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Évolution du marché : Fil machine en fer ou aciers non alliés, enroulé en couronnes irrégulières, de section circulaire de diamètre < 14 mm (autre qu'en aciers de décolletage et autre que fil machine avec indentations, bourrelets, creux ou reliefs obtenus lors du laminage) (CN 721391) — 2015–2025

Introduction

Le produit de code NC 721391 désigne un fil machine en fer ou aciers non alliés, de section circulaire de diamètre inférieur à 14 mm, enroulé en couronnes irrégulières. Il s'agit d'un produit intermédiaire de la chaîne sidérurgique, utilisé notamment pour l'armature du béton, le renforcement des pneumatiques, ainsi que dans diverses applications industrielles. Ce produit se décline en six sous-positions tarifaires distinguées par leur teneur en carbone ou leur destination spécifique.

La période 2015–2025 a été marquée par des transformations profondes du marché européen de ce produit. L'Union européenne, qui était déjà déficitaire au début de la période, a vu son déficit commercial se creuser considérablement, passant de −198 millions d'euros en 2015 à −778 millions d'euros en 2025. Ce mouvement résulte de la conjonction de plusieurs dynamiques majeures : un effondrement des exportations de l'UE, une hausse des prix internationaux, et une reconfiguration radicale des sources d'approvisionnement, notamment sous l'effet des sanctions géopolitiques liées au conflit russo-ukrainien. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces évolutions.

1. Effondrement des exportations et repli de la production intérieure européenne

Des exportations en chute vertigineuse sur la décennie

Le constat le plus frappant de la période est l'effondrement des exportations de l'UE vers les pays tiers. En valeur, elles sont passées de 473 millions d'euros en 2015 à 159 millions d'euros en 2025, soit une baisse de 66,4 %. En volume, le recul est encore plus prononcé : de 1,09 million de tonnes à 242 000 tonnes, soit une contraction de 77,7 % (aperçu général des échanges).

Année Exportations valeur (M€) Exportations volume (kt) Prix export (€/t)
2015 473 1 086 436
2018 558 1 012 551
2020 333 721 461
2022 427 438 974
2025 159 242 656

Des destinations historiques désertées

La quasi-totalité des principaux marchés d'exportation de l'UE ont connu des baisses sévères. L'Algérie, première destination en 2015 avec 195 millions d'euros, est passée à un niveau quasi nul (3,4 M€ en 2024, partenaires à l'exportation). Le Maroc a suivi une trajectoire similaire (de 33 M€ à 2,3 M€). La Turquie, destination importante avec 77 M€ en 2015, a chuté à seulement 8,3 M€ en 2025. Même le Royaume-Uni, partenaire le plus stable, a reculé de 55 M€ à 38 M€.

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Algérie 195,5 —¹ −100 %
Turquie 76,8 8,3 −89,2 %
Maroc 33,5 2,3 −93,2 %
États-Unis 30,2 17,4 −42,2 %
Royaume-Uni 55,3 37,7 −31,9 %
Suisse 12,9 26,1 +102,8 %
Israël 0,1 1,8 +1 621 %

¹ Aucune valeur enregistrée en 2025.

Seule la Suisse affiche une progression significative (+102,8 %), tandis qu'Israël apparaît comme un marché de niche à forte volatilité. Ces pertes de marchés s'expliquent à la fois par la perte de compétitivité-prix des producteurs européens et par la montée en puissance de concurrents tiers (Turquie, Asie du Sud-Est).

Une production en repli quantitatif mais en hausse en valeur

La production de l'UE confirme cette tendance au recul. Le volume produit est passé de 10,4 milliards de kilogrammes en 2015 à 8,7 milliards en 2025 (−24,7 %). En revanche, la valeur de la production a progressé de 4,3 milliards d'euros à 5,1 milliards (+50,4 %), sous l'effet de la hausse généralisée des prix de l'acier. Le prix moyen de production est ainsi passé de 0,41 €/kg en 2015 à 0,59 €/kg en 2025, avec un pic à 0,80 €/kg en 2022.

Une concentration des exportations de plus en plus marquée vers l'Allemagne

Parmi les États membres, l'Allemagne s'est imposée comme le principal exportateur de l'UE, avec 82 M€ en 2025 (contre 77 M€ en 2015, +6,2 %). À l'inverse, l'Espagne (125 M€ → 7,7 M€, −93,9 %), l'Italie (143 M€ → 19 M€, −86,4 %) et le Portugal (70 M€ → 5,7 M€, −91,8 %) ont connu des effondrements spectaculaires (principaux États membres exportateurs). La Grèce (+14,1 %) et la France (+164,1 %, depuis un faible niveau de base) figurent parmi les rares pays à avoir renforcé leurs positions.

