Évolution du marché : Crevettes congelées (CN 030617) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 030617 couvre les crevettes congelées (hors crevettes d'eau froide), un segment majeur du commerce européen des crustacés. Il regroupe notamment les crevettes du genre Penaeus, les crevettes roses du large (Parapenaeus longirostris), les Pandalidae et d'autres espèces tropicales et subtropicales, sous forme fumée ou non, décortiquée ou non. La période 2015–2025 a été marquée par une forte croissance des volumes importés, une concentration accrue des sources d'approvisionnement, une multiplication par plus de six de la production intra-UE et des épisodes de chocs de prix liés notamment aux perturbations post-Covid et à la guerre en Ukraine. Le présent rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'UE (fréquence annuelle, périodes complètes uniquement) pour décrire et interpréter ces dynamiques.
1. Une demande européenne en croissance soutenue, dopée par le segment Penaeus
Les importations progressent de 38 % en volume sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de crevettes congelées (CN 030617) en provenance de pays tiers ont progressé de 378 482 t à 524 179 t, soit une hausse de 38,5 %. En valeur, elles sont passées de 2,63 milliards € à 3,39 milliards € (+28,9 %). L'écart entre la progression des volumes (+38,5 %) et celle de la valeur (+28,9 %) traduit une baisse du prix moyen à l'importation, passé de 6 940 €/t à 6 459 €/t (−6,9 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (Mds €) | 2,63 | 3,39 | +28,9 % |
| Importations — volume (kt) | 378,5 | 524,2 | +38,5 % |
| Prix moyen import (€/t) | 6 940 | 6 459 | −6,9 % |
| Exportations — valeur (M €) | 75,8 | 123,5 | +63,1 % |
| Exportations — volume (kt) | 8,9 | 19,6 | +118,8 % |
| Prix moyen export (€/t) | 8 473 | 6 314 | −25,5 % |
| Balance commerciale (Mds €) | −2,55 | −3,26 | −27,9 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les crevettes Penaeus concentrent l'essentiel de la croissance des importations
La ventilation par sous-code à huit chiffres révèle que le segment 03061792 (crevettes du genre Penaeus) est le principal moteur de la hausse. Ses importations sont passées de 236 458 t en 2015 à 399 967 t en 2025, soit un accroissement de 69,1 %. Ce segment représente, en 2025, 76,3 % du volume total importé sous le code 030617.
| Sous-code | Produit | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Var. (%) |
|---|---|---|---|---|
| 03061792 | Penaeus | 236 458 | 399 967 | +69,1 |
| 03061799 | Autres crevettes | 132 107 | 116 743 | −11,6 |
| 03061791 | Parapenaeus longirostris | 8 962 | 7 417 | −17,2 |
| 03061793 | Pandalidae (hors Pandalus) | 392 | 51 | −86,9 |
| 03061794 | Crangon (hors C. crangon) | 43 | 2 | −96,4 |
Source : Ventilation par segment produit
Le segment « autres crevettes » (03061799) a légèrement reculé en volume (−11,6 %) tout en restant le deuxième poste. Les crevettes roses du large (Parapenaeus longirostris) ont suivi une trajectoire similaire (−17,2 %), tandis que les importations de Pandalidae et de Crangon (hors espèces d'eau froide) sont devenues quasi marginales.
L'Espagne, la France et l'Italie structurent la demande côté importateurs
En 2025, l'Espagne demeure le premier importateur intra-UE avec 1,01 milliard €, suivie de la France (577 M€), de l'Italie (481 M€), des Pays-Bas (398 M€) et de la Belgique (410 M€). L'Italie (+55,4 %) et la Belgique (+53,2 %) affichent les plus fortes hausses sur la période, tandis que l'Allemagne (−5,8 %) est le seul grand marché à reculer légèrement. Du côté des exportateurs intra-UE, l'Estonie (+138,3 %) et les Pays-Bas (+256,8 %) ont fortement accru leurs expéditions vers des pays tiers, tandis que les exportations du Royaume-Uni ont chuté de 57,6 % — un effet probable du Brexit et de la réorientation des flux.
