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Évolution du marché : Cobalt et ouvrages (CN 8105) — 2015–2025

Introduction

Le code combiné 8105 couvre un ensemble de produits stratégiques liés au cobalt : les mattes et produits intermédiaires de la métallurgie, le cobalt brut et les poudres (810520), les déchets et débris de cobalt (810530), ainsi que les ouvrages en cobalt non dénommés ailleurs (810590). Ce métal, essentiel pour les batteries lithium-ion, les superalliages et les applications chimiques, a connu une dynamique commerciale particulièrement marquée au cours de la décennie écoulée. L'Union européenne, qui demeure structurellement déficitaire sur ce poste, a traversé plusieurs phases : une bulle spéculative sur les prix en 2017–2018, une stabilisation post-pandémique, puis une recomposition des partenaires d'approvisionnement. Le présent rapport s'appuie sur les données du Trade Dashboard pour la période 2015–2025 et propose une analyse en trois volets : le cycle de prix et ses effets sur la valeur et les volumes échangés, la réorientation géographique des partenaires commerciaux, et enfin les tensions persistantes entre dépendance aux importations et dynamique de diversification.


1. Le cycle du cobalt : une volatilité des prix au cœur de la trajectoire commerciale

La période 2015–2025 a été profondément marquée par le cycle de prix du cobalt, dont l'amplitude a eu des répercussions directes sur la valeur des échanges de l'Union européenne, bien plus que sur les volumes physiques échangés.

1.1. Un pic de valeur en 2018, alimenté par la flambée des cours mondiaux

La valeur des importations de l'UE a atteint un maximum de 974,9 millions d'euros au cours de la période, soit plus de trois fois le niveau de 2015 (318,8 M€). Ce pic intervient dans le contexte de la flambée des cours du cobalt sur le marché mondial en 2017–2018, portée par l'essor de la demande en batteries pour véhicules électriques et la concentration de l'offre en République démocratique du Congo. Les données confirment le choc de prix de 2017 sur les importations en provenance de Chine, avec une anomalie de prix de 227,8 et une hausse de 78,5 % du prix unitaire. Un second choc, d'une anomalie de 19,7, est détecté sur les importations en provenance de Russie la même année (+109,9 %). En 2022, un troisième choc significatif touche les importations depuis le Royaume-Uni (anomalie de 25,6, +69,2 % de prix), en lien avec les tensions post-Covid et la guerre en Ukraine.

Indicateur 2015 Maximum observé 2025 Variation 2015→2025
Valeur des importations (M€) 318,8 974,9 375,0 +17,6 %
Prix moyen des importations (€/t) 28 514 44 323 30 959 +8,6 %
Valeur des exportations (M€) 123,9 337,7 242,0 +95,3 %
Prix moyen des exportations (€/t) 29 197 43 641 31 088 +6,5 %

Les prix moyens unitaires ont culminé à 44 323 €/t pour les importations et 43 641 €/t pour les exportations, avant de se replier vers des niveaux proches de ceux de 2015 en 2025. Cette dynamique montre que la hausse de valeur des échanges observée entre 2015 et 2018–2022 est en grande partie un effet de prix, les volumes physiques évoluant de manière plus modérée.

1.2. Des volumes d'importations plus stables que la valeur ne le suggère

Si la valeur des importations a varié dans un rapport de un à trois, les quantités importées n'ont fluctué que dans un rapport de un à deux environ : de 11 180 tonnes en 2015 à un maximum de 22 585 tonnes, puis un retour à 12 111 tonnes en 2025 (+8,3 %). Ce décalage entre volumes et valeur confirme l'effet de levier exercé par les prix du cobalt sur la facture commerciale de l'UE.

Côté exportations, la progression est plus nette en volume (+83,3 %, de 4 244 à 7 780 tonnes), ce qui traduit une capacité croissante de l'industrie européenne à exporter du cobalt transformé ou semi-transformé. Les pics de volumes exportés (9 699 tonnes) ont été atteints au cours de la période de prix élevés, suggérant un arbitrage temporaire par certains acteurs européens.

