Les importations sont moins concentrées sur un petit nombre de fournisseurs (États-Unis, Royaume-Uni), ce qui réduit théoriquement la vulnérabilité de l'UE aux chocs d'approvisionnement. À l'export, le HHI a légèrement augmenté (+18,3 %, de 1 246 à 1 473), suggérant une légère concentration des débouchés européens.
3. Une industrie européenne en pleine restructuration autour de l'Allemagne
3.1. L'Allemagne, pilier incontesté de la production et de l'export
L'Allemagne domine massivement la production et l'exportation européenne d'IRM, conformément à la présence de Siemens Healthineers, l'un des trois leaders mondiaux du secteur. En 2025, l'Allemagne représentait 1 254 M€ d'exportations (+17,2 % vs 2015) et 553 M€ d'importations (+64,8 %). Son indice de spécialisation RSCA de 0,38 en 2025, le plus élevé de l'UE, confirme un avantage comparatif net.
| Pays de l'UE | Exportations 2025 (M€) | Part prod. IRM (RSCA) |
|---|---|---|
| Germany | 1 254 | 0,38 |
| Netherlands | 485 | 0,36 |
| France | 134 | 0,09 |
| Poland | 46 | −0,31 |
| Denmark | 19 | −0,34 |
Source : Spécialisation des pays de l'UE
3.2. L'émergence remarquable de la Pologne et du Danemark
Deux pays se distinguent par une progression spectaculaire de leurs exportations d'IRM :
- Pologne : les exportations ont bondi de 1,5 M€ à 46 M€ (+2 962 %), avec une production estimée qui a connu une croissance remarquable. La Pologne s'impose comme une plateforme de production et de réexportation au sein de l'UE, portée par des coûts compétitifs et l'implantation de sous-traitants.
- Danemark : les exportations sont passées de 2,3 M€ à 19 M€ (+734 %), reflétant possiblement la spécialisation dans des composants ou des équipements de niche (Philips ayant des activités au Danemark).
À l'inverse, la Belgique a vu ses exportations s'effondrer de 12,7 M€ à 0,9 M€ (−93,2 %), signalant un possible retrait ou restructuration d'activités de production sur son territoire.
3.3. Une production européenne en forte expansion
La production européenne estimée a connu une croissance remarquable : la valeur de production est passée d'environ 2,0 milliards à 4,0 milliards d'euros (+97,5 %). Cette dynamique confirme que l'industrie européenne de l'IRM reste compétitive à l'échelle mondiale, même face à la montée des acteurs asiatiques.
3.4. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements notables :
| Événement | Type | Flux | Centre | Décalage |
|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix | Importations | 2017 | +21,3 % |
| Chine | Prix | Exportations | 2022 | −5,1 % |
| Suisse | Prix | Exportations | 2017 | −26,9 % |
Le choc de prix à l'import depuis la Chine en 2017 (anomalie de 86,2 points) coïncide avec le début de la stratégie agressive de prix des fabricants chinois sur les marchés internationaux. En 2022, un choc de prix à l'export vers la Chine (−5,1 %) peut refléter les effets des confinements liés au Covid-19 et des perturbations logistiques.
Les partenaires les plus volatils côté importations sont l'Inde (coefficient de variation de 1,13), Singapour (1,13) et la Corée du Sud (1,05), tandis que les flux vers l'Iran (0,56) et l'Ukraine (0,48) présentent la plus forte volatilité à l'export — cette dernière s'expliquant vraisemblablement par le conflit armé débuté en 2022.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'IRM (CN 901813) a connu une croissance soutenue en volume, portée par la demande mondiale croissante d'équipements d'imagerie médicale. L'UE demeure un acteur majeur, avec une production qui a doublé en valeur et un excédent commercial persistant. Cependant, trois tendances structurelles méritent une attention particulière :
- L'érosion des prix à l'export (−10,6 %) suggère une intensification de la concurrence internationale, notamment venant de Chine et d'Inde.
- La reconfiguration géographique voit l'Asie (Chine, Inde) devenir un partenaire commercial de premier plan, tandis que l'influence relative des États-Unis et du Japon diminue côté importations.
- La concentration géographique de la production autour de l'Allemagne se maintient, mais l'émergence de la Pologne et du Danemark signale un début de redistribution au sein de l'UE.
La réduction de la dépendance nette aux importations (de −37,9 % à −17,1 %) et l'augmentation de la propension à exporter (de 105 % à 161 %) indiquent une intégration croissante de l'industrie européenne dans les chaînes de valeur mondiales. L'enjeu pour les prochaines années sera de maintenir l'avantage technologique européen face à la montée en gamme rapide des fabricants asiatiques.