2. Reconfiguration géopolitique des sources d'approvisionnement et émergence de nouveaux fournisseurs

L'exclusion de la Russie et de la Biélorussie : un choc d'offre majeur

L'événement le plus structurant de la période est l'arrêt complet des importations en provenance de Russie et de Biélorussie à partir de 2023, en lien avec les sanctions européennes adoptées dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine. Or, ces deux pays représentaient une part significative de l'approvisionnement de l'UE (chocs d'offre détectés) :

  • Russie : les importations sont passées de 74 M€ en 2015 à 135 M€ en 2022, avant de tomber à zéro dès 2023. En volume, la Russie fournissait environ 180 000 à 340 000 tonnes par an.
  • Biélorussie : trajectoire similaire, de 39 M€ en 2015 à 137 M€ en 2021 (pic), puis zéro à partir de 2023. En volume, entre 85 000 et 228 000 tonnes par an avant l'arrêt.

Ces deux partenaires représentaient ensemble près de 20 % de la valeur des importations de l'UE en 2022. Leur disparition soudaine a constitué un choc structurel d'approvisionnement.

La Malaisie, réponse massive mais instable au choc d'offre

Le vide laissé par la Russie et la Biélorussie a été partiellement comblé par une montée spectaculaire des importations en provenance de Malaisie. Ce pays, qui n'apparaissait pas dans les échanges avant 2019, a connu une croissance fulgurante : de 12 M€ en 2019 à 245 M€ en 2022, avant de refluer à 34 M€ en 2025 (volatilité des partenaires). En volume, les importations malaisiennes ont bondi de 25 000 tonnes (2019) à 325 000 tonnes (2022), avant de se stabiliser autour de 62 000 tonnes en 2025. Le coefficient de variation de ce flux est de 1,04, ce qui en fait l'un des plus instables. L'Indonésie et le Vietnam ont également émergé comme fournisseurs à partir de 2021–2023, mais à des échelles plus modestes et avec une volatilité extrême.

Des partenaires traditionnels relativement stables mais insuffisants

Le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur de l'UE (159 M€ en 2025), suivi de l'Ukraine (140 M€). La Turquie, bien que très volatile (coefficient de variation de 0,72 sur les importations), reste un partenaire important (98 M€ en 2025). La Moldavie (33 M€) et la Norvège (49 M€) offrent un approvisionnement plus régulier, avec des coefficients de variation de 0,26 et 0,11 respectivement. Cependant, aucun de ces parteniers n'a pu compenser intégralement la perte des volumes russe et biélorusse.

Une diversification géographique réelle mais fragile

L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) a diminué de 1 475 en 2015 à 1 277 en 2025, signe d'une diversification des sources d'approvisionnement (concentration des importations). Néanmoins, cette diversification repose en partie sur des fournisseurs d'Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie, Vietnam) dont la fiabilité à long terme reste incertaine et la volatilité élevée. L'HHI avait d'ailleurs connu un minimum historique de 814 en 2022, avant de remonter en 2023–2025 à mesure que les flux malaisiens se contractaient.

3. Hausse généralisée des prix et vulnérabilité croissante de l'UE face aux importations

Un choc de prix systémique en 2021–2022

La période 2021–2022 a été marquée par une hausse massive et généralisée des prix du fil machine, affectant simultanément toutes les sources d'approvisionnement (événements de chocs de prix). Le prix moyen des importations a bondi de 378 €/t en 2020 à 817 €/t en 2022 (+116 %), avant de refluer à 553 €/t en 2025.

Partenaire Prix 2020 (€/t) Prix 2022 (€/t) Prix 2025 (€/t) Anomalie détectée
Royaume-Uni 458 1 011 632 ✓ (44,2 %)
Ukraine 410 775 551 ✓ (40,2 %)
Turquie 406 765 544 ✓ (45,0 %)
Moldavie 423 768 568 ✓ (48,7 %)
Norvège 454 923 622 ✓ (46,2 %)
Malaisie 422 754 545 ✓ (67,3 %)

Ce choc de prix s'explique par la combinaison de la reprise post-Covid, de la flambée des coûts énergétiques en Europe, et de perturbations logistiques mondiales. Il a mécaniquement alourdi la facture d'importation de l'UE.