1.3. Une production européenne en volume en forte hausse, mais en valeur en recul

La production intérieure de l'UE, mesurée en kilogrammes, a augmenté de 287,3 % au cours de la période, passant de 8 900 000 kg à un maximum de 39 251 281 kg pour se stabiliser à 34 473 770 kg en 2025. En revanche, la valeur de cette production a reculé de 26,9 %, passant de 394,7 M€ à 288,6 M€. Ce paradoxe s'explique à la fois par la baisse des prix du cobalt après 2022 et par un possible glissement vers des segments de moindre valeur unitaire. La production européenne reste cependant insuffisante pour couvrir la demande intérieure, comme le confirme le taux de dépendance nette aux importations stable autour de 37–39 % sur toute la période.


2. Le basculement géographique des partenaires d'approvisionnement et de destination

Au-delà du cycle des prix, la décennie 2015–2025 se caractérise par une reconfiguration profonde de la carte des partenaires commerciaux de l'UE en matière de cobalt. Les sources d'approvisionnement traditionnelles africaines et nordiques ont fortement reculé, tandis que l'Amérique du Nord et l'Asie ont gagné en importance.

2.1. L'effondrement des approvisionnements en provenance d'Afrique et de Scandinavie

La transformation la plus spectaculaire concerne la République démocratique du Congo : les importations de l'UE en provenance de ce pays, qui représentait la source majeure de cobalt mondial, sont passées de 33,3 M€ à 1,1 M€, soit un recul de 96,7 %. Ce déclin est d'autant plus frappant qu'il s'accompagne d'une volatilité extrême (coefficient de variation de 1,09, le plus élevé de tous les partenaires d'importation). Il peut s'expliquer par la mise en place de mécanismes de diligence raisonnable et de traçabilité, ainsi que par le développement de chaînes d'approvisionnement alternatives via des intermédiaires chinois traitant le minerai congolais avant réexportation.

Deux autres partenaires ont connu des reculs marqués :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Norvège 31,3 2,5 −91,9 %
Madagascar 30,1 8,7 −71,1 %

La Norvège, qui fournissait du cobalt raffiné (probablement issu de la raffinerie de Kristiansand), a vu ses livraisons chuter de manière très significative. Madagascar, autre source historique, a également perdu l'essentiel de sa part. En parallèle, le Royaume-Uni reste un fournisseur important mais déclinant (de 50,3 M€ à 39,6 M€, −21,3 %).

2.2. La montée en puissance des partenaires nord-américains et asiatiques

À l'inverse, plusieurs partenaires ont fortement accru leurs livraisons à l'UE :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 77,1 147,4 +91,1 %
Chine 13,0 58,5 +349,4 %
Canada 11,6 45,1 +288,9 %

Les États-Unis sont devenus le premier partenaire d'importation de l'UE en valeur (147,4 M€ en 2025), devançant désormais le Royaume-Uni. La Chine, intermédiaire majeur dans le raffinage du cobalt congolais, a vu ses exportations vers l'UE multipliées par 4,5, atteignant 58,5 M€. Le Canada, avec ses mines de cobalt en Ontario et au Québec, a également fortement accru sa présence (+288,9 %).

La volatilité des importations en provenance de ces partenaires est notablement plus faible que pour les sources africaines : le coefficient de variation est de 0,35 pour les États-Unis, 0,46 pour le Canada et 0,73 pour la Chine, contre 1,09 pour la RDC. Cela suggère une plus grande prévisibilité des flux commerciaux avec ces partenaires.