| Pays importateur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 910 | 1 010 | +11,0 |
| France | 492 | 577 | +17,3 |
| Italie | 310 | 481 | +55,4 |
| Pays-Bas | 291 | 398 | +36,8 |
| Belgique | 268 | 410 | +53,2 |
| Allemagne | 179 | 169 | −5,8 |
| Portugal | 77 | 121 | +55,5 |
Source : Top importateurs par valeur
2. L'Équateur s'impose comme fournisseur dominant tandis que la concentration des approvisionnements s'accroît
L'Équateur a plus que doublé ses livraisons à l'UE
L'analyse des partenaires commerciaux révèle une reconfiguration profonde des sources d'approvisionnement. L'Équateur est passé de 547 M€ en 2015 à 1,28 milliard € en 2025 (+133,6 %), devenant de loin le premier fournisseur de l'UE, devant l'Inde (600 M€), l'Argentine (381 M€), le Vietnam (242 M€) et le Venezuela (124 M€).
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Équateur | 547 | 1 278 | +133,6 |
| Inde | 449 | 600 | +33,5 |
| Argentine | 431 | 381 | −11,6 |
| Vietnam | 195 | 242 | +24,4 |
| Venezuela | 30 | 124 | +319,7 |
| Bangladesh | 225 | 146 | −35,2 |
| Chine | 123 | 119 | −3,6 |
Source : Top partenaires par valeur
La montée du Venezuela (+319,7 %) est également remarquable : ce pays est passé d'un rôle marginal (30 M€) à un fournisseur significatif (124 M€), reflétant probablement la levée partielle de certaines sanctions et la compétitivité-prix de sa production. À l'inverse, le Bangladesh a perdu plus d'un tiers de ses parts, ce qui peut s'expliquer par la concurrence accrue d'Équateur et d'Inde sur le segment Penaeus vannamei.
L'indice de concentration HHI des importations a quasiment doublé
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) calculé sur la valeur des importations est passé de 1 183 à 1 980 entre 2015 et 2025, soit une hausse de 67,4 %. En volume, la progression est encore plus marquée : de 1 345 à 2 629 (+95,5 %). Cette montée de la concentration s'explique principalement par la part croissante de l'Équateur, qui représente à lui seul une part dominante du marché européen des crevettes congelées.
| Indice HHI | 2015 | 2025 | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 183 | 1 980 | +67,4 |
| Importations (volume) | 1 345 | 2 629 | +95,5 |
| Exportations (valeur) | 1 996 | 883 | −55,7 |
| Exportations (volume) | 1 680 | 1 105 | −34,2 |
Source : Concentration HHI
À l'inverse, l'HHI des exportations a fortement diminué (de 1 996 à 883), signe que les sorties de l'UE vers des pays tiers se sont diversifiées : les flux vers la Chine (+633 %), le Maroc (+366 %), l'Ukraine (+4 156 %) et la Norvège (+143 %) se sont ajoutés aux destinations historiques (Royaume-Uni, Islande), atténuant la concentration antérieure.
L'Espagne et le Portugal se distinguent par leur spécialisation
Les données de spécialisation montrent que l'Espagne (RSCA = 0,613, RCA = 4,17) et le Portugal (RSCA = 0,609, RCA = 4,12) sont les deux États membres les plus spécialisés dans le commerce des crevettes congelées. La Belgique (RSCA = 0,519) et la Grèce (RSCA = 0,353) suivent. À l'opposé, la Finlande (RSCA = −1,000), la Bulgarie (−0,987) et la Slovaquie (−0,974) sont structurellement non spécialisés dans ce segment.
