Évolution du marché : Graines de tournesol (CN 12060099) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code NC 12060099 — « Graines de tournesol, même concassées (à l'excl. des graines destinées à l'ensemencement, des graines décortiquées et des graines en coques striées gris et blanc) » — sur la période 2015–2025. Les données, tirées du Tableau de bord du commerce de l'UE, révèlent une transformation profonde du positionnement de l'UE sur ce marché : d'importateur net au début de la période, l'Union est devenue un exportateur net majeur, portée par une forte dynamique d'exportations et des changements structurels majeurs dans ses partenaires commerciaux.
1. Un retournement spectaculaire de la balance commerciale
L'UE passe d'un déficit à un excédent structurel
La période 2015–2025 se caractérise avant tout par un renversement complet du solde commercial de l'UE. En 2015, l'Union affichait un déficit de -17,9 millions d'euros. En 2025, ce solde s'établit à +281,3 millions d'euros, soit une amélioration de +1 672 %. Le point bas a été atteint au cours de la période avec un déficit record de -1,41 milliard d'euros, probablement lié aux pics d'importations depuis l'Ukraine entre 2021 et 2023. Ce retournement traduit une transformation structurelle de l'offre européenne de graines de tournesol.
Des exportations en forte croissance, tirées par les volumes et les prix
Les exportations de l'UE ont connu une progression remarquable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 81,7 | 573,8 | +602 % |
| Volume (kt) | 209,5 | 1 024,8 | +389 % |
| Prix moyen (€/t) | 390 | 560 | +44 % |
La hausse des prix moyens à l'exportation (+44 %) s'explique notamment par la conjoncture inflationniste post-2020 et par la crise énergétique et alimentaire de 2022. Le volume a été multiplié par près de cinq, ce qui indique un accroissement significatif des capacités de production ou de transit de l'UE.
Des importations plus volatiles, avec un pic exceptionnel en 2022–2023
Les importations ont suivi une trajectoire plus erratique :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min | Max | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 99,6 | 292,5 | 99,6 | 1 529,2 | +194 % |
| Volume (kt) | 234,0 | 468,6 | 234,0 | 2 270,2 | +100 % |
| Prix moyen (€/t) | 426 | 624 | 382 | 674 | +47 % |
Le volume maximal d'importations (2 270 kt) et la valeur maximale (1,53 milliard €) ont été atteints au cours de la période, sans doute en 2022, dans un contexte de rattrapage des approvisionnements et de tensions sur les marchés mondiaux des oléagineux liées au conflit russo-ukrainien.
2. Une reconfiguration géopolitique profonde des partenaires commerciaux
Le conflit en Ukraine bouleverse les flux d'importations
L'Ukraine est devenue le premier fournisseur de l'UE en graines de tournesol, avec un pic d'importations de 1,22 milliard d'euros au cours de la période, contre seulement 17,7 M€ en 2015. Cette progression explosive (+77 % sur la valeur première/dernière période, mais avec un maximum intermédiaire considérablement plus élevé) reflète à la fois les accords d'association commerciale UE-Ukraine et, surtout, la nécessité de désenclaver les exportations agricoles ukrainiennes après février 2022, via notamment les « corridors de solidarité » mis en place par l'UE. Toutefois, ce flux est extrêmement volatil, avec un coefficient de variation de 1,98, le plus élevé parmi les principaux partenaires d'importation.
La quasi-disparition des importations en provenance de Russie
Les importations depuis la Russie sont passées de 13,1 M€ en 2015 à environ 1 000 € en 2025, soit une chute de -100 %. Le maximum enregistré au cours de la période (171,1 M€) précède cette chute, ce qui suggère un effondrement lié aux sanctions commerciales imposées par l'UE à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Ce déclin a été partiellement compensé par la montée en puissance d'autres fournisseurs.
La Moldavie, l'Argentine et la Serbie comblent le vide
Trois partenaires ont nettement accru leur part dans les importations de l'UE :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Moldavie | 55,4 | 154,7 | +179 % |
| Argentine | 0,9 | 43,1 | +4 473 % |
| Serbie | 3,8 | 21,6 | +468 % |
La Moldavie s'est imposée comme un fournisseur stable (CV = 0,36), tandis que l'Argentine a connu une croissance spectaculaire, sans doute en réponse aux besoins de diversification de l'approvisionnement européen. La Serbie, pays candidat à l'UE, bénéficie d'un accès préférentiel au marché unique.
