Évolution du marché : Houille bitumineuse (CN 27011290) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne concernant la houille bitumineuse non agglomérée (code NC 27011290) sur la période 2015–2025. Ce produit, distinct de la houille à coke, constitue une catégorie majeure de combustible minéral. La période analysée couvre environ une décennie, marquée par des dynamiques profondes : la montée en puissance de la politique climatique européenne, la crise énergétique liée à la pandémie de COVID-19, puis surtout le choc géopolitique de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, qui a bouleversé les approvisionnements énergétiques du continent. L'analyse s'appuie sur les données commerciales de l'UE avec les pays tiers (Vue d'ensemble).
1. Un effondrement des importations masquant un redéploiement géographique majeur
1.1 Des importations en chute drastique sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les importations de houille bitumineuse par l'UE ont connu une contraction spectaculaire :
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mrd EUR) | 5,23 | 2,45 | −53,2 % |
| Volume (Mt) | 84,6 | 21,4 | −74,7 % |
| Prix unitaire (EUR/t) | 61,9 | 112,5 | +81,8 % |
Le volume importé a été divisé par près de quatre en une décennie. La valeur a reculé de moitié environ, atténuée par la forte hausse des prix unitaires qui a plus que compensé — en termes relatifs — la baisse des quantités. Le solde commercial reste structurellement déficitaire, passant de −5,2 Mrd EUR à −2,4 Mrd EUR, une amélioration de 54,1 % liée principalement à la contraction des volumes.
1.2 La disparition des importations en provenance de Russie
Le partenaire historique majeur, la Russie, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de manière totale :
| Partenaire | Valeur 2015 (Mrd EUR) | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Fédération de Russie | 1,98 | ~0 | −100,0 % |
| Colombie | 1,36 | 0,48 | −64,5 % |
| Afrique du Sud | 0,69 | 0,35 | −49,3 % |
| États-Unis | 0,59 | 0,40 | −31,6 % |
| Australie | 0,22 | 0,65 | +196,5 % |
| Kazakhstan | 0,03 | 0,44 | +1 373,0 % |
| Indonésie | 0,20 | 0,05 | −73,3 % |
(Source : Top partenaires par valeur)
La Russie, qui représentait près de 38 % de la valeur des importations de houille bitumineuse en 2015 (1,98 Mrd EUR sur 5,23 Mrd EUR), a totalement disparu des approvisionnements européens à partir de 2023. C'est la conséquence directe du huitième paquet de sanctions de l'UE adopté en octobre 2022, qui interdisait l'importation de charbon russe. L'impact est d'autant plus marqué que les volumes russes culminaient encore à 3,7 Mrd EUR de valeur en 2021, avant l'invasion de l'Ukraine.
1.3 La montée en puissance de fournisseurs alternatifs : Australie et Kazakhstan
Le retrait russe a provoqué un redéploiement des sources d'approvisionnement. Deux partenaires ont connu une croissance remarquable :
-
L'Australie a vu ses exportations vers l'UE passer de 219 M EUR en 2015 à 648 M EUR en 2025 (+196,5 %), devenant l'un des premiers fournitures. L'Australie est un producteur majeur de charbon thermique de haute qualité, bien positionné pour remplacer les volumes russes.
-
Le Kazakhstan affiche la progression la plus spectaculaire : de 30 M EUR à 437 M EUR (+1 373 %). Le pays, qui dispose de gisements importants et d'infrastructures de transport ferroviaire vers l'Europe via la Russie, a su capter une partie de la demande européenne, malgré les contraintes géopolitiques.
Ce mouvement illustre une diversification géographique des approvisionnements, conformément à l'objectif stratégique de l'Union européenne de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.