3. Une production intra-UE en forte expansion mais une vulnérabilité aux chocs persistante
La production européenne de crevettes congelées a été multipliée par plus de six
Les données de production révèlent une transformation radicale du paysage productif. La production intra-UE estimée est passée de 66,1 millions de kg en 2015 à 428,3 millions de kg en 2025, soit une multiplication par 6,5 (+547,7 %). En valeur, elle est passée de 669 M€ à 2,74 milliards € (+309 %). Cette progression spectaculaire est cohérente avec l'essor de l'aquaculture continentale de crevettes Penaeus vannamei dans plusieurs pays européens (Espagne, France, Pays-Bas, Belgique), qui vient progressivement se substituer aux importations.
| Indicateur production | 2015 | 2025 | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Quantité (M kg) | 66,1 | 428,3 | +547,7 |
| Valeur (M€) | 669 | 2 737 | +309,0 |
La dépendance nette aux importations recule mais reste élevée
Le taux de dépendance nette aux importations a diminué de 74,4 % à 58,6 % entre 2015 et 2025 (−21,3 points). Il a atteint un minimum historique de 52,9 % avant de se stabiliser autour de 59 %. En parallèle, l' intensité commerciale est passée de 84,2 % à 67,6 %, et la propension à exporter a chuté de 32,9 % à 16,5 % (−49,9 %). Ces trois indicateurs convergent vers un même constat : l'UE consomme une part croissante de sa propre production et réexporte moins, signe que la production nationale sert avant tout le marché intérieur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Var. |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette (%) | 74,4 | 58,6 | −21,3 pts |
| Intensité commerciale (%) | 84,2 | 67,6 | −19,7 pts |
| Propension à exporter (%) | 32,9 | 16,5 | −49,9 % |
Des chocs de prix ponctuels révèlent la fragilité des approvisionnements
L'analyse de volatilité et de chocs identifie trois événements significatifs :
| Partenaire | Type de choc | Direction | Période | Anomalie | Variation prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Inde | Prix | Import | 2022 | 155,2 | +15,0 % | 18,4 % |
| Albanie | Prix | Export | 2022 | 6,2 | +39,8 % | 3,2 % |
| Vietnam | Prix | Import | 2022 | 5,5 | +11,6 % | 10,8 % |
L'année 2022 concentre l'ensemble des chocs détectés, ce qui est cohérent avec la conjoncture de forte inflation des coûts de l'énergie et du transport post-Covid, combinée aux perturbations logistiques liées à la guerre en Ukraine. Le choc le plus violent concerne les importations en provenance d'Inde, avec une anomalie de prix de 155,2 — le prix à la tonne des crevettes indiennes ayant connu un pic à 7 684 €/t en 2022 avant de refluer à 6 295 €/t en 2023. Le Venezuela (CV = 0,519) et l'Équateur (CV = 0,356) sont les fournisseurs les plus volatils sur l'ensemble de la période, tandis que le Sénégal (CV = 0,132) et l'Argentine (CV = 0,125) offrent les flux les plus stables.
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément remodelé le marché européen des crevettes congelées (CN 030617). Trois tendances majeures se dégagent :
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La domination croissante de l'Équateur comme fournisseur, qui a plus que doublé ses livraisons en valeur et concentre désormais une part prépondérante des importations européennes, contribuant à un quasi-doublement de l'indice HHI.
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L'essor spectaculaire de la production intra-UE (×6,5 en volume), portée par le développement de l'aquaculture continentale, qui a fait reculer la dépendance nette aux importations de 74 % à 59 % et transformé l'UE en un marché de plus en plus auto-centré.
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Une vulnérabilité persistante aux chocs de prix, concentrés en 2022, qui souligne la sensibilité du secteur aux perturbations logistiques et énergétiques mondiales, d'autant plus que la concentration des approvisionnements s'est accrue.
À l'horizon, la poursuite de la montée en puissance de l'aquaculture européenne pourrait encore réduire la dépendance extérieure, mais la dépendance à un nombre réduit de fournisseurs tiers — en tête desquels l'Équateur — constituera un facteur de vulnérabilité structurel tant que la diversification des origines ne sera pas rétablie.