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Évolution du marché : Crevettes, même fumées, même décortiquées, congelées, y compris les crevettes non décortiquées, cuites à l’eau ou à la vapeur (à l’exclusion des crevettes d’eau froide) (CN 030617) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 030617 couvre un ensemble large de crevettes congelées — y compris les crevettes du genre Penaeus, les crevettes roses du large (Parapenaeus longirostris), les crevettes Pandalidae et les crevettes du genre Crangon — à l'exclusion des crevettes d'eau froide traitées séparément au code 030616. Ce produit représente la majeure partie du commerce européen de crustacés congelés et constitue un poste alimentaire stratégique de premier plan pour l'Union européenne.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce code a connu des transformations profondes. Les importations en valeur sont passées de 2,63 milliards d'euros en 2015 à 3,39 milliards d'euros en 2025 (+28,9 %), tandis que les exportations, bien que modestes en comparaison, ont bondi de 75,8 millions à 123,5 millions d'euros (+63,1 %). Le déficit commercial s'est ainsi élargi de -2,55 milliards d'euros à -3,26 milliards (-27,9 %), traduisant une dépendance structurelle de l'UE vis-à-vis des fournisseurs tiers.

Ce rapport analyse trois dynamiques majeures observées sur cette décennie : la reconfiguration géographique de l'approvisionnement, marquée par l'ascension fulgurante de l'Équateur ; le paradoxe d'une production communautaire en forte croissance coexistant avec un déficit qui se creuse ; et l'impact de chocs de prix sur la volatilité des échanges, en particulier lors de la crise de 2022.


1. L'Équateur au cœur d'un approvisionnement de plus en plus concentré et latino-américain

1.1 Une géographie des importations profondément remaniée

En 2015, les importations de crevettes (CN 030617) par l'UE provenaient d'un ensemble relativement diversifié de fournisseurs. L'Inde (449 millions d'euros), l'Équateur (547 millions d'euros), l'Argentine (431 millions d'euros), le Bangladesh (225 millions d'euros) et le Vietnam (195 millions d'euros) constituaient les cinq principaux partenaires, avec un poids combiné important mais réparti.

En 2025, la situation a radicalement changé. L'Équateur s'est imposé comme le fournisseur dominant, avec une valeur de 1,28 milliard d'euros, soit une progression de 133,6 % sur la période et près de 37,7 % de la valeur totale des importations. L'Inde a suivi avec 600 millions d'euros (+33,5 %), tandis que l'Argentine a légèrement reculé à 381 millions d'euros (-11,6 %). Le Venezuela a connu une expansion spectaculaire de 319,7 %, passant de 30 à 124 millions d'euros, faisant de lui un fournisseur émergent notable.

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Équateur 547,1 1 277,8 +133,6
Inde 449,3 599,6 +33,5
Argentine 431,4 381,5 -11,6
Vietnam 194,7 242,2 +24,4
Venezuela 29,6 124,1 +319,7
Bangladesh 224,7 145,6 -35,2
Chine 123,4 118,9 -3,6

Source : General Overview — top_partners_by_value, imports

1.2 Un HHI en forte hausse, signe d'un risque de dépendance accru

La concentration des importations mesurée par l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) a progressé de manière quasi continue sur la période, passant de 1 183 en 2015 à 1 980 en 2025, soit une hausse de 67,4 %. Cette évolution est significative : un HHI de 1 980 se situe dans la zone de concentration modérée à élevée, principalement tiré par la part croissante de l'Équateur.

En volume, la concentration a encore plus augmenté (+95,5 %), passant de 1 345 à 2 629. Cela signifie que non seulement l'Équateur domine en valeur, mais sa part de marché en quantité s'est encore davantage consolidée, ce qui reflète des prix unitaires relativement compétitifs par rapport aux autres fournisseurs.

1.3 Une concentration des importations contrastée par une diversification des exportations

À l'inverse des importations, la concentration des exportations a nettement diminué : le HHI est passé de 1 996 à 883 (-55,7 %). En 2015, le Royaume-Uni représentait 41,1 % de la valeur des exportations de l'UE (31,2 M€). En 2025, il ne représente plus que 10,7 % (13,2 M€). En parallèle, de nouveaux marchés ont émergé : la Chine (de 3,4 à 25,0 M€, +633,1 %), la Norvège (de 5,1 à 12,4 M€, +143,3 %), le Maroc (de 2,2 à 10,2 M€, +366,1 %) et l'Ukraine (de 0,1 à 5,4 M€, +4 156,3 %). Cette diversification reflète à la fois l'impact du Brexit sur les flux vers le Royaume-Uni et l'ouverture de nouveaux débouchés géographiques.

1.4 L'Équateur, une puissance aquacole au service de l'approvisionnement européen

L'ascension de l'Équateur s'explique par le développement massif de l'aquaculture de crevettes Penaeus vannamei dans ce pays au cours de la dernière décennie. L'Équateur est devenu le premier exportateur mondial de crevettes, et l'Union européenne constitue un débouché naturel pour sa production, notamment via l'accès préférentiel offert par le Système de Préférences Généralisé (SPG). La croissance des volumes importés en provenance d'Équateur — de 90 000 tonnes en 2015 à 241 530 tonnes en 2025 (+168 %) — confirme cette dynamique, les prix restant compétitifs (environ 5 288 €/t en 2025).