Une dépendance nette aux importations en hausse structurelle

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 7,3 % en 2015 à 12,9 % en 2025, soit une progression de 76,4 %. Ce chiffre masque une trajectoire heurtée : après un léger excédent en 2009–2014 (indicateur négatif), l'UE est redevenue structurellement déficitaire à partir de 2015, avec un pic à 16,5 % en 2007 et un second pic à 14,5 % en 2022.

Indicateur 2015 2018 2020 2022 2025
Dépendance nette (%) 7,3 10,9 8,1 14,5 12,9
Intensité commerciale (%) 20,7 24,4 21,0 28,4 22,5
Propension à l'exportation (%) 12,1 11,1 8,7 6,5 6,2

La propension à l'exportation, qui mesure la part de la production exportée, a chuté de 12,1 % à 6,2 % sur la période, ce qui confirme l'enfermement progressif de l'UE dans une position d'importateur net.

Une spécialisation géographique intra-UE très inégale

L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) montre que seuls quelques États membres disposent d'un avantage comparatif dans ce segment (carte de spécialisation) :

État membre RSCA (2025) RCA Part production UE
Portugal 0,55 3,46 4,8 %
Grèce 0,44 2,58 1,7 %
Tchéquie 0,42 2,44 11,7 %
Italie 0,29 1,80 14,4 %
Allemagne 0,22 1,56 32,9 %
Pologne 0,22 1,55 10,3 %
France 0,07 1,14 8,9 %

À l'inverse, la plupart des pays nordiques et baltes (Croatie, Danemark, Finlande, Suède, Lettonie) affichent un RSCA fortement négatif, signe qu'ils importent massivement sans capacité d'exportation.

Des sous-produits aux dynamiques contrastées

La ventilation par sous-position tarifaire révèle que le segment CN 72139149 (fil machine contenant > 0,06 % mais < 0,25 % de carbone) domine largement les importations, représentant environ 45 % du volume et 44 % de la valeur en 2025 (ventilation par segment). Le segment CN 72139110 (fil pour armature du béton) et le CN 72139141 (teneur en carbone ≤ 0,06 %) constituent les autres segments d'importance. À l'exportation, le CN 72139149 est également dominant mais en repli marqué (de 265 000 t en 2015 à 122 000 t en 2025). Le CN 72139141 (faible teneur en carbone) a connu un effondrement encore plus prononcé à l'exportation (295 000 t → 6 500 t), suggérant une perte de compétitivité spécifique sur ce segment.

Les États membres les plus dépendants des importations en 2025 sont les Pays-Bas (148 M€), la Roumanie (163 M€), la Belgique (113 M€), l'Espagne (106 M€) et l'Italie (67 M€), ce qui reflète à la fois leur demande industrielle et leur positionnement dans la chaîne de valeur sidérurgique (principaux États membres importateurs).

Conclusion

Le marché européen du fil machine (CN 721391) a traversé une décennie de mutations profondes entre 2015 et 2025. Trois grandes dynamiques structurelles se dégagent de l'analyse des données :

Premièrement, l'UE a perdu sa position d'exportateur, avec une contraction de 78 % des volumes exportés et l'abandon de marchés historiques comme l'Algérie, le Maroc ou la Turquie. La propension à l'exportation a été divisée par deux, traduisant un recul de la compétitivité extérieure de la sidérurgie européenne sur ce segment.

Deuxièmement, la géographie de l'approvisionnement a été radicalement reconfigurée par les sanctions contre la Russie et la Biélorussie. Si la diversification vers l'Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie, Vietnam) a permis d'éviter une pénurie, ces nouveaux flux demeurent extrêmement volatiles et ne garantissent pas la stabilité à long terme.

Troisièmement, la dépendance de l'UE aux importations s'est accentuée, portée par un déficit commercial passé de 198 M€ à 778 M€ et un taux de dépendance nette passé de 7 % à 13 %. La hausse structurelle des prix (hausse de 50 % des prix d'exportation et de 32 % des prix d'importation sur la période) a amplifié cette vulnérabilité.

À l'horizon, la consolidation de sources d'approvisionnement fiables et diversifiées, le maintien de la capacité productive intra-européenne, et la gestion des risques liés à la volatilité des prix et des flux apparaissent comme les enjeux clés pour la sécurité d'approvisionnement de l'Union en ce produit intermédiaire essentiel.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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