2. Une baisse structurelle de la demande européenne de charbon thermique
2.1 Les États membres réduisent massivement leurs importations
L'analyse des principaux importateurs européens révèle que tous les grands consommateurs historiques ont réduit leurs achats à l'extérieur de l'UE :
| État membre | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 1 341 | 728 | −45,7 % |
| Italie | 888 | 145 | −83,7 % |
| Allemagne | 699 | 398 | −43,1 % |
| Espagne | 618 | 183 | −70,4 % |
| France | 355 | 222 | −37,4 % |
| Pologne | 225 | 361 | +60,6 % |
| Belgique | 109 | 204 | +86,5 % |
L'Italie et l'Espagne ont connu les baisses les plus prononcées (−83,7 % et −70,4 % respectivement), cohérentes avec la sortie du charbon pour la production électrique dans ces pays. L'Allemagne et les Pays-Bas restent des importateurs importants mais en forte contraction.
À l'inverse, la Pologne (+60,6 %) et la Belgique (+86,5 %) ont augmenté leurs importations. Pour la Pologne, cela peut s'expliquer par le fait que, malgré l'abandon progressif du charbon, le pays reste un gros consommateur de charbon thermique et a dû réorienter ses achats après la perte des fournisseurs russes. La Belgique, qui dispose de centrales au charbon actives (notamment la centrale d'Engie à Rodenhuize), a peut-être constitué des stocks stratégiques ou adapté ses sources d'approvisionnement.
2.2 Un recul alimenté par la transition énergétique et les politiques climatiques
Le déclin des importations de houille bitumineuse s'inscrit dans le cadre plus large du déclin du charbon pour la production électrique en Europe. Ce phénomène, observé depuis plusieurs années, est accéléré par :
- Le renforcement du système communautaire d'échange de quotas d'émission (EU ETS), qui a rendu le charbon de plus en plus coûteux par rapport au gaz naturel et aux énergies renouvelables.
- Les plans nationaux de sortie du charbon dans plusieurs États membres (France, Italie, Royaume-Uni, etc.).
- L'augmentation massive de la capacité installée d'énergies renouvelables (solaire, éolien).
La baisse du volume importé de 84,6 Mt à 21,4 Mt (−74,7 %) est plus prononcée que la baisse de valeur (−53,2 %), car les prix unitaires ont fortement augmenté. Le passage de 61,9 EUR/t à 112,5 EUR/t (+81,8 %) reflète à la fois la tension sur les marchés mondiaux du charbon en 2021–2022 et le remplacement de fournisseurs à bas coût (Russie) par des sources plus coûteuses ou éloignées.
2.3 La concentration des importations diminue malgré le choc russe
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations a diminué de 2 443 à 1 890 (−22,6 %) entre 2015 et 2025, passant d'un niveau modérément concentré à un niveau plus diversifié. Cela signifie que les importations se répartissent désormais entre un plus grand nombre de partenaires, en cohérence avec la stratégie européenne de diversification. Cependant, le HHI avait atteint un pic très élevé de 5 544 en 2022, illustrant la concentration extrême sur la Russie juste avant l'effondrement des livraisons (Concentration).
3. Des exportations européennes marginales mais en forte croissance vers de nouvelles destinations
3.1 Une reprise significative des exportations de l'UE vers les pays tiers
Les exportations de l'UE, historiquement modestes en raison de son statut de grand importateur net, ont connu une reversion notable :
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 42,5 | 66,7 | +57,1 % |
| Volume (kt) | 417 | 663 | +58,9 % |
| Prix unitaire (EUR/t) | 101,8 | 100,6 | −1,1 % |
Les exportations ont augmenté de près de 60 % en valeur et en volume, restant cependant très faibles par rapport aux importations. Le solde commercial demeure très déficitaire (−2,4 Mrd EUR en 2025).