2.3. Une diversification accélérée des destinations d'exportation

Les exportations de l'UE vers des pays tiers ont connu une dynamique de diversification remarquable. Alors que le Royaume-Uni, premier partenaire d'exportation en 2015 (53,7 M€), a vu ses livraisons reculer de 44,4 % à 29,9 M€, plusieurs marchés émergents ou asiatiques ont fortement progressé :

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 19,5 64,5 +231,1 %
Japon 5,8 30,8 +434,9 %
Inde 3,0 16,3 +444,2 %
Chine 6,7 24,7 +269,0 %
Brésil 4,8 13,1 +173,2 %

Les États-Unis sont ainsi devenus la première destination des exportations européennes de cobalt (64,5 M€), dépassant le Royaume-Uni. Le Japon et l'Inde ont multiplié leurs achats par 5 et 5,4 respectivement, reflétant le développement de leurs industries de batteries et de catalyseurs. L'Inde présente la plus forte volatilité parmi les principaux partenaires d'exportation (coefficient de variation de 0,79), tandis que la Suisse affiche la plus faible (0,26), ce qui traduit des relations commerciales plus stables avec certains marchés.


3. Concentration croissante des importations et spécialisation renforcée de quelques États membres

3.1. Une concentration des importations en hausse, signe de vulnérabilité accrue

L'un des signaux les plus préoccupants pour la sécurité d'approvisionnement européenne réside dans l'évolution de l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations. Cet indice, qui mesure la concentration des sources d'approvisionnement, est passé de 1 234 à 2 095 en valeur (+69,8 %), indiquant une dépendance accrue vis-à-vis d'un nombre réduit de fournisseurs. En volume, le HHI a également progressé, passant de 1 070 à 1 604 (+49,9 %). Un HHI supérieur à 1 500 est généralement considéré comme signalant un marché modérément concentré ; le niveau atteint en 2025 (2 095) se situe dans la zone de concentration élevée.

Ce paradoxe — diversification géographique des partenaires mais concentration accrue — s'explique par la part croissante des États-Unis et de la Chine dans les importations, compensant l'effondrement de fournisseurs plus petits mais plus diversifiés.

À l'inverse, les exportations se sont déconcentrées : le HHI des exportations est passé de 2 273 à 1 287 (−43,4 %), traduisant une diversification réussie des débouchés extérieurs de l'UE.

3.2. La Belgique, plaque tournante du cobalt en Europe

L'analyse des États membres révèle une transformation profonde de la spécialisation intra-européenne. En 2025, la Belgique affiche le RSCA (Revealed Symmetric Comparative Advantage) le plus élevé de l'UE à 0,57, avec un indice RCA de 3,62 et une part de 30,6 % dans la production européenne de cobalt. Cette position reflète le rôle de la raffinerie d'Umicore à Hoboken et les activités de trading anversoises.

Les principaux États membres par spécialisation :

État membre RSCA RCA Part dans la production UE
Belgique 0,5669 3,6179 30,6 %
Autriche 0,3260 1,9672 6,5 %
Pays-Bas 0,3114 1,9042 27,6 %
France 0,1897 1,4682 11,5 %
Allemagne −0,0539 0,8978 19,0 %

L'Allemagne, premier exportateur de l'UE (88,6 M€ en 2025, +53,4 % par rapport à 2015), ne possède pas d'avantage comparatif révélé sur le cobalt (RSCA négatif à −0,05), ce qui suggère que ses exportations reflètent davantage une activité de transformation et de réexportation que de production spécialisée.

Côté importations, la Belgique a connu la progression la plus spectaculaire parmi les déclarants européens : de 9,0 M€ à 63,6 M€ (+603,6 %), tandis que les Pays-Bas ont reculé de 169,0 M€ à 92,4 M€ (−45,3 %). L'Espagne a connu une augmentation de 1 925,7 %, passant de 0,7 M€ à 13,7 M€, bien que de niveaux de base très faibles.

