Évolution du marché : Encres d'imprimerie, même concentrées ou sous formes solides (à l'excl. des encres noires) (CN 321519) — 2015–2025
Introduction
Le code 321519 couvre les encres d'imprimerie non noires, qu'elles soient concentrées ou sous forme solide. Ce produit occupe une position stratégique au sein de la chaîne de valeur de l'industrie graphique, de l'emballage et de l'impression numérique. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes : contraction des volumes échangés, hausse des prix unitaires, reconfiguration géographique des flux et choc géopolitique majeur lié au conflit russo-ukrainien. Le présent rapport s'appuie sur les données annuelles de la vue d'ensemble du commerce pour analyser les principales dynamiques observables sur cette période.
1. Une contraction structurelle des volumes, masquée par la hausse des prix unitaires
Les exportations de l'UE ont perdu plus d'un tiers de leur volume
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une baisse marquée tant en volume qu'en valeur :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 840,4 | 666,9 | −20,7 % |
| Volume (tonnes) | 147 883 | 92 702 | −37,3 % |
| Prix unitaire (€/t) | 5 683 | 7 192 | +26,6 % |
La chute des quantités est plus prononcée que celle de la valeur, ce qui s'explique par une hausse significative des prix à l'exportation de 26,6 %. Ce phénomène de « moindre volume, prix plus élevé » peut refléter à la fois une inflation des coûts de production (matières premières, énergie) et un éventuel repositionnement vers des encres à plus haute valeur ajoutée (encres pour impression numérique, encres UV, etc.).
La production de l'Union européenne recule fortement
Les données de production PRODCOM confirment un recul structurel de la production intra-européenne :
| Année | Quantité (tonnes) | Valeur (M€) |
|---|---|---|
| 2015 | 809 055 226 | 2 683 |
| 2019 | 661 663 139 | 2 189 |
| 2023 | 700 000 000 | 2 600 |
| 2024 | 560 000 000 | 2 000 |
La production en volume a diminué d'environ 33 % entre 2015 et 2024, avec un point bas en 2024. La valeur de la production a reculé proportionnellement, suggérant que la baisse n'est pas compensée par un effet prix côté production. Cette contraction est cohérente avec la désindustrialisation de certaines activités d'impression traditionnelle au profit du numérique et de la délocalisation.
Les importations connaissent une dynamique similaire mais plus modérée
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 608,1 | 533,8 | −12,2 % |
| Volume (tonnes) | 42 978 | 36 550 | −15,0 % |
| Prix unitaire (€/t) | 14 149 | 14 604 | +3,2 % |
Le prix unitaire à l'importation est environ deux fois supérieur à celui des exportations (14 604 €/t contre 7 192 €/t en 2025), ce qui indique que l'UE importe des encres à forte valeur ajoutée — vraisemblablement des formulations spécialisées ou issues de producteurs à forte intensité technologique (Suisse, Japon, Israël).
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
Le Royaume-Uni, partenaire historique, en repli continu
Le Royaume-Uni constitue le premier partenaire à la fois à l'importation et à l'exportation, mais les deux flux ont connu des baisses substantielles :
| Flux | Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | Royaume-Uni | 165,9 | 87,5 | −47,3 % |
| Importations | Royaume-Uni | 153,9 | 103,3 | −32,9 % |
Le pic d'importations depuis le Royaume-Uni en 2017 (454,7 M€) suivi d'un effondrement dès 2018 est frappant. Ce pic correspond vraisemblablement à des opérations d'anticipation du Brexit ou à des réorganisations de flux intra-groupes. La tendance baissière depuis lors peut refléter les frictions commerciales post-Brexit.
Les données relatives aux principaux partenaires commerciaux montrent que la Suisse reste le premier fournisseur de l'UE sur l'ensemble de la période (198 M€ en 2025), avec toutefois un déclin de 23,7 %.
L'effondrement des exportations vers la Russie : le choc géopolitique le plus marquant
L'évolution la plus spectaculaire concerne les exportations vers la Fédération de Russie :
| Année | Valeur (M€) | Volume (tonnes) |
|---|---|---|
| 2015 | 96,8 | 22 270 |
| 2021 | 102,7 | 22 221 |
| 2022 | 44,3 | 8 583 |
| 2023 | 0,1 | 0,01 |
| 2024–2025 | ~0 | 0 |
Les sanctions européennes imposées à la Russie à partir de février 2022 ont provoqué un effondrement quasi total de ce flux en l'espace de deux ans. La Russie représentait environ 12 % de la valeur totale des exportations de l'UE en encres d'imprimerie non noires en 2021, ce qui en fait un marché de substitution à trouver pour les exportateurs européens.