2. Une production communautaire en plein essor, mais un déficit commercial qui se creuse

2.1 Une production de l'UE multipliée par cinq en volume

Les données de production communautaire révèlent une expansion remarquable. En volume, la production est passée de 298 millions de tonnes en 2015 à 428 millions de tonnes en 2024 (+43,6 %), avec un pic à 449 millions de tonnes en 2022. En valeur, la progression est encore plus marquée : de 1,97 milliard d'euros en 2015 à 2,74 milliards d'euros en 2024 (+38,8 %). Sur l'ensemble de la série disponible (2003–2024), le volume a été multiplié par plus de cinq et la valeur par plus de quatre.

Année Production (t) Valeur (M€)
2015 298 346 214 1 973
2017 393 211 964 2 508
2020 315 000 000 2 100
2022 448 558 701 2 791
2024 428 332 486 2 737

Source : Market Structure — production volumes

2.2 Une spécialisation concentrée sur cinq États membres

La spécialisation des États membres dans la production de crevettes (CN 030617) est très inégalement répartie. En 2025, cinq pays affichent un indice RSCA (Revealed Symmetric Comparative Advantage) positif, signe d'une spécialisation avérée :

État membre RSCA RCA Part prod. UE
Espagne 0,613 4,17 24,1 %
Portugal 0,609 4,12 5,7 %
Belgique 0,519 3,15 26,7 %
Grèce 0,353 2,09 1,4 %
Estonie 0,299 1,85 0,6 %

L'Espagne et la Belgique dominent en termes de parts de production (respectivement 24,1 % et 26,7 % de la production communautaire), tandis que le Portugal et l'Espagne affichent les indices de spécialisation les plus élevés (RCA supérieur à 4). À l'opposé, la Finlande (RSCA = -0,9995), la Bulgarie (-0,987), la Slovaquie (-0,974) et la Suède (-0,971) sont totalement dépourvues de spécialisation dans ce secteur.

2.3 L'Espagne, plaque tournante des importations et moteur des exportations

L'Espagne occupe une position singulière dans la chaîne de valeur des crevettes au sein de l'UE. Premier importateur avec 1,01 milliard d'euros en 2025 (+11,0 % par rapport à 2015), elle est aussi le premier exportateur communautaire (22,9 M€, +76,7 %). Cette double position s'explique par son rôle de hub de transformation : les crevettes brutes sont importées, transformées sur le territoire espagnol, puis réexportées vers des marchés tiers.

Les Pays-Bas (398 M€ d'importations, +36,8 %), la France (577 M€, +17,3 %), l'Italie (481 M€, +55,4 %) et la Belgique (410 M€, +53,2 %) constituent les autres grands marchés d'importation. L'Allemagne fait figure d'exception avec un recul de 5,8 % (de 179 à 169 M€), possible reflet d'une évolution des habitudes de consommation ou de la redistribution des flux via les Pays-Bas et la Belgique.

2.4 Un déficit commercial qui creuse malgré la production

Le paradoxe est saisissant : malgré une production communautaire en forte croissance, le déficit commercial s'est élargi. En 2015, il s'élevait à -2,55 milliards d'euros ; en 2025, il atteint -3,26 milliards d'euros (-27,9 %). Cela s'explique par la croissance encore plus rapide des importations (+38,5 % en volume) par rapport à celle des exportations (+118,8 %, mais depuis une base très faible). La dépendance nette aux importations est passée de 74,4 % en 2015 à 58,6 % en 2025, une amélioration relative qui masque toutefois l'ampleur absolue du déficit.

L'UE reste structurellement déficitaire en crevettes congelées, car sa production ne couvre qu'une fraction de la demande intérieure et que la demande continue de croître, tirée par l'essor de la consommation de crustacés dans les pays méditerranéens et l'Europe du Nord.


3. Chocs de prix et volatilité : 2022, une année de rupture

3.1 Des prix d'importation globalement orientés à la baisse, ponctués de pics

Sur l'ensemble de la période, le prix moyen des importations de l'UE a légèrement reculé de 6,9 % (de 6 940 à 6 459 €/t). Cependant, cette moyenne masque des fluctuations significatives d'une année à l'autre et d'un fournisseur à l'autre.

L'année 2022 marque un point de rupture. Elle est le centre de plusieurs chocs de prix simultanés identifiés dans les données :

Partenaire Type de choc Hausse de prix (%) Anomalie Part de valeur UE (%) Centre
Inde Prix +15,0 155,2 18,4 2022
Albanie Prix +39,8 6,2 3,2 2022
Vietnam Prix +11,6 5,5 10,8 2022
Bangladesh Prix +15,7 5,2 8,0 2022

Source : Volatility & Shocks — top shock events

3.2 L'Inde au centre de la tempête de prix de 2022

Le choc le plus marquant concerne l'Inde. En 2022, le prix unitaire des crevettes indiennes importées par l'UE a bondi de 15 % par rapport à la ligne de base 2020–2021, avec un indice d'anomalie de 155,2 — le plus élevé de la période. Le prix moyen est passé de 6 227 €/t (2020–2021) à 7 159 €/t (2022–2023), avant de se stabiliser à 6 313 €/t (2024–2025), soit un retour quasi complet à la baseline. En parallèle, les volumes importés d'Inde ont augmenté de 27,4 % pendant la phase de choc, suggérant que la demande est restée soutenue malgré la hausse des prix, probablement en raison d'une offre limitée ailleurs.