3.3. Une dépendance nette aux importations stable mais une intensité commerciale en hausse

Le taux de dépendance nette aux importations de l'UE sur le cobalt est resté remarquablement stable, oscillant entre 32,3 % (minimum) et 41,3 % (maximum) pour se situer à 38,6 % en 2025 (+3,1 points par rapport à 2015). Cette stabilité masque cependant une évolution structurelle : la part du cobalt dans le commerce extérieur de l'UE s'est accrue.

L'intensité commerciale est passée de 88,0 % à 91,8 % (+4,4 %), ce qui indique que le cobalt occupe une part croissante du commerce extérieur européen. Parallèlement, la propension à exporter a augmenté de 72,2 % à 80,2 % (+11,1 %), signe que l'industrie européenne du cobalt s'est davantage tournée vers l'exportation. Les scores de saillance confirment que l'intensité commerciale (46,2) et la propension à exporter (41,3) sont les deux dimensions les plus marquantes de l'engagement commercial de l'UE sur ce produit.

3.4. Les segments produits : le cobalt brut domine, les ouvrages affichent la plus forte valeur unitaire

La décomposition par sous-position tarifaire révèle une structure fortement déséquilibrée :

Importations 2025 :

Sous-position Description Quantité (t) Valeur (M€) Prix moyen (€/t)
810520 Cobalt brut, mattes, poudres 10 026 225,3 22 468
810590 Ouvrages en cobalt 1 489 144,3 96 873
810530 Déchets et débris de cobalt 596 5,4 8 996

Exportations 2025 :

Sous-position Description Quantité (t) Valeur (M€) Prix moyen (€/t)
810520 Cobalt brut, mattes, poudres 4 714 133,7 28 354
810590 Ouvrages en cobalt 1 165 96,2 82 300
810530 Déchets et débris de cobalt 1 901 12,2 6 412

Le segment 810520 (cobalt brut, mattes et poudres) représente la majeure partie des volumes tant à l'importation (83 % des tonnes) qu'à l'exportation (61 %). Toutefois, les ouvrages en cobalt (810590) se distinguent par un prix moyen très supérieur : 96 873 €/t à l'importation et 82 300 €/t à l'exportation, contre respectivement 22 468 et 28 354 €/t pour le cobalt brut. Cela confirme que la transformation en aval génère une valeur ajoutée considérable. Les déchets et débris (810530) restent un segment marginal (moins de 5 % de la valeur des importations), avec un prix moyen d'environ 9 000 €/t.


Conclusion

Le marché européen du cobalt (CN 8105) a traversé une décennie de transformations profondes entre 2015 et 2025. Trois enseignements principaux se dégagent de l'analyse des données.

Premièrement, le cycle de prix du cobalt a été le principal moteur des fluctuations de valeur des échanges, avec un pic spectaculaire en 2017–2018 qui a porté la facture d'importation à près d'un milliard d'euros. Les volumes physiques ont évolué de manière beaucoup plus modérée, soulignant la sensibilité extrême de ce marché aux variations de cours mondiaux.

Deuxièmement, une recomposition géographique majeure a eu lieu : les fournisseurs africains traditionnels (RDC, Madagascar) et nordiques (Norvège) ont cédé la place à des partenaires nord-américains (États-Unis, Canada) et asiatiques (Chine). Les exportations européennes se sont parallèlement diversifiées vers l'Asie (Japon, Inde, Chine) et les Amériques (États-Unis, Brésil), au détriment du Royaume-Uni. Cette reconfiguration s'est accompagnée d'une concentration accrue des importations (HHI en hausse de 70 %), ce qui constitue un risque pour la sécurité d'approvisionnement.

Troisièmement, l'UE reste structurellement dépendante des importations (déficit de 132,9 M€ en 2025), mais certains signaux sont encourageants : la production européenne a fortement progressé en volume, les exportations se sont diversifiées, et la Belgique s'est imposée comme un hub de spécialisation. Le défi pour l'Union sera de maintenir cette dynamique tout en réduisant sa vulnérabilité face à la concentration des sources d'approvisionnement et à la volatilité intrinsèque du marché du cobalt.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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