Évolution du marché : Coton brut (CN 52010090) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 52010090 couvre le coton non cardé ni peigné, à l'exclusion du coton hydrophile ou blanchi — c'est-à-dire le coton brut tel qu'il sort des filatures, avant tout traitement intermédiaire. Sur la période 2015–2025, les échanges de l'Union européenne avec les pays tiers sur ce produit ont connu des mutations majeures : un effondrement des importations, un redéploiement géographique des partenaires commerciaux, et une polarisation croissante des flux autour d'un nombre restreint d'acteurs. Ce rapport examine ces dynamiques à travers trois axes — la restructuration des importations, la géographie des exportations et la volatilité des prix — en s'appuyant exclusivement sur les données du Tableau de bord du commerce (vue d'ensemble).
I. Un effondrement des importations et une concentration accrue des fournisseurs
L'UE est passée d'un déficit commercial partiel à une position nettement excédentaire
Le contraste entre le début et la fin de la période est saisissant. Les importations de coton brut par l'UE ont chuté de 65,7 % en valeur (de 175,4 M€ à 60,1 M€) et de 72,0 % en volume (de 118 581 t à 33 180 t). Dans le même temps, les exportations sont restées relativement stables autour de 341–355 M€, tandis que les volumes exportés ont diminué plus modérément (−2,4 %). Le solde commercial a ainsi presque doublé, passant de 166 M€ à 295 M€ (+77,6 %), avec un pic à 627 M€. L'UE s'est donc transformée en un exportateur net de coton brut beaucoup plus important qu'en début de période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 175 394 002 € | 60 080 344 € | −65,7 % |
| Importations (volume) | 118 581 t | 33 180 t | −72,0 % |
| Exportations (valeur) | 341 623 992 € | 355 283 035 € | +4,0 % |
| Exportations (volume) | 247 441 t | 241 554 t | −2,4 % |
| Solde commercial | 166 229 990 € | 295 202 690 € | +77,6 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les fournisseurs historiques africains et centre-asiatiques ont quasi disparu
L'analyse des partenaires d'importation révèle un basculement géographique spectaculaire. Les fournisseurs traditionnels d'Afrique de l'Ouest et d'Asie centrale ont connu des reculs vertigineux :
| Fournisseur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 14 902 583 € | 305 471 € | −98,0 % |
| Côte d'Ivoire | 12 390 215 € | 939 277 € | −92,4 % |
| Mali | 7 878 679 € | 672 588 € | −91,5 % |
| Kazakhstan | 13 424 640 € | 1 722 797 € | −87,2 % |
| Brésil | 13 135 892 € | 16 438 695 € | +25,1 % |
| États-Unis | 15 679 296 € | 15 086 910 € | −3,8 % |
| Türkiye | 11 767 419 € | 10 918 409 € | −7,2 % |
Source : Principaux partenaires d'importation
Seuls le Brésil (+25,1 %), les États-Unis (−3,8 %) et la Türkiye (−7,2 %) ont maintenu des niveaux d'exportation significatifs vers l'UE. Ce recentrage s'accompagne d'une forte hausse de la concentration : l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 608 à 1 783 (+193,3 %), signe que le marché d'approvisionnement se réduit à quelques fournisseurs dominants. La volatilité des flux est également très élevée pour les partenaires africains — Burkina Faso (CV 1,21), Bénin (1,10), Tchad (0,94) — ce qui explique en partie la rationalisation des sources d'approvisionnement.
Les principaux importateurs intra-UE ont tous réduit leurs achats
Du côté des États membres, la contraction des importations est généralisée. L'Allemagne, premier importateur en 2015 avec 59,7 M€, n'importait plus que 5,1 M€ en 2025 (−91,4 %). L'Italie a divisé ses importations par trois (−68,9 %), et même le Portugal, le plus résilient, a reculé de 18,5 %.
| État membre | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Portugal | 38 791 334 € | 31 601 792 € | −18,5 % |
| Italie | 43 688 775 € | 13 606 696 € | −68,9 % |
| Allemagne | 59 665 024 € | 5 127 083 € | −91,4 % |
| France | 11 167 958 € | 3 790 719 € | −66,1 % |
| Belgique | 10 801 683 € | 2 782 462 € | −74,2 % |
Source : Principaux importateurs intra-UE
Cette dynamique peut refléter plusieurs facteurs conjugués : la contraction de la filature de coton en Europe, le développement de la filature directement dans les pays producteurs, et la relocalisation de la chaîne textile vers l'Asie du Sud et du Sud-Est.
II. La Grèce, pivot des exportations européennes vers les marchés asiatiques
Un secteur d'exportation concentré autour de la Grèce et de l'Espagne
La structure des exportations de coton brut de l'UE est fortement concentrée géographiquement, tant par pays d'origine que par destination. En 2025, la Grèce représentait à elle seule 312,5 M€ d'exportations sur les 355,3 M€ totaux — soit près de 88 % du total. L'Espagne arrivait en second avec 40,1 M€. Tous les autres États membres ont vu leur contribution fondre au fil de la période (Allemagne −96,6 %, Italie −75,4 %).