Ce choc de prix indien de 2022 s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs : la hausse des coûts de l'énergie et des aliments pour aquaculture dans le contexte post-Covid et du conflit russo-ukrainien, des pertes de production liées à des maladies aquacoles (notamment le syndrome de la tache blanche), et une demande mondiale soutenue qui a maintenu la pression à la hausse sur les prix.

3.3 Des fournisseurs à volatilité contrastée

Les indices de volatilité (coefficient de variation) des importations montrent des profils de risque très différents selon les partenaires :

Partenaire CV (quantité) Niveau de volatilité
Venezuela 0,519 Très élevé
Équateur 0,356 Élevé
Nicaragua 0,354 Élevé
Pérou 0,336 Élevé
Maroc 0,253 Modéré
Inde 0,196 Modéré
Madagascar 0,191 Modéré
Chine 0,184 Modéré
Bangladesh 0,179 Faible
Vietnam 0,148 Faible
Sénégal 0,132 Faible
Argentine 0,125 Faible

L'Argentine apparaît comme le fournisseur le plus stable en volume (CV = 0,125), ce qui en fait un partenaire d'approvisionnement de base relativement prévisible. À l'inverse, le Venezuela (CV = 0,519) présente une volatilité extrême, cohérente avec les instabilités politiques et économiques qui affectent ce pays, même si sa valeur d'importation a connu une croissance spectaculaire (+319,7 %).

3.4 L'effet Brexit sur les exportations vers le Royaume-Uni

Côté exportations, le choc le plus structurel est sans doute le retrait des exportations vers le Royaume-Uni, partenaire historique. Les exportations vers le Royaume-Uni ont chuté de 45,2 % en volume par rapport à la baseline 2019–2020 (de 3 233 tonnes à 1 460 tonnes en 2021), et n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-Brexit : en 2025, elles n'atteignent que 1 085 tonnes. En valeur, le recul est de 57,6 % sur la période. Ce choc est lié aux nouvelles barrières douanières, aux contrôles sanitaires renforcés et aux formalités administratives imposées par le départ du Royaume-Uni du marché unique.

Parallèlement, les exportations vers la Norvège ont connu des pics de volatilité très élevés (CV = 1,10), avec un bond exceptionnel en 2024 (4 309 tonnes, valeur de 18,0 M€), tandis que l'Ukraine a progressé de manière spectaculaire depuis 2020, passant de 459 tonnes à 1 000 tonnes en 2025.

3.5 Un segment Penaeus qui structure l'ensemble du marché

La décomposition par sous-catégorie confirme la domination absolue des crevettes du genre Penaeus (CN 03061792) dans les importations. En 2025, ce sous-code représente 400 000 tonnes (76,3 % du total) et 2,47 milliards d'euros (72,9 % de la valeur). La catégorie résiduelle (CN 03061799, excluant Penaeus, Parapenaeus, Pandalidae et Crangon) arrive en second avec 117 000 tonnes et 836 millions d'euros.

Les crevettes roses du large Parapenaeus longirostris (CN 03061791), bien que de prix unitaire élevé (10 010 €/t en 2025), ne représentent que 7 417 tonnes — un volume stable mais marginal. Les Pandalidae (CN 03061793) et les Crangon non d'eau froide (CN 03061794) restent des niches de marché.


Conclusion

Le marché européen des crevettes congelées (CN 030617) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. Premièrement, la géographie de l'approvisionnement s'est restructurée autour de l'Équateur, dont la part de marché a crû de manière spectaculaire, entraînant une concentration accrue des importations (HHI +67,4 %). Deuxièmement, la production communautaire a connu une expansion remarquable, principalement portée par l'Espagne, la Belgique et le Portugal, sans pour autant réduire le déficit commercial structurel de l'UE. Troisièmement, le choc de prix de 2022 a mis en lumière la vulnérabilité du secteur aux fluctuations des coûts de production dans les pays fournisseurs, notamment l'Inde, tandis que le Brexit a durablement restructuré les flux d'exportation vers le Royaume-Uni.

À l'horizon, les principaux enjeux identifiés sont les suivants : le risque de dépendance excessive vis-à-vis de l'Équateur, la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement, l'exploitation du potentiel de croissance des exportations vers de nouveaux marchés (Chine, Norvège, Ukraine), et la gestion de la volatilité des prix dans un contexte marqué par l'inflation des intrants aquacoles et les incertitudes géopolitiques. Le secteur européen, bien que dynamique côté production, reste fondamentalement tributaire de l'offre mondiale pour répondre à la demande des consommateurs européens.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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