3.2 De nouveaux partenaires émergent : Ukraine et Chine
L'analyse des principaux partenaires à l'exportation révèle des dynamiques surprenantes :
| Destination | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 24,8 | 19,4 | −21,9 % |
| Ukraine | 0,3 | 24,1 | +9 007 % |
| Chine | 0,05 | 20,2 | +40 349 734 % |
| Turquie | 11,3 | 5,9 | −47,8 % |
| Égypte | 3,9 | 4,6 | +16,4 % |
| Sénégal | 0,02 | 4,4 | — |
| Maroc | 3,3 | 3,8 | +16,8 % |
-
L'Ukraine est devenue la première destination des exportations de houille bitumineuse de l'UE, passant de 0,3 M EUR à 24,1 M EUR. Ce phénomène est directement lié au conflit armé qui dévaste le pays depuis 2022 : la destruction des infrastructures énergétiques ukrainienness, la perte des mines du Donbass et la nécessité d'importer massivement du charbon pour maintenir la production électrique ont créé une demande urgente.
-
La Chine apparaît également comme une destination inattendue, avec des exportations passées de 50 EUR à 20,2 M EUR. Ce volume reste modeste en valeur absolue mais est très révélateur des tensions sur les marchés mondiaux.
-
Le Sénégal constitue une nouvelle destination, avec 4,4 M EUR en 2025 contre presque rien en 2015.
3.3 Des marchés d'exportation très volatils et des chocs de prix ponctuels
L'analyse de volatilité révèle que les flux d'exportation sont beaucoup plus volatils que les importations. Les coefficients de variation (CV) les plus élevés concernent :
- Bosnie-Herzégovine (CV = 1,53)
- Ukraine (CV = 1,15)
- Norvège (CV = 1,11)
- Maroc (CV = 0,98)
Trois chocs de prix ont été détectés :
| Destination | Année du choc | Type | Amplitude | Part de la valeur des exportations |
|---|---|---|---|---|
| Égypte | 2017 | Prix | +147,6 % | 3,7 % |
| Maroc | 2022 | Prix | +630,8 % | 15,0 % |
| Turquie | 2023 | Prix | +937,5 % | 11,4 % |
Le choc sur le Maroc en 2022 et sur la Turquie en 2023 sont particulièrement marquants. Ils coïncident avec la crise énergétique mondiale de 2022 (hausse des prix du gaz et du charbon) et les difficultés d'approvisionnement de ces pays. L'ampleur des hausses de prix à l'exportation (respectivement +631 % et +938 %) témoigne de la tension extrême sur les marchés mondiaux.
L'indice HHI des exportations a diminué de 3 651 à 2 333 (−36,1 %), indiquant une diversification progressive des destinations, à nouveau cohérente avec l'émergence de nouveaux partenaires comme l'Ukraine et la Chine (Concentration).
Conclusion
Le marché européen de la houille bitumineuse (CN 27011290) a connu une transformation radicale entre 2015 et 2025, sous l'effet conjugué de trois forces majeures :
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La transition énergétique, qui a réduit structurellement la demande européenne de charbon thermique, avec un recul des importations de près de 75 % en volume.
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Le choc géopolitique de la guerre en Ukraine, qui a provoqué l'exclusion totale de la Russie des approvisionnements européens et contraint l'UE à diversifier ses sources vers l'Australie (+196 %), le Kazakhstan (+1 373 %) et dans une moindre mesure la Colombie et l'Afrique du Sud.
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La réorientation des flux d'exportation, avec l'émergence de l'Ukraine comme premier client de l'UE pour ce produit (+9 007 %), en lien direct avec le conflit armé, et l'apparition de destinations inédites comme la Chine ou le Sénégal.
À moyen terme, la tendance baissière des volumes importés devrait se poursuivre, portée par l'abandon progressif du charbon dans le mix électrique européen. Cependant, la volatilité persistante des prix et la géopolitique énergétique pourraient continuer à générer des mouvements ponctuels de réapprovisionnement ou de réexportation. La houille bitumineuse, si elle sort progressivement du paysage énergétique européen, reste un marqueur des grandes tensions structurelles qui traversent les marchés mondiaux de l'énergie.