La Turquie devient le premier débouché à l'exportation
Le redéploiement des exportations de l'UE vers la Turquie est l'un des faits marquants de la période : la valeur est passée de 39,3 M€ à 540,5 M€ (+1 275 %), faisant de la Turquie le principal débouché extracommunautaire de l'UE pour ce produit. Parallèlement, des marchés autrefois significatifs — l'Afrique du Sud (-100 %) et le Maroc (-97,5 %) — se sont effondrés, probablement en raison de la concurrence d'autres origines et de la réorientation des flux vers le bassin méditerranéen oriental.
Une concentration croissante des exportations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a augmenté de 2 771 à 8 881 (+221 %), indiquant une concentration très forte des exportations sur un nombre limité de partenaires — principalement la Turquie. En revanche, le HHI des importations est resté plus modéré (3 267 en 2025, en légère baisse de -10 %), ce qui traduit une diversification géographique de l'approvisionnement.
3. Une spécialisation géographique concentrée au sein de l'UE
La Roumanie et la Bulgarie dominent le commerce intra-UE
Les indices d'avantage comparatif révélé (RCA) montrent une spécialisation très marquée des États membres d'Europe du Sud-Est :
| État membre | RCA (2025) | RSCA (2025) | Part dans les exports UE (2025) |
|---|---|---|---|
| Roumanie | 21,43 | 0,91 | 35,8 % |
| Bulgarie | 11,38 | 0,84 | 7,2 % |
| Croatie | 9,30 | 0,81 | 3,8 % |
| Hongrie | 5,80 | 0,71 | 15,6 % |
| Slovaquie | 3,78 | 0,58 | 8,0 % |
La Roumanie, avec un RCA de 21,43, se distingue nettement. Elle concentre à elle seule plus d'un tiers des exportations de l'UE et représente le premier importateur et le premier exportateur membre. Les valeurs d'exportation roumaines sont passées de 43,4 M€ à 385,7 M€ (+789 %). La Bulgarie suit avec 168,7 M€ d'exportations en 2025 (+684 %). Ces deux pays tirent parti de leurs conditions pédoclimatiques favorables au tournesol, culture dont l'Europe du Sud-Est est historiquement un bassin de production majeur.
Un marché d'importations dominé par la Roumanie, la Bulgarie et la France
Côté importations, la Roumanie et la Bulgarie figurent également en tête, mais la progression la plus spectaculaire revient à la France, dont les importations sont passées de 0,12 M€ à 31,6 M€ (+27 060 %), et au Portugal (+407 %) et à l'Espagne (+4 184 %). Cette dynamique suggère un développement de la filière tournesol dans le sud-ouest de l'Europe, potentiellement lié à la demande de l'industrie agroalimentaire (huile de tournesol) et à la réduction des approvisionnements traditionnels.
Une volatilité élevée sur les partenaires les plus sensibles
L'analyse de volatilité révèle que les partenaires les plus exposés aux fluctuations sont aussi ceux qui ont connu les ruptures les plus brutales. Le Kazakhstan (CV = 2,35) et la Russie (CV = 1,86) présentent une volatilité extrême côté importations, tandis que l'Égypte (CV = 2,66) et l'Afrique du Sud (CV = 2,28) affichent la plus forte instabilité côté exportations. Deux événements de choc ont été identifiés :
- Un choc de prix à l'importation depuis l'Ukraine en 2017 (degré d'anomalie : 9,3, hausse de +36,2 %), reflétant une tension ponctuelle sur l'offre ukrainienne.
- Un choc de prix à l'exportation vers le Pakistan en 2018 (anomalie : 3,8, hausse de +28,1 %), possible reflet d'une demande pakistanaise exceptionnelle.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des graines de tournesol (CN 12060099) a connu une transformation profonde. L'Union européenne est passée d'une position d'importateur net à celle d'exportateur net, avec un excédent de 281 M€ en 2025. Cette évolution s'explique par la convergence de trois dynamiques : (1) la montée en puissance des exportations vers la Turquie, devenue le premier débouché ; (2) la réorientation des importations, avec l'effondrement des flux russes post-sanctions et la montée de l'Ukraine, de la Moldavie et de l'Argentine ; et (3) la spécialisation croissante de la Roumanie et de la Bulgarie, qui jouent un rôle central tant à l'import qu'à l'export. Le conflit russo-ukrainien a agi comme un catalyseur majeur de ces reconfigurations, accélérant à la fois la diversification des approvisionnements et l'affirmation de l'UE comme acteur exportateur sur ce marché oléagineux. La concentration croissante des exportations sur la Turquie constitue toutefois un risque de dépendance qu'il convient de surveiller.