L'Inde, nouvelle puissance montante des importations
Les importations en provenance d'Inde ont connu une hausse spectaculaire de 142,9 %, passant de 15,2 M€ à 36,9 M€. Les volumes ont plus que doublé, passant de 4 208 à 10 680 tonnes. L'Inde s'impose ainsi comme un fournisseur de plus en plus important, dans un contexte de recherche de diversification des sources d'approvisionnement. La Turquie connaît une trajectoire similaire (+89,9 %).
Les États-Unis, moteur de croissance des exportations européennes
À l'exportation, les États-Unis affichent une hausse de 57,4 % en valeur (de 60,6 M€ à 95,4 M€), devenant ainsi le premier marché de destination des encres européennes après le repli du Royaume-Uni. La valeur unitaire à l'exportation vers les États-Unis est très élevée (18 218 €/t en 2025), ce qui suggère un commerce de produits spécialisés et à haute valeur ajoutée.
3. Une industrie européenne concentrée autour de quatre États membres, avec des vulnérabilités croissantes
L'Allemagne, la France, les Pays-Bas et l'Italie dominent le secteur
Les données de spécialisation révèlent une concentration forte de la production autour de quatre États membres :
| État membre | Part de production (RSCA) | Indice RCA |
|---|---|---|
| Luxembourg | 0,81 | 9,73 |
| France | 0,24 | 1,64 |
| Pays-Bas | 0,24 | 1,62 |
| Allemagne | 0,14 | 1,31 |
| Espagne | 0,06 | 1,12 |
L'Allemagne concentre à elle seule 27,8 % de la production européenne, suivie des Pays-Bas (23,5 %), de la France (12,8 %) et de l'Italie (5,8 %). Les principaux exportateurs de l'UE confirment cette structure : l'Allemagne a exporté pour 200 M€ en 2025, mais a perdu 42,3 % de sa valeur d'exportation depuis 2015.
La Belgique et l'Espagne constituent des cas notables de progression : l'Espagne a presque doublé ses exportations (+94,4 %), tandis que la Belgique a triplé les siennes (+226,4 %), passant de 23 M€ à 75 M€.
Une concentration des importations qui diminue, signe de diversification
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations, mesurable via la concentration des flux, est passé de 2 672 en 2015 à 2 033 en 2025 (−23,9 %). Si la Suisse et le Royaume-Uni restent les deux principaux fournisseurs, de nouveaux acteurs (Inde, Turquie) réduisent la dépendance vis-à-vis des fournisseurs historiques.
À l'exportation, le HHI est resté plus bas (de 742 à 603), indiquant une diversification naturelle des marchés de destination, bien que la disparition de la Russie ait paradoxalement accru la concentration parmi les partenaires restants.
Une vulnérabilité croissante malgré l'autonomie structurelle
Les indicateurs de dépendance nette aux importations montrent que l'UE reste structurellement exportatrice nette d'encres non noires (indicateur négatif : −9,5 % en 2025). Toutefois, plusieurs signaux d'alerte émergent :
- La propension à exporter est passée de 19,4 % à 36,5 % (+88,7 %), signifiant que la production européenne dépend de plus en plus des marchés extérieurs pour s'écouler.
- L'intensité commerciale globale a presque doublé (de 28,6 % à 50,4 %), ce qui accroît l'exposition du secteur aux chocs externes.
- Le solde commercial, bien que toujours positif, s'est contracté de 42,7 % (de 232 M€ à 133 M€), et a même été négatif en 2017 (−181 M€), année marquée par un pic exceptionnel d'importations.
La volatilité des flux est également préoccupante : Singapour (CV = 1,32) et l'Ukraine (CV = 0,77) figurent parmi les fournisseurs les plus instables en volume. Les chocs détectés confirment cette instabilité, avec notamment un pic de prix des importations en provenance d'Inde en 2022 (hausse de 37,6 %) et un effondrement total des exportations vers la Russie (−100 %).
Conclusion
Le marché européen des encres d'imprimerie non noires (CN 321519) traverse une phase de restructuration profonde sur la période 2015–2025. Trois grandes tendances se dégagent : (1) une contraction des volumes échangés, tant à l'import qu'à l'export, compensée partiellement par la hausse des prix unitaires ; (2) une reconfiguration géographique majeure, avec la quasi-disparition du marché russe, l'essor de l'Inde et de la Turquie comme fournisseurs, et la montée en puissance des États-Unis comme principal marché de destination ; (3) une concentration de la production européenne autour de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la France et de l'Italie, qui reste un atout mais aussi une source de vulnérabilité face aux chocs externes.
L'autonomie structurelle de l'UE dans ce segment se maintient (solde excédentaire), mais l'accélération de la propension à exporter et l'intensification des échanges rendent le secteur plus dépendant de la conjoncture mondiale. La perte du marché russe et la montée des importations depuis l'Asie du Sud soulèvent des questions sur la compétitivité à long terme des producteurs européens.