Évolution du marché : Glandes et autres organes, à usages opothérapiques, à l'état desséché, même pulvérisés; héparine et ses sels; autres substances humaines ou animales préparées à des fins thérapeutiques ou prophylactiques, n.d.a. (CN 300190) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 300190 regroupe une gamme de produits pharmaceutiques d'origine biologique — héparine et ses sels, glandes et organes à usages opothérapiques à l'état desséché, ainsi que d'autres substances d'origine humaine ou animale préparées à des fins thérapeutiques ou prophylactiques. Ce positionnement dans le chapitre 30 « Produits pharmaceutiques » en fait un segment stratégique à l'intersection des enjeux sanitaires et industriels.
Sur la période 2015–2025, les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde sur ce code ont connu des transformations profondes. Les importations ont chuté de 989,7 M€ à 595,0 M€ (−39,9 %), tandis que les exportations sont passées de 536,0 M€ à 341,3 M€ (−36,3 %). Le déficit commercial s'est néanmoins réduit de 453,7 M€ à 253,7 M€, soit une amélioration de 44,1 %. Ce rapport propose une analyse des dynamiques à l'œuvre en trois axes : l'évolution structurelle des volumes et des prix, la reconfiguration géographique des partenaires commerciaux, et la volatilité spécifique au segment de l'héparine.
I. Une contraction des volumes accompagnée d'une inflation des prix unitaires
L'effondrement des volumes importés contraste avec la relative stabilité des exportations
La dynamique la plus frappante de la période réside dans l'asymétrie entre l'évolution des volumes importés et exportés. En quantité, les importations de l'UE ont chuté de 3 567 unités (2015) à 695 unités (2025), soit une baisse de 80,5 %. Cette contraction, concentrée entre 2018 et 2019, coïncide avec une division par six des volumes en l'espace de deux ans.
| Indicateur | 2015 | 2018 | 2019 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Imports — quantité | 3 566,9 | 2 991,7 | 575,8 | 694,5 | −80,5 % |
| Exports — quantité | 361,5 | 268,9 | 213,4 | 227,4 | −37,1 % |
| Imports — valeur (M€) | 989,7 | 1 155,9 | 1 238,6 | 595,0 | −39,9 % |
| Exports — valeur (M€) | 536,0 | 499,1 | 658,2 | 341,3 | −36,3 % |
Sources : General Overview
La hausse spectaculaire des prix unitaires à l'importation traduit un changement de mix produit
Alors que les volumes importés se contractaient, la valeur totale des importations a continué de croître jusqu'en 2022 (1 513,1 M€), avant de refluer. Ce paradoxe s'explique par une hausse considérable des prix unitaires à l'importation : de 277 200 €/unité en 2015, le prix moyen a grimpé à 855 757 €/unité en 2025, soit une multiplication par 3,1 (+208,7 %). À l'exportation, le prix est resté plus stable, passant de 1 480 000 €/unité à 1 494 000 €/unité (+1,0 %).
Cette divergence suggère un rééquilibrage qualitatif des importations : l'UE importe désormais des volumes moindres mais de plus grande valeur unitaire, probablement concentrés sur des produits à haute valeur ajoutée (héparine de haute pureté, substances thérapeutiques spécialisées).
La production pharmaceutique européenne connaît une forte croissance
L'évolution de la valeur de production européenne sur le segment confirme cette dynamique de relocalisation. Passée de 674 M€ en 2003 à 2,8 Mds€ en 2024 (+315,6 %), la production intérieure a connu une accélération notable à partir de 2020 (2,5 Mds€), atteignant un pic à 3,3 Mds€ en 2022. Cette trajectoire, bien que les données de volume ne soient pas disponibles, indique une montée en puissance industrielle qui s'inscrit dans le mouvement plus large de réduction de la dépendance aux importations.
II. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux
Le déclin du rôle de Singapour et de la Chine dans les importations
La structure des partenaires à l'importation a été profondément remodelée. Singapour, premier fournisseur de l'UE avec 500,9 M€ en 2015, a vu ses livraisons fondre à 276,8 M€ en 2025 (−44,7 %). La Chine a connu une trajectoire en cloche : après un pic à 445,2 M€ en 2022, ses exportations vers l'UE ont chuté à 120,8 M€ en 2025 (−35,8 % par rapport à 2015). Le Royaume-Uni, affecté par le Brexit, a vu ses livraisons à l'UE s'effondrer de 14,9 M€ à 2,6 M€ (−82,7 %).
| Partenaire | 2015 | Pic observé | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Singapour | 500,9 M€ | 643,6 M€ (2021) | 276,8 M€ | −44,7 % |
| États-Unis | 250,1 M€ | 380,1 M€ (2022) | 147,0 M€ | −41,3 % |
| Chine | 188,3 M€ | 445,2 M€ (2022) | 120,8 M€ | −35,8 % |
| Brésil | 14,9 M€ | 48,9 M€ (2023) | 8,9 M€ | −40,4 % |
| Royaume-Uni | 14,9 M€ | 26,3 M€ (2020) | 2,6 M€ | −82,7 % |
Sources : Top partners by value — imports
La Chine, partenaire devenu concurrent majeur à l'exportation
Côté exportations, la trajectoire la plus remarquable est celle de la Chine : destination marginale en 2015 (2,4 M€), elle est devenue un marché de premier plan avec un pic à 117,0 M€ en 2022 (+285,1 % sur la période), avant de refluer à 9,1 M€ en 2025. Cette flambée puis ce repli sont probablement liés à la crise du COVID-19 et à la demande exceptionnelle en produits héparinés. La Turquie confirme sa montée régulière (de 5,5 M€ à 10,1 M€, +83,6 %), tandis que Singapour reste le premier débouché à l'exportation malgré une baisse de 372,7 M€ à 199,5 M€ (−46,5 %).
Une légère désagrégation de la concentration des échanges
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) témoigne d'une réduction progressive de la concentration. À l'importation, le HHI est passé de 3 569 (2015) à 3 193 (2025), soit −10,5 %. À l'exportation, la baisse est plus prononcée : de 4 977 à 3 571 (−28,2 %). Cette désagrégation indique une diversification des partenaires commerciaux, bien que la concentration reste élevée, Singapour et les États-Unis continuant de dominer les flux.
Une spécialisation européenne concentrée dans quelques États membres
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) en 2025 montre que la spécialisation de l'UE dans ce segment repose sur un petit nombre d'États membres :
| État membre | RSCA | RCA | Part de la production UE |
|---|---|---|---|
| Chypre | 0,619 | 4,245 | 0,1 % |
| Suède | 0,575 | 3,705 | 8,9 % |
| Pays-Bas | 0,531 | 3,263 | 47,4 % |
| Espagne | 0,517 | 3,138 | 18,2 % |
| Irlande | 0,449 | 2,629 | 5,5 % |
Sources : Most specialised reporters
Les Pays-Bas dominent avec près de la moitié de la production européenne, suivis par l'Espagne (18,2 %). La France et l'Allemagne, bien que figurant parmi les principaux États membres importateurs, n'affichent pas d'avantage comparatif significatif dans ce segment spécifique. La France a vu ses importations s'effondrer de 582,4 M€ à 93,2 M€ (−84,0 %), tandis que la Hongrie a consolidé sa position avec une hausse de 124,6 M€ à 196,2 M€ (+57,5 %).
III. L'héparine au cœur des dynamiques de prix et de volatilité
Le segment héparine domine les échanges et concentre les chocs
La décomposition par sous-position révèle la prédominance écrasante de l'héparine et de ses sels (CN 30019091). En 2025, ce segment représente 88,0 % de la valeur des importations (523,3 M€ sur 595,0 M€) et 75,1 % des exportations (256,5 M€ sur 341,3 M€).
| Sous-position | Imports 2015 (M€) | Imports 2025 (M€) | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 30019091 — Héparine et sels | 924,0 | 523,3 | 387,9 | 256,5 |
| 30019098 — Substances animales (excl. héparine) | 36,4 | 46,8 | 129,8 | 49,4 |
| 30019020 — Substances humaines | 42,4 | 29,0 | 18,4 | 35,5 |
Sources : Product segment breakdown
Les prix unitaires de l'héparine à l'exportation ont connu une trajectoire remarquable : de 1,36 M€/unité en 2015, ils ont culminé à 7,71 M€/unité en 2020 avant de refluer à 2,99 M€/unité en 2025, soit une multiplication par 2,2 sur la période. À l'importation, le prix de l'héparine a baissé de 2,84 M€/unité à 1,64 M€/unité (−42,3 %), tandis que les volumes ont légèrement fluctué autour de 310–400 unités.
Des chocs de prix majeurs affectent les relations avec le Brésil et les États-Unis
L'analyse de la volatilité révèle des événements de prix extrêmes sur les importations. Le choc le plus significatif concerne le Brésil : en 2019, les prix unitaires à l'importation ont bondi de +1 015 % par rapport à la baseline 2017–2018, passant de 13 463 €/unité à 150 107 €/unité. Ce choc, d'une anomalie de 428,3, s'est accompagné d'un effondrement des volumes (de 1 628 à 132 unités), avant une quasi-disparition des flux (80 unités en 2020, 31 en 2025). Le prix n'est jamais revenu à son niveau d'avant-choc, se stabilisant autour de 290 000 €/unité en 2025.
Les États-Unis ont connu un choc similaire mais de moindre amplitude en 2019 : les prix ont été multipliés par 7,1 (anomalie de 15,7), tandis que les volumes ont chuté de 1 515 à 211 unités (−86 %). Contrairement au Brésil, les volumes américains se sont partiellement rétablis (396 unités en 2025), mais les prix restent à un niveau élevé (370 859 €/unité en 2025 vs 179 068 €/unité avant le choc).
La volatilité à l'exportation illustre la sensibilité géopolitique du segment
Les chocs détectés à l'exportation révèlent une forte volatilité sur plusieurs partenaires. L'Égypte a connu un pic de prix de +1 902 % en 2023 (anomalie de 157,6), les volumes s'effondrant de 7,9 à 0,09 unité. La Biélorussie a connu une rupture quasi-totale des exportations à partir de 2022 (de 28,5 unités en 2021 à 0,01 unité en 2022), coïncidant avec les sanctions internationales. Le Royaume-Uni a subi un choc de prix de +275 % en 2019 (anomalie de 16,7), avec un effondrement volumique de 43 à 8 unités.
Le coefficient de variation des quantités confirme cette instabilité : le Royaume-Uni (CV = 1,96), le Brésil (CV = 1,28) et le Mexique (CV = 1,53) figurent parmi les partenaires les plus volatils à l'importation.
La dépendance nette aux importations se réduit progressivement
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme l'amélioration structurelle de la position de l'UE. Passé de 16,2 % en 2015 à 13,9 % en 2025 (−14,2 %), ce ratio avait atteint un pic de vulnérabilité à 31,2 % en 2011 avant de refluer. Le point bas de 8,4 % (2007) n'a pas été retrouvé, mais la tendance baissière depuis 2021 (17,1 %) suggère une consolidation de l'autonomie européenne dans ce segment.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une transformation profonde du marché européen du code NC 300190. Trois tendances majeures se dégagent : premièrement, une contraction massive des volumes importés (−80,5 % en quantité), compensée en partie par une hausse des prix unitaires ; deuxièmement, une reconfiguration géographique avec le déclin relatif de Singapour et de la Chine comme fournisseurs, et l'émergence de nouveaux partenaires comme la Turquie ; troisièmement, une volatilité de prix concentrée sur l'héparine, le segment dominant, avec des chocs majeurs sur les relations avec le Brésil et les États-Unis.
La croissance de la production européenne (+315,6 % en valeur depuis 2003) et la réduction de la dépendance nette aux importations (de 16,2 % à 13,9 %) suggèrent un mouvement de réindustrialisation, stimulé notamment par les tensions sanitaires de la période COVID-19. Néanmoins, la concentration persistante des échanges (HHI de 3 193 à l'importation) et la volatilité structurelle des prix rappellent que ce segment reste exposé à des risques d'approvisionnement significatifs, en particulier sur le segment héparine qui représente près de 90 % de la valeur des importations.