La Grèce affiche par ailleurs un indicateur d'avantage comparatif révélé (RCA) de 27,8 et un RSCA de 0,93 en 2025, confirmant une spécialisation extrême dans ce produit. L'Espagne (RCA 8,05, RSCA 0,78) et le Portugal (RCA 4,07, RSCA 0,61) complètent le trio des pays européens véritablement compétitifs sur le coton brut.
| Pays exportateur | 2015 | 2025 | Variation | RCA 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Grèce | 285 942 385 € | 312 521 500 € | +9,3 % | 27,80 |
| Espagne | 42 116 416 € | 40 141 251 € | −4,7 % | 8,05 |
| Italie | 4 813 810 € | 1 186 133 € | −75,4 % | 2,19 |
| Allemagne | 5 900 949 € | 199 386 € | −96,6 % | — |
Source : Principaux exportateurs intra-UE et spécialisation
Les destinations d'exportation se sont déplacées vers l'Asie du Sud
La Türkiye reste le premier débouché, mais avec une part en recul (de 159 M€ à 140 M€, −11,7 %). En revanche, les pays d'Asie du Sud ont massivement accru leurs achats de coton brut européen :
| Destination | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pakistan | 8 015 242 € | 29 334 305 € | +266,0 % |
| Bangladesh | 7 852 368 € | 21 290 993 € | +171,1 % |
| Égypte | 52 656 746 € | 114 392 267 € | +117,2 % |
| Viêt Nam | 2 295 059 € | 4 332 839 € | +88,8 % |
| Indonésie | 30 801 195 € | 18 355 596 € | −40,4 % |
Source : Principaux partenaires d'exportation
Le Pakistan (+266 %) et le Bangladesh (+171 %) illustrent la montée en puissance des industries textiles d'Asie du Sud comme consommatrices de coton brut. L'Égypte, avec une multiplication par plus de deux de ses achats (+117,2 %), confirme le renforcement de sa filature locale. L'HHI des exportations est resté élevé tout au long de la période (de 2 577 à 2 750), traduisant la dépendance structurelle de l'UE envers un petit nombre de marchés de destination — principalement la Türkiye et l'Égypte.
III. Des prix en hausse, ponctués de chocs de marché
Une tendance haussière des prix, plus marquée côté importations
Sur l'ensemble de la période, les prix unitaires du coton brut échangé ont augmenté des deux côtés des flux commerciaux. Côté exportations, le prix moyen a progressé de 6,5 %, passant de 1 381 €/t à 1 471 €/t, avec un pic à 2 395 €/t. Côté importations, la hausse est nettement plus forte : +22,4 %, de 1 479 €/t à 1 811 €/t, avec un maximum à 2 581 €/t.
| Indicateur prix | 2015 | 2025 | Variation | Maximum |
|---|---|---|---|---|
| Prix exportation | 1 381 €/t | 1 471 €/t | +6,5 % | 2 395 €/t |
| Prix importation | 1 479 €/t | 1 811 €/t | +22,4 % | 2 581 €/t |
Source : Vue d'ensemble du commerce
L'écart de prix entre importations et exportations s'est creusé, ce qui peut s'expliquer par la concentration des importations sur des fournisseurs plus coûteux (Brésil, États-Unis), tandis que les exportations — principalement grecques et espagnoles — restent compétitives sur les marchés asiatiques.
Des chocs de prix détectés en 2021–2022, en lien avec la conjoncture mondiale
L'analyse de la volatilité met en lumière des événements de prix significatifs au tournant de 2021–2022, période marquée par les perturbations post-Covid et l'envolée des prix des matières premières :
| Choc | Type | Année | Amplitude | Anomalie |
|---|---|---|---|---|
| Ouganda (import) | Prix | 2022 | +101,4 % | 77,8 |
| Égypte (import) | Prix | 2022 | +104,9 % | 7,0 |
| États-Unis (import) | Prix | 2021 | +32,4 % | 19,9 |
Source : Chocs d'offre
Le choc le plus prononcé concerne les importations en provenance d'Ouganda en 2022 : un doublement des prix (+101,4 %) avec un indice d'anomalie de 77,8, sur un flux qui représentait 4 % de la valeur totale des importations. Les prix égyptiens ont également doublé la même année. Ces épisodes s'inscrivent dans le contexte plus large de la flambée des prix du coton observée mondialement en 2021–2022, amplifiée par les tensions logistiques et géopolitiques.
Les partenaires les plus volatils sur l'ensemble de la période sont ceux d'Afrique de l'Ouest et du Sahel — Burkina Faso (CV 1,21), Bénin (1,10), Tchad (0,94) — dont les volumes fluctuent fortement d'une année à l'autre, reflétant les aléas climatiques, les instabilités politiques et les défis logistiques propres à ces régions.
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le commerce de coton brut (CN 52010090) de l'Union européenne a subi une transformation structurelle profonde. Les importations se sont effondrées de près de 72 % en volume, les fournisseurs traditionnels d'Afrique et d'Asie centrale ont cédé la place à un petit nombre de partenaires résilients (Brésil, États-Unis, Türkiye), et la concentration du marché d'approvisionnement a triplé. Côté exportations, la Grèce est devenue le pivot quasi exclusif du coton brut européen, avec un flux orienté de plus en plus vers les filatures d'Asie du Sud (Pakistan, Bangladesh) et d'Égypte. Enfin, les prix ont suivi une trajectoire haussière, marquée par des chocs significatifs en 2021–2022. Ces évolutions reflètent à la fois le déclin de la filature en Europe continentale et la montée en puissance de la transformation textile dans les pays en développement, l'UE se positionnant de plus en plus comme un fournisseur de matière première plutôt que comme un consommateur final de coton brut.