Évolution du marché : Coke de pétrole (CN 271311) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce de l'Union européenne (UE) pour le coke de pétrole non calciné (code combiné 271311) sur la période 2015-2025. Les données révèlent une transformation profonde de la dynamique commerciale de l'UE, marquée par une augmentation massive des exportations, une réorientation géographique des échanges et une volatilité accrue des prix. L'UE est ainsi passée d'une position d'importateur net à celle d'exportateur net de ce produit stratégique, sous l'impulsion de changements structurels dans les partenaires commerciaux et les flux mondiaux.
I. Le basculement de l'UE vers une position d'exportateur net de coke de pétrole
Au cours de la décennie étudiée, l'UE a connu un retournement spectaculaire de sa balance commerciale pour le coke de pétrole non calciné. Partant d'un déficit structurel, elle a consolidé une position excédentaire, tirée par une croissance exponentielle de ses exportations.
Une croissance explosive des exportations, bien supérieure à l'évolution des importations
La valeur des exportations de l'UE a été multipliée par plus de 3,5 sur la période, passant de 198 M€ en 2015 à 704 M€ en 2025, soit une hausse de +255,5 % (Vue d'ensemble du commerce). En volume, l'augmentation est également significative, avec un bond de +95,7 % pour atteindre 3,87 millions de tonnes. À l'inverse, la valeur des importations a connu une baisse de -10,6 %, avec une contraction beaucoup plus forte en volume (-42,7 %). Ce différentiel de rythme a fait basculer la balance commerciale d'un déficit de -222 M€ en 2015 à un excédent record de +329 M€ en 2025.
Une hausse des prix ayant accompagné, puis dépassé, la reprise des volumes
Les prix moyens du coke de pétrole exporté par l'UE ont significativement augmenté, avec une hausse de +81,7 % sur la période, culminant à 309,5 €/t en 2022 avant de se stabiliser à 182,2 €/t en 2025. La trajectoire des prix d'importation a été similaire, avec une hausse de +56,1 %. L'année 2022 marque un pic de prix tant à l'importation (206,2 €/t) qu'à l'exportation (309,5 €/t), reflétant sans doute des tensions mondiales sur les marchés de l'énergie et des matières premières.
II. Une profonde réorientation des partenaires commerciaux vers l'Asie et le Moyen-Orient
La géographie du commerce du coke de pétrole de l'UE a été radicalement remaniée. Les exportations se sont concentrées vers de nouveaux marchés de croissance, tandis que les importations se sont diversifiées, avec l'émergence de nouveaux fournisseurs au détriment d'acteurs historiques.
L'Asie, moteur principal de la croissance des exportations européennes
La Chine est devenue le premier partenaire à l'exportation pour l'UE. La valeur des exportations vers la Chine a été multipliée par près de 70, passant de 2,6 M€ à 179,8 M€ (Partenaires principaux à l'exportation par valeur). D'autres destinations au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Bahreïn, Égypte, Turquie) ont également connu des hausses très marquées, contribuant à la dynamique exportatrice.
Une dépendance aux importations en recul et des sources en mutation
Les États-Unis restent le premier fournisseur de l'UE, mais leur part a légèrement reculé (-3,7 % en valeur). À l'inverse, des fournisseurs comme le Royaume-Uni (+333,5 %) et la Norvège (+1 601,7 %) ont considérablement accru leurs livraisons à l'UE. En parallèle, les importations en provenance du Venezuela (-96,7 %) et de Colombie (-98,5 %) se sont effondrées, signalant une possible réorientation des flux commerciaux mondiaux ou des contraintes d'approvisionnement dans ces pays.
Une concentration des exportations vers un nombre limité de pays membres
En interne à l'UE, la production et l'exportation de coke de pétrole se concentrent dans quelques États membres. L'Espagne, les Pays-Bas, la Roumanie et la Belgique sont les principaux exportateurs. L'Espagne, en particulier, se distingue par un avantage comparatif révélé (RCA) très élevé de 7,16 en 2025, confirmant son rôle de hub majeur pour ce produit (spécialisation des États membres).
III. Une volatilité accrue et l'émergence de chocs spécifiques sur les marchés partenaires
La période 2015-2025 a été marquée par une volatilité significative, tant dans la structure des échanges que dans les prix, avec la détection de plusieurs chocs externes sur les principaux marchés partenaires.
Une concentration accrue des importations et une dépendance envers les États-Unis
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations de l'UE a augmenté de +13,8 % en valeur, indiquant un marché d'importation légèrement plus concentré. L'indice élevé (8 204 points en 2025) souligne une dépendance persistante envers un petit nombre de fournisseurs, principalement les États-Unis (Indice de concentration HHI). À l'exportation, la concentration est bien plus faible (HHI de 1 160 points), ce qui traduit une diversification des débouchés.
Des chocs de prix détectés sur les marchés clés en 2021-2022
L'analyse de volatilité révèle plusieurs événements de "choc" sur les marchés partenaires. En particulier, des hausses de prix exceptionnelles et anormales ont été enregistrées à l'exportation vers le Maroc (+89,6 % en 2021), les États-Unis (+296 % en 2022) et la Tunisie (+83,3 % en 2021) (Événements de choc majeurs). Ces événements, coïncidant avec la période de tensions sur les marchés de l'énergie, ont temporairement altéré la dynamique des prix sur ces corridors commerciaux.
Des niveaux de volatilité variables selon les partenaires
Les coefficients de variation (CV) des flux d'exportation révèlent des degrés de stabilité très différents d'un partenaire à l'autre. Les échanges avec la Tunisie et le Maroco sont relativement stables (CV < 0,4), tandis que les flux vers la Chine (CV = 0,93) ou les États-Unis (CV = 0,74) sont plus volatils (Analyse de la volatilité). À l'importation, la volatilité est particulièrement élevée pour les fournisseurs comme la Colombie ou l'Égypte.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen du coke de pétrole non calciné a subi une mutation fondamentale. L'UE a réussi à transformer son déficit commercial structurel en un excédent solide, grâce à une stratégie d'exportation agressive vers de nouveaux centres de demande, notamment en Chine et au Moyen-Orient. Cette période a été caractérisée par une forte hausse des prix et une volatilité marquée, avec des chocs spécifiques sur plusieurs marchés en 2021-2022, probablement liés aux perturbations globales des marchés de l'énergie. La concentration des importations autour des États-Unis et la spécialisation accrue de certains États membres comme l'Espagne dans la production et l'exportation dessinent les nouveaux contours d'un marché européen intégré et tourné vers l